La Union Nocionalj 5 mai
place. Leurs dignes officiers, Tépée au poing, répétaient les commandements du colonel Patricio Vivero, la terreur du pays. Des menaces, des injures même, étaient adressées aux citoyens calmes et inoffensifs. Irrités de ces violences, de nombreux jeunes gens appartenant aux meilleures familles de la capitale, décidés à repousser la force par la force pour maintenir la liberté du vote, vinrent se placer en escouades devant les soldats. Ceux-ci dégainèrent, les jeunes patriotes ripostèrent à coups de canne, et le sang coula dans les rues de Quito.
Néanmoins, en dépit de ses illégalités tyranniques, le gouvernement fut battu par Garcia Moreno, qui l'emporta de haute lutte, entraînant après lui un assez grand nombre de candidats de l'opposition. Déroute pour le ministère, mais triomphe national dont Torganisaieur ne manqua pas de faire ressortir l'importance pour l'avenir :
« Pénétré de cette vérité que Tunion fait la force, et que pour vaincre il faut énergie et discipline, le peuple de Quito a sacrifié sur l'autel de la patrie les germes de division qui fermentaient dans son sein. La nation entière, enveloppant dans ses rangs enthousiastes tous les citoyens distingués par leur probité et leur patriotisme, s'est rendue aux urnes bien déterminée à exclure pour toujours du gouvernement le misérable tyranneau qui nous a perdus. Avec de tels combattants, la victoire ne pouvait être douteuse. En vain les agents ministériels prodiguèrent-ils promesses et menaces; en vain les officiers de la garnison entourèrent-ils l'urne électorale, comme l'avant-garde de la violence et du désordre ; en vain versa-t-on le sang du peuple, le sang du peuple cette fois encore fertilisa le champ sacré de la liberté.
« Le ministère a prouvé, par ses mesures de rigueur et de vengeance, qu'il avait conscience de son impopularité. Le peuple, au contraire, en opposant une invin-
cible fermeté aux provocations d'une soldatesque arrogante, a montré que, pour vaincre des ennemis acharnés, lunion suffit, sans qu'il soit besoin de sortir de la légalité. Qu'il forme un corps solide et compact, et nul tyran ne pourra le subjuguer. Les gouttes de pluie dispersées dans les champs sont absorbées par la terre ou s'évaporent aux rayons du soleil ; rassemblées au contraire, elles forment un torrent impétueux dont la force irrésistible brise tous les obstacles. Ainsi une nation bien unie s'avance d'un pas rapide, dans le sentier que lui ouvre la main de la Providence. »
Urbina comprit que cette défaite était un coup mortel porté à son despotisme jusque-là sans contrôle. Désormais il aurait dans les chambres à compter avec l'opposition, et de plus avec un peuple honteux de sa trop longue patience. Quatre ans auparavant, il avait fait empoigner pour le déporter au Pérou le sénateur élu de Guayaquil; mais qui donc oserait aujourd'hui mettre la main sur le sénateur élu de Quito? Le 15 septembre 1857, aux applaudissements de tout le peuple, Garcia Moreno, entouré de ses collègues de l'opposition, prenait place au congrès.