‹ Garcia MorenoChapitre 32 sur 183 · Recteur laïque de l'Université · texte numérisé non relu

Recteur laïque de l'Université

— « Seigneur, la bonne Providence, qui prend soin même d'un ver de terre, saura bien faire passer Tun des quatorze opposants à une meilleure vie, ou lui inspirer la sainte pensée d'accepter une petite sinécure pour l'aider à vivre chrétiennement, sans offenser Dieu ni le prochain. »

B. l'interrompt en étouffant un éclat de rire. S' adressant à l'hommede couleur indécise, ildit d'un ton inspiré:

— « Rien de plus facile que de conquérir un vote, à condition qu'on s'y prenne adroitement. Quand un général veut s'emparer d'une forteresse, il commence par chercher l'endroit faible. Il dirige de ce côté ses formidables batteries, et le canon lui ouvre, au milieu des ruines, le chemin de la victoire. Faites de même dans la lutte électorale : cherchez le côté faible de votre adversaire, et vous vaincrez. S'il penche d'un côté, donnez-lui pour le soutenir un bâton.... d'or; mettez-lui dans la main une plume... d'or pour signer son bulletin de vote, et je vous assure qu'il fera bon marché de son honneur.

« Un murmure d'approbation accueillit ce discours prophétique, pendant qu'un doux sourire aplatissait encore les lèvres démesurément larges du prétendant. Pour encourager ses créatures, il leur remit sous les yeux les places qui leur seraient octroyées si le succî^s couronnait leurs efforts. Loin de rougir de cet ignoble marché, plusieurs demandèrent des postes plus à leur convenance, comme on choisit dans un étalage des mets à son goût; et, pleins d'allégresse, ils coururent au combat, les yeux fixes sur l'avenir enchanteur qui s'ouvrait devant eux, lequel consiste à manger de belles rentes les bras croisés. Ainsi l'on se moque insolemment de la patrie; ainsi, dans leur dégradante et crapuleuse oisiveté, ces pervers s'encouragent à de nouveaux forfaits. »

On conçoit, à la lecture de pareils articles, la rage des gouvernants, livrés chaque semaine aux risées et aux colères du public. Quand la prose ne suffisait pas à déchirer les chairs, le « Fouet >> s'armait de pièces de vers que ne désavoueraient par les satiriques romains.

Écoutez plutôt la pièce du Quémandeur.

« Docteur gradué... en malice, et qui pourrais Tètre aussi bien en bêtise;, pourquoi viens-tu frapper à ma porte? Pourquoi interrompre mon sommeil, ce doux sommeil qui fait oublier un instant les chagrins de la vie, et la patrie expirante, et cette cohue bruyante de faux patriotes qui déclament aujourd'hui contre le tyran ^ après avoir mendié ses faveurs?

«< Que viens- tu demander, maudit? Parle et décampe au plus vite, car je suis capable de fuir aux enfers pour ne f avoir plus sous les yeux.

«( Tu quêtes un emploi, me dis-tu? Tu me donnes pour raison que tu t'estimes trop honnête homme pour te dégrader en travaillant. Un métier est chose vile : aux hommes de ton rang, il sied de vivre sans rien faire.

« D'ailleurs personne n'a servi comme toi la cause de la liberté. Sans toi le despote régnerait encore dans une paix profonde. Évidemment, sans toi aucune insurrection ne peut réussir.

« Et puis, tu as des enfants, une femme, et le diable au fond de ta bourse.

« C'est bien, mais veux-tu m'en croire? Apprends un métier, et mets-toi bien dans la tête que ce n'est pas le travail, mais. la fainéantise qui déshonore un homme.

« Cesse de vanter tes mérites : aussi bien personne

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