BOLIVAR
À la fin du siècle dernier, un évènement extraordinaire : survenu dans l’Amérique du Nord surexcita violement les colonies espagnoles. Après dix ans de luttes, les colonies :
anglaises venaient de <riompher de la mère-patrie et d’or-
ganiser sous la conduite de Washington la République des
| États-Unis. L'idée d’émancipation germa si bien dans tou-
tes les têtes que d’Arnda, ministre de Charles III, après un voyage aux colonies, osa proposer à son maître d’aller
au-devant d’inévitables revendications, et de constituer, en
faveur de trois enfants d’espagne, trois royautés autono-
mes, avec Mexico, Bogota, et Lima pour capitales. Mais le persécuteur des jésuites ne savait pas ‘“ son métier de roi ”, comme le disait très bien Joseph II. Assez stupide. pour aider les Américains du Nord à chasser les Anglais de leurs colonies, il ne comprenait pas, qu'entraînés par
| cet exemple, les Américains du Sud organiseraient bientôt
la chasse aux Espagnols,
La révolution, française activa singulièrement la fermentation des esprits, ‘En substituant la volonté d’une multitude aveugle aux lois du Christ et de son Église, la souveraineté du peuple élevait le despotisme à sa plus.
ds GE os
haute puissance ; mais on décora ce despotisme du beau nom de liberté ; on exulta les lroits de l'homme et du citoyen On déclama contre la tyrannie des Espagnols, contre le système colonial, et finalement les meneurs orgenisèrent des ligues de patriotes dont la mission fat de préparer le pays à une levée de boucliers. Plusieurs tentatives d’insurrection eurent lieu au commencement de ce siècle, maïs sans succès, Pour triompher des armées espagnoles, il fallait un homme de la taille des Alexandre et des Napoléon! l'Amérique vit surgir tout à coup l’incomparable Bolivar.
Simon Bolivar naquit à Caracas, capitale du Vénézuela, le 24 juillet 1783, d’une famille riche etchrétienne. Orphelin dès l'enfance, il tomba malheureusement entre les mains d'un précepteur révolutionnaire, fanatique admirateur de Voltaire et surtout de Rousseau. Simon Rodriguez, c'était le nom de ce patriote exalté, fit de l'enfant un type de républicain, surtout un ennemi acharné de l'Espagne. A quinze ans, Bolivar fut envoyé à Madrid pour y terminer son éducation. [ntroduit à la cour par un de ses oncles, il jouait un jour au volant avec le prince des Asturies, plu tard Ferdinand VII, lorsqu'il lui donna par mégarde un coup à la tête. Je ne me doutais pas, disait-il plus tard, que: bientôt je ferais tomber de cctte tête le plus beau joyau de sa couronne. ”” En 1801, visitant Paris, il admira le républicain Bonaparte, ‘“ vainqueur des rois, et'libérateur des peuples ; ” mais, quelques années après, le républicain deveint empereur, et Bolivar répudia son idole, dont la gloire apparut dès lors à ses yeux, ‘“ comme un éclat de l’enfer ou la flamme sinistre d'un volcan.” En 1805, de passage à Ro me, électrisé par les souvenirs de l'antiquité, il jura sur le mont Aventin de délivrer sa patrie des ‘“ tyrans espagnols ”. Il parcourut ensuite les États-Unis et revint à Caracas justes au moment de tirer l'épée pour accomplir son serment,
Napoléon venait de détrôner Ferdinand VILet d'installer à Madrid son frère Joseph en qualité de roi d’Espagne. Sous prétexte de soutenir contre l’usurpateur les droits du
me du beau nom et du citoyen ynols, contre le us organisèrent de préparer le téntatives d’ine ce siècle, mais pagnoles, il falt des Napoléon!
parable Bolivar.
> du Vénézuela, étienne. Orphet entre les mains » admirateur de odriguez, c'était un type de rée l'Espagne. A jour y terminer le ses oncles, il s Asturies, plu ar mégarde un -il plus tard, que s beau joyau de admira le répuet’ libérateur des républicain dele, dont la gloire clat de l’enfer ou de passage à Ro é, il jura sur le ‘ tyrans espas et revint à Car accomplir son
VILet d'installer roi d’Espagne.
ur les droits du
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monarque déchu , les patriotes du Vénézuela, de la Nouvelle-Grenade et de l'’Équateur, ces trois grands districts dont se composait la vice-royanté de Santa-Fé, s'organisèrent en juntes délibératives et s'insurgèrent bientôt, au nom de Ferdinand VII, contre les autorités espagnoles. Quito donna l’exemble le 10 août 1809 . SantaFé de Bogota venait de limiter, lorsque Bolivar entra en scène pour se placer à la tête du mouvement.
Le 19 avril 1810, ayant mis la main sur le gouverneur du Vén“zuela, Bolivur proclama la déchéance des autorités établies et la création d’une junte suprême, libre et indépendante, dont l'autorité ne devait cesser qu'avec la captivité de Ferdinand VII, Cette dernière clause avait pour objet de dissimuler aux yeux du peuple, généralement très royaliste, la portée de la Révolution : un an plus tard, le congrès mettait en délibération la question de l’indépen dance absolue, Certains députés hésitaient à passer'le Rubicon, quand le jeune Bolivar s'écria dans un club patriotique : “ L’inaction, c’est de la trahison ! Que nous importe, à nous qui voulons être libres, si l'Espagne vend ses esclaves à Bonaparte ou les conserve pour elle ! Un projet de cette nature doit se mûrir dans le calme, ajoute-t-on.—Estce que trois cents ans d’accalmie ne vous suffisent pas ? Vous faut-il trois autres siècles pour prendre une décision ? Posons aujourd’hui la première pierre dé l'édifice, et sachez qu’hésiter c’est périr. ” Sous le feu de ces ardentes paroles, le congrès vota l’acte d'indépendance et bâcla une constitution républicaine avec la déclaration des Droits comme préface et l'abolition de l’Inquisition en guise de post-scriptum. La nation qui plus tard devait comprendre le Vénézuela, la Nouvelle-Grenade et l'Équateur, prit dès lors le non de Colombie en l'honneur de l'immortel révélateur"du nouvean monde, Dans les actes publics on date de l'ère colombienne, ‘ l'ère à jamais glorieuse de l'indépendance. ”
C'était jeter le gant à l'Espagne, A la tête des troupes royalistes, le général Monteverde, eut bientôt réocçupé les positions prises par les insurgés ; il allait même attaquer
Sos AQ nes
Caracas, lorsque le Jeudi-Saint, 26 mars 1812, un tremblement de terre ensevelit cette ville sous ses ruines. Debout sur «es décombres, au milieu d’une population affolée de terreur, Bolivar poussa ce cri : “ La nature lutte contre nous, nous lutterons contre elle et la vaincrerons.” Quelques jours après luttant aux avant-postes, il apprend que son général en chef, Miranda, après avoir livré Caracas à Monteverde, venait de signer une hontcuse capitulation. Furieux, il court au port, décidé à s'expatrier, quand soudain il voit arriver le malheureux Miranda qui, lui aussi, voulait passer à l'étranger. Aidé de ses amis, Bolivar le saisit et l'emprisonne jusqu’au lendemain, avec l'intention bien arrêtée de lui faire rétracter la capitulation ou de le fusiller comme traître, Monteverde les mit d'accord en tombant sur eux inopinément. Les uns furent ro:.damnés aux galères, d’autres à l'éxil ou à la mort. Miranda mourut en 1816 sur les pontons de Cadix. Quant à Bolivar, protégé par un ami de Monteverde, il obtint un passeport pour l'étranger. “ Je te le donne, lui dit l'Espagnol, comme récompense du service que tu as rendu au roi én emprisonnant Miranda. —Je l'ai fait, répondit fièrement l'Américain, pour châtier un traître, et non pour servir le roi. ” Monteverde fronça le sourcil en voyant s'éloig”.er ce rebelle opiniâtre, Que de fois il dut se repentir de ne l'avoir pas fait fusiller |
Ainsi disparut, après deux ans d’une existence assez précaire, la jeune et brillante Colombie, avec son congrès, sa <onstitution, son armée et ses beaux rêves d'indépendance, Mais cet échec ne découragex pas son indomptable champioh. Vaineu au Vénézuela, il court offrir son épée à la Nouvelle-Grenade, alors en pleine insurrection contre les Espagnols. “ Quel espoir nous reste-t-il ? s’écrie Bolivar.— Laguerre, rien que la guerre ! Quel Américain digne de ce nom ne pousse un cri de mort en comtemplaut les innombrables victimes dout le sang a rougi les plaines du Vénézuela ? En avant donc, et vengeons la mort de nos frères ! ” À la tête de cinq cents hommes déterminés, il s'empare du fort de Ténériffe qui commande le Magdalena, balaie les
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>, un trembleruines. Debout tion affolée de e lutte contre ons.” Quelques prend que son Jaracas à Monp'tulation. Fuquand soudain lui aussi, vouolivar le saisit ‘intention bien ou de le fusiller rd en tombant mnés aux galènourut en 1816 protégé par un Jour l'étranger.
récompense du nant Miranda.
, pour châtier teverde fronça iniâtre. Que de usiller !
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omptable chamir son épée à la tion contre les écrie Bolivar.— ain digne de ce laut les innomaines du Vénéde nos frères ! ” il s'empare du lena, balaie les
4 firent battre sur toute la ligne. En vain multiplia-t-il les
tin
rives de ce fleuve jusqu'à Ocagna, et lance sa troupe dans la montagne avec l'intention de la franchir st de traverser au pas de charge les quatre cents lieues qui le séparent de Caracas, pour en chasser Monteverde. De fait, . culbute les détachements ennemis embusqués dans la Cordillère, et remporte une brillante victoire à Saint-Joseph de Cucuta, de l’autre côté des monts. Foulant alors le sol de la patrie, il adresse à ses soldats cette ardente proclamation : ‘“ Mes
- amis, le Vénézuela va respirer une fois encore à l'ombre de
vos drapeaux. En moins de deux mois vous avez achevé
2 deux campagnes ; la troisième se terminera dans la citéqui
m'a donné le jour. Républicains fidèles, vous marcherez à
. Li 4 | la délivrance de ce berceau de l'unité colombienne, comme
antrefois les croisés s’élançaient à la conquête de Jérusalem, le berceau du Cbristianisme. ” Il part comme la foudre, prend en courant Mérida, Truxillo, Barinas, Victoria, et marche sur Caracas après avoir battu tous les généraux de Monteverde, Incapabie de défendre sa capitule, ce dernier demande une capitulation honorable. ‘“ Les Américains victorieux, répond Bolivar, useront de modération même ‘envers des ennemis dssez perfides pour violer le droit des gens et les traités les plus solennels, La capitulation, religieusement observée, couvrira de gloire le nom américain et de honte le nom de Monteverde, ” Monteverde ne l’attendit pas. 11 s'embarqua avec six mille hommes et se jeta
ans Porto-Caballo, sou derrier refuge. Bolivar fit son en-
trée à Caracas le 6 août 1813. Trante mille hommes l'ac4
1 Queillirent en criant : ‘ Vive le Zibertador ! ” Par accla-
mation la municipalité lui décerna ce beau nom de Zibérateur, sous lequel il est connu dans l’histoire,
Mais, pour conserver sa conquête, Bolivar devait lutter
contre l’armée espagnole, contre le peuple resté fidèle à la
monarchie, et surtout contre ses généraux, jaloux de sa gloire. Sous l'influence de ces différentes causes, il perdit
<n 1814 tout ce qu'il avait gagné en 1813. Par leur enté-
tement à suivre leurs idées personnelles, ses généraux se
PTT. 2
prodiges de valeur au combat de Carabobo où, avec cinq mille hommes, il écrasa litéralement les bataillons ennemis ; débordé de tous côtés par les Espagnols, trahi par les siens, une seconde fois il dut quitter sa chère Caracas. Sur le pont du navire qui lemportuit à Carthagène, il dit à ses compagnons : “Il n’y a pas de triomphe duruble contre la liber. té. Les fiers dominateurs qui nous chassent aujourd'hui de la Colombie en seront chassés demain, et la patrie, je vous le jure, deviendra libre et indépendante, ” En attendant, un coup plus sensible encore alluit lui être porté à lu Nouvelle-Grenade, Au récit de ses défuites, le congrès le félicita chaudement : ‘“ Général, lui dit le président, votre patrie ne mourra pas : il lui resté votre épée. La fortune a trahi Bolivar, mais Bolivar est un grand homme. ” On lui confia la glorieuse mission de reprendre la villé de Santamarta, l’uniqué place qu'occupaient encore les Espagnols sur le littoral ; mais le gouverneur de Carthagéne, jaloux de cet étranger dont le nom éclipsait déjà tous les noms, lui refusa opiniâtrement les forces dont il avait besoin. Ne voulant pas être un brandon de discorde pour cette jeune république, le seul espoir de l'avenir, Belivar prit le genéreux parti de se retirer à la Jamaïque, en attendant de meilleurs jours, ‘ Soldats, dit-il à ses compagnons d'armes, je m'exi’ volontairement pour ne pas vous mettre en guerre avec vos compatriotes. Je sacrifie ma fortune et ma gloire ; mais votre salut ést à ce prix : je n’hésite pas. ” Le 19 mai 1815, il quittait le port de Carthagèné, suivi de quelques officiers fidèles. Les Espagnols battirent des mains croyant le lion mort : ils aseisteront bientôt, épouvantés, à son terrible réveil.
Comme son héros, la Colombie s’éclipsa durant les années 1815 et 1816. La chute de Napoléon remena Ferdinand VII sur le trône de ses pères. Celui-ci envoya son maréchal de camp, Morillo, avec dix mille hommes de bonnes troupes pour pacifier l'Amérique. Morillo pacifia, comme la mort, écrasant sur son passage Vénézuelu et Nouvelle-Grenade. Carthagène résista quatre mois, puis le
où, avec cinq llons ennemis ; i par lex siens, as, Sur le pont tàù ses compaontre la liber.
aujourd'hui de patrie, je vous En attendant, orté à lu Noungrès le félicita t, votre patrie fortune a trahi . On lui cone de Santamar- Espagnols sur géne, jaloux de is les noms, lui vait besoin. Ne our cette jeune ar prit le genéen itendant de agnons d’armefr vous mettre en e ma fortune et je n’hésite pas. ” arthagène, suivi ols battirent des nt bientôt, épou-
a durant les an-
n remena Ferdiui-ci envoya #0n mille hommes de . Morillo pacifia, age Vénézuelu et atre mois, puis le
fer et le feu détruisirent ce que les horreurs du siége avaient épargné. Bogota se rendit à son tour; six cents Américains payèrent de leur tête la bienvenue du pacificateur, La Colombie succombait dans le sang et lestruines, lorsque tout à coup on apprit que Bolivar, avec quelques officiers et une poignée de braves, avait quitté son île etenvahi de nouveau le Vénézuela, bien décidé cette fois à vaincre ou à mourir.
En effet, le 1er janvier 1817, il entrait à Barcelone à la tête de sa petite troupe. ‘ Quand nous aurons des armes, dit-il alors, nous mettrons dix mille hommes en ligne, nous marcherons sur la Nouvelle-Grenage et le Pérou, nous délivrerons l'Amérique entière du joug des tyrans. ” La prophétie s'accomplit à la lettre,
Pour se créer une base d'opérations, il traverse avec quelques centaines d'hommes d'immenses forêts, passe 1l'Orénoque, et s'établit à Angostura, chef-lieu de la Guyane au fond du Vénézuela, où il établit un conseil d'État pour préluder aux institutions républicaines, son rêve et sa chimère, Au commencement de 1818, il fait trois cent lieues de gauche à droite, et tombe à l’improviste sur Morillo. Obligé de traverser une rivière assez large, il dit à son guide le chef Paëél, la terreur de la plaine : “ Où sont donc vos canots ?—Les voilà ! ” dit Paëz, en montrant à l’autre bord Leu de l'ennemi. Et se jetan! à l'eau avec ses guerriers l'héroïque Paëz sabre les gardes espagnoies, et revient axe les canots. Bolivar passe le fleuve, fond sur Morillo, et remporte + fameuse victoire de Calabozo. Le pacificatenr poursuivi l'épée dans les rei , .
AR BA AE ins, ne dut son salut qu'à la vi-
| Le ler janvier 1819, de retour à Angostura, Bolivar préside le congrès chargé par lui d'organiser l'État. Il expose se: idées sur le gouvernement de la, future , Colombie - république centrale et non fédérative; chambre élue sénat héréditaire, président à vie. À ces conditions, selon ki la République pourrait se mouvoir dans l'ordre et la liberté Mais il avait trop exalté les droits de l'homme et du. cioy:
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en pour ramener le congrès à ses idées conservatrices. A ces républicains affamés de places, il fallait des changements à vue, des élections continuelles, une constitution comme celles des ÉtatsUnis. Bolivar s'inclina devant le peuple souverain, et, le laissant organiser a sa fantaisie la machine gouvernementale, il reñi de nouveau trois cents lieus pour combattre Morillo qui 1 vnait de passer l’Apure avec six mille hommes.
Ici commence une odysée qui dépasse de beaucoup l'imagination des romanciers les plus inventifs. Bolivar se tint d’abord sur la défensive, amusant son adversaire jus- | qu'à la saison des pluies, pendant laquelle ies opérations militaires sont regardées comme impossible, Au moment où aurait dû se terminer cette campagne de 1819, il abandonne au chef Paëz le soin de surveiller Morillo, qui déjà prenait ses quartiers d'hiver, et propose à ses troupes d’envahir la Nouvelle-Grenade, de reconquérir Bogota, et d’'ar- À borer à nouveau les couleurs de l’indépendance dans cette capitale de la Colombie. Après une course de trois cents lieus sous les feux d’un soleil brûlant, il s'agissait pour ces braves d'en faire trois cents autres en plein cœur de l'hiver, au milieu des pluies, à travers les fleuves débordés, pour à escalader ensuite les pics neigeux de lu Cordillère ; mais Bolivar parle avec tant d'enthousiasme, que déjà tous ces guerriers, enflammés d'ardeur, se croient à Bogota. ‘“ En avant ! s'écrie l’un d'eux, nous vous suivrons jusqu'au cap: Horn ! ”
Le 25 mai, commence le mouvement des troupes ; le 10 juin, après avoir traversé l’Arauca, on arrive aux pieds de la montagne. Sur ces monts géants, il fallut traîner les bagages, les canons, les munitions, à travers les buis, dans des défilés impraticables, au milieu des précipices et des pluies glaciales. Le passage des Alpes par Annibal était égalé. Le 5 juillet, Bolivar apprend que le général Barreiro arrive à sa rencontre avec cinq mille hommes de troupes fraîches et aguerriers. Il le bat à Guaruaza le 15, l’écruse à Vargas le 25, et le rejette sur la capitale. Le 10 août, il à
onservatrices. A lait des changeune constitution nelina devant le a sa fantaisie la veau trois cents.
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remporte l’immortelle victoire de Boyaca, enferme dans un cercle de feu les troupes réunies de Barreiro et du vice-roi,
.et les force à se rendre avec armes et bagages. Le jour
même, il entrait à Bogota, ad milieu d'un peuple ivre de joie,aux acclamations mille fois répétées de : ‘“ Vive Bolivar, le libérateur de lu Colombie, le père de la patrie ! ” Cette campagne du “ délire militaire ”, ainsi que la qualifia très justement le congrès d'Angostura, n'avait duré que soixante quinze jours. Mieux que le capitaine romain, Bo livar pouvait dire : Veni, vidi, vici !
Les années 1820 et 1821 furent consacrées à consolider la conquête par la fondation de l’Union colombienne. Le congrès d’Angostura décrèta que le Vénézuela et la Nouvelle-Grenade formeraient une seule nation. En couséquence, Bolivar convoqua un nouveau congrès pour élaborer la constitution de la Colombie. Nommé président de la République, il abandonna le pouvoir au vice-président Santander pour reprendre aussitôt l'œuvre d’affranchissement. Tournant les yeux vers le sud, où se trouvaient encore vingt mille Espagnols, il brandit son épée, et dit à ses soldats : “ En avant ! portons le drapeau de l’irdépendance à l'Équateur, au Pérou, et jusqu'au sommet du Potosi ! ” I1 se mit en marche au mojs de janvier 1822,
Pour arriver à l'Équateur en longeant le plateau des Andes, il fallait traverser la province de Pasto, qui passait à bon droit pour une espéce de Vendée. Ces braves montagnards, hommes, femmes et enfants, peuple et clergé, embusqués derrière les rochers, protégés par lss torrents, les fleuves, les fondrières, avaient pris la résolution de vaincre les révolutionnaires ou de mourir pour leur roi et pour leur Dieu. Le général Garcia, commandant de la province, avait même juré au gouverneur de Quito qu'il lui amènerait en: haîné le traître Bolivar.
Après avoir franchi des obstacles insurmontables pour tout autre que pour lui, le Libertador arrive avec sa troupe près du volcan de Pasto, au lieu appelé Bombona. ‘“ La position de !l’ennemi est formidable, dit-il à ses soldats,
mais nous ne pouvons ni rester ici ni reculer : il faut avancer ou mourir ! ” Or, pour avancer, il fallait déloger des troupes échelonnées cur une hauteur voisine “ (Général Torrés, s'écrie-t-il, emparez-vous de cette colline.” N’ayant pas saisi l'ordre au milieu du bruit, Torrés fait un faux mouvement : “ Passez le commandement au colonel Bareta, reprend Bolivar furieux ; il s’en acquittera mieux que vous :” Torrés descend de cheval, saisit un fusil: “ Libertador, dit-il, si je ne suis pas digne de commander comme générà! je servirai du moins comme grenadier, ” Bolivar l’embras- } se, et lui rend son commandement. Torrès s'élance comme un tigre blessé à l’assaut de la colline. Il tombe, dix aûtres âprès lui sont cloués sur place, Viva Colombia ! crient les asraillants en courant, comric des démons, au milieu des balles et de la mitraille, La position enlevée, Bolivar entre triomphunt à Pasto. L'évêque, royaliste fidèle, lui demande un sauf-conduit pour retourner en Espagne. ‘“ Jamais! lui répond Bolivar ; l'héroïsme de Caton ne doit pas servir de modèle aux pasteurs de notre sainte religion. Au lieu d'accomplir un devoir, vous vous rendriez coupable en abandonnaït le poste que l'Église vous a confié. ” L'évêque resta fidèle à son troupeau.
Bolivar apprit bient65 une nouvelle qui le combla de joie, Le général Soucre (1), qu'il avait lancé dans l’Équateur pour lui préparer les voies, venait de remporter une éclatante victoire sur le général Aimerich, gouverneur de Quito. La bataille livrée sur le mont Pichincha, qui domine Quito, È terminait la cam uagne. “ La Colombie est libre ! ” s’écris B Bolivar. L’était son dessin, comme nous l'avons vu, d’anne- à xer les provinces de l'Équateur à la grande république colombienne. Il se rendit done à Quito, où il fut reçu en triomphateur. Pour perpétuer le souvenir du. 24 mai, date de la victoire du Pichincha, la municiprlité décida l’érec-k tion d’une pyramide sur laquelle serait gravée cette ins cription : À SimonBolivar, l'ange de la paix et de la liberté ! Gruayaquil paraissait fortement tentée de s’incorporer at}
(1) En espagnol Sucre.
iler : il faut avanallait déloger des oisine ‘ (rénéral olline.”” N'ayant rés fait un faux au colonel Bareta.
mieux que vous :” 1: “ Libertador, er comme généra!
Bolivar l’'embras- À
ds s'élance comme tombe, dix aütres ombia ! crient les ns, au milieu des svée, Bolivar entre fidèle, lui demande ne. “ Jamais! lui ne doit pas servir > religion. Au lieu iez coupable en àconfié, ” L'évêque
ui le combla de joie, 6 dans l’Équateur emporter une éclaouverneur de Quito, 1, qui domine Quito, est libre ! ” s’écris
; l'avons vu, d’anne-
nde république co- ), où il fut reçu en hir du, 24 mai, date
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t gravée cette ins aix et de la liberté !
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Pérou, mais Bolivar ne voulut point lâcher ce joyau du Pacifique. Après une proclamation solennelle aux délégués de la province, l'annexion à la Colombie fut votée aux cris mille fois répétés de : “ Vive Bolivar ! Vive le Libertador ! ? :
La Colombie affranchie, restait encore aux Espagnols le beau royaume du Pérou, révolutionné depuis plusieurs années, mais dont les patriotes, par suite d’interminables discordes, n'avaient pu achever la conquête. Bolivar leur offrit son secours, qu’ils acccptèrent en hésitant, car la gloire du grand général offusquait déjà les démagogues de Lima comme ceux de Bogota. Il passa l'année 1823, année de véritable agonie, à préparer la campagne. Environné de traîtres, de troupes prêtes à se mutiner ou a déserter, malade d'épuisement et de fatigue, Bolivar travailla jour et nuit à créer une armée capable de battre les vingt mille Espagnols campés au Pérou. Argent, chevaux, munitions, provisions, jusqu'aux détails les plus minimes, rien ne lui échappa. “ Il faut absolument vaincre, disait-il, car cette fois il s’agit de la ruine du Pérou, de Ja Colombie et de ma gloire. Les préparatifs terminés, il écrivit, le 15 avril au général Soucre, qui exploruit le pays : “ En mai nous marchons à l'ennemi, en juin nous combattons. Nou: aurons devant nous huit mille Espagnols, nos forces seront presque égas les : la victoire est certaine.”
Ces prévisions se réalisèrent de point en point, Bolivar traversa la Cordillière à lu tête de ses troupes ct rejoignit, après trois cents lieus de marche, le général Soucre dans les plaines du Sacramento : “ Soldats, dit-il aux vieux Colombiens qui formaient le noyau de son armée, vous allez
compléter l'œuvre la plus grande que le ciel puisse confier
à des hommes : délivrer un monde ! L'Amérique vous regarde avec amour, elle attend de vous paix et liberté. Que dis-je ? l’Europe entière vous contemple, car l'indépendance du nouveau monde fera tressaillr Pancien.”” L'action s’engagea dans les plaines de Junin. Les deux cavaleries se précipitèrent l’une sur l'autre : on lutta pendant une heure
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cor2s à corps, poitrine contre poitrine. à l’arme blanche, sans échanger un coup de fusil. Enfin les Espagnols prirent la fuite, laissant derrière eux deux mille cadavres et un immense butin. Les troupes républicaines acclamèrent lo grand Bolivar. Dans son enthousiasme, le général Soucre s'écrira : ‘“ Sous la conduite du Libertador, on est sûr de vaincre. — Oui, répliqua Bolivar avec des soldats comme ceux qui m’entourent. ”
Quelque temps aprè:, le vice-roi Laserna tenta une revanche dans les champs d'Ayacucho. Avec dix mille hommes et onze pièces d'artillerie, il vint attaquer Soucre pendant une absence de Bolivar. Soucre le cerna si bien qu'il n'eut d'autre alternative que de se rendre ou d'être haché
sur place. Vice-roi, officiers et soldats tombèrent entre les mains du vainqueur. Soucre fit hommage de sa victoire au
Libertador, qui lui répondit en le nommant grand maréchal d’Ayacucho.
Cependant le général Olaneta occupait encore le Haut-: Pérou avec huit mille Espagnols, Bolivar envoya Soucre conquérir ce lointain pays, pendant que lui-même organi-
sait les provinces péruviennes. Après une marche de trois cent cinquante lieues, l'armée républicaine arriva au pied du Potosi, et, le ler avril 1825, écrasa les royalistes dans un combat qui fut le dernier.
Bolivar visita les grandes villes du Pérou, Aréquipa, Cuzco, Pazco, et descendit enfin à La Paz, capitale du Haut-Pérou, où il rejoignit son armée triomphante. Là il reçut les députés qui, pour immortaliser le nom de leur libérateur, avaient appelé leur république “ Bolivia ”. Tls le prièrent de donner au pays qu'il avait sauvé du despotisme un gouveunement tout à la fois libéral ct conservateur. Édifié sur les défauts de la constitation colombienne, qui déjà tendait à l’anurchie, Bolivar établit un pouvoir solide et durable. La présidence à vie en décourageant les ambitieux devait assurer la stabilité des institutions. Alors, au comble de ses vœux, il ne put s'empêcher d'exprimer à ses officiers les sentiments qui débordaient de son cœur ! Un jour,
larme blanche, s Espagnols prirille cadavres et ines acclamèrent le général Souador, on est sûr des soldats com-
na tenta une rece dix mille homquer Soucre penrna si bien qu'il ou d'être haché
1bèrent entre les de sa victoire au
ant grand maré-
encore le Haut-'
ar envoya Soucre lui-même organimarche de trois e arriva au pied du vyalistes dans un
Pérou, Aréquipa, Paz, cupitale du iomphante. Là il e nom de leur li- € Bolivia ”. Tls le ivé du despotisme conservateur, Édimbienne, qui déjà pouvoir solide et cant les ambitieux
s, Alors, au com-
xprimer à ses ofin cœur ! Un jour,
des somments du Potosi, promenant avec eux son regard sur cette chaîne de montagnes tant de fois franchie durant ces quinze années de combats, sur la Bolivie, le Pérou, l'Équateur, la Nouvelle-Grenude, le Vénézuela, délivrés par ses armes, il prit en main l'étendard de la Colombie, rappela aux grenadiers qui l’entouraient les journées mémorables de San-Felice, de Boyaca, de Carabobo, du Pichincha, de Junin, d'Ayacucho ; “ Des côtes de l'Atlantique, s'écria-t-il, nous sommes venus jusqu'ici sur les uiles de la victoire. En quinze années d'une lutte de géants, nous avons jeté par terre l'édifice de la tyrannie qu'avaient élevé pierre par pierre trois siècles d':surpations et de violences. Quelle joie de voir affranchis par votre invincible constance des millions et des millions de nos frères réduits: à l'esclavage le plus dégradant. Pour moi, les pieds sur cette montagne d'argent, dont les veines inépuisubles ont rempli durant trois siècles le trésor espagnol, je déclare qu'à mes yeux tous ces biens sont un pur néant si je les compare à l'honneur d'avoir arboré l’étendard.de la liberté des plages brûlantes de l'Orénoque au sommet du Potosi, la merveille de l’univ:rs ! ”
Pauvre Bolivar à peine descendu de la montagne, tu vas apprendre à tes dépens que l'étendard de la liberté
} n’est déjà plus, dans les mains de la Révolution, que le som-
bre drapeau d'un-despotisme bien plus lourd que celui des rois. La Colombie va périr, parce que tu as oublié d'y planter l'étendard de Colomb, la sainte croix !