‹ Garcia Moreno, héros martyr. Édition abrégéeChapitre 30 sur 36 · TRAVAUX ET FINANCES · texte numérisé non relu

TRAVAUX ET FINANCES

C’est un axiome du monde moderne que pour développer les progrès matériels d’une nation, il faut y installer un gouvernement matérialiste, hostile à l’Eglise. Trop mystique, disent-ils, le catholique ne saurait comprendre l’importance du problème économique, ni surtout en trouver la solution. Sous prétexte de sauver votre âme, ils couchent votre corps sur la paille et vous donnent à manger le pain noir d’avant 1789. Mais que répondront les sophistes au fait brutal que nous allons leur mettre sous les yeux ?

L’Equateur avait vécu de tout temps dans la pauvreté. Çà et là on rencontrait bien quelques propriétaires de vastes et riches haciendas, mais on peut dire que la masse du peuple, et même de la bourgeoisie, végétait dans la misère. De ce mal existait certainement une cause naturelle, je veux dire l’indolence des habitants ; mais il faut avouer aussi que jamais gouvernement ne se préoccupa de les stimuler au travail. Espagnols et révolutionnaires avaient rivalisé de zèle pour s’engraisser des sueurs de l’ouvrier, ce qui ne l’engageait guère à faire beaucoup de besogne. Une autre raison pour laquelle l’agriculture et l’industrie, ces deux sources de richesse, ne pouvaient prospérer à l’Equateur, c’était l’absence totale des voies de communication, et par suite l’impossibilité des transports et des échanges. Si l’on se rappelle la topographie du pays, véritable labyrinthe de montagnes reliées l’une à l’autre par des contre-forts puissants au milieu desquels se dessinent des vallées profondes, des précipices, des torrents qui deviennent des fleuves, on comprendra facilement qu’on ait reculé devant la difficulté d’établir sur ce sol tourmenté des chemins carrossables. L’Équatorien voyageait à cheval, et transportait ses marchandises à dos de

mulet ou d’indien. L’ascension de Guayaquil à Quito, par des sentiers impraticables, au milieu d’affreux précipices, passait à bon droit pour une expédition dangereuse 1 . Jamais personne, ni sous le règne des Incas, ni durant les trois siècles de domination espagnole, ni depuis l’avènement des républicains au pouvoir, n’avait rêvé d’ouvrir des chemins et de lancer un véhicule quelconque dans ces fondrières. On entendait parler de diligences, de chemins de fer, de locomotives, comme d’objets étranges que l’Équateur devait se résigner à ne posséder jamais. La simple réparation du pont de Machangara parut une œuvre si merveilleuse qu'Urbina déclara ce pont sans rival dans l’Amérique du Sud 2 .

Par suite de cette situation matérielle, les populations de l’intérieur, emprisonnées dans leurs districts, se trouvaient, durant la saison des pluies, littéralement séquestrées du reste du monde. On ne communiquait avec la côte que par un courrier hebdomadaire, lequel se résignait à franchir les abîmes et les torrents pour gagner Guayaquil. Il est aisé de comprendre que l’agriculture, l’industrie et le commerce sont condamnés à végéter dans une éternelle enfance là où les produits doivent se consommer sur place, faute de moyens de transports. Le commerce extérieur ne montait pas à deux millions de piastres. L’article principal d’exportation, le cacao, se vendait à raison de trois à quatre piastres les cent livres. Il en résultait que, la production excédant de beaucoup la consommation, les terrains restaient incultes. Quant aux petites économies amassées à force de patience et de travail, on les déposait dans un coffre où elles restaient improductives, car les banques et autres établissements de crédit n’étaient pas connus de l’Équateur.

Pour tirer son pays de cet état de prostration, Garcia Moreno entreprit de relier le plateau des Andes au reste du monde par une voie carrossable allant de Quito à Guayaquil.

< Un touriste anglais, à qui l’on demandait quelle route il avait suivie pour arriver à Quito, répondit avec autant d’esprit que de vérité : « Mais il ne s’agit pas de rouie dans ce pays-là. » M me Pfeiffer dit qu’au sortir de la capitale de l’Équateur on ne voyage plus, qu’on patauge dans un véritable marais fangeux. (Mon second voyage autour du monde, par M“* Ida Pfeiffer .)

a El Ecuador, 2 mars 1875.

Ce gigantesque projet, que nos prétendus progressistes, depuis cinquante ans qu’ils administraient le pays, n’avaient pas même osé concevoir, cet homme de génie en décida l’exécution dès le premier jour de sa présidence. Et n’allez point croire que ces amis de la civilisation aient salué ce projet par des cris d’enthousiasme ainsi que Colomb annonçant le Nouveau-Monde, Garcia Moreno fut traité de rêveur, d’utopiste, de maniaque, dont les folles entreprises allaient engloutir les dernières ressources du pays. Il laissa dire et se mit à l’œuvre, mais le parcours arrêté, et les travaux commencés, le président vit se dresser devant lui l’égoïsme des grands propriétaires dont la route devait traverse- les riches haciendas. Après avoir longtemps crié à l’utopie, ils évoquèrent les idées de justice et de propriété, ne reconnaissant point au gouvernement le droit de les exproprier pourune prétendue cause d’utilité publique. Il demeura sourd à toutes les réclamations, à toutes les invectives, à toutes les menaces.

Non loin de la capitale se trouve l’hacienda de Tambillo, dont le propriétaire, grenadin d'origine, n’habitait l’Équateur que depuis une trentaine d’années. Comme la route coupait sa propriété, il témoigna son vif mécontentement, menaçant d’en appeler à la Nouvelle-Grenade, et de se faire rembourser la valeur totale de l’hacienda. En vain Garcia Moreno lui fit-il observer que la Nouvelle-Grenade n’ayait rien à voir dans les affaires de l’Équateur et que ses prétentions étaient simplement ridicules : « Vous réclamez, ajouta-t-il, le prix intégral de votre propriété : combien l’estimez-vous? — Cinq cent mille piastres. — Eh bien ! puisque vous y tenez, je vous l’achète, et je vais vous la payer comptant. Quand il s'est agi de fixer le chiffre de vos contributions, vous avez estimé votre propriété cinquante mille piastres, tandis que, de votre aveu, elle en vaut cinq cent mille : vous avez donc, depuis trente ans, fraudé le gouvernement d’une somme énorme, que vous allez payer avec les intérêts. Là-dessus, mon ministre des finances vous comptera cinq cent mille piastres, prix de votre hacienda. » Pris dans ses filets, le grenadin retira son opposition et se garda bien de plaider.

Des amis, des parents, employèrent leur influence pour

faire dévier la route et épargner certaines propriétés : Garcia Moreno resta inflexible. « Vous me passerez sur le corps avant de pénétrer sur mon terrain, lui dit un ami intimé. — On passera sur votre corps, s’il le faut, lui répondit le président, mais je vous jure que le tracé ne déviera pas d’une ligne. »

Ces premières difficultés n’étaient du reste que des jeux d’enfants en comparaison de celles qui se multiplièrent à mesure qu’avançait l’exécution : il fallut trouver des ingénieurs capables de diriger les travaux de nivellement et la

Route de Quito a Guajraquil.

construction des viaducs et de ponts énormes; il fallut réquisitionner des compagnies d’ouvriers et les assujettir, en dépit de leur mollesse et de leur mauvais vouloir, à une besogne assidue et pénible. Durant dix ans, des milliers de travailleurs, divisés en équipes constituant pour ainsi dire des paroisses ambulantes, furent employés à sillonner les bois et les montagnes, accompagnés d’un médecin pour les soigner en ças de maladie, et d’un prêtre pour faire avec eux la

prière du matin et du soir. Chaque dimanche, les cérémonies religieuses s'accomplissaient en plein air : on prenait des forces pour les travaux du lendemain. L’ouvrier recevait régulièrement son salaire, grâce aux contributions volontaires que le président sollicita des provinces, et surtout aux ressources toujours croissantes du trésor public.

Commencée en 1862, la route fut achevée en 1872, au moins dans ses parties principales. Le premier tronçon, de Quito à Sibambe, point extrême du plateau, avait nécessité sur un parcours de deux cent cinquante kilomètres, la construction d’une centaine de ponts et de quatre cents viaducs. Le troisième, de Guayaquil à Milagro, au pied de la montagne, consistait en une voie ferrée d’environ quarante kilomètres, pourvue de tout le matériel nécessaire pour l’exploitation. La section intermédiaire sur le versant de la Cordillère, d’une exécution très difficile, avançait rapidement au commencement de 1872. Déjà le matériel était acquis, et le congrès avait voté un emprunt de plusieurs millions de piastres pour terminer les travaux et établir le télégraphe électrique sur toute la route ; mais le président, dont la sagesse égalait l’activité, refusa « d’emprunter à des usuriers, et à des conditions que la démence ou la mauvaise foi seules peuvent accepter, préférant ne point engager l’avenir, mais achever l’œuvre lentement, suivant que le permettraient la protection divine et les revenus de l’Etat. »

Le 23 avril 1873 fut un grand jour de réjouissance à Quito. La compagnie générale des transports inaugurait, sur la route nationale, deux diligences nouvellement construites, la Sangai et la Tunguragua. On en fit la bénédiction solennelle, au milieu d’une foule immense réunie sur la place de la cathédrale. De la galerie du palais épiscopal, l’archevêque, entouré du président et de ses ministres, bénit les voitures qui, bientôt s’ouvrirent pour recevoir ces illustres personnages et se mirent en marche aux acclamations du peuple. Garcia Moreno était vengé ! L’entreprise traitée de folie, dix ans auparavant, par ses amis comme par ses ennemis, excitait aujourd’hui l’admiration de tous. « Sans cet homme de génie, disait-on, l’Equateur restait dans l’éternel statu quo auquel sa position paraissait l’avoir irrémédiablement condamné. Son

énergie a vaincu tous les obstacles, triomphé de la pusillanimité des uns, de l’indolence des autres, de toutes les passions soulevées contre lui. L’Équateur n’a pas assez de voix pour le bénir et célébrer sa gloire. »

Cette route grandiose qui, à elle seule, suffirait pour immortaliser son auteur, ne l’avait pas empêché d’en ouvrir simultanément quatre autres dans les provinces du nord et du sud. Par ces cinq grandes artères, les villes et les provinces, reliées entr’elles, devaient entrer en communication avec la capitale, le port de Guayaquil, les États américains et les nations européennes. L’Équateur allait se réveiller d’un sommeil de mille ans quand arriva la catastrophe de 1875.

Ici nous rencontrons forcément la question de finance, question qui se sera présentée vingt fois à l’esprit de nos lecteurs, à mesure que se déroulaient devant eux les œuvres de Garcia Moreno. Où trouvait-il l’argent pour faire face à de pareilles dépenses? Ce n’était ni dans les réserves laissées par ses prédécesseurs, trop libéraux pour faire des économies, ni dans la caisse des banquiers, en escomptant l’avenir au moyen d’emprunts ruineux : il refusa de recourir à cet expédient, pour l’achèvement d’une route qui lui tenait tant à cœur. Avait-il donc inventé, ce catholique, un système économique et financier que nos hommes de science et de progrès ignorent? Il faudra bien l’admettre, si l’on veut jeter un simple coup d’œil sur le tableau complet de ses dépenses.

En dix années, les œuvres de bienfaisance et d’instruction, jointes au* travaux publics, absorbèrent, pour la part afférente à l’État, plus de six millions de piastres, c’est-à-dire environ trente millions de francs. Ajoutez à cela des sommes considérables consacrées à l’amortissement de la dette publique. Depuis les guerres de l’Indépendance, l’Équateur était grevé d’une dette extérieure écrasante, provenant des emprunts contractés par Bolivar au nom de la Colombie. Les gouvernements en se succédant, se transmettaient l’un à l’autre ce lourd fardeau, aggravé des intérêts qu’ils ne payaient même pas à leurs divers créanciers. De plus, à force de prodigalités et de gaspillages, ils avaient trouvé le moyen de constituer une dette intérieure de six à sept millions de piastres, sans autre perspective de libération qu’une banqueroute

à bref délai. L’homme de la justice, Garcia Moreno, tira l’Équateur de cette impasse. Nous lisons dans son message de 1875 : «Avec les ressources de ces six dernières années, nous avons consacré près de six millions de piastres tant à l’extinction totale de la dette anglo-américaine qu’à l’amortissement de la dette intérieure. J’ai le plaisir de vous annoncer que la dette inscrite sera éteinte l’an prochain et la dette flottante, dans un petit nombre d’années. » Quant à la dette de l'Indépendance, le président refusa de reconnaître l’inique et frauduleux traité contracté jadis par Urbina avec les spéculateurs substitués aux premiers créanciers. 11 négocia avec eux, sur des bases équitables, le règlement définitif de cette importante affaire. Enfin, si l’on considère qu’il augmenta d’un tiers le traitement de tous les employés et que, de ce chef encore, il dépensa des sommes considérables, l’équilibre de ses budgets devient un problème dont la solution sera très instructive pour nos financiers et nos économistes.

Et qu’on ne s’imagine pas avoir trouvé le mot de l’énigme dans un accroissement progressif des impôts directs et indirects. Ce secret, très primitif mais toujours en honneur, de remplir les coffres de l’État en vidant les poches des contribuables, est à peu près le seul que connaissent les libéraux en matière de finances. Au lieu d’imiter ses devanciers, qui avaient épuisé la liste des matières imposables, Garcia Moreno réduisit certaines contributions et en abolit complètement d’autres, comme par exemple l’impôt de 5 % sur les revenus des évêques, chanoines, curés, avocats, médecins et employés de solde éventuelle, et l’impôt de manumission sur les successions héréditaires. Les droits de port sur. les arrivages de l’étranger avaient été singulièrement diminués, et il demandait aux chambres, en 1875, de baisser de moitié la taxe établie sur l’aliénation des propriétés foncières.

Examinons donc ce système miraculeusement productif qui permit, en dix ans, d’exécuter des travaux prodigieux, de liquider les dettes de l’État, et de doter richement les fonctionnaires tout en réduisant le chiffre des contributions. Au risque de faire sourire nos athées matérialistes, nous leur dirons que toute la science économique de Garcia Moreno se trouve dans la maxime du Maître, dont il avait fait sa devise :

« Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste, c’est-à-dire la félicité temporelle, vous viendra par surcroît » ; maxime qui pourrait se traduire par cette parole d’un illustre économiste : « Faites-moi de la bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances. » La bonne politique, c’est la politique chrétienne de la justice, vraie pierre philosophale méprisée de nos modernes alchimistes, et cependant l’unique secret des fantastiques trésors de Garcia Moreno.

Le maigre budget de l’Équateur était surtout dévoré par les insurrections, devenues périodiques comme les saisons, par suite de la politique révolutionnaire qui régnait & l’Équateur. Les invasions d’Urbina, de 1859 à 1864, coûtèrent à l’État un million de piastres, dépense absolument improductive qu’on aurait pu consacrer à des travaux utiles. Aussi les pays révolutionnaires aboutissent-ils fatalement à la ruine et à la banqueroute. Les impôts d’un pays riche, comme le Pérou, suffisent à peine à couvrir les frais de ses pronunciamentos. Si nous calculions en France ce que nous ont coûté les révolutions depuis 1789, nous tomberions dans la stupéfaction. Le premier moyen employé par Garcia Moreno pour relever ses finances fut de clore l’ère des révolutions en faisant de la bonne politique, c’est-à-dire en mettant la main sur les anarchistes. Avec sa constitution basée sur la justice, l’ordre ne fut pas un instant troublé durant sa seconde présidence, ce qui lui permit d’économiser les frais de répression.

A l’extérieur, la politique consiste à vivre en paix avec ses voisins. Garcia Moreno était patriote et susceptible au point de vue de l’honneur national ; mais « jamais, dit un de ses amis, il ne suscita de querelle aux étrangers, ni ne se mêla de leur politique, sinon pour prendre de bonnes et patriotiques mesures 1 . » D’autres nourrissaient peut-être des intentions moins pacifiques à son égard, mais connaissant sa bravoure et l’excellente organisation de sa petite armée, ils se gardaient de l’attaquer, parce qu’ils le savaient en état de se défendre. De fait, il ne dépensa point un centime en frais de guerre durant ces six dernières années. Nous avons vu d’ailleurs qu’il réduisit considérablement l’armée permanente et

4 F. Laque, La Verdadera Situation.

allégea d’autant les charges du trésor. Que les gouvernements d’Europe consentent à restaurer la politique de justice, et leurs peuples ne succomberont plus sous le poids écrasant du budget de la guerre.

Le gaspillage s’ajoutait aux dépenses improductives pour ruiner le trésor. Nous avons dit comment Garcia Moreno épura l’administration, débrouilla le chaos de la dette publique, établit une cour des comptes qui mit un terme aux filouteries et aux déprédations des employés, c’est-à-dire comment il sauva la caisse en faisant régner la justice. Il avait le droit d’imposer à tous la plus stricte probité dans le maniement des deniers publics, ce président qui faisait remise au trésor de la moitié de son traitement et jamais ne consentit à le voir augmenter, pendant qu’il augmentait celui de ses fonctionnaires. « Je suis président, non pour m’enrichir, disait- il, mais pour servir mon pays. » Il resta pauvre toute sa vie, et s’il put enfin se faire bâtir une maison à Quito, ce ne fut pas avec l’argent du fisc, mais avec les revenus de son exploitation de Guachala. Si tous les chefs d’Etat vivaient comme ce Cincinnatus chrétien, respectant et faisant respecter le trésor public au lieu de l’épuiser en infâmes dilapidations, l’or abonderait dans les caisses.

Par sa politique chrétienne, Garcia Moreno enrichit le pays de toutes les sommes volées ou dépensées inutilement. Alors, toujours au nom de la justice, il imagina de réformer le système des impôts. Impossible de se reconnaître dans le labyrinthe des lois financières, parce que les premiers éléments de la science économique avaient manqué aux législateurs. « Ici, disait un journal en 1869, tout le monde croit qu’on peut faire un ministre des finances avec le premier venu, pourvu que ce soit un animal raisonnable et qu’il sache apposer sa signature au bas d’une créance. Il n’est pas nécessaire qu’on sache les quatre règles, pourvu qu’on soit agioteur ou tripoteur. » Garcia Moreno réforma le code financier, de manière à répartir l’impôt entre tous les citoyens avec plus d’équité pour les contribuables et d’avantage pour le trésor. L’impôt d’un sur mille sur le revenu avait été la source d’une multitude de fraudes et d’injustices. Les répartiteurs estimaient les biens-fonds et les capitaux selon leurs caprices

ou les intérêts de leurs favoris. Parfois leurs évaluations s’élevaient à peine au dixième de la réalité. Ces abus furent extirpés, les tarifs des douanes remaniés, et des mesures sévères édictées contre la fraude ou la contrebande. Cette nouvelle application de la pierre philosophale, c’est-à-dire de la justice, produisit une augmentation sensible dans les recettes de l’État.

La politique chrétienne engendra une source de revenus plus abondante encore : le travail producteur et le mouvement commercial. Avec l’ordre reparut la confiance, avec la confiance l’activité. Les voies de communication créées par le gouvernement, en ouvrant des débouchés à l’agriculture et à l’industrie, doublèrent les revenus des particuliers, et par suite ceux de l’État. Rien de plus éloquent que le tableau comparatif des recettes de l’État durant ces vingt dernières années. Sous Urbina, en 1856, le total des recettes s’élève à 1,372,800 piastres. Le budget reste à peu près stationnaire durant les dix années suivantes : il atteint sous Espinosa, en 1868,' le chiffre de 1,421,711 piastres. Sous Garcia Moreno, de 1869 à 1875, le mouvement ascensionnel est tout à fait remarquable :

Année 1869 — 1,678,759 piastres.

» 1870 — 2,248,308 id.

>» 1871 — 2,483,359 id.

» 1872 — 2,909,348 id.

» 1873 — 3,064,130 id.

» 1874 — 2,944,647 id.

Donc, déjà en 1872, après trois ans d’administration, Garcia Moreno avait doublé tes rentes de l’État, car l’excédant de 1872 sur 1868 était de 1,457,637, somme égale au revenu total de 1868 '.

Devant cette exposition trop succincte des merveilles réalisées dans l’ordre matériel et financier aussi bien que dans l’ordre intellectuel, moral et religieux, nos politiques matérialistes oseront-ils encore accaparer à leur profit le titre glorieux de civilisateurs? Un catholique, un ennemi acharné de leurs doctrines antichrétiennes et antisociales, seul, en six

* Message de <87 o.

ans, grâce à sa politique chrétienne, tira l’Équateur de l’abîme du déficit et de la banqueroute creusé sous ses pas par les prétendus hommes de progrès, puis le lança dans une voie de gloire et de prospérité inconnue aux républiques américaines, et même aux peuples d’Europe depuis qu’ils ont cessé de chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Nieront-ils ce fait plus éclatant que le soleil? Non, ils admireront l’homme de progrès, mais ils déclameront contre son catholicisme, s’obstinant en haine de Dieu à vouloir l’effet sans la cause.

Page 1