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CHAPITRE X

PARIS

Paris est pour les étrangers de toute provenance et de toute condition, Européens, Asiatiques, Américains, littérateurs ou politiques, exilés ou touristes, jeunes princes ou empereurs déjà mûrs, la ville par excellence des plaisirs et du dolce far niente. C'est la Babylone moderne : dans ses murs, on trouve peu de Juifs qui pleurent Jérusalem, je veux dire la patrie absente. Garcia Moreno n'allait-il pas, après tant d'autres, se laisser prendre.au sourire de la grande fascinatrice, et subir, après avoir résisté dix ans aux tyranneaux de son pays, le joug d'une tyrannie plus ignoble et plus impérieuse? A trente-trois ans, à deux mille lieues de ses montagnes, après un long internement dans les sables de Payta, n'irait-il pas chercher dans les plaisirs faciles Voubli de ses chagrins? Sans doute, il emportait dans son cœur Timage de son pays martyrisé ; mais à cette distance, on n'entend ni les cris des persécuteurs, ni le râle des victimes, et Ton s'endort, comme Renaud, aux pieds d'une nouvelle Armide. Que de belles dmes ont connu ces défaillances !

L'exilé de Quito n'eut pas même à combattre cetle tentation. Son cœur était trop élevé, son tempérament

trop chrétien, son caractère trop énergique, pour dévier UD instant du chemin de l'honneur. D'ailleurs, le pressentiment &ont nous avons parlé « pressentiment qui ne manque jamais aux grandes âmes, l'avertissait qu'avec le temps il aurait quelque chose à faire pour son pays * ». Or, pour travailler à la régénération d'un peuple, il faut monter, non descendre. Il le comprit, et Paris devint le Manrèze où tous les nobles germes déposés par Dieu dans son cœur, reçurent leur complet épanouissement.

Nos lecteurs se souviennent de sa constante passion pour l'étude et de ses brillants succès à l'Université de Quito. Depuis ses jeunes années, malgré ses devoirs d'avocat, ses préoccupations et travaux politiques de chaque jour, il n'avait jamais cessé d'approfondir les sciences du droit, de l'histoire, et surtout les sciences naturelles et mathématiques. Il professait un culte spécial pour la chimie, et ce qu'il chercha de prime abord à Paris, ce furent des maîtres, des instruments, des laboratoires. Il eut la bonne fortune de trouver, dans Tilluslre naturaliste Boussingault, un professeur distingué entre tous. Boussingault avait, vingt ans auparavant, parcouru l'Equateur, étudié ses volcans, distancé Humboldt lui-même dans l'ascension du Chimborazo : il se lia d'amitié avec ce singulier exilé, qui trouvait moyen de pénétrer dans le cratère du Pichincha, en même temps qu'il travaillait à endiguer les torrents de lave impure du volcan révolutionnaire. Malgré ses nombreuses occupations, l'illustre maître consentit à le recevoir au nombre de ses élèves privilégiés.

Dès lors, Garcia Moreno reprit la vie d'étudiant, d'étudiant reclus, sans autres compagnons que ses livres. Confiné dans un appartement très modeste, rue

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