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LE CONCORDAT

Garcia Moreao avait émondé Tarbre en s'attaquant aux abus les plus criants dans Tordre matériel et moral, osera-t-il maintenant porter la cognée jusqu'à la racine du mal, jusqu'au principe fondamental de la Révolution, c'est-à-dire la souveraineté du peuple et la subordination de l'Église à l'État? Depuis plus de quatre siècles, légistes, rois, empereurs, parlements, professaient cette doctrine de l'antique despotisme : un simple président de la république aura-t-il l'audace de s'inscrire en faux contre nos législateurs et de rompre en visière avçc nos chefs d'État? Le corcordat négocié avec Pie IX nous fournira la réponse à cette grave question.

Nos lecteurs se rappellent les origines du patronat ecclésiastique. Vu la difficulté des correspondances et pour simplifier l'administration, les rois d'Espagne, avaient obtenu des souverains pontifes de nombreux privilèges relatifs aux propriétés et aux personnes ecclésiastiques, par exemple le droit de présentation aux évêchés. Peu à peu le pouvoir du roi se substitua au pouvoir du pape, et les lois de la couronne aux lois canoniques. De là des abus et des conflits; mais les

Rois Catholiques désirant sincèrement le bien de leurs peuples, la discipline et les mœurs n'avaient pas trop à souffrir de cette situation; la foi, du reste, était sauve, puisque ces privilèges émanaient de l'autorité légitime. Il en fut tout autrement quand la Révolution triomphante, après avoir dépossédé les monarques espagnols, se déclara héritière de tous leurs privilèges, y compris celui de patronage.

Le congrès constituant de la Grande Colombie prétendit que le gouvernement, outre les droits qu'il possédait comme protecteur de l'Église, devait maintenir ceux qui lui étaient dévolus en vertu de la discipline sous laquelle les églises du territoire avaient été fondées. « La république, dit-il, continuant l'exercice du droit de patronat sur les églises métropolitaines, cathédrales et paroissiales, exigera du Saint-Siège qu'il ne soit fait sur ce point aucune innovation ^ » Ces législateurs n'ignoraient pas qu'en transformant une pure concession du Saint-Siège en un droit inhérent à la nation, ils commettaient une usurpation schismatique : aussi, pour ne pas trop émouvoir les consciences, ajoutèrent-ils qu'on négocierait plus tard un concordat avec le pape, concordat qui resta toujours dans les futui»s contingents.

Ces prémisses établies, le congrès attribua au gouvernement la surintendance de toutes les affaires ecclésiastiques. Au pouvoir civil, par conséquent, d'ériger de nouveaux diocèses, d'en tracer les circonscriptions, de déterminer le nombre des prébendes dans chaque cathédrale ; à lui de permettre ou de convoquer les conciles nationaux ou provinciaux, et jusqu'aux simples assemblées synodales; à lui d'autoriser la fondation de nouveaux monastères ou de supprimer les anciens, selon qu'il le jugera opportun ou convenable ; à lui de nom-

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