‹ Garcia MorenoChapitre 86 sur 183 · LE CONGRÈS DE · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS DE

Aux termes de la constitution, le congrès devait ouvrir ses sessions au mois d'août 1863. A TÉquateur, comme en général dans les républiques américaines, les législateurs ne se réunissent que tous les deux ans et pour un temps limité, moins nuisibles en cela que les nôtres dont toute l'année se passe à légiférer. Toyrmenté déjà par le congrès de 1861, alors que ses membres professaient une commune admiration pour le sauveur du pays, Garcia Moreno avait tout à craindre des nouveaux représentants, presque tous élus sous Finfluence des coteries libérales ou de la Révolution cosmopolite. Depuis dix-huit mois, en effet, les journaux se répandaient en injures contre Fhomme néfaste qui, non content de violer les lois et de terroriser le pays, avait ruiné les finances par des entreprises insensées, souillé à Tulcan la gloire de TÉquateur, ameuté l'Amérique entière contre lui et contre le peuple solidaire de sa désastreuse politique, et finalement imposé, sans attendre la ratification des chambres, un odieux et intolérable concordat, véritable défi porté à notre siècle de libéralisme et de progrès.

Sur ce dernier grief, les accusations ne tarissaient

pas. La fameuse question de protectorat français s'effaçait elle-même devant Tinféodation de l'Equateur à la curie romaine. Quand les peuples tendaient à biffer de leur législation les derniers vestiges des lois canoniques pour arriver graduellement à la séparation complète de l'Église et de l'État, Garcia Moreno n'avait pas rougi de répudier l'antique loi du patronat, ce glorieux héritage de la défunte Colombie, pour mettre son pays sous le vasselage de Rome ! Les droits imprescriptibles du pouvoir civil avaient été sacrifiés, les nonces et les visitçurs apostoliques imposés aux évoques, prêtres et religieux, pour les tyranniser sous le spécieux prétexte de réformer une Église toujours sainte et sans tache. Les pauvres moines originaires du pays, victimes de ces pachas italiens ou des tribunaux ecclésiastiques à leur dévotion, sans recours possible à l'autorité séculière, étaient traités comme des hérétiques, des renégats ou des gens de mauvaises mœurs, privés de leurs biens, chassés de leurs couvents et réduits à demander des lettres de sécularisation, pour faire place à des religieux étrangers, que le président attirait de toutes les parties du monde ! Le principal instigateur du tapage était le fameux Pedro Carbo, Tennemi acharné de Garcia Moreno.

Aux ennemis de l'Église hurlant contre la restauration de ses droits sacrés se joignaient certains catholiques piqués de la tarentule libérale. La Révolution a tellement brouillé les idées, même dans les meilleures têtes, que le fait de rendre à l'Église son inaliénable liberté sera presque toujours considéré comme une usurpation sur les droits du pouvoir civil. Du reste, nos pères ne se battaient-ils pas pour défendre contre l'Église les quatre articles de 1682, déclarés libertés gallicanes? De nos jours, malgré la définition dogmatique du dernier concile, n'a-t-on pas rejeté l'infaillibilité

îale comme inconciliable avec les droits < ices? Et ne trouverait-on pas en France ( j catholiques ou prétendus tels pour soutenir q icles organiques ne violent en rien la liberté I? La levée de boucliers contre un concori laque article brise une des chaînes de cette Égl icrien qui doive nous étonner, î opposition générale et violente des classes di s eut pour effet naturel de tromper le peu[ intend rien à ces sortes de questions. Grâce î lations de chrétiens qu'il estimait, de prêtres de religieux dont il respectait le caractère sac jteurs en vinrent à regarder le concordat com ilamité publique, une boite de Pandore que, d ^t même de Garcia Moreno, il fallait au plus ^ * de rÉquateur : aussi envoyèrent-ils au congi rande majorité d'anticoncordataires, la pluf is acharnés du président. C'est à peine si, d jx chambres, il comptait une dizaine de rep ts franchement dévoués à sa politique.

? peindre son isolement à ce moment critique il nous suffira de préi^enter aux lecteurs le Borrero, un des membres les plus intelligents igrès, le futur successeur, pour son malheui ie riCtat, du président Garcia Moreno. Comme mage jouera un rôle assez important dans a e, il importe de le faire connaître dès aujc

)nio Borrero, de Cuenca, avocat, publiciste ( , catholique sincère, vieil ami de Garcia More avoir combattu avec lui dans les congrès de 1 1858, l'avait soutenu de sa plume durant la li [ue de 1859, et défendu depuis lors contre *eux et perfides ennemis. Naguère encore, à j a protectorat français, non content de réfi

brillamment les stupides inventions des journaux péruviens, il ajoutait à la louange de Garcia Moreno : « Ils nous représentent comme un peuple d'idiots, abrutis sous le fouet d'un despote. La vérité, c'est que notre administration, juste et légale, n'a rien à craindre de ces diffamateurs sans conscience, sans honneur et sans foi, et nous n'avons qu'à mépriser leurs attaques. Folliculaires du Pérou, sans vous et malgré vous, nous avons une constitution, des lois, et des magistrats pour les faire respecter. La liberté chez nous a pour sauvegarde la loi. Le propriétaire dort tranquille, sans crainte de se réveiller aux cris d'une vile soldatesque. Chez nous, l'homme de bien est considéré, le pervers châtié. Le gouvernement jouit du crédit à l'extérieur, travaille pour le bien commun et peut compter sur l'amour et l'appui de fous les bons patriotes qui, au besoin, offriront leur fortune et même leur vie, pour sauver leurs institutions. Aujourd'hui nous avons des chemins et des ponts qui relient nos montagnes; les cités sont dans la joie, les campagnes nous apportent les fruits de leurs travaux; le chef de l'État, à force de désintéressement et de patriotisme, élève des monuments qui passeront à la postérité ^ »

Garcia Moreno comptait sur Borrero comme sur un ami de vingt ans, dont il estimait les talents, la science et le caractère. En 1861, il le priait avec instance d'accepter un ministère : « Ne refusez point par humilité, disait-il; je connais les hommes, et je vous dis sans flatterie que vous êtes de ceux qu'on ne remplace pas. Si vous m'objectez votre manque d'expérience dans le maniement des affaires, je vous dirai que nous en sommes tous là, sans excepter nos devanciers. Du reste, un homme d'intelligence, de probité et de patriotisme

I. Centinein, 186*2, journal do Borrero, cité par la CivUizacion catoUca. N'> 4.

comme vous, acquiert vite de Texpérience tandis que d'autres ne profitent que tard ou jamais ^

Or, à Tépoque où nous sommes arrivés, 4 janvier 1863, Garcia Moreno proposa Borrero comme candidat officiel à la vice-présidence de la République. Une circulaire adressée aux gouverneurs des provinces s'exprimait ainsi : « Convaincu de importance d'un bon choix pour la vice-présidence, le gouvernement croit de son devoir d'intervenir dans la prochaine élection, non d'une manière hypocrite et sournoise, mais avec la franchise qui convient aux gouvernements honnêtes. Sans prétendre en aucune manière imposer sa volonté ni amoindrir la liberté de l'élection, le gouvernement propose le D' A. Borrero comme le citoyen le plus apte à remplir, dans l'intérêt de la patrie, ces délicates et difficiles fonctions. Désintéressement et patriotisme» instruction éminente, caractère honnête et ferme, morale rigide et pure, telles sont les qualités qui le recommandent aux électeurs. Libres, comme les simples particuliers, de voter à leur gré, le gouvernement ne demande aux employés que de ne pas combattre son candidat, ce qui constituerait une véritable trahison. 11 espère qu'ils travailleront d'une manière active à cette élection, en n'employant toutefois que des moyens compatibles avec la liberté, la justice et l'honneur '-. »

Au lieu de réclamer contre sa canditature, prônée par tous les journaux conservateurs, Borrero déclara dans sa Centinela que ce titre de candidat officiel lui imposait le devoir de rester neutre dans l'élection. Il était décidé à accepter la vice-présidence si la majorité prononçait en sa faveur; mais, dans l'intervalle la publication du concordat étant survenue, le catholique

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