UN LIBÉRATEUR
En dépit du glorieux titre de Zibertador, Bolivar ne fut donc pas un vrai libérateur. S'il chassa de l'Amérique les tyrans qui l'opprimaient au nom de l’omnipotonce royale, ce fut pour la livrer à une horde de tyranneaux qui l'écrasèrent au nom du peuple souverain ; s’il lui donna l’indépendance, “ce fut au prix de tous les autres biens, ” eomme lui-même l’avouuit à la fin de sa carrière, Pour sauver l'Amérique, il fallait un autre Bolivar, assez fort pour chasser les révolutionnaires, assez chrétien pour remplacer la souveraineté du peuple par la souveraineté du Christ et les droits de l’homme par les droits de Dieu, Mais est-il possible aujourd’hui de détrôner le peuple souverain pour replacer la société sur la base divine ? Bolivar ne le pensait. pas. En voyant les éléments de discorde qui bouillonnaient dans la fournaise, les hommes qui attisaient le feu, le combustible dont ils disposaient, son impuissance à réagir en faveur de l'ordre et de la religion, il prophésita que les ré publiques nées du démembrement de la Colombie aboutir raient comme la Colombie elle-même, à un épouvantable cataciysme. ‘ L'Amérique est ingouvernable, disait-il peu de jours avant sa mort ; travailler sur ces peuples, c'est labourersur les flots, L’Américain n’a qu’une chose à fhire : émigrer. Ces pays vont tomber sous les coups d’une popalace sans frein, et passer ensuite aux mains d’imperceptibles rongeurs qui les dévoreront sans pitié comme sans vergogne. S'il se pouvait qu’une partie du globe retombêt dans le chaos primitif, telle seruit la dernière phase des révolutions américaines. Tout est perdu, et perdu pour toujours que peut un homm .ontre un monde ! ”
De fait, tout le continuent américain, du Pacifique à l’Atlantique, des plaines de La Plata aux forêts du Hant-Cana-
du, exaltait la Révolution. Le Vénézuela, la Nouvelle-Gre
nade, l'Équateur, Je Pérou, la Bolivie, le Chili, la Républi- A ° que Argentine, érigés en États indépendants, avaient adopté l'o dans ses grandes lignes la fameuse constitution de Cucuta, ] ” basée sur la souveraineté lu peuple et la subordination de 8. l'Église à l'État, Le Brésil, avecéa monarchie parlementaire ea trop souvent dirigée par une majorité de francs-magons, at et, par delà les Antilles, la grande fédération des États-Unis sys exaltant les droits de l’homme et du citoyen, se trouvaient to d
en parfait accord avec les républiques sœurs du Pacifique. * Malheur à qui dès lors eût osé,sur le continent de Colomb, mé- pl dire du peuple souverain, le grand dieu des deux Améri- ”
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ques, ou affirmer que l'Église est au-dessus de l'État ; la loi : jt évangélique, au-dessus des décrets du parlement, ms
L'ancien monde, infatué plus que le nouveau des conqué- ont tes de 1789, tendait la main aux révolutionnaires d’outre- liqu mer. Sous les noms barbares de sécularisation, de laïcisa- 1 sent tion, euphémismes qui signifient répudiation, les peuples étra européens n'ont-ils pas tous, comme les américains, brisé glis les liens qui les unissaient à Jésus-Christ et à son Église ? duïs
S'il existe encore des princes chrétiens dans leur conduite et privée, vous n'en trouvez plus un seul qui, en tant que lé- poui gislateur et chef d'État, accepte la direction de l'Eglise, On qu’o . a remplacé le Dieu en trois personnes par cette divinité à cien sept ou huit cents têtes qu'on appelle le parlement, déclaré de.
le Sinaï moins respectable que la tribune des députés, et abrogé le Décalogue éternel pour Ini substituer le Bulletin des lois. L'Europe entière en est là, aussi bien dans les monarchies que dans les républiques, à Londres comme à Paris,
à Rome comme à Madrid. Les quelques empereurs encore debout devant le peuple souverain, mettent en avant, non pas la sa souveraineté de l'Église, mais leur propre omnipotence. Du reste, la démocrs.ie entend bien les courber toue Pr à ses pieds, vivants ou morts, Parlementarisme ou nihilis me, Constitution ou dynamite : Sire, faites votre choix!
Ce n’est donc pas un monde, comme le disait Bolivar, ce sont . 8deux mondes qui se dresseraient devant l’homme assez
ouvelle-Gre la Républiaient adopté de Cucuta, ination de irlementaire nes-MAÇONS, s États-Unis trouvaient u Pacifique.
Colomb, méeux Améri- État : la loi t.
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audacieux pour replacer une nation dans son état normal, c'est-à-dire à genoux devant Dieu. Les partis qui divisent l’opinion se réuniraient en une armée eompacte pour sauver le principe sacro-saint de la souveraineté du peuple, le palladium des sociétés modernes, Sans doute, libéraux et radicaux se font la guerre pour savoir qui gouvernera l'État, mais ils s'entendent à merveille pour proclamer la suprématie absolue de l'État et son divorce avec l'Èglise. La sou. le différence entre ces frères et amis, c'est que les rudicaux par amour de l'État, voudraient tuer l'Église afin de se débarrasser à jamais de ses revendications, tandis que les libéraux consentent à la laisser vivre, sauf à la jeter en prison toutes les fois qu'elle oppose les lois divines aux ukases du peuple souveruin. Il y a plus : ces principes rationalistes ont tellement pénétré l'opinion qu'on voit nombre de catholiques s’y rallier : chrétiens, l'Église est leur mère, ils con. sentent à lui obéir ; citoyens, ils la regardent. comme une étrangère dont ils n'acceptent pas la suprématie. Que l'Église catholique soit libre comme le protestantisme, le juduïsme, le mahométisme ; mais que l'État soit libre aussi, : et absolument indépendant. Ce droit moderne constitue pour ces politiques un progrès dans la civilisation, de sorte qu’on ne peut plus même travailler à rétablir le droit ancien sans mériter l'épithète de réuctionnuire et de rétrogra-: de.
Comment donc faire remonter le courant révolutionnaire |. à ce monde épris de 1789 ? La solution du problème qui désespérait Bolivar, dpparaîtra plus difficile encore si l'on, considère l'inanité des efforts tentés depuis un siècle pour désabuser les princes et les peuples. La première autorité de ce monde, l'Église, n'a pas manqué de s'opposer de tout son pouvoir aux envahissements de la Révolution. Chaque pontife en passant a jeté l’anathème à cette grande hérésie non moins antisociale qu'antichrétienne. Pie VI, dès 1791, flétrit ‘ les prétendus droits de l’homme, la liberté absolue, le droit de professer n’importo quelle opinion religieuse, le pouvoir de penser, d'écriro et même d'imprimer arbitraire
ment en matière de religion ce qui plait à chacun. ” Pie VII reproche à Npoléon de rompre l'union de l'Église ot de ‘État en sowuet: unt l'Église à l'osclavuge des artirlc: organique: F: 11, à l'aurore de k. Restauration il réprouve nn : 1: ‘constitution dans lequel, au lieu de reconnaitre ::: Jro1.4 “xclusifs de l'Église à la protecvion des lois, on autorise ia « verté de conscience, et l'on promet appui et protection aux ministres de ce qu'on appelle les cultes, mettant ainsi au rang des sectes héritiques et de l'impiété judaïque, l'Épouso immaculée du Christ (1). ‘“ Les princes et les puissances, s'écrie Léon XII, sont établis de Dieu pour défendre la loi, protéger l'Église, et proeurer par tous les moyens convenables la soumission aux Constitutions, apostoliques. ” Dans ve Encyclique mémorable, Grégoire XVI condamne solenneliement l'indifférentisme en matière de religion, et ne craint pas de qualifier de délire, “ cette fausse et pernicieuse maxime qu'on doit procurer et garantirà chacun la liberté de conscience et la liberté absolue des opinions (2). ” De nos jours enfin, Pie IX et Léon XIIT ont poursuivi l'erreur libérale jusque dans ses ramifications les plus éloignées. Le Syllabus a foudroyé ce naturalisme maudit qui prétend gouverner la société humaine sans tenir plus compte de lu religion que si elle n'existait pas, ou du moins, suns faire aucune différence entre la religion vraie etles religions fausses, “ Aujourd'hui comme aux siècles pas sés, lisons-nous dans ce célèbre document, il est expédient de déclarer la religion catholique religion de l'État à l'exclusion des autres cultes: La liberté civile de tous les cultes et le pouvoir accordé à chacun de manifester publiquement ses idées ct ses opinions corrompt les mœurs, pervertit l’es: prit et propuge le fléau de l'indifférence, Aussi le pontife romain ne peut ni ne doit se réconcilier ou transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne (3),
1 Lettre de Pie VII à Mgr de Boulogne, 29 avril 1814. 2 Encyelique Mirari vos, 15 août 1832,
3 Derniers articles du Syllabus.
c'es t-1 les ñe siècle, sa mi États, préch entre l'on n
Voi conim Église a-t-elle a’ nor de tou ligieus moder ne ferc États ; droit, !
Vrais F d'un a purtis rendus monde
Nou l'instin tes, no tâche rel de dépei au mi curcit sions de 185 cendic
1 Li 1883,
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cest--dire "vec les principes de l4 kévolution. Résumant les ‘efinitions de sos paéeesseu:s (1,) le docteur du XIXe siècle, Léon XIIT les .armonise et les fuit resplendir duns sa magistrale Éncyelique sur la Constitution chrétienne der États, où la philusophie, le droit canonique et l’histoire préchent d’un commun accord la nécessité de rétablir l'union entre le sacerdoce et l’empire, union qui a fhit l’Europe, si l'on ne veut aboutir à d'épouvantables catastrophes.
Voilà donc le libéralisme d’État réprouvé par les papes comme attentatoire aux droits de Jésus-Christ et de son Église. Devant les anathèmes pontificaux, la Révolution a-t-elle reculé ? Non. Les avancés ont rejeté le droit chrétien a: nom de la thèse naturaliste, et les modérés l'ont déclaré de tout point inapplicable, vu l’hÿpothèse des divisions religieuses et politiques au sein desquelles se meut le monde moderne. Sans doute, on trouve encore des catholiques qui ne feront jamais leur deuil de la constitution chrétienne des États ; des politiques qui, tout en distinguant le fait et le droit, travaillent de toutes leurs forces à la restauration des vrais principes sociaux ; mais, pour accabler ces revenants d’un autre âge, quelle rage et quelle entente de tous les purtis ! Peu s'en faut qne ces champions du droit ne soient rendus responsables des maux qui désoient l'Église et le monde,
Nous étonnerions peut-être nos lecteurs en affirmant que l'instinct révolutionnaire emporte, dans les classes dirigeantes, non seulement sur l'esprit catholiqne que les pontifes tâchent en vaiu de réveiller, mais même sur l'instinct natw: rel de la conservation. Toujours prophètes, les papes ont dépeint la Révolution comme le puits de l’abîme d’où jaillit, au milieu d’affreuses convulsions, la lave impure q@i obs curcit le soleil, Convulsions de 1788 et de 1793, conval sions de 1800 ei de 1815, convulsions de 1830 et de 1848, de 1852 et de 1870 ; déchirements intérieurs, pillages, incendies, commune de Paris ; ‘catastrophes militaires telles
1 Lire sur ce sujet lEncyclique Immortale Dei, ler novembre
de AÈ cts
que Waterloo et Sédan : la Franco s'agite comme une bac- #C chante échevelée, ou plutôt comme le lunatique de l'Évan- si
gile. Elle aussi tombe du mal caduc depuis son enfance ; c’est-à-dire depuis l'origine du droit révolutionnaire. Elle le « sait, elle voit son état d'épuisement, de temps en temps elle al jette un cri comme pour appeler l'homme qui pourrait la tl sauver de ses propres fureurs ; puis, la crise passée, elle d s'étourdit en poussant de nouveau des hourrahs frénétiques M en l'hoñneur du pregrès et de la liberté, Deux faits, aussi d’ étranges l’un que l’autre, prouvent jusqu'à quel point prin- C F ces et peuples subissent lu fascination du serpent révolu- cé tionnaire, n m
En 1852, à deux doigts de sa ruine, la France éperdue se jeta dans les bras de Nupoléon IIT. Acclamé par huit millions de suffrages, Napoléon pouvait tout, puisqu'il osa restaurer l'empire ; il recula cependant devant une restauration chrétienne de la société, ne se croyant pas de force à lutter contre l’Université, les sociétés secrètes, et l'opinion publique travaillée par ces deux formidables puissances. Le célèbre évêque de Poitiers essaya de lui donner du courage : ‘“ Ni la Restauration, ni vous, lui dit-il un jour, n’avez fait pour Dieu ce qu'il fallait faire, parce que ni l’un ni l'autre n'avez renié los principes de la Révolution, parce que l'Évangile social dont s'inspire l'État est encore la Déclaration des droits de l'homme, laquelle n’est autre chose que la négation des droits de Dieu, Notre constitution n’est pas celle d’un État chrétien ot catholique. Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N'est-ce pas proclamer équivulement que la constitution protège également la vérité et l'erreur ? ”
L'Empereur répondit par l'argument des faibles É “ Croyez-vous que l'époque où nous vivons comporte cet
état de choses et que le moment soit venu d'établir le règne exclusivement religieux que vous me demandez ? Ne pen-
1e une bacde l'Évannh enfunce ; aire. Elle le 1 temps elle pourrait la passée, elle frénétiques faits, aussi point prinpent révolu-
éperdue se 4 huit milqu'il osa resne restauras de force à et l'opinion s puissances, ner du couin jour, n’aque ni l’un ni lution, parce ncore la Déautre chose titution n’est tre droit put celle de la autres cultes 18 proclamer ement la vé-
les faibles
comporte cet ablir le règne dez ? Ne pen-
dE
sez-vous pas que ce serait déchaîner les mauvaises passions ?”
L'Évêque avait d'autres idées, lui qui écrivait un jour: “ Jamais je n'accepterai pour la France la nécessité absolue et définitive de ce qu'on appelle l'hypothèse, en haine de la thèse chrétienne, J'estime trop mon pays pour le croire irrémédiablement assis dans le mensonge, La France n'est point apostate à toujours. On ne parle ainsi qu'auprès d'un moribond désespéré ou d’un criminel incorrigible. "” Cependunt, ne voulant point entamer de controverse, il se contenta de cette prophétique réponse: ‘“Sire, le moment n’est pas venu pour Jésus-Christ de régner : alors le moment n'est pas venu pour les gouvernements de durer, ” (1)
Le second fait est plns caractéristique encore. En 1870, la Révolution mit à la porte l’homme qui avait tremblé devant elle : Napoléon eut le sort de Bolivar, et la France tombra dans cette effroyable anarchie qu'on appelle la Commune, ur le point d’expirer, elle chercha ur sauveur. Depuis un demi-siècle, au moment des grands périls, le noble descendant des rois de France, exilé par lu Révolution, lui tendait la main par-dessus la frontière. Cette fois encore, il se présenta ponr prendre les rênes, mais comme roi très chrétien, comme fils de saint Louis, ‘“ L'avenir est aux hommes de foi, écrivait-il, à la condition d’oser dire à la Ré volution triomphante ce qu'elle est dans son essence et dans son esprit, et à la contre-révolution ce qu'elle doit ätre dans son œuvre de réparation et d'upaisement. Je veux sauver la France, mais il faut que Dieu y rentre en maître pour que j'y puisse régner en Roi. ” Les représentants de la France lui préférèrent ‘un bourgeois révolutionnaire, Quand Thiers eut reconduit le pays sur le bord de l'abîme, le Roi cria encore : ‘“ Ouvrez, je suis le sauveur !—Abdiquez le vieux droit, lui cria-t-on de toutes parts, et prenes en main l'étendard de 1789.—Jamais, répondit-il, je ne serai le roi légitime de la Révolution.—Restez donc en exil ; la
(1) Le cardinal Pie, par Mgr Baunard, tome I, pages 668-69.
France aime mieux retomber daus le chaos primitif quo d’être gouvernée par un saint Louis. ”
La conclusion qui semble s'imposer comme la résultante forcée de cet état des esprits, n'est-ce point celle dé Bolivar : les peuples doivent périr parce qu'aucun homme aù monde n'est assez fort pour les tirer des griffes de la Révolution ?—J'écris ce livre pour protester contre cette conclusion désespérunte et pourtant si logique en apparence, Non, lu Révolution n'a pas tellement assujetti et abéti les peuples qu'un Hercule chrétien ne puisse encore les arracher à son joug pour leur rendre Jésus-Christ et son Égiise, et c'est précisément pour relever nos courages abattus que Dieu suscita, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ce phénomène politique qui s'appelle Garcia Moreno, -
Il y a dix ans, les journaux signalèrent la mort d'un personnage étrange. Il était président de la République de l'Équateur, un de ces États révolutionnaires que nous avons vus naître du démembrement de la Colombie, Trente ans seulement après Bolivar, sans aucun respect pour les immortels principes, cet homme avait par un coup de de force balayé les misérables qui s’engraissaient au dépens du peuple souverain, installé duns son pays un gouvernement aussi catholique que celui de saint Louis, et tiré la nation du chaos où elle expirait, En 1862, en dépit des libéraux et des émeutiors, il signait un concordat qui res tituait à l'Église son entière liberté, et, en 1867, une constitution destinée à faire de son peuple, au milieu des nations sans Dieu, le vrui peuple du Christ, En 1870, il eut la hardiesée de protester seul contre l'envahissement des États pontificaux, alors que, par lu reconnaissance officiel: le d'un pouvoir usurpateur, les rois se faisaient les coms plices des brigandages italiens ; il obtint même du congrès, en 1873, un subside national on favour du pontife captif et dépouillé, En même temps, il consacrait la République au Sacré-Cœur de Jésus, et omonnait de placer aux frais de l'État dans toutes les cathédrales une pierre com-
itif quo
sultante de Bofmme aùû la Révotte conparence, abôti les les arraon Égliy abattus euvième ia More-
nort d'un lique de pue nous ie, Trenect pour coup de au dépens rOuverNneot tiré la dépit des qui ro ine con 1 des na- 0, il eut ment des e officiel:
les coms se du conx pontifo la Répulacer aux erre com-
mémorative de ce grand événement. Dans un pays pauvre et ruiné, il trouva moyen de réaliser en dix ans, au point de vue matériel ot intellectuel, des prodiges tels que l'ima- 4 gination la plus audacieuse n'eût osé les concevoir, Naturellement les démocrates qu'il avait évincés du gouvernement, et même Îles théoriciens de l'Église libre dans l'État libre firent rage contre lui ; mais son bras de fer les écrasa toutes les fois qu'ils ouvrirent leurs serres pour ressaisir leur proie, Enfin, comme le peuple reconnaissant envers son bienfuiteur venait de lui confier une troisième fois la supréme magistrature, sa mort fut décrétée dans los loges magonniques. Il l'apprit, et écrivit at pape cette parole sublime : ‘ Puissé-je être jugé digne de verser mon sang pour la cause de l'Église ct de la société ! ”
Dieu l'en jugea digne : le 6 août 1875, il tomba sous le poignard do la Révolution, Sa dernière parole fut le cri du martyr , “ Dios nomuere, Dieu ne meurt pas ! ” A l'Équateur, des jours de deuil et de désespoir suivirent l’exécrable assassinat, En Europe, aussi bien qu’en Amérique, retentit le nom à jamais mémorable de Garcia Moreno, Pie IX éleva une statue au nouveau Charlemagne dans cette Rome dont il avait si aoblement revendiqué les droits, et le congrès de l'Équateur lui décerna ce solennel hommage:
#“ GÇonsidérant que l’excellentissime seigneur don Gabriel Gardia Moreno, par £a puissantr intelligence eomme par sos hautes verts, à mérité d'occuper la première place entre tous les enfints de l'Équateur ;
tt Qu'il a consacré sa vie et son génie à la régénération et à la grandetir de la République, en basant les institutions politiques sur le fondement solide dt principe eatholiqe ;
# Qu'avec la magnanimité des grands hommes, il affronta sans crainte là diffamation, la calomnie et les sarcasmes impis, donnant ainsi au monde l'exemple unique d’une inébranlable fermeté dans l'accomplissment du devoir ;
“Qu'ilaima la religion et la patrie jusqu’à souffrir le mar-
tyre pour elles, léguant à la postérité une mémoire illustrée de l'immortelle auréole dont le ciel couronne les vertus héroïques ; |
& Qu'il combla la nation ‘immenses et impérissables bienfaits dans l'ordre matéric', intellectuel, morul et religieux ;
«Et qu'enfin la nation doit gratitude, honneur et gloire aux citoyens qui, sous l'inspiration du plus pur patriotisme, savent ainsi l'ennoblir et la servir ;
« L'Équateur, par la voix de ses législateurs, donne à Garcia Moreno le titre de Régénérateur de la patrie et de Martyr de la civilisation. Afin de recommander ce noble héros à l'estime et au respect do la postérité, il lui sera élevé une statue en marbre, portant cette inscription : “ A l'excellentissime Garcia Moreno, le plus grand des enfants de l’Équateur, mort pour la religion et la patrie, la République reconnaissante (1) ! ”
Îl est donc possible de vaincre la Révolution et d'arracher les peuples à ses mortelles étrointes, puisque Garcia Moreno, dans cette Amérique anarchiste qui désespérait Bolivar, l'a tenue quinze ans frémissante à ses pieds, Seulement, pour délivrer les peuples de cette robe empoisonnée dont la Déjanire de 1789 les a rovêtus, il ne faut point qu'Hercule, je veux dire Bolivar, porte lui-même la tunique dévorante ; autrement, il mourra comme son peuple dans les convulsions d'une affreuse agonie ; il faut un Hercule chrétien, un Garcin Moreno, couvert de l’armure du Christ, c'està dire des vérités sociales dont l'Église seule a lo dépôt. Le vrai, le soul libérateur, c'est Jésus-Chrirt, parce qu'il est la vérité, et que la vérité seule peut délivrer les peuples : Veritas liberabit vos.
Seul de tous les chefs d'états, depuis le péché originel de 1789 et la déchéance des sociétés qui en a été la suite, Garcia Moreno a restauré le gouvernement chrétien et mérité le nom glorieux de régénérateur de la patrie ; seul, au milieu des rois soliveaux, des prices décrépits, des vils flat- (1) Décret du Congrès, septembre 1875
illustrée les vertus
périssables ul et reli-
r et gloire r putriotis-
s, donne à atrie et de r ce noble ui sera életion : “ À des enfants
», la Répu-
, et d'arraque Garcia désespérait ieds, Seulempoisonnée faut point me la tunison peuple ut un Herl'armure du lise seule a Chrirt, pardélivrer les
é originel de à suite, Garen et mérité seul, au mides vils flat-
teurs d’une vile populace, en dépit des calomniateurs et des assassins, il a donné au monde le noble exemple d'une inébranlable fermeté dans l'accomplissenient du devoir ; seui, au milieu des tyrans et des anarchistes qui s'abattent tour à tour sur les peuples pour vider leur bourse, leur esprit et leur cœur, {! a comblé sa nation d'immenses et impérissables biensaits dans l'ordre matériel, intellectuel, moral et religieux ; seul enfin, héroïque maxtyr de la civilisation catholique, il a donné son sang pour la noble cause qu'il a défendue : il apparait done comme le grand politique du dix-neuvième siècle, comme le type trop longtemps perdu d’un sauveur de peuples.
Voilà pourquoi nous avons cru que Garcia Mareno ne devait point comme un météore passer au milieu de ses contemporains, sans laisser de trace après lui. Ne pas mettre en lumière une telle personnalité, ce serait ravir à Dieu la gloire de ses œuvres, et à cet homme de Dieu l'immortalité à laquelle il a droit, même sur cette terre. De plus, ce scrait priver l'humanité d'un grand secours, car l’histoire de Garcia Moreno donne au monde une leçon providentielle, la dernière peut-être uvant le cataclysme que tout le monde prévoit et que lui seul a essayé de conjurer. Daigne le Dieu “ qui ne meurt pas ” rendre fécond le sang du noble martyr, et susciter sur sa tombe d'autres régénéraieurs assez intelligents pour le comprendre, assez courageux pour limiter !