‹ Garcia Moreno, héros martyr. Édition abrégéeChapitre 13 sur 36 · LE DRAME DE RIOBAMBA · texte numérisé non relu

LE DRAME DE RIOBAMBA

L’Équateur était délivré des deux « jumeaux », mais à ses flancs restait attaché le sauvage Franco, le dernier survivant de l’infàme triumvirat, le traître qui ne rougissait pas de s’appuyer sur l’invasion étrangère pour accaparer le pouvoir suprême. Il s’agissait maintenant pour Garcia Moreno de l’envoyer rejoindre ses deux compagnons, projet éminemment patriotique, mais de tout point irréalisable si l’on considère les forces respectives des deux partis au moment de la révolution de septembre.

Le gouvernement provisoire représentait presque toute la nation. Les provinces d'Imbabura, de Pichincha, du Chimborazo, s’étaient dès l’abord prononcées en sa faveur; Cuenca fit acte d’adhésion immédiatement après le départ d’Urbina. Sauf trois cents hommes ralliés au parti de Franco, les troupes du despote prirent fait et cause pour le gouvernemeni de Quito. Même dans la province de Guayaquil, la majorité n’hésitait point à adhérer par des protestations publiques au pronunciamento de septembre* A ne considérer que la volonté populaire, Garcia Moreno qt ses collègues avaient pour eux le droit ; mais comment vaincre et désarmer l’usurpateur ? Avec la petite armée de Carvajal et les bataillons indisciplinés d’Urbina, sans arsenaux, sans approvisionnements, quel moyen de tenir tête aux soldats de Franco, appuyés par cinq ou six mille péruviens et les canons de l’escadre qui bloquait Guayaquil ?

Garcia Moreno embrassa d’un coup d'œil toutes ces difficultés, et, néanmoins, déclara résolûment qu’il ne se donnerait pas une minute de repos avant d’avoir assuré le triomphe

— lit —

complet de la nation. Il lui faudrait jouer tous les rôles, se faire recruteur, instructeur, ingénieur, diplomate, général, chef d’Etat, mais il sentait en lui ce génie universel qui suffit â toutes les nécessités.

L’expérience de Tumbuco lui avait appris que la bravoure est impuissante contre le nombre et la tactique. Point de victoire sans une armée régulière, armée qui n’existait pas même à l’état d’embryon. Il commença par envoyer au camp de Guaranda des recrues destinées à former le noyau des troupes libératrices. Les bataillons d’Urbina, sur lesquels il comptait moins, restèrent en réserve à Riobamba, Il fit ensuite un appel chaleureux aux volontaires, qui accoururent de toutes les provinces pour contribuer au salut de la nation. Des officiers dévoués les exercèrent aux manœuvres militaires, souvent sous les yeux de Garcia Moreno qui, présent partout, inspirait à tous le courage, l’esprit d’ordre et de discipline.

La difficulté n’était pas tant de recruter des soldats que de les empêcher de déserter. Les jeunes gens arrivaient de tous côtés, et l'effectif des compagnies diminuait au lieu d’augmenter. Pour couper le mal dans sa racine, Garcia Moreno crut devoir recourir aux grands moyens : il annonça dans les casernes que dorénavant tout déserteur serait immédiatement fusillé. On s’imagina que c’était une vaine menace, et cette nuit-là même plusieurs recrues prirent la fuite. Trois furent saisis, jugés et fusillés sans misérioorde. A partir de ce moment, les chefs n e constatèrent plus une seule désertion. Mais comment créer des ressources pour l’entretien de cette armée ? Où trouver, dans ce pays épuisé, de l’argent, des vivres, des chevaux, des approvisionnements de toute espèce ? Il mit à contribution la bonne volonté de tous. Ce qu’il ne put obtenir du libre sacrifice, il l’exigea par des réquisitions et des impôts répartis avec justice et impartialité. Ses ennemis les plus acharnés n’osèrent jamais articuler à ce sujet une plainte contre lui.

La question en apparence insoluble était celle de l’armement. Fusils, cano ns, munitions se trouvaient aux mains de Franco, qui se disposait à les braquer contre le gouvernement provisoire. Et comme on ne pouvait espérer auc un se-

cours de l’étranger, il ? eosuivait que pour avoir des armes, il fallait en créer sur place. Garcia Moreno ne recula pas devant cette extrémité. A quatre lieues de là capitale, dans l’hacienda de Chillo, propriété d’un de ses intimes amiâl, existait une grande manufacture de coton: il en fit une fabrique d’armes. Par ses soins les vieux canons, les fusils hors de service trouvés dans les arsenaux de Quito, et d’autres qu’il réussit à introduire dans le pays, furent transportés dans ce chantier improvisé, où à force de recherches et de combinaisons, il parvint à les transformer et à leur donner la justesse et la sûreté de nos meilleurs produits. De là sortirent les boulets, les obus, la poudre et autres munitions dont on fit usage pendant cette guerre ; de là les lances dont furent armées les jeunes recrues. Mais que de travaux et d’études pour établir ses calculs avec la précision mathématique exigée en pareille matière, renseigner les ouvriers sur chaque branche de leur art, surveiller même en détail chacune de leurs opérations ! Le jour, on le voyait partout donnant ses ordres ; le soir, au milieu des livres, la tête dans les mains, il cherchait la solution d’un problème ou d’une difficulté. Souvent il devait interrompre les calculs les plus compliqués pour traiter une affaire urgente ou entreprendre un long voyage. Doué d’une activité prodigieuse et d’une santé de fer, il suffisait à toutes ces besognes.

Jamais il n'abandonna pendant la durée de cette guerre les travaux de Chillo, les regardant à bon droit comme les plus nécessaires. Un jour qu’il revenait deGuayaquil à marches forcées, on lui annonça qu’ils étaient suspendus. Immédiatement il se mit en route au milieu des ténèbres, fit à cheval les quatre lieues qui séparent la capitale de Chillo, et ne consentit à prendre un peu de repos qu’après avoir vu les ouvriers à la besogne. Dans une autre circonstance, après une course non interrompue de quarante-huit heurés à travers les montagnes, il arriva au milieu des ouvriers tellement accablé de lassitude et de sommeil qu’il s’endormit en descendant de cheval et ne se réveilla que fort longtemps après. « Je puis tout dominer, disait-il, même la faim; mais

*M. Juan Aguirre.

le sommeil, je ne puis le vaincre. » Il le regrettait amèrement, car la journée lui paraissait de beaucoup trop courte pour toutes les tâches si importantes et si disparates que la force des choses lui mettait sur les bras.

Cependant, tout en se préparant à la guerre, Garcia Moreno ne désespérait point encore d’arriver à un arrangement pacifique. Dans les premiers jours d’octobre, c’est-rà-dire un mois après la chute des dictateurs, il se rendit à Payta, où se trouvait l’escadre péruvienne : Là, dans une dernière entrevue avec Castilla, il lui remit sous les yeux sa proclamation dans laquelle il affirmait n’avoir point pris les armes contre le peuple équatorien mais contre ses oppresseurs. En supposant cette parole sincère, les hostilités n’avaient plus de raison d’être Après la disparition de Roblez et d’Urbina. Poussé dans ses derniers retranchements, Castilla démasqua ses batteries et demanda formellement, comme condition du retrait des troupes, la cession du territoire en litige. Indigné d’une contjuite aussi déloyale, Garcia Moreno répondit que jamais le gouvernement de Quito, le seul gouvernement de l’Équateur, n’accepterait une proposition absolument contraire à la justice et à l’honneur national. Alors, en vrai chevalier qui met sous le pied toute répugnance quand le salut de la patrie est en jeu, il condescendit à s’aboucher avec le traître Franco pour [lui proposer une dernière fois d’unir leurs forces contre l’ennemi commun. Il lui montra la tache indélébile dont il allait souiller son nom s’il acceptait le démembrement du territoire, et, afin de lui prouver son absolu désintéressement, offrit de donner à l’instant sa démission pour introduire dans le gouvernement provisoire un membre de celui de Guayaquil et céder à Franco le titre de général en chef de l’armée. Ainsi s’éteindraient les divisions des équatoriens, qui tourneraient leurs armes contre l’étranger au lieu de s’égorger dans ces luttes fratricides. Ne pouvant opposer à ce noble langage aucune raison spécieuse, Franco se tira d’affaire en feignant d’accepter ce compromis ; mais Garcia Moreno déjoua sa ruse en lui proposant d’amener i m médiatement des renforts à Guayaquil pour commencer les hostilités contre Castilla. Pris dans ses filets, Franco refusa net et rompit la conférence.

Après avoir ainsi passé tout le mois d’octobre en négociations infructueuses, Garcia Moreno reprit la route de Quito, avec l’intention de visiter les troupes échelonnées sur son passage. Il apprit dans son voyage à mieux connaître les moyens que ne rougissent pas d’employer les politiques peu scrupuleux pour se débarrasser d’un ennemi gênant. A peine avait-il quitté Guayaquil, que des scélérats, armés de poignards et de révolvers, s’élancèrent à sa poursuite. Ils croyaient l’atteindre facilement, mais il trompa leurs prévisions par sa manière extraordinaire de voyager. 11 franchissait en effet les étrpits défilés des montagnes, leurs escarpements tortueux et presque impraticables, avec une telle célérité que personne ne pouvait le suivre. Grâce à cette course furibonde, les assassins apprirent à chaque station qu’il gagnait du terrain sur eux et renoncèrent à leur criminel projet. Mais, à peine échappé aux sicaires, le fugitif tomba dans une embuscade plus dangereuse encore, où son âme héroïque dut déployep toute son énergie. Malgré les invraisemblables péripéties de cp drame tant soit peu romanesque, nos lecteurs sont priés de croire à la parfaite exactitude de notre récit.

Après la fuite d’Urbina, les troupes, en grande majorité rattachées au gouvernement de Quito, se trouvaient, comme nous l’avons dit, câsernées à Riobamba. Tout naturellement Franco, pour amoindrir les forces du gouvernement provisoire, entreprit de gagner à sa cause ces vétérans d’Urbina et de Roblez, dont il connaissait mieux que tout autre l’esprit d’indiscipline et de violence. Ayant parmi leurs Officiers des amis d’ancienne date, il ne lui fût pas difficile d’entretenir des intelligences avec eux et de semer ainsi au milieu des régiments des germes de discorde et de rébellion. On en a la preuve écrite 1 , Franco et même Castilla étaient renseignés avant l’évènement sur les troubles future de Riobamba, ce qui prouve évidemment leur complicité.

Quoi qu’il en soit, après avoir visité les troupes campées à Guaranda, Garcia Moreno arrivait, le 7 novembre, à Riobamba, avec l’intention de s’y reposer quelques jours de ses

« Voyez El Primera de Mayo, n° 8 : Documenios importantes.

Vue de Riobamba

travaux et de ses courses. Voilà qu’en pleine nuit, au bruit des cris tumultueux, ses serviteurs eflarés se précipitent dans sa chambre et le réveillent en sursaut, lui annonçant que les casernes mutinées sont en pleine insurrection ; les soldats ameutés se plaignent d’être mal nourris, mal vêtus, et de ne pas recevoir leur solde ; les chefs déclament avec fureur contre le gouvernement provisoire, en particulier contre le chef suprême ; les têtes sont tellement échauffées qu’on peut craindre les plus grands malheurs. Calme et silencieux, Garcia Moreno réfléchissait aux moyens d’étouffer cette sédition, lorsque le commandant Cavero se présente avec l’arrogance d’un révolté, et lui intime l’ordre de renoncer au mandat qu’il a reçu du peuple. — « Jamais ! » lui répond fièrement Garcia Moreno. Et comme le commandant se permettait de le menacer : — « Assez ! s’écrie-t-il, vous pouvez briser ma vie, mais aucun de vous n’est assez fort pour briser ma volonté. » Sur un signe de Cavero, le capitaine Palacios; désigné pour une telle besogne par ses tristes antécédents, arrêta l’intrépide représentant du pouvoir et le jeta en prison, en lui signifiant que s’il persistait dans sa résolution, le lendemain serait son dernier jour.

Débarrassés de leur chef, officiers et soldats se répandirent dans les divers quartiers de la ville pour se livrer au pillage, à l’ivrognerie et à la débauche, selon leurs vieilles habitudes. Seules quelques sentinelles de faction à la porte du cachot se désolaient de ne pouvoir prendre part au sac de la cité. Un gardien veillait dans une chambre attenante à celle du prisonnier. La première pensée de Garcia Moreno fut de recommander son âme à Dieu, n’ignorant pas que ces brigands étaient hommes à l’assassiner sans miséricorde ; puis, avec un admirable sang-froid, il s’occupa tranquillement des moyens de prolonger une vie qu’il n’estimait pas inutile à la patrie. D’une lucarne donnant sur la rue, on voyait les gardes, l'air assez maussade, suivre de l’œil leurs compagnons plus heureux ; d’où le prisonnier conjectura que l’instinct triomphant de la consigne, ils ne tarderaient pas à déserter le poste pour se gorger avec les autres de liqueurs et de butin. En ce moment, le serviteur d’un de ses amis fidèles ayant obtenu sous un prétexté quelconque la faveur de l’entretenir

un instant, lui fit observer qu’il était facile d’escalader le mur de sa prison, après avoir descellé les barreaux d’une fenêtre. Une fois libre, il trouverait à la porte de la ville un cheval tout sellé pour fuir. — « Dites à votre maître, répondit le prisonnier, que je sortirai d’ici, non par la fenêtre, mais par où je suis entré. »

Ses prévisions se réalisèrent de point en point. Les gardes disparurent les uns après les autres, abandonnant toute surveillance à la sentinelle de l’intérieur. Après quelques instants de réflexion, Garcia Moreno s’approche de cet unique gardien et lui dit d’un ton de maître, ou plutôt déjugé : — « A qui donc as- tu fait serment de fidélité ? — Au chef de l’État, répond le soldat tremblant. — Le chef légitime de l’État, c’est moi : tu me dois donc obéissance et fidélité ; tes officiers sont des rebelles et des parjures. N’as-tu pas honte de leur prêter main-forte et de trahir ainsi ton Dieu et ta patrie? » Le soldat effrayé tombe à genoux et demande gr&ce : « Je te ferai grâce, si tu veux m’obéir et accomplir ton devoir. »

Quelques instants plus tard, avec l’aide de ce brave militaire, il avait franchi les portes de la prison. Accompagné d’un fidèle général, il sortait de Riobamba et s’élançait à bride abattue sur la route de Calpi, où il avait donné l’ordre à ses partisans les plus résolus de le rejoindre sans délai.

Après cette étrange aventure, voyant le terrain s’effondrer partout sous ses pas, va-t-il désespérer du succès et abandonner la partie ? Le croire ce serait méconnaître l’homme qui ne connut jamais d’obstacle, parce que jamais il ne recula devant la mort. Une heure après sa sortie de Riobamba, il se trouvait à Calpi avec quatorze braves, accourus pour se mettre à sa disposition et décidés à le suivre partout où il les conduirait. Sans leur laisser le temps de réfléchir, il leur suggère l’étrange idée de reprendre à l’heure même le chemin de Riobamba, pour ressaisir le commandement des troupes mutinées et châtier les principaux rebelles. Tous l’approuvent, et la petite troupe se met en marche, comptant pour l’exécution du projet, sur l’audace bien connue de son chef. A leur entrée dans la ville, au milieu des maisons saccagées, régnait le ealme plat qui suit une nuit d’orgie. Plusieurs chefs,

chargés de butin, avaient disparu avec leurs compagnies; les autres, parmi lesquels le capitaine Paiacios, le grand fauteur de la rébellion, étaient ivres ou endormis. Sans perdre un instant, Garcia Moreno saisit Paiacios avec les principaux bandits, et les traîne sur la place où il installe un conseil de guerre composé de ses quatorze compagnons à cheval et armés jusqu’aux dents. Paiacios comparaît le premier sans trop se rendre compte, par suite de l’ivresse, de sa terrible position. Condamné à mort, il répond à ses juges par des insolences ; mais bientôt la voix sévère de Garcia Moreno le rappelle à la réalité : « Vous avez une demi-heure pour vous préparer à la mort, s’écria-t-il, pas une minute de plus. *> Un prêtre était là pour réconcilier ces coupables avec Dieu, mais Paiacios refusa son ministère. A l’heure fixée, le bandit tomba sous les balles du peloton d’exécution.

Un autre officier avait subi le même sort, lorsque comparut devant le conseil de guerre un malheureux capitaine qui protestait de son innocence. On avait cru le reconnaître comme un des principaux meneurs de l’insurrection, mais une dame des plus honorables de Riobamba affirma qu’en effet, au lieu d’exciter à la rébellion, cet homme s’était tenu caché dans sa maison. aussi longtemps qu’avait duré le sac de la ville. Implacable devant le crime, mais toujours juste, Garcia Moreno s’en remit au témoignage de cette dame et rendit la liberté au condamné.

Ce coup d’audace terrifia cette soldatesque aussi lâche qu’indisciplinée. En voyant tomber ses chefs, elle comprit qu’elle avait un maître et rentra dans l’ordre. Alors, non content d’avoir éteint le foyer de l’incendie, l’infatigable lutteur résolut de poursuivre les fuyards, afin de les châtier et de les assujettir, eux aussi, au joug de la discipline. Au déclin du jour, il partit avec ses quatorze compagnons renforcés de quelques autres braves, pour donner la chasse au gros de la troupe, qui avait pris la direction deMocha. Arrivés dans cette petite ville à la tombée de la nuit, les brigands s’étaient couchés dans les galeries qui entourent la place, leurs fusils en faisceaux à côté d’eux. Ils dormaient profondément sous la garde des sentinelles placées à toutes les avenues.

L’épée au poing, Garcia Moreno, suivi de ses compagnons.

arriva vers minuit à Mocha. Le temps était pluvieux, les ténèbres assez épaisses. A leur approche soudaine, la sentinelle voulut fuir, mais un coup de baïonnette l’étendit par terre. Surpris dans leur sommeil au milieu de l’obscurité, les bandits se crurent enveloppés par une troupe nombreuse et n’essayèrent pas même de résister. Quelques-uns furent blessés dans la bagarre, d’autres réussirent à s’enfuir, quatre-vingts désarmés et garrottés furent expédiés à Riobamba sous la garde de cinq braves, qui reçurent l’ordre de les fusiller tous à la première tentative de fuite ou de rébellion.

Garcia Moreno se croyait maître du terrain, quand tout à coup on lui signale dans les environs une autre troupe de plusieurs centaines d’hommes. Il lance ses compagnons à leur rencontre ; on se bat avec fureur dans les ténèbres ; plusieurs tombent morts on blessés. — « Rendez-vous, crie Maldonado, au chef de la bande. — Jamais ! répond celui-ci percé d’un coup de lance. — Rendez-vous, brigands, » crie Moreno, à son tour, frappant de son épée à droite et à gauche. Un soldat reconnaît sa voix, le nom de Garcia Moreno vole de bouche en bouche, et l’on reconnaît avec douleur que de part et d’autre on a été victime d’une fatale méprise. Cette troupe, composée non de pillards, mais de soldats fidèles, arrivait d’Ambato pour combattre les insurgés de Riobamba.

Après avoir pleuré la mort du malheureux chef et de ses compagnons, Garcia Moreno, à la tête de ces renforts, continua la poursuite des révoltés, et réussit enfin à en incarcérer trois cents qui, leur peine terminée, furent réincorporés dans l’armée. Les restes insignifiants de ces cohortes prétoriennes, si chères à Urbina et à Roblez, se dispersèrent dans les montagnes pour y vivre en brigands, ce qui n’était pas pour elles changer de métier.

Ainsi se termina cette sombre tragédie qui aurait dû finir par un désastre. Le génie et la valeur d’un seul homme avaient triomphé des traîtres, d’une armée en révolte et de la mauvaise fortune la plus opiniâtre. Brisé de fatigue, mais plus encore de douleur à la pensée de l’anarchie qui désolait son pays, Garcia Moreno revint en toute hâte à Quito, pour activer les préparatifs d’une campagne, désormais inévitable, contre le pseudo-gouvernement de Guayaquil.

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