‹ Garcia Moreno, président de l'ÉquateurChapitre 51 sur 67 · GIO · texte numérisé non relu

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sible à toutes les classes de la société, Garcia Moreno ne recula pas devant une conception plus grandiose, mais en apparence absolument chimérique : la création sur ces montagnes d'un enseignement supérieur, qui rivalisât avec celui des nations les plus en renom dans le monde scientifique. Son génie passionné pour les hautes sciences, joint au désir de former des professeurs capables de développer l'instruction dans les collèges et les écoles, le pressait de couronner l'édifice. Pour ne point s'exposer aux ravages dune science impie et corruptrice, il comprit que la religion devait présider à l'enseignement supérieur, plus encore qu'à celui des collèges et des écoles. Aussi son premier acte, en reprenant le pouvoir, avait-il été de dissoudre l'antique université de Quito, trop peu initiée aux progrès modernes, mais en revanche très avancée dans les idées révolutionnaires. Sur ses ruines, il fonda une nouvelle université vraiment catholique et vraiment progressive. Selon les prescriptions du concordat et en vertu du Docete omnes gcntcs \ les évêques avaient la haute main sur l'enseignement. Les livres de religion et d'histoire sacrée devaient être désignés par eux, et les ouvrages littéraires ou scientifiques, revêtus de leur approbation. Quant aux professeurs, (larcia Moreno nommait des savants, mais avant tout des chrétiens, sur la doctrine desquels il put compter. Au sommet des Facultés présidait la théologie de l'Ange de l'école, comme le soleil qui éclaire tout l'enseignement. Avant que Léon XIII eût remis en honneur la Somme de saint Thomas, on discourait chez les dominicains de Quito sur cette thèse : « Pour extirper de notre société moderne les erreurs dont elle est infestée, rien de plus nécessaire, aujourd'hui, connue dans les siècles passés,

) « Enseignez toulcs les imlions. »

■que d'enspigncr les doctrines de saint Thomas dans les cours de théologie ^ »

La Faculté de droit, qui confine à la théologie, fut réorganisée sur des principes absolument catholiques. Jusqu'alors, le vieux droit romain, commenté par des auteurs libéraux, protestants, ou révolutionnaires, tels que Filangiéri, Vatel, Strada ot consorts, avait servi de base au droit public. De là des jurisconsultes, des avo- <îats, imbus d'idées païennes et absolument étrangers au droit naturel et canonique. Il fallait dos hommes nouveaux et des livres nouveaux. Garcia Moreno confia cet enseignement à des membres distingués de la ■compagnie de Jésus, avec mission d'y faire pénétrer l'esprit chrétien, ce qui dé|)lut singulièrement aux libéraux. Un cours de droit naturel ne jieut que choquer la Révolution, dont les principes violentent la nattu'e des choses. Le P. Terenziani avait particulièrement le don d'oirusquer les avocats, parce que, dans son cours de législation, il basait le droit public sur les principes de Tarquini et de Tapparelii. entièrement conformes aux théories gouvernementales de Garcia Moreno. Plusieurs fois, après avoir entendu les thèses de iin d'année, les mécontents s'efforcèrent d'endoctriner les élèves et de les pousser à la révolte conire leurs maîtres, mais tous leurs elforls échouèrent devant le bon esprit des étudiants et la volonté de fer de G:u-cia Moreno.

Une (lifliculté bien plus sérieuse se dressait devant le président : c'était non plus de réorganiser, mais de créer de toutes pièces une Faculté de science. Il s'agissait de trouver un corps professoral à la hauteur des progrès modernes et de se procurer tout l'appareil instrumental nécessaire aux démonstrations pratiques. Or,

^ Séance littéraire donnée à Quito, chez les PP. Dominicains,

les savants sont rares, même en Europe, et ne s'expatrient pas facilement, surtout quand il faut entreprendre de longs et pénibles voyages. Ensuite, la fréquence des révolutions américaines et l'instabilité des gouvernements n'invitent guère l'étranger à chercher fortune^ dans ces parages. Garcia Moreno s'adressa encore à cette classe spéciale de savants dont le dév^ouement, inspiré par la foi, ne recule jamais devant le sacrifice. C'est aux jésuites allemands ^ qu'il demanda des chimistes et des physiciens, des naturalistes, des mathématiciens. Il eut quelque peine à les conquérir, maisenfm il les conquit, aussi profondément instruits qu'infatigablement zélés. Avec eux, dans les bâtiments de l'antique Université, exclusivement dédiés à la culture des sciences exactes, physiques et naturelles, il organisa sous le nom d'Ecole polytechnique un centre d'enseignement qui pouvait rivaliser avec nos meilleures facultés de sciences -.

Les cours de l'école polytechnique étaient spéculatifs et pratiques. Les premiers correspondaient à la faculté des sciences proprement dite ; les autres, absolument techniques et d'application, formaient de futurs ingénieurs, arpenteurs, archilectes, niécaiiicions, l'abiicaiits, chimistes, directeurs des ponts-et-chaussées. Ainsi s'ouvraient aux équatoriens des positions nouvelles pour leurs enfants, qui, jusqu'alors, en fait de carrières libérales, n'avaient que le choix entre le sacerdoce, la magistrature, et la médecine.

Pour enseigner les sciences et leurs applications h

* liPiirs noms ni(''rilorit d'iM.rc ronservrs. (Vôlaieiil. oiilrr; \o l\. P. Meiiteri, doyori dn la Kaciill.t', Ips KM. IM». Kolheiy, W'oiizol, MiilcMi- (lox, l'^ppiii}', (iiùiinwalcl, Klluirl, Diossfl, Wolf, liriiglt'i', Uiiîl/.krs cl Sodii'O.

'■'Os drfails sont oxltails (l'iiiio broiluirc de M. Dojuoc, aloi pnifcsscur de ('liii'iii'(.'ir' à (Julio.

toutes les branches de l'industrie moderne, il faut; outre des professeurs capables, un appareil immense d'instruments et de machines. Le président ouvrit de larges crédits pour acheter en Europe et transporter à <}uito tous les objets nécessaires à l'enseignement. En quelques années, l'installation fut complète. Sans tenir compte delà dépense, Garcia .Moreno exigeait les objets les plus perfectionnés en tout genre, A son représentant de Paris qui lui faisait observer qu'une de ses commandes aurait coûté cent mille francs, il répondait: -« Achetez ce qu'il y a de meilleur et de plus beau, et ne vous inquiétez pas du reste, »

En parcourant les salles de l'Université, les étrangers ne se lassaient point d'admirer les merveilles qui s'y trouvaient rassemblées. Cabinet de physique muni de tous les instruments de mécanique et d'optique; cabinet de chimie ; collections complètes de zoologie, de minéralogie et de botanique : rien ne manquait à <;ette exposition de la science moderne. Après l'avoir parcourue et étudiée, des savants n'hésitaient pas à dire que c'était la plus belle, la plus riche et la plus complète de l'Amérique, et qu'elle l'emportait même sur beaucoup d'universités européennes.

Et cependant, faut-il le dire, tandis que les étrangers exprimaient ainsi leur admiration, l'école polytechnique avait à soutenir de rudes attaques à l'Equateur, Les ignorants se demandaient à quoi bon ces machines et ces polytechniciens ; les commerçants et les agriculteurs trouvaient que le gouvernement aurait dû se borner à favoriser l'agriculture et l'industrie : les économiste» regrettaient des dépenses folles, faites imiquement, disaient-ils, en vue d'une vaine gloriole ; les libéraux envieux rugissaient de voir au gouvernail un homme dont la gloire éclipsait leur ambi lieuse nullité ; les radicaux francs-maçons écrivaient sans vergogne : « Le jour où

tombera le président, son successeur devra détruire tout ce qu'il a fait, œuvres de charité, voies carrossables, collèges et musées. Il ne faut pas qu'il reste sur la terre de l'Equateur le moindre souvenir d\me œuvre catholique' !»0n poussa si loin, dansles premiers temps, l'indifTorenceet le mauvais vouloir, qu'outre la gratuité des inicriptions aux cours de l'école polytechnique, il fallut accorder vingt piastres par mois aux étudiants qui les fréquentaient. Mais bientôt l'évidence du bienfait accabla les déclamateurs les plus haineux, les perspectives d'avenir qui s'ouvraient aux jeunes gens studieux triomph^rent de l'apathie générale, et Garcia Moreno eut la grande joie de voir se développer cet enseignement scientifique sur lequel il voulait asseoir la prospérité matérielle du pays. Il en suivait avec intérêt la marche elles progrès, se faisait une fête d'assister aux exercicespublics qui, chaque année, attiraient l'élite de la société quiténienne, et surtout s'ap[)laudissait de trouver les jeunes gens de l'école aussi fermes dans la foi que dans la science. Foulant aux pieds tout respect humain, ces jeunes gens se constituèrent en congrégation, sous la direction du P. Menlen, l'illustre doyen de la Faculté. Le 30 juin 1873, cette nouvelle congrégation de la Sainte- Vierge s'installa dans la chapelle où se réunissaient, un siècle auparavant, Los senores de Quito. L'U-^ niversité sécuiariséo avait fait unecroisade contre la religion : leslils de l'Université catholique, heureux de renouer la chaîne des anti(|ucs traditions, reprenaient en main, sous les auspices de la vierge Marie, le drapeau du Christ et de son Fglise.

La Faculté des sciences donna naissance à la Facultéde médecine. A vrai dire, s'il y eut des médecins distingués à l'Fquateur avant Gai'cia Morcno, ils durent

* Prouno, Coleccion de Algunos Escritos.

leurs capacitt's à leur génie plus qu'à renseignement médical du pays, car les trois ou quatre professeurs de Quito et de Cuenca, obliges pour vivre de courir la clientèle ou de se livrer aux travaux agricoles, dépourvus de bibliothèques, d'appareils et d'instruments de clinique et de dissection, faisaient consister leurs leçons dans la récilation pure et simple de l'auteur classique imposé à l'élève. Il est facile de comprendre quel effet durent produire les savantes conférences des professeurs de l'école polytechnique sur les élèves en médecine. Les rôcilalions furent luées du coup. Pour réorganiser la Faculté, Garcia Mi^reno obtint de l'école de Montpellier deux excellents professeurs', l'un de chirurgie, l'autre d'anatomie, qu'il fournit de tous les appareils et instruments nécessaires à l'étude des dllférentes parties de la science médicale. Ce que nos Facultés européennes mettent tant d années à obtenir, Garcia Moreno le faisait acheter d'un seul coup, en un seul jour. Il lui suffit de ([uelques aniiéos pour a[)proprierdes locaux auxdillerents travaux de la F\iculté, constituer le corps professoral, tracer un plan d'études, et préparer dans un hr>pital, dont la population moyenne comptait trois cents malades, d'admirables ressources cliniques. On se fera une idée de la difliculté vaincue, si l'on considère que l'Université catholique de Paris, après quinze ans d'exercice, n'a point encore de faculté de médecine.

Afin de compléter ces créations en joignant l'agréable à l'utile, Garcia Moreno fonda une Académie des Beaux- Arts, où l'on cultiva plus spécialement la sculpture, la peinture et la musique. Par son éclat pittoresque et son ciel defeu, l'Equateur exalte l'imagination et développe dans le cœur une extrême sensibilité. Aussi ses habitants ont-ils été renommés de tout temps pour leurs

' MM. (;n;i)iaiKl ul DjiiKV.

dispositions artistiques, dispositions qui, faute de maîtres, restaient à l'état de nature. Garcia More no fit venir à grands frais de Rome des professeurs distingués, en même temps qu'il envoyait dans cette capitale des arts certains élèves d'élite pour se perfectionner et devenir maîtres à leur tour. Ainsi se formèrent Rafaël Salas, Luis Cadenaet Juan Manosalvas, tous trois peintres de mérite. Sans sortir deleur pays, Vêlez et Cari llo se firent un nom dans la sculpture. La musique attira tout particulièrement l'attention du président, à cause de ses relations avec la liturgie sacrée. Il établit à Quito un Conservatoire national de musique religieuse et profane, dont les cours très complets de chant, d'orgue, de piano et d'instruments de toute espèce, se donnaient gratuitement. C'est encore de Rome qu'il fit venir des organistes et des maîtres de chant, afin de relever par la dillusion des connaissances musicales l'éclat des cérémonies de l'Eglise. Un de ces maestros, s'entretenantun jour avec le président, fut tout étonné de le voir disserter sur les théories de Fart, comme il aurait pu le faire luimême.

Terminons cette rapide revue des progros accomplis à rE([iiateur sous le rapport de l'enseignement, en signalant une œuvre monumentale qui mit dans tout son jour le génie et la puissance de Garcia Moreno. De savants asironomes avaient souvent exprimé le désir d« voir s'élever un observatoire inlernational dans les environs de Quito. Cette position exceptionnellement avantageuse faciliterait, selon eux, la solution de problèm(!s réputés insolubles. Garcia Moreno étudia luimême la question et trouva, comme llumboldt et Sccchi, qu'un observatoire i5i Quito deviendrait infaillil)!emeiit le |)remior du monde, « par sa position ;\ trois milh' iiK'Ircs au-dessus du niveau do la mor, l'admirable pureté du ciel et la lransj)aroncc dc l'air, sa situation

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