‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 23 sur 97 · CHAPITRE I PREMIÈRES ANNÉES 182x · texte numérisé non relu

CHAPITRE I PREMIÈRES ANNÉES 182x

Garcia Moreno naquit à Guayaquil le 24 décembre 1821, six mois avant la prise de Quito par les troupes républicaines. Il reçut au baptême le nom de Gabriel, qui était eelui de son père.

Il appartenait à une famille ancienne, aussi distinguée par sa noblesse que par ses mérites, Son père, don Gubriel Garcin Gomez, natif de Villaverde, dans la Vieille-Castille, avait fait de brillantes études à Cadix et travaillé quelque temps dans les bureaux d'un de ses oncles (1), lorsqu'il lui prit fantaisie de s’expatrier pour chercher fortune en Amérique. Sur la fin de 1593, il embarqua sur la frégate ANotre-Dame des neiges une importante cargaison dont il était propriétaire, et vint s'établir à Gaayaquil, où il épousa la sonora Moreno,

Dona Mercédès était fille do don Manuel Ignacio Moreno chevalier de l'ordre de Charles ITT, et membre inamovible de la municipalité de Guayaquil. Elle ent dans sa parenté deux hommes qui illustrèrent l'Église et l'État, son oncle, don José Ignacio Moreno, archidiacre de Lima, l’auteur très estimé des Lettres Péruviennes, ainsi que d’un essai sur la Su-

(1) Don Martinez de Aparicio, autrefois secrétaire de Charles IV.

ETS DE

prématie du Pape, et son frère, don Michel Ignacio Moreno, po promu par le roi d'Espagne à l’Audience de Guatemala, Ce Ga dernier fut le père du cardinal Moreno, naguère archevèque mi de Tolède, le,

Les deux époux étaient dignes de leurs ancêtres par de vol rares qualités personnelles et surtout par lear invincible at- les tachement à la religion catholique. Garcia Gomez, homme ces de foi, servitetir dévoué de l'Église, professait un souverain | troi mépris pour ces fuuix indépendants qui visaient à s’affran- de chir, non seuiement de l'Espagne, mais des habitudes reli- tro! gieuses dont elle avait pénétré ses colonies, D'un caractère Fe doux et aimable, il savait an besoin montrer une intré- G pidité que tous admiraient. Pendant que les révolutionnai- | non res criblaient de balles les maisons de son quurtict, on le puis voyait puraître au balcon avec un calme imperturbable. En ets témoignage de leur estime, ses conciloyens le nommèrent sa procureur municipal. La senora Mercédès, son épouse, se pré] signalait par la supéricrité de son esprit, sa solide piété, soin la dignité de son caractère, et je dirai presque l'austérité leço de sa conduite, Aussi ardente royaliste que son mari, elle | p refusa jusqu'à la fin de sa vie d'illuminer et de pavoiser sa l'Ar maison le jour de la fête de l'Indépendance, aimant mieux fort payer l'amende imposée aux contrevenants que de paraître À méd

se réjouir au souvenir d'une révolution. ave

Dieu récompensa les vertus de ces généreux chrétiens les

par une magnifique couronne d'enfants qui tous firent leur sou consolation et dont le plus jeune sera éternellement leur ava gloire. L'ainé se consacra au service des autels, Le second, vol

bien que laïque, fit une étude approfondie de la liturgie ca- LE cup

tholique. Le troisième, don Pedro Pablo Garcia Moreno, I nn des grands propriétaires do l'Équateur, aida son jeune don frère, devenu président de la République, à réaliser ses le d grandes entrep'ises. Plus tard, témoin .de l'ingratitude Ent de ss concicoyens, il lui disait souvent : “ Retire-toi n'importe où hors de l'Équateur, et puise dans ma bourse ac- “nt que tu voudras, ” Mais don Gabriel répondait invariaolement : “ Dieu ne m'a pas créé pour faire le bien n'im- (

« rec du «

o Moreno, emala. Ce rchevèque

es par de incible atez, homme souverain à s'affranitudes reli- 1 caractère une intré- Lolutionnai- Hiver, on le irbable. En hommèrent \ épouse, 8e otide piété, e l'austérité ni mari, elle pavoiser sa mant mieux de paraître

ix chrétiens 8 firent leur lement leur , Le second, liturgiu carcia Moreno, la son jeune , réaliser ses l'ingratitude tire-toi n'ima bourse at- 1dait invariue bien n'im-

porte où, muis à l'Équateur. ” Le quatrième fut Michel Garcin Moreno, que le président préposa plus tard à l'administration des salines de l'État. Homme intégre et hubile, au lieu de profiter de sa position pour s'enrichir, il ne voulait pas même s'attribuer, comme ses prédécesseurs, les déchets (1) que la loi lui accordait, Don Gabriel avait aussi trois sœurs, Rosurio, Mercédès et Carmen. Toutes trois ont été la joie et l’ornement de leur famille, l'honneur de la Vierge bénie, dont elles poutgient les noms ; toutes trois n’ont quitté la terre qu'après: l'avoir édifiée par une vie sainte et irréprochable.

Gabriel Garcia Moreno fut le dernier rejeton de cette nombreuse et intéressante famille au sein de laquelle il puisa ces sentiments de foi vive, d'honneur chevaleresque, et surtout cette noble passion du devoir qui caractérisent sa vie entière, Du reste, pour mieux tremper son âme et la préparer au rôle exceptionnel qu'il lui destinait, Dieu prit soin d'ajouter aux enseignements de Ja famille les rudes leçons de l’adversité,

Par suite des révolutions incessantes qui bouleversuient l'Amérique, don Gurcia Gomez essuya de grands revers de fortune, D'opulente qu'elle était, sa famille tomba dans la médiocrité, puis dans la gêne, et bientôt ce fut la pauvreté avec son cortège de privations d'autant plus pénibles qu'elles se dissimulaient à tous les yeux. Les deux époux en souftrirent surtout pour le petit (rabriel, Leurs aînés avaient terminé leur éducation, ils pouvaient prendre leur vol et se frayer un chemin dans le monde ; mais qui s'oc cuperait du pauvre déshérité ?

Dona Mercédès comprit la tâche que les circonstances lui donnaient à remplir. Elle se chargen de former l'esprit et le cœnr de l'enfant, comptant sur Dien pour son avenir. Entouré des soins les plus tendres, il s’habitua, sous Ja direction de cette bonne mère, à vivre dans la piété, l'amour du devoir et de la régularité, surtout à ne jamais se plain-

(1) Déchets du sel, merma de la sal.

dre des peines de la vié. Dona Mercédès s fit de plus son institutrice assidue, ot l'enfunt profita si bien, qu'à septaus il savait parfaitement lire et écrire. Son intelligence trop précoce se développa aux dépens de ses forces physiques ; il devint chétif et maladif, ce qui redoubla encore les sollicitudes maternelles, Le petit Gabriel, dont le cœur s'épanouissait au contact de cette noble femme, comprenait tous les sacrifices qu’elle s'imposait pour lui, IE aimait su mère avee passion, et jamais il n'oublia l’admirable dévouement dont elle lui donna tunt de preuves pendant cette période de sa vie. Plus tard, en parlant de Guayaquil, la cité par excellence des révolutions et des pronunciamentos, il disait agréablement : ‘“ Je n'y connais que deux bonnes chuses : ma mère et. .la banane (1) !”

Chose étrange ! l’homme qui plus tard étonna le monde par son andace, se montra dans son enfance timide et craintif à l'excès, Les téaèbres, les tempêtes, les morts surtout lui causaient de mortelles fraveurs, à tel point que son père. vrai chevalier sans peur, crut devoir employer les moyens les plus énergiques pour le guérir d'une pusillani-

mité qui : inquiétait à bon droit, Un jour que ouragan ébranlait les maisons de la ville, il enferma dans un balcon l'enfant attolé, et le laissa seul s’accoutumer aux bruits du .vent, des vagues et du tonnerre, Dans une autre circonstance, un cadavre gisait au milieu d’une chambre isolée quatre cierges éclairaient seuls, au milieu de la nuit, la face du défunt ; Garcia Gomez commanda au petit Gabriel d'aller, de ses mains tremblantes, allumer une bougie aux terribles veilleuses qui, bon gré mal-gré, lui mirent devant les yeux le spectre redouté, Du reste, les événements dont Guayaquil fut le théâtre en ces temps troublés, n'aidèrent pas peu à dissiper ces terreurs imaginaires et initièrent l'enfant à la vie tourmentée qni l'attendait, On peut dire qu'il fut élevé au bruit de lu fusiilade et du eanon. A peine âgé de neuf ans, sans avoir quitté sa ville natale, il avait passé par

(1) En Guayaquil no hai sino dos cabezas buenus, la &e mi madre y la...de qlantanos. Intraduisible en français.

t de plus son qu'à septaus iligence trop xs physiques ; core les sollile cœur s'épa- , comprenait IE aimait su irable dévouedant cette péraquil, la cité nciamentos, il deux bonnes

nana le monde imide et crainmorts surtout point que son employer les une pusillanique l'ouragan ans un balcon wux bruits du autre circonsmbre isolée ; le la nuit, la | petit Gabriel e bougie aux mirent devant nements dont és, n'aidèrent initièrent l’enit dire qu'il fut . peine âgé de vait passé par

, la de mi madre

is Bi —

quatre nationalités successives, Sujet, à son ontrée en ce monde, de la grande République colombienne, il devint, on 1827, membre de la Républiquite de Guayaquil, libre et indépendute ; puis, citoyen du Pérou qui dans sa lutte contre Bolivar, avait trouvé bon de s'annexer cette “ perle du Pacifique ”. Enfin, en 1830, lors des derniers déchirements de la Colombie, on l'improvisa citoyen de la République de l'Équaieur, constituée définitivement en état souverain, Ces changements à vue, fruits d’insurrections de caserne ou d'invasions triomphantes, ces hordes qui passaient et repassaient en hurlant contre les tyrans, ces bombardements dont la ville était sans cosse menacée, fn. miliarisèrent l'enfant avec les révolutions, les coups de main, les dangers de tout genre, et contribuèrent sans doute à doter son âme de cette insensibilité stoïque quo: x marqua bientôt en lui, même dans les conjonctures es plus périlleuses.

A cette époque, un nouveau malheur, plus grand que tous les autres, acheva de désoler l'enfant et sa mère : Garcia Gomez fut ravi à leur amour au moment où son appui devenait plus nécessaire que jamais, C'était le temps pour le jeune (rabriel de fréquenter les écoles, d'apprendre les langues, et d'acquérir cette srience dont son âme avait déjà soif, Or, la mort de son père, en privant la famille de son unique soutien, ne permettait plus à l'enfant d'aspirer à une instruction quelconque. Combien de fois, les larmes dans les yeux, il suivit du regard ses jeunes camarades plus heureux, muis inconciente de leur bonheur, quand ils allaient chercher laleçon du maître ? Désespérie de cette pénible situation, Dona Mercédès n'avait d'autre ressource que de se plaindre au ciel, quand le Dieu qui compte les larmes des mères vint à son secours d'une manière inattendue,

Non loin de la maison qu'elle habitait alors, se trouvait un vieux couvent de Notre-Dame de la Merci. L'un des religieux de ce couvent, le P. Bétancourt, confident des secrètes anxiétés de la senora Mereédès, s’offrit à donner à

Page 1