Santa-Fé de Bogota, capitale de la Nouvelle-Grenade
clamé la dictature et donné le signal d'une atroce persécution contre TÉglise, Arbodela se jeta dans la province du Cauca pour organiser la résistance au sein de ces populations sincèrement catholiques. Tout TÉquateur, Garcia Moreno en tête, faisait des vœux pour son triomphe, quand un incident malheureux vint mettre aux prises ces deux hommes si bien faits pour s'entendre.
Le 19 juin 1862, un bataillon d'Arboleda, à la poursuite d'une bande de Mosquerisles, ayant franchi le Rio Carchi, limite des deux États, blessa gravement le représentant de rÉquateur accouru pour s'opposer à cette violation du territoire ; dans son emportement il chargea même la miUce qui lui barrait le passage. Il n'en fallait pas tant pour révolter Garcia Moreno, susceptible au dernier degré quand l'honneur national était en jeu. Quatre jours après l'échauffourée du Carchi, il expédia au gouvernement d'Arboleda, établi à Pasto, cette dépêche indignée, violente même si Ton considère qu'elle s'adresse à un ami politique, et à l'occasion d'un fait absolument involontaire de sa part.
« Le 19 du présent mois vers lé soir, quatre cents hommes de vos troupes ont passé le Carchi et se sont avancés à une lieue de la frontière sur le territoire de la République. Après ce premier délit, continuant leurs démonstrations hostiles, ils ont fait feu sur la garnison équatorienne, et blessé le commandant qui leur reprocliait à bon droit l'acte outrageant dont ils se rendaient coupables. Comme il n'y a point actuellement dans la •Nouvelle-Grenade de gouvernement général avec qui l'on puisse traiter, le président de la République exige de vous une prompte satisfaction pour l'injure faite au pays par cette violation du territoire et les délits qui l'ont accompagnée. En réparation de l'oflFense, il demande la destitution du colonel Erazo, chef de rexpédition, et
la remise entre nos mains du major Rosero qui blessa le commandant militaire de la frontière. Le délit ayant été commis sur notre territoire, l'extradition est de droit en vertu du traité de 1856. Cette satisfaction, le gouvernement espère l'obtenir complète, et dans les quarantehuit heures : autrement il se verra forcé, bien qu'à son grand regret, d'employer les moyens nécessaires pour faire respecter ses droits *. »
Pour corroborer sa juste mais sévère réclamation, il expédiait en même temps à la frontière une divisiou de gardes nationaux et quelques centaines de vétérans, le tout commandé par le colonel Salvador, (( non point, disait-il, dans une circulaire au corps diplomatique, pour intervenir en faveur de l'une ou de l'autre des parties belligérantes, mais pour assurer le respect et l'intégrité du territoire ».
Aussi fier que Garcia Moreno, Arboleda plaida les circonstances atténuantes, et finalement refusa la satisfaction demandée. « Le colonel Erazo, dont on exigeait la destitution, combattait sur un autre point du territoire pendant que le détachement en question passait la frontière : il n'avait donc point à répondre du délit. Quant au délit lui-même, commis malgré les recommandations souvent répétées des autorités supérieures, il s'expliquait par la précipitation et l'emportement d'une bande furieuse, inconsciente de ses actes. C'était aussi sans préméditation que le major Rosero avait blessé le chef militaire de l'Equateur, et partant, aux termes du traité, il échappait à l'extradition. On espérait que ces explications paraîtraient satisfaisantes. »
Garcia Moreno les trouva simplement dérisoires. U répondit avec sa logique de fer « que si le colonel Erazo n'avait point passé le Carchi, il demandait la destitu-