El Vengador
moins tolérait les déprédations; en un mot, dans cette masse de viveurs qui attendaient son retour pour émarger au budget. Le Vengeur ^ne craignit pas de dénoncer à la vindicte publique ces hommes égoïstes qu'il appelait les « Janissaires » du tyran.
« Chose étrange, disait-il, Texpédition de Florès jette Talarme dans tous les cœurs américains et en même temps comblé d'allégresse des citoyens de l'Equateur. Le contentement qu'ils éprouvent se peint malgré eux sur le)Lir visage et met sur leurs lèvre s un sourire infernal. Ces complices du vaincu de TElvira se délectent à l'avance du beau spectacle qu'ils vont avoir sous les yeux. Des campagnes dévastées, des populations affamées, des femmes en deuil poursuivies par de féroces envahisseurs, des poignards levés partout pour immoler les fils de la liberté : voilà ce qui les fait tressaillir d'aise. Us ont raison du reste : il leur fallait travailler pour vivre, et voici venir l'homme qui va les nourrir à rien faire. Périsse la patrie, pourvu qu'ils profitent de sa ruine.
« Équatoriens, ces Janissaires de Florès sont ceux qui déjà ont souillé notre sol de cruautés capables d'épouvanter le bourreau lui-même; ceux qui ont versé par torrents le sang de nos pères pour éterniser la servitude; ceux qui, vaincus en 1845, n'ont pas cessé de compter sur des révolutions de casernes pour remonter au pouvoir. Ils supputent déjà les milliers de tètes qu'ils pourront abattre, ils stipendient les assassins qui préparent les voies au tyran, ils rient au spectacle de nos cités fumantes et de nos campagnes couvertes de cadavres !
« Pour vaincre. Florès compte bien moins sur ses bandits espagnols que sur ses janissaires de l'intérieur. 11 sait qu'un traître caché fait plus de mal que cent ennemis luttant à découvert. Si donc nous voulons
nous défendre, il faut attaquer d*abord ces satellites de Tenvahisseur qui, en ce moment, ruinent Tordre public, provoquent l'abandon des emplois et spéculent pour tout oser sur la vénalité des juges. Contre les pirates de Florès, nous avons Tenthousiasme populaire, Ténergie du gouvernement et la valeur de nos généraux ; contre les traîtres de Tintérieur, il faut au pouvoir exécutif assez de fermeté pour les consigner en lieu sur.
<c Le gouvernement tient du congrès les pouvoirs nécessaires pour sauver notre indépendance. S'il les juge insuffisants, qu'il fasse usage de ceux que la nécessité confère. C'est un axiome connu de tous que le salut du peuple est la loi suprême *. Des politiques à courte vue, des janissaires déguisés vous diront que la constitution est inviolable en toute circonstance et dans n'importe quel danger public, comme si la constitution, qui doit assurer la vie de la société, ne cessait pas d'obliger quand elle se transforme en lacet •fatal qui l'étrangle. La constitution pour le peuple, et non le peuple pour la constitution; la médecine pour le malade, et non le malade pour la médecine : voilà ma devise. Quel imbécile aimerait mieux mourir que de violer les ordonnances de nos modernes Hippocrates? Le premier objet d'une constitution, c'est sans contredit de sauvegarder la nationalité, je veux dire l'existence d'un peuple. Donc la constitution cesse d'exister quand elle devient impuissante à sauver la nation. •
« Si nous étions le gouvernement, nous mettrions rOcéan ejitre les janissaires et nous, et, en cas de récidive, l'éternité. Nos conseils sont d'autant plus faciles à suivre, que peu d'Équatoriens sa vantent d'appartenir à Florès. Qu'ils s'en aillent donc, emportant avec eux les malédictions de la patrie et le mépris de tous