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Le port de Lima, capitale du Pérou

Cet appel chaleureux fut entendu. Les États du Pacifique s'unirent à TÉquateur pour repousser Fennerai commun. Le Pérou arma des vaisseaux pour défendre se^ ports ; le gouvernement chilien proposa aux chambres de suspendre toute relation commerciale avec l'Espagne et de négocier une alliance offensive et défensive avec rÉquateur; le président de la Nouvelle- Grenade, Thomas Mosquera, adressa au peuple une proclamation énergique, dans laquelle il déclare marcher avec les peuples du Pacifique contre « les sacrilèges profanateurs du sol américain ». Cette ligue se montrait si belliqueuse qu au printemps de 1847, les nouvelles devenant plus alarmantes, Garcia Moreno put dire sans trop d'outrecuidance :

« Florès arrive avec ses flibustiers. Partira-t-il des côtes d'Espagne ou des côtes d'Angleterre? on l'ignore; mais enfin dans quelques mois il apparaîtra sur nos rivages. Qu'il vienne donc : nous tâcherons de le bien recevoir et de lui préparer une tombe assez profonde pour l'ensevelir, lui et ses crimes. Qu'il vienne : nous irons à sa rencontre pour exterminer la race des traîtres! Qu'il vienne : nous argumenterons contre ses bandits avec des raisons, subtiles comme la lance et solides comme le plomb. Qu'D vienne, et de toutes les poitrines sortira ce cri vainqueur : mort aux envahisseurs et vive l'Amérique ! »

Cette levée patriotique de tous les peuples du continent sud-américain força les diplomates européens à se préoccuper d'une expédition réprouvée par le droit des gens, d'autant plus que Le Vengeur excitait les républiques confédérées à fermer leurs ports, non seulement à l'Espagne, mais à tous les pays où Florès avait recruté ses vaisseaux et ses soldats. L'Angleterre se sentit atteinte dans ses intérêts, et dès lors l'expédition fut très compromise. Au moment même où la petite flottille

allait quitter les ports de la Grande-Bretagne, les journaux supplièrent le gouvernement de mettre l'embargo sur les vaisseaux. Tremblants pour leurs comptoirs d'Amérique, les commerçants de la cité présentèrent un mémoire à lord Palmerston, dans lequel on rappelait que « le général Florès, manifestement d'accord avec le gouvernement espagnol, se préparait à envahir l'Amérique du Sud; que l'expédition comptait déjà quatre mille hommes bien armés, des vapeurs de grande force et des transports de guerre; que cet armement se faisait, au vu et au su de tout le monde, en Angleterre aussi bien qu'en Espagne et au Portugal; que d'ailleurs, les produits des manufactures anglaises se consommant surtout en Amérique, et de nombreux emprunts ayant été contractés en Angleterre par les républiques du Pacifique, les intérêts britanniques seraient évidemment très menacés par cette expédition. » En conséquence, les négociants de la Cité priaient instamment le ministre de s'opposer à une invasion tout à fait désastreuse pour ses nationaux.

Garcia Moreno avait touché la corde sensible. Lord Palmerston s'occupait peu du droit des gens, mais les représentations du commerce anglais devaient toucher son cœur. Le gouvernement mit l'embargo sur la flottille expéditionnaire, et Florès, obligé de licencier ses Irlandais et ses Espagnols, dut ajoiu*ner sa téméraire et coupable entreprise.

Cette nouvelle inattendue fut saluée dans toute l'Amérique par un cri d'allégresse. A l'Equateur particulièrement, on se félicitait d'en avoir été quitte pour la peur, grâce à la vaillante attitude des patriotes, et surtout de l'homme énergique qui avait conduit la campagne. Tout en se réjouissant avec le public de cet heureux dénouement, Garcia Moi^eno prétendait que cet insuccès ne découragerait ni Florès ni ses partisans.

Il conseillait donc au gouvernement de surveiller plus que jamais les « janissaires ». — L'avortement de Fcxpédition, disait-il dans un des derniers numéros du Vengeur, n'est pour Florès qu'un contre-temps, et non comme on se Timagine trop facilement, le renversement absolu de ses projets. Son auguste protectrice fera de nouveaux sacrifices d'argent, ne serait-ce que pour ne pas perdre les millions déjà déboursés. N eût-il que vingt hommes à sa disposition, il tentera quelque mauvais coup, car il sait, lui, que sa grande force, c'est la bande de traîtres disséminés dans nos cités. Fort de cette avant-garde, il n^abandonnera jamais ses idées de conquête. Si le gouvernement veut annihiler les forces de Florès à l'étranger, qu'il commence par détruire son armée de l'intérieur. »

L'événement lui donna raison. L'année n'était pas écoulée qu'on découvrit à Guayaquil un complot ourdi par les Floréanos *, pour renverser le gouvernement au profit de leur ancien maître. Le pronunciamento allait éclater quand les principaux conjurés, dont les mesures avaient été mal combinées, furent saisis et jetés en prison. En présence des partis violemment surexcités, le gouverneur écrivit à Roca qu'il ne répondait plus de l'ordre. Comprenant alors la gravité de la situation, le président fit appeler Garcia Moreno et le chargea sous sa responsabilité de pacifier cette cité de Guayaquil, livrée aux fureurs de l'anarchie. Celui-ci, bien que malade, n'hésita pas devant cette redoutable mission et partit à marches forcées pour Guayaquil.

On vit en cette circonstance ce que peut un homme énergique et résolu. Il trouva les tètes montées jusqu'au dernier degré de l'exaltation; l'émeute vaincue, mais frémissante ; les patriotes, animés d'une vraie rage

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