Bière du pays
résister, mais les notables, les jeunes gens, les hommes du peuple assiégèrent les casernes et les forcèrent à capituler. Ce coup de main mit à la disposition des patriotes les troupes de la place, l'arsenal et les embarcations de guerre. Aussitôt tous les pères de famille, réunis en conseil, cassèrent les actes de la convention et prononcèrent la déchéance du président. Un gouvernement provisoire, composé de personnages éminents, Olmédo, Roca et Noboa, se chargea du pouvoir exécutif et fît un appel au peuple en vue de la lutte qui allait s'engager.
A la nouvelle de cette insurrection, Florès dirigea sur Guayaquil un corps d*armée qu'il fit camper dans son hacienda d'Elvira, près de Babahoyo. De là il expédia au gouvernement provisoire un projet d'arrangement; mais on lui signifia que le seul moyen pour lui de mettre fin à la guerre civile c'était de quitter le pays. 11 se décida donc à fortifier l'Elvira, où deux assauts infructueux et sanglants lui furent livrés par les -patriotes, ce qui donna lieu à de nouvelles explosions de haine et de vengeance. La lutte aurait pu se prolonger fort longtemps, si la révolution ne s'était propagée comme une traînée de poudre dans tout l'Equateur. Pendant que Florès tenait en échec les troupes de Guayaquil, derrière lui, à Loja, à Riobamba, à Cuenca, on arborait sur les places publiques et dans les casernes le drapeau du 6 mars. Les patriotes de Quito, enrôlés sous la bannière de José Maria Guerrero, soulevaient les provinces du nord. Garcia Moreno était du nombre de ces volontaires, qui, après avoir battu les troupes du gouvernement à plusieurs reprises, forcèrent le pouvoir exécutif à quitter la capitale. Chaque jour apportait à Florès une nouvelle alarmante : les communications étaient interrompues, les troupes en révolte, les lettres interceptées par le peuple; de
sorte que, ne pouvant lutter contre l'armée et la nation il prit le parti de capituler.
Le 17 juin 1845 après deux mois de guerre, le gouvernement provisoire conclut avec le général Florès le traité de la Virginia *. Il fut arrêté que le nouveau gouvernement convoquerait immédiatement une convention pour régler les affaires de l'Equateur, et que Tex-président passerait deux années en pays étranger, afin qu'en son absence on pût travailler librement à la réforme des institutions. A cette condition, on lui maintiendrait son titre de général en chef, ses dignités, ses propriétés, et la juste considération dont jouissait sa famille. Le 24. juin, monté sur le brigantin Sets de Marzo 2, en partance pour Panama, Florès put entendre les cris de joie mêlés aux salves d'artillerie qui saluaient le triomphe du droit sur le despotisme.
Garcia Moreno avait été l'un de principaux acteurs dans ce drame national. Frappé de l'ascendant qu'il exerçait sur tous, le gouvernement ne craignit point, après la victoire, de lui confier une mission bien délicate pour un jeune homme de vingt-quatre ans. Comme il fallait, avant de les licencier, payer aux volontaires l'arriéré de leur solde, et que le trésor était à sec, on eut recours à un impôt extraordinaire. Déjà écrasés sous le poids de leurs charges, les contribuables refusèrent de payer. Le gouvernement chargea Garcia Moreno du recouvrement de cette taxe. Celui-ci, par son sang-froid, sa ténacité, son indomptable énergie, triompha de toutes les clameurs et désarma toutes les oppositions. Il s'acquitta de cette ingrate et pénible besogne avec un désintéressement absolu, comptant pour rien les sacrifices personnels, pourvu que son pays sortit enfin de l'impasse où le despotisme l'avait acculé.