‹ Garcia MorenoChapitre 177 sur 183 · Louis Veuillot, VUnivers, 27 septembre · texte numérisé non relu

Louis Veuillot, VUnivers, 27 septembre

insulte à leur prétendue civilisation moderne Texistence d'un gouvernement qui, tout en se consacrant au bienêtre matériel du peuple, s'efforce en même temps d'assurer son progrès moral et spirituel. A la suite de conciliabules ténébreux organisés dans une République voisine, ces vaillants ont décrété le meurtre de l'illustre président. Il est tombé sous le fer d'un assassin, victime de sa foi et de sa charité chrétienne envers sa patrie. » Victime de sa foi et de sa charité : Pour Pie IX aussi, la mort de Garcia Moreno fut la mort d'un martyr.

Le pape ne s'en tint pas à des paroles. Quelques jours après, il fit célébrer à ses frais des obsèques solennelles pour l'àme de Garcia Moreno, ainsi que font les pontifes quand Dieu ravit à l'Église un de ses enfants privilégiés. Il alla plus loin encore. Des catholiques italiens avaient conçu l'idée d'ériger à Rome une statue à l'invincible défenseur de TÉglise et du pape : Pie IX applaudit à ce noble dessein et contribua lui-même pour une somme considérable à l'exécution du monument, qu'il fit placer dans le collège. Pio-Latino-Americano, en mémoire du grand Américain^ En costume militaire, debout sur son piédestal , Garcia Moreno prêche encore la croisade contre la Révolution. Sur les quatre faces du monument, quatre mots rappellent ses gloires :

Au gardieD fidèle de la religion, Au zélé promoteur des sciences, Au serviteur dévoué du Saint-Siège, Au justicier, vengeur des crimes *.

Puis le marbre redit son martyre et le deuil du peuple catholique :

1 . Religionis integerrimus custos, Auctor studiorum optimorum, Obsequentissimus in Christi sedem, Justitix cultor, scelerum vindex.

Gabriel Garcia Moreno

Président de la République de TÉquateur

Traîtreusement assassiné par la main des impie

Le 6 août 1875.

Les hommes de bien dans le monde entier

Ont célébré ses héroïques vertus,

Sa glorieuse mort pour la foi,

Et pleuré le crime qui Ta ravi au monde.

Le Souverain Pontife Pie IX

Par sa munificence

Et les dons d'un grand nombre de catholiques

Eleva ce monument

Au brave défenseur

De rÉglise et de la société*. .

Pie IX et Garcia Moreno, tous deux croisés contre la Révolution, l'un martyrisé par elle, l'autre emprisonné; le prisonnier louant le martyr devant l'humanité qui applaudit, et Dieu^ qui ne meurt pas, couronnant l'un et l'autre : nous pouvons rester sur ce grand souvenir.

La renommée de ces deux hommes grandira de jour en jour à mesure que la Révolution grandira elle-même abaissant les caractères et ruinant les sociétés. A la vue des hommes d'État, rois, empereurs, présidents de repu-

i . Gabriel Garcia Moreno

Summus Reipublicse Quitensis

In America Praeses

Impia manu

Per prodilionem interemptus

Nonis Aug. a. MDCCCLXXV.

Cujus virtutem

Et gloriosae mortis causam

Admiratione et laudibus

Diri casus atrocitalem

Roni omnes prosecuti sunt.

Pius IX Pont. Max.

Pecunia sua

Et plurim. cathol. coliatione

Egregie

De Ecclesia et Republica merito.

blique, ministres, qui sortiront des officines de la francmaçonnerie, les peuples rediront cette parole qui échappa un jour à deux savants allemands en voyant les œuvres du président de FÉquateur : « L'Europe est trop grande pour ceux qui la gouvernent, et FÉquateur trop petit pour Garcia Moreno. »

A mesure que se développera Thérésie libérale qui supprime du gouvernement Dieu, Jésus-Christ et son Église, les pontifes, à l'imitation de Léon XIII, rappelleront aux nations la Constitution chrétienne des États et foudroieront le libéralisme. Les moins clairvoyants des catholiques seront obligés d'acclamer Pie IX, le docteur du SyllabuSy et Garcia Moreno, le premier chef d'État catholique depuis 1789. Si, malgré renseignement de l'Église, les conservateurs libéraux s'obstinent à vanter l'Église libre dans l'État libre, la souveraineté absolue du peuple et des parlements, ils Continueront à ouvrir la porte au radicalisme dans tous ' les États de l'Europe et de l'Amérique. La France, la Belgique, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne, deviendront, fatalement et à bref délai, la proie du socialisme. Alors sonnera le glas des sociétés, et l'on dira en cherchant les causes de cette horrible dissolution : Si l'on avait cru Pie IX, si l'on avait suivi l'exemple de Garcia Moreno !

Quand viendront ces calamités, — ou Dieu suscitera un chef chrétien qui organisera une croisade générale contre les modernes sarrasins pour déUvrer la Terre- Sainte, c'est-à-dire les nations chrétiennes, et le tombeau des saints apôtres profané par l'usurpation sacrilège de la Ville éternelle; en ce cas, sauvé du satanisme révolutionnaire, le monde bénira Pie IX et Garcia Moreno, les initiateurs du mouvement catholique : — ou bien les chrétiens continueront à baisser la tète devant les francs-maçons, les loges remplaceront les églises,

comme les mosquées de Mahomet s'élèvent sur les ruines des temples chrétiens. Alors, les quelques enfants de Dieu, errants sur les ruines de Jérusalem, diront en pleurant : Nos chefs nous ont perdus parce qu'ils ont refusé d'écouter les leçons de Pie IX, le pontife prisonnier, et de marcher sur les pas de Garcia Moreno, le héros-martvr.

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