Salus populi suproma lex csto
les siècles. Au surplus, ils ne doivent pas oublier que, si nous avons été cléments après la victoire, ils nous trouveront implacables au moment du danger. Nous présenterons nos poitrines aux balles de l'étranger, mais après avoir arraché le poignard des mains des fratricides.
c< Et maintenant, union et courage! Au lieu de nous terrifier, les rugissements du lion de Castille réveilleront notre ardeur. Les canons de TEspagne ne prévaudront par contre les lances américaines. Janissaires! en dépit de vos malédictions et de vos sourires, le peuple se sauvera sans vous et contre vous. Nous jurons de défendre la patrie jusqu'à la dernière goutte de notre sang. Plutôt la mort que Tesclavage! »
Dans la composition de l'armée qu'il voulait opposer à Florès, le gouvernement, aveugle et indécis, semblait ne pas tenir compte de ce péril intérieur. Obéissant à des considérations de convenance ou d'amitié, il nommait aux différents commandements des chefs plus ou moins dévoués à Tex-président. Garcia Moreno ne craignit pas de dénoncer cette fausse manœuvre comme une imprudence et une trahison : « Qu'attendezvous donc de ces officiers? s'écriait-il. De la loyauté? ils vous en ont donné depuis trente-trois ans des preuves inoubliables. Des services? Rappelez- vous les plaines de Minarica et vos pères lâchement assassinés. Vous devez attendre d'eux l'infidélité et la trahison : le passé vous pronostique l'avenir. Pour les janissaires, il ne devrait y avoir que deux chemins : le chemin de Tcxil ou celui de Féchafaud. »
Pendant que, soulevé par ces virulentes catilinaires, le peuple courait aux armes, Garcia Moreno suscitait à l'envahisseur des adversaires dans toutes les républiques américaines, et s'efforçait même d'intéresser les cours de l'Europe à la cause de l'Equateur. Le Vengeur
lança ce projet de coalition dans une suite d'articles où la violence se combine très habilement avec toutes les Qnesses de la diplomatie.
« Sans doute, disait Garcia Moreno, nous devons fortifier Guayaquil, la clef de nos provinces; mais le Pérou n'est pas moins obligé de fortifier ses ports, en particulier le Callao*, et d'équiper une armée pour couvrir sa capitale à l'approche de Florès. L'escadre des quatre républiques du Pacifique, pourrait anéantir en un combat toutes les forces expéditionnaires. Que notre gouvernement se mette donc d'accord avec les républiques sœurs, puisque tous manifestent hautement leur volonté d'assurer envers et contre tous le triomphe de l'indépendance américaine.
(1 Nous appelons, en outre, l'attention de tous les Américains sur la perfidie du cabinet de Madrid, de ce cabinet assez cynique pour se faire le complice d'une odieuse invasion. Sans respect pour la souveraineté de l'Equateur reconnue par la mère-patrie, sans considération pour les liens d'amitié qui unissent les deux pays, au mépris des règles les plus vulgaires de Thonneur et de la civilisation, l'Espagne souffre qu'on embauche des troupes sur son territoire contre une nation pacifique et amie. Devant un procédé qui équivaut à une rupture, l'Equateur insulté n'a que deux partis à prendre : employer la force pour se faire rendre justice ou dénoncer le traité d'union. Le premier est impossible pour le moment; reste donc à réaliser le second sans délai. Rappelons notre représentant de Madrid, fermons nos ports aux vaisseaux espagnols, et poussons tous les Étals d'xVmérique à prendre des résolutions semblables. Ce sera le châtiment de la déloyauté castillane et le dernier coup porté au commerce de la péninsule. »