Informe a la Convencion Xacional de 1861, page
plir cette délicate mission, se virent-ils écartés. Son choix s'arrêta sur un prêtre, jeune encore, mais dont il avait pu apprécier le désintéressement, les idées saines aussi bien que les intentions droites : D. Ignacio Ordonez, alors archidiacre de Cuenca*.
Envoyé en France vers la fin de 1.861, avec mission de ramener une colonie de religieux et de religieuses pour la réorganisation des écoles primaires, D. Ignacio Ordonez avait poussé jusqu'à Rome. Il y reçut de son gouvernement une missive ofpcielle qui l'instituait, à sa grande surprise, ministre plénipotentiaire de l'Equateur près du Saint-Siège, à l'effet de négocier le concordat projeté. Son premier mouvement fut de décliner une charge à laquelle il se croyait insuffisamment préparé; mais Pie IX le rassura par ces paroles pleines de sagesse et de bonté : « Comme prêtre, vous devez connaître les droits de l'Église; et, comme Équatorien, les besoins de votre pays; d'ailleurs, vous êtes muni des instructions de votre président : que voulez-vous de plus? » Et il ajouta avec son fin sourire : « Faut-il donc être un Metternich pour traiter avec Pie IX ? »
On pourrait dire qu'il était encore moins difficile de traiter avec Garcia Moreno. Le grand homme d'État donnait à son mandataire ces instructions aussi simples que sublimes :
« l"* Le gouvernement de l'Equateur n'a point la pré-
1. Don Ignacio Ordonez fut toujours honoré de la confiance de Garcia Moreno, confiance qu'il méritait par ses talents et ses vertus. Sénateur, il défendit l'Église dans les congrès; évêque de Riobamba, il créa de ses deniers toutes les œuvres nécessaires à un nouvel évt^ché ; exilé par la révolution qui mit à mort Garcia Moreno, il passa plusieurs années en France, et se démit de son siège de Riobamba avec le plus admirable désintéressement. La paix rétablie, Léon XIII le promut au siège archiépiscopal de Quito, et l'y maintint, malgré les instances de l'humble prélat, qui estimait le fardeau au-dessus de ses forces.
tention d'imposer au Saint-Père des concessions, maïs il le supplie humblement de mettre un terme, par les mqyens qu'il jugera les plus efficaces^ aux maux qui désolent FÉglise en ce pays. Notre ministre plénipotentiaire exposera au Saint-Siège Tétat des affaires ecclésiastiques, comme un malade expose au médecin qui peut le guérir les souffrances qui le minent. L'unique désir du gouvernement, c'est que FÉglise jouisse de toute sa liberté, de cette indépendance complète dont elle a besoin pour remplir sa divine mission ; il n'a d'autre ambition que de défendre cette indépendance et de garantir cette liberté.
2*» La Constitution de la république stipule l'exercice exclusif de la religion catholique, de même qu'une loi récente autorise le libre établissement de toute corporation approuvée par FÉglise ; mais il ne manque pas d'esprits égarés qui, pour favoriser l'impjiété et Fapostasie, ouvriraient volontiers la porte aux nouveaux cultes. Il conviendra donc de viser dans le concordat les dispositions ci-dessus mentionnées et, loin d'autoriser les cultes dissidents, de proscrire n'importe quelle société condamnée par l'Église.
3° Aucune réforme n'est possible aussi longtemps que les bulles, brefs et rescrits pontificaux seront soumis à la sanction de Fautorité civile. La suppression de VExequaiur s'impose donc comme une nécessité de premier ordre.
4^ Il est évident que les mauvaises doctrines inoculées à l'enfance et à la jeunesse produisent les désordres et cataclysmes sociaux, comme les miasmes pestilentiels engendrent les épidémies. Pour prévenir ces effets pernicieux, les évêques doivent avoir la faculté de requérir, et le gouvernement le pouvoir d'exiger qu'on bannisse des écoles, collèges, facultés, universités, tout livre et toute doctrine condamnés par FÉgUsc.
5*^ Et cela ne suffit pas : la réforme du clergé ne peut s'effectuer aussi longtemps que la juridiction ecclésiastique sera tenue en échec par le recours à l'autorité civile, recours qui permet aux délinquants d'échapper à toute répression. Il faut supprimer cet appel aux tribunaux séculiers et recourir à Rome s'il y a lieu.
6** Le for ecclésiastique a été aboli pour les délits graves de droit commun, d'où résulte souvent l'impunité. Cet état de choses exige aussi une prompte réforme.
T L'intervention de l'autorité civile dans la provision des bénéfices a toujours causé de grands abus. L'ambition, la cupidité, la simonie, l'ignorance, l'immoralité, la démagogie, se donnent libre carrière depuis qu'il est facile, grâce aux révolutions, d'obtenir des postes qui devraient être réservés au mérite et à la vertu. Il convient donc que le Saint-Siège nomme les évêques, et les évêques les autres bénéficiers. Le gouvernement peut jouir du droit de faire opposition à la promotion d'un ecclésiastique, mais pour un laps de temps très court et à la condition de fonder son opposition sur des raisons sérieuses. »
Suivaient deux instructions spéciales, l'une relative aux biens ecclésiastiques dont l'État s'arrogeait injustement une grande partie, l'autre à la réforme du clergé régulier, réforme urgente, mais impossible d'après le président si l'on ne mettait les Ordres dégénérés dans l'alternative de reprendre la vie commune ou de disparaître. Aussi demandait-il au Souverain Pontife d'envoyer à l'Equateur un nonce muni de pouvoirs suffisants pour transformer ou détruire.
Après six mois de discussion, le projet de concordat ad référendum fut signé, le 26 octobre 1862, par le cardinal Antonelli, ministre d'État, et par D. Ignacio Ordonez, plénipotentiaire de l'Equateur. En voici les
principaux articles, reproduction presque textuelle des instructions du président :
(' La religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de TÉtat, a l'exclusion de tout autre culte ou de toute société condamnée par TÉglise. Elle y sera conservée perpétuellement dans son intégrité, avec tous ses droits et prérogatives, conformément à Tordre établi par Dieu et aux prescriptions canoniques.
« L'instruction à tous les degrés se modèlera sur les principes de l'Église catholique. Les évoques auront seuls le droit de désigner les livres dont on devra faire usage pour l'enseignement des sciences ecclésiastiques et de celles qui intéressent la foi ou les mœurs. De plus, ils exerceront avec une pleine liberté le droit qui leur appartient de proscrire les livres contraires à la religion et à la morale. Le gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour empêcher Tintroduction de pareils livres dans la république. Quant à l'université, aux collèges, aux écoles primaires, les évoques, investis par Dieu du droit de veiller sur la doctrine et les bonnes mœurs, en auront la haute inspection.
« Le souverain pontife ayant juridiction dans toute l'Église, évèques et fidèles pourront communiquer librement avec lui, sans que les lettres ou rescrits pontificaux soient soumis à YExequatiir du pouvoir civil. Les évêques jouiront d'une pleine liberté dans l'administration de leur diocèse, ainsi que dans la convocation ou la célébration des synodes provinciaux ou diocésains.
« L'Église exercera sans entrave son droit de posséder et d'administrer ses biens. Le for ecclésiastique sera rétabli dans son intégrité. Les causes des clercs seront dévolues à l'autorité ecclésiastique, sans qu'on puisse en appeler aux tribunaux séculiers. Les
appels comme d'abus sont et demeurent supprimés.
« L'Église accorde au président de la république le droit de présentation aux évêchés et aux cures. Les évoques désigneront au président trois candidats parmi lesquels il devra faire son choix dans un délai de trois mois; passé ce temps, la nomination appartiendra au Saint-Siège ^ »
Enfin, après quelques dispositions relatives aux besoins spéciaux de l'Equateur, le concordat portait ce dernier article : « La loi du patronat est et demeure supprimée ». Comme Jésus-Christ, l'Église de l'Equateur ressuscitait, débarrassée de ses gardes, de ses liens et du suaire dont on l'avait enveloppée. II ne faudra pas trop s'étonner du cri de rage que va pousser Satan, ni des efforts désespérés que feront les suppôts de la Révolution pour recoucher l'Église dans son sépulcre.
Les articles du concordat ainsi déterminés, l'échange définitif des signatures devait avoir lieu à Quito. Pie IX y envoya un délégué apostolique pour représenter le Saint-Siège. Ce prélat, Mgr Tavani, était porteur d'une lettre autographe de Sa Sainteté. Pie IX y félicitait Garcia Moreno « de sa piété profonde envers le Saint- Siège, de son zèle ardent pour les intérêts de TÉglise catholique, et l'exhortait à favoriser de toutes ses forces la pleine liberté de cette épousé du Christ, ainsi que la diffusion de ses divins enseignements, sur lesquels reposent la paix et la félicité des peuples. » Quant au délégat, en remettant ses lettres de créance, il s'applaudit de la noble mission qui lui était confiée. « Le concordat, dit-il, allait fournir au monde une nouvelle démonstration de l'unité catholique, du soutien mutuel que doivent se prêter la tiare et l'épée, et des liens indestructibles qui unissent la Rome éternelle à la terre privilégiée de TÉquateur. »