‹ Garcia MorenoChapitre 88 sur 183 · Cenlinela, n · texte numérisé non relu

Cenlinela, n

quelle était Tanimosité des membres du congrès con le président et leur volonté bien arrêtée d'imposer vive force l'annulation ou tout au moins la réforme concordat.

De son côté, Garcia Moreno, décidé à lutter con les prétentions du congrès, résolut de donner sa dén sion plutôt que de laisser entamer un traité qu'il reg dait à bon droit comme le salut du pays. Son messi aux deux chambres, très net et très ferme, avait le ractère d'un véritable ultimatum. Rendant compte sa gestion avec une franchise qu'on ne rencontre toujours dans ces sortes d'exposés, il avouait que démêlés avec le Pérou, en Tobligeant à de grands an nïents, avaient singulièrement obéré le trésor. D l'aflaii^e de Tulcan, « attaqué sans déclaration de guei il s'était trouvé dans l'alternative ou de mettre bas ai^mes, ou de succomber, comme il l'avait fait, affrontant seul les bataillons ennemis. En ce mouK il entretenait des relations amicales avec toutes puissances, même avec les États de Colombie. In dernièrement par le président Mosquera à une entre sur les bords du Carchi, il avait accepté Tinvitati mais en déclarant absolument impossible toute fus de l'Equateur avec la Colombie. Les réformes religi ses et politiques introduites en ce pays n'étaient pas nature à combler le Carchi mais plutôt à l'élargir, qui bien même la constitution et l'opinion n'opposerai point à cette union des barrières insurmontables. A 1 térieur, « malgré les efforts désespérés d'une facl turbulente et immorale pour troubler l'ordre établi avait pu réaliser des progrès considérables, exéci près de cinquante kilomètres de la grande voie cari sable, construire des collèges et des écoles, introdi des ordres religieux enseignants, et surtout concl un concordat destinée produire dans le pays une v

table restauration morale , qui serait elle-même la source de tous les progrès. »

Le grand mot lâché, sénateurs et députés se demandaient si le président aurait Taudace d'engager la lutte : ils surent bientôt à quel homme ils avaient affaire. « A quoi serviraient les progrès matériels ou scientifiques, continuait le message, si la moralité publique, Ame et vie de la société, tombe dans une décadence irrémédiable? L'absence de moralité, c'est partout la ruine, mais spécialement dans un État républicain, où la fragilité des institutions, l'instabilité du gouvernement et la fréquence des révolutions mettent à chaque instant la société sans défense à la merci de passions sans frein. Or, comment réformer la moralité d'un peuple si le clergé, du moins une notable partie de ses membres, oublie sa mission évangélique? Et comment réformer le clergé, si Ton ne restitue à l'Église sa liberté d'action et l'indépendance dont l'a dotée son divin fondateur? Le gouvernement catholique d'un peuple catholique a donc rempli son devoir en s'adressant au Saint-Siège pour lui exposer la situation lamentable dans laquelle se trouve l'Equateur par suite de la servitude de l'Église, et le conjurer en même temps d'appliquer à de si grands maux le remède convenable. Le remède, c'est le concordat stipulant la liberté de l'Église^ et la Légation apostolique chargée d'exécuter la réforme. En vertu de l'autorisation que m'a donnée la convention de 1861, j'ai promulgué solennellement, après échange de ratification, le traité conclu avec le Saint-Siège.

« Il n'est pas étonnant qu'un acte aussi transcendant ait rencontré des contradicteurs acharnés. L'esprit de parti , les tendances irréligieuses et démagogiques, la longue persistance des abus et de la routine, les habitudes d'une vie scandaleuse, expliquent cette horreur

d'une Église libre et pure. Afia de colorer cette opposition inavouable, on a mis en avant des difficultés inhérentes à toute réforme, et surtout la nécessité d une approbation législative pour donner force de loi au concordat. »

Le terrain devenait brûlant, car ceux qui déclaraient le concordat impossible et inconstitutionnel se trouvaient devant lui, pleins de discours élaborés depuis trois mois. En quelques mots, il pulvérisa l'objection qu'il venait de soulever.

<( Si l'exécution des lois concordataires offre des difficultés non prévues, nul doute que l'Église et le gouvernement ne les résolvent d'un commun accord; mais, en aucun cas, vous ne pouvez invalider le concordat : libre à vous de désapprouver le gouvernement qui Ta conclu, mais non d'infirmer un traité ratifié et promulgué par lui en vertu d'une autorisation expresse du pouvoir constituant. Si l'on m'objecte que la constitution elle-même interdit la délégation du pouvoir législatif, je réponds en distinguant l'autorisation de la délégation, comme on l'a toujours fait dans nos républiques. En 1858, le congrès de la Nouvelle-Grenade autorisa le président à conclure et à ratifier un traité avec les États-Unis; Rocafuerte édicta le règlement actuel de l'instruction publique, en vertu d'une autorisation que lui donna le congrès de 1837. Les diverses autorisations données par le congrès de 1861 sont du même genre.

(c Enfin, supposé même que l'autorisation soit nulle et de nul effet, le concordat reste debout comme tout contrat public émanant d'un gouvernement légitime. Évidemment en ce cas, ma responsabilité grandirait, mais la force obligatoire du traité ratifié n'en serait pas amoindrie : car, d'après les principes de la jurisprudence internationale, le gouvernement seul représente la na-

don dans ses relations avec les puissances étrangères. C'est en vertu de ce principe que notre traité de 184.0 avec la mère-patrie nous lie et nous liera toujours, bien que la législature de 1841, dissoute prématurément, n'ait pu ni l'examiner, ni Tapprouver.

« Je conclus que toute attaque contre le concordat entraînerait le déshonneur du pays. D'ailleurs, ni vous ni moi ne permettrions que l'Église retombe dans les fers, c'est-à-dire que, la religion et la morale ruinées, le clergé perdu à jamais, la république s'eflbndre dans un épouvantable désastre.

« Si donc la conduite du gouvernement mérite votre approbation ; si vous Taidez à sortir de la crise financière aussi bien qu'à réformer nos lois anarchiques en matière d'élection, d'instruction publique, d'organisation municipale et judiciaire; si vous donnez au pouvoir les forces nécessaires pour avancer dans la voie du progrès et réprimer les fauteurs de désordre, je réponds qu'avant peu, grâce à la protection divine, aux loyales sympathies du peuple et de l'armée, le gouvernement tirera l'Equateur de l'état de prostration dans lequel il Ta trouvé. Dans ce cas, mon mandat terminé, jedesceudrai du fauteuil avec la conscience d'avoir travaillé sans relâche au bien de ma patrie; si, au contraire, la majorité du congrès , me retirant son appui, censure les actes de mon administration, je quitterai immédiatement le pouvoir, en priant la divine Providence de susciter un magistrat assez heureux pour assurer le repos et l'avenir de la république. »

Ce message fut accueilli plus que froidement par les deux chambres. La démission, qui paraissait la finale obligée de ce conflit, n'aurait pas trop déplu à la majorité sans les sourds grondements qui annonçaient un orage du côté de la Nouvelle-Grenade. Dans ces conjonctures, se débarrasser de Garcia Moreno, c'était livrer

le pays à Mosquera qui arrivait, comme Mahomet, Coran d'une main et le cimeterre de l'autre. Au de coups de massue, on se borna donc à des piq d'épingle. Dans une adiesse tant soit peu sournoise sénat se montra très affecte d'apprendre « que les paratifs de guerre contre le Pérou avaient rompu quilibre entre les recettes et les dépenses, surtout d'autres démêlés internationaux avaient amené d( nestes résultats. » Après une allusion assez piquan l'échauffourée de Tulcan, le sénat déplorait amèrei le mauvais état des finances : « Les revenus de 1': disait-il, constituent l'élément principal de richess de prospérité auquel tous les peuples aspirent ; si quatcur manque de fonds nécessaires, non seulei pour réaliser un progrès quelconque, mais pour su aux besoins de chaque jour, la vie publique se tn évidemment, sous ce rapport, dans un état pitoyabl Rien de plus évident, en effet, et Joseph Prudhoi n'eût pas mieux dit; mais à qui la faute? Ces lég teurs, qui jamais n'ont eu de finances, n'insinuerai ils pas que leur indigence date de Garcia Moreno? N moins le sénat rendait hommage « aux améliorai introduites dans l'état matériel et moral du pays, g au zèle, à l'activité, non moins qu'à la louable abn tion du président; il espérait le voir appuyer de autorité les dispositions législatives destinées à proc le vrai bien de la nation *. »

Plus agressifs que leurs collègues du sénat, les de tés tinrent à faire acte d'impolitesse. En parlant message présidentiel, l'adresse s'exprimait en ces mes, consacrés par l'usage : « Vous avez daigné i transmettre ; » le sévère Borrero fit remarquer q chef d'État a le devoù' strict de rendre ses compt

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