‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 43 sur 97 · CHAPITRE IV LE DRAME DE RIOBAMBA · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LE DRAME DE RIOBAMBA

L'Équateur était délivré des deux ‘ jumeaux ”, mais à ses flancs restait attaché le sauvage Franco, le dernior survivant de l'infâme triumvirat, le traître qui ne rougir sait pas de s'appuyer sur l'invasion étrangère pour accaparer le pouvoir suprême, Il s'agissait maintenant pour Garcia Moreno de l'envoyer rejoindre ses deux compsgnons, projet éminement patriotique, mais de tout point irréalisable si l'on considèrc les forces respectives des deux

partis au moment de la révolution de septembre, « Le gouvéruémént provisbiré représentait prosqué tôtté de la hation. Les provinces d'Imbädbura, de Pinthihchih, dû ! de Chimiborazo, s'étaiént dés l’abotd prononcées en si faveur; ! d' Cüeuca fit acte d'adhésion inmédintement après le départ M d'Uïbins. Sauftrois centé hommes ralliés au parti dé |! LT he . Franco, leë trodpes du despôte prirént fait et catise pour ! ge N, le gouvernément dé Quito. Mémé dahs la province dé u: 4 Gasyäquil, là djorité n'hébitdit polut à adhéter par dés ! p protestétions publiques äu prohnciamento de doptétnbté, 1 ns te cofsidérér que la volonté populdité, Gatéin Mireno tà

ét es collègues aväiènt pour eux le droit ; imäis comment

vaincre êt désarinér l’usutpatéut ? Avec la pétite dritiéé de 4 Carvajal et les bataillons indisciplinés d’Urbina, sans âtsé- ps naux, sans apprivisionnemeénts, quel moyen de tenir tête b

mais à dernier

compat point »s deux

ÿ tébté ha, du aveut ; départ arti dé e pour ncé dé är dés

éinbté, ‘

Mireno mment tiéé de 8 dbscir tête

av toldéts de Franco, appüyé put cinq où six mille péruviens et lés canons de l'éécadre qui bloquait Guëyadeit ? Ghtcis Morèno embiussh d'un coùp d'œil toutés ces diff: cultés, et, néanmoins, déclara résolûment qu'il ne de dotine: rait pas ane minute de repos avant d'avoir assuré le triomphe complet de la nation. Il faudrait jouer tous les rôles, 80 faire recruteur, instructeur, ingénieur, diplomate, général, chef d'Etat, mais il sentait en lui ce génie universel qui suffit à toutes les nécessités,

L'expéHionce de Tumbüuco Iul'avait Aphtis que à br voure eët impüiksante contte le nombte ét la tactiqué, Point de victoire sis uné htméo régulière, Armée qui n'eit fitait pas mêrne à l'état d'embryoh. Iloomiéhèa pat ëhvoyet au cap de Guaraïda des rééries destiiéés à former Je noyäu dés troupes Tibérattices, Les bataillons d'Uibin, sur losquéls il éomptait Mmoïtis, restèrent on tésurvé à Riébamba, Il ft énsuite ün aphel chaleuredréux auk voloti taires, qui account de toutés les provinces pour obntri: buët au salat de la natioë. Des officiers dévotés los etbr. &rent atix manœuvrés militäires, souvent suûs les yen de Gaïcia Morëno qui, présent pattout, inspirait à tous 16 touraÿé, l'espiit d'ütdre ét 46 dicipline.

La difficulté n'était pas tant de recruter des soldats que de les empêcher de désorter. Les jeunes gens arrivaient de tous côtés, et l'effectif des compagnies diminuait au lieù d'augmenter. Pour couper le mal dans sa racine, Garcia Moreno crut devoir recourir aux grands moyens : il ah. nonçga dans les casernes que dorénavant tout déserteur serait immédiatement fusillé. On s'imagina que c'était une vaine menace, et cette nuit-là même plusieurs recrues prirent la fuite. Trois furent saisis, jugés et fusillés saris miséricorde. À partir de ce moment, les chefs né constatèrent plus une seule désertion. Mais comment créer des ressoûrces pour l'entretien de cette armée ? Où trouver, dans ce pays épuisé, de Pargent, des vivres, des chevaux, des approvisionnements de toute espèce ? 11 mit à contri. bution la bonne volonté de tous. Ce qu'il ñe put obtehir

du libre sscrifice, il l'exigea par des réquisitions et des. impôts répartis avec justice, et impartialité. Ses ennemis les plus acharnés n’osèrent jamais articuler à ce sujet une plainte contre lui. |

La question en apparance insoluble était celle de l’armement. Fusils, canons, munitions se trouvaient aux mains de Franco, qui ce disposait à les braquer contre le gouvernement provisoire. Et comme on ne pouvait espérer aucun secours de l'étranger, il s’ensuivait que pour avoir des armes, il fallait en créer sur place. Garcia Moreno ne reculu pas devant cotte extrémité. A. quatre lieues de la capitale, dans l’hacienda de Chillo, propriété d’un de. ses intimes am'3 (1), existait une grande manufacture de coton: il eu fit une fabrique d'armes. Par ses soins les vieux canons, les fusils hors ds service trouvés dans les. arsenaux de Quito, et d’autres qu'il réussit à introduire: dans le pays, furent transportés dans ce chantier improvisé, où à force de recherches et de combinaisons, il parvint à les transforiner et à leur donner la justesse et la sûreté de nos meilleurs produits. De ià sortirent les boulets, les obus, la poudre et autre munitions dont on fit usage pendant cette guerre ; de là.les lances dont furent armés les jeunes recrues, Mais que de travaux et d’études pour établir ses calcuis avec la précision mathématique exigée en pareille matière, renseigner les ouvriers sur chaque branche de leur art, surveiller même en détail chacune de leurs opérations ! Le jour, on le voyait partout donnant ses ordres ; ls soir, au milieu des livres, la tête dans les mains, il cherchait la solution d'un problème ou d’une difficulté, Souvent il devait interrompre les calculs les plus compliqués pour traiter une affaire urgente ou entreprendre un long voyage. Doué d’une activité prodigieuse et d’une santé de fer, il suffisait à toutes ces besogues.

Jamais il n'abandonns pendant la durée de cette guerre les travaux de Chillo, les regardant à bon droit comme les plus nécessaires, Un jour qu’il revenait de Guayaquil à

(1) M. Juan Aguirre.

marches forcées, on lui annonça qu'ils étaient suspendus. Immédiatement il se mit en route au millieu des ténèbres, fit à cheval les quatres lieucs qui séparent la capitale de Chilio, et ne consentit à prendre un peu de repos qu'après avoir vu les ouvriers à la besoyne. Dans une autre circonstance, après une course non interrompue de quarantehuit heures à travers les montagnes, il arriva au millieu

“a des ouvriers tellement accablé de lassitude ‘et de sommeil à qu'il s’'endormit én descendant de cheval et ne se réveilia cars que fort longtenmps après. “ Je puis tout dominer, disaitio il, même la faim ; mais le sommeil, je ne puis le vaindre cre. ” Il le regrettait amèrement, car la journée lui paraisle sait de berucoup trop conrte pour toutes les tâches si imporee tantes et si disparates que la force des choses lui mettait de sur les bras. F les les Copeudant, tout en se préparant à la guerre, Garcia Mouire pe reno ne désespérait point encore d'arriver à un arrangeaA 4 ment pacifique. Dans les premier jours d’octobre, c'est-àna dire un mois après la chute des dictateurs, il se rendit à reté Payta, où se trouvait l'escadre péruvienne. Là dans une les po dernière entrevue avec Castilla, il lui remit sous les yeux PAF | sa proclamation dans laquelle il affirmait n’avoir point pris les les armes contre le peuple équatorien mais contre ses opéta- pressours. En supposaut cette parole sincère, les hostili. ee» tés n’avaient plus de raison d’être après la disparition de nr | Roblez et d'Urbina. Poussé dans ses derniers retrancheds ments, Castilla démasqua ses batteries et demanda formelvd lement, comme condition du retrait des troupes, la cession pre du territoire en litige. Indigné d’une conduite aussi déloyailté. le, Garcia Moreno répondit que jamais le gouvernement de pli- Quito, le seul gouvernement de l’Equateur, n’accepterait Ag une proposition absolument contraire à la justice et à une l'honneur national. Alors, en vrai chevalier qui met sous 4 le pied toute répugnance quand le salut de la patrie est en re jeu, il condescendit à s’aboucher avec le traître Franco pour les lui proposer une dernière fois d'unir leurs forces contre l’en-

il à nemi commun, Il lui montra la tache indélébile dont il al-

lait souiller. son nom s'il açseptait le démembrement dy territoire, et, afin de lui proiver son absolu désintéresse. ment, offrit de donner à l'instant sa démission pour intro. duire dans la gouvernement provisoire un membre de celni de Guayaquil et céder à Francp le titre de général, en chef de l’armée. Ainai s'éteindraient les divisions des équatoxiens, qui tonrnerait leurs armes contre l'étranger au lieu de s'égurger daus ces luttes fratricides. Ne pouvant opposer à ce noble langage aucune raison spécieuse, Franço se tira d'affaire en feignant d'accepter çe compromis ; mais Garcia Moreno déjoua sa ruse en lui proposaut d'amener immédiatement des renforts à Gusyaqnil pour commencer les hostilités contre Castilla. Pris dans ses filets, Franco refusa net et rompit la conférence.

Après avoir aïnsi passé tont le mois d'octobre en na ciations infructueuses, Garcia Moreno reprit la route de Quito, avec l'intention de visiter les troupes échelonnées sur son passage. Il apprit duns son voyage à mieux connaître les moyens que ne rougissent pas d'employer les politiques peu scrupuleux pour se débarrasser d'un ennemi gênant. À peine avait-il quitté Guayaquil, que des scé-

lerats armés de poignards et de révolvers, s'élancèrent à sa poursuite. Ils croyaient l’atteindre facilement, mais il trompa leurs prévisions par sa manière extraordinaire de voyager. Il franchissait en effet les étroits défilés des montagne, leurs escarpements tortueux et presque impraticables, avec. une telle célébrité que personne ne pouvait le suivre. Grâce à cette course furibonde, les assassins apprirent à chaque station qu'il gagnait du terrain sur eux et renoncèrent à leur criminel projet. Mais, à peine échappé aux sicaires, le fugitif tomba daus une embuscade plus dangereuse encoro, où son âme héroïque dut employer toute son énergie. Malgré les invraisemblables péripéties de ce drame tant soit peu romanesque, nos lecteurs sont priés de croire à la parfaite exactitude de notre récit.

Après la fuite d'Urbina, les troupes, en grande majorité rattachées au gouvernement de Quito, se trouvaient, com-

. l'ordre

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me not lement provies bina et l'esprit officier d’entre millieu lion, © la étaie turs d plicité.

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me nous l'avons dit, casernées à Riobamba. Tout naturel- Jement Franco, pour amoindrir les forces du gouvernemet provicore, entreprit de gagner à sa cause ces vétérans d'Urbina et de Robler, dont il connaissait mieux que tout autre l'esprit d’indicipline et de. violence. Ayant parmi. leurs officiers des amis d'ancienne date, il ne lui fut pas difficile d'entretenir des intelligence avec eux et de semer ainsi au millieu des régiments des germes de discort'e et de rébel. lion, On en a la preuve écrite (1), Franco et même Castilla étaient renseignés avant l'évènement sur les troubies futurs de Riobamba, ce qui prouve évidemment leur complicité.

Quoi qu’il en soit, après avoir visité les troupes campées à Guaranda, Garcia Moreno arrivait, le 2 novembre, à Riobamba, avec l’intention de s’y reposer quelques jours de

* ses travaux et de ses courses. Voilà qu'en pleine nuit, au

bruit des cris tumultetueux, ses serviteurs effarés se précipitent dans sa chambre et le réveillent en sursaut, lui annonçant que les caserne mutinées sont en pleine insutrec-

rection ; les soldats émeutés se pleignent d’être mal nourris,

mal vêtus"et de ne pas recevoir leur solde ; les chefs déclament avec fureur contre le gouvernement provisoire, en particulier contre le chef suprême ; les têtes sont tellement échauftés qu’oa peut craindre les plus grands malheurs. Calme et silencieux, Garcia Moreno réfléchissait aux moyens d’étouffer cette sédition, lorsque le commandant Cavero se présente avec l’arrogance d'un révolté, et lui intime

. l'ordre de renoncer au mandat qu'il a regu du peuple,

— “ Jamais !” lui répond fièrement Garcia Moreno. Et comme le commendant se perniettait de le menacer : — “ Assez ! s'écrie-t-il, vous pouvez briser ma vie, mais aucun

. de vous n’est assez fort pour briser ma volonté, ” Sur un

signe de Cavero, le capitaine Palacios, désigné pou: ne telle besogne par ses tristes antécédents, arrêta l'intrépide réprésentant du pouvoir ot le jeta en prison, en lui signi-

(1) Voyez ET Primero de Mayo, no 8 : Documentos importantes.

.— 2 ms

fiant que s'il persistait dans sa résolution, le lendemain se- ji rait s0a dernier jour.

fiande £

Débarrassés de leur chef, officiers et soldats se répandi- miplir sent dans les divers quartiers de la ville pour se livrer au à pillage, à l’ivrognerie et à la débauche, selon leurs vicilles Quel 4 ; habitades. Seules quelques sentirielles de faction à la porte litaire, 1 1 du cachot se désolaient de ne pouvoir prendre part au sac © ‘gné d'ur de la cité. Un gardien veillait dans sa chambre attenante goit à br celle du prisonnier. La première pensée de Garcia Moreno Yordre à fut de recommender son âme à Dieu, n'ignorant pas que délai. ces brigands étaient Hommes à l’assassiner sans miséricor- Æ ; Après de ; puis, avec un admirable sang froid, il s’occupa trani- | dror pa: ‘ quillement des moyens de prolonger une vie qu’il n’esti- abandor mait pas inutile à la patrie. D'une lucarne donnant sur la l'homm rue, on voyait les gardes, l'air assez maussade, suivre de mais il : l'œil leurs compagnons plus heureux ; d’où le prisonnier tie de R conjectura, que l'instinct triomphant de la consigne, ils ne secouru: tarderaient pas à déserter le poste pour se gorger avec les 4 vre part autres de liqueurs et de butin. En ce moment, le serviteur de réfléc d’un de ses amis fidèles ayant obtenu sous un prétexte quel: l'heure: conque la faveur de l’entretenir un instant, lui fit observer 4% mandenr qu’il était facile d’escalader le mur de sa prison, après avoir rebelles. descellé les barreaux d'une fenêtre. Une fois libre, il trou- marche, d verait à la porte de la ville un cheval tout sellé pour fuir. À bien cor — “ Dites à votre maître, répondit le prisonnier, que je D lieu des sortirai d'ici, non par la fenêtre, mais par où je suis entré.” !4 ane nuil disparu

Ses prévisions se réalisèrent de point en point. Les gardes disparurent les uns après les autres, abandonnant toute : 4 surveillance à la sentinelle de l'intérieur, Après quelques instants de réflexion, Gareia Moreno s'approche de cet unique gardien et lui dit d’un ton de maître, ou plutôt de juge: — 4 À qui donc as-tu fait serment de fidélité ? — Au chef de l'Etat, répond le soldat tremblant, — Le chef légitime de l'Etat, c’est moi : tu me dois donc obéissance et fdélité : tes officiers sont des rebelles et des parjures. N’as-tu pas honte de leur prêter main-forte et de trahir ainsi ton Dieu etta patrie ? ” Le soldat effrayé tombe à genoux et de-

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Quelques instants plüs tard, avec l'aide de ce brave mi- Jifäire, il avait franchi les portes de la prison. Acccompä gné d'un fidèle général, ilsortait de Riobamba et s'élät éait à bride abâttue Sur la route de Calpi, où il avait donhe Y'ordre à 8es partisans les plus résolus de le rejoindre ans délai.

Après cette étrange aventure, voyant le terrain 8 'efondrer partout sous se8 pas, va-t-il désespérer du succès et abandonner la partie ? Le croire ce serait méconnaître Yhomme qui ne connnt jamais d'obstacle, parce que jamais il ne recula devant la mort. Une heure après sa s0rtie de Riobamba, il se trouvait à Calpi avec quatorze braves, secourus pour se mettre à sa disposition et décidés à le suivre partout où il les conduirait. Sans leur laisser le temps

de réfléchir, il leur suggère l'étrange idée de reprendre à J'heure même le chemin de Riobamba pour ressaisir le com-

mandement des troupes mutinées.etchâtier les principaux rebelles. Tous l’approuvent, etla petite troupe se met en marche, comptant pour l'exécution du projet, sur l’audace bien connu de son chef. À leur entrée dans la ville, au mil-

‘ lieu des maisons saccagées, régnait le calme. plat qui suit ane nuit d'orgie. Plusieurs chefs, chargés de butin, avaient

disparu avec leur compagnies ; les autres, parmi lesquels le capitaine Palacios, le grand fauteur de la rébellion, étaient ivres ou endormis. Sans perdre un instant, Garcia Moreno saisit Palacios, avec les principaux bandits, et les traîne sur la place où il installe un conseil de guerre com-

posé de ses quatorze compagnons à cheval et armés jus-

qu'aux dents. Palacios comparait le premier sans trop $e rendre compte, par suite de l'ivresse, de sa terrible position.

Condamné à mort, il répond à ses jügos par des insolences ; mais bientôt la voix sévère de Garcia Moreno le rappelle à la réalité : “ Vous avez une demie-heure pour vous

préparer à la mort, s'écria-t-il, pas une minute de plus. ” Un prêtre était à pour réconcilier ces coupables avec

Dieu, mais Palacios refusa son ministère. A l'heure fx, L

le bandit tomba sous les bulles du peloton d'exécution,

Un autre officier avait subi le même sort lorsque com. #Æ parut devant le conseil de guerre un malheureux capitaine 4

qui protestait de son innocence. On avait cru le reconnait:

tre comme un des principaux meneurs de l'insurrection, M

mais une dame des plus honorables de Riobamba affirma qu'en effet, au lieu d’exciter à la rébellion, cet homme s'était tanu caché dans sa maison aussi longtemps qu'avait duré le sac de la ville. Implacable devant le crime, mais

toujours juste, Garcia Moreno s’en remit au témoignage de

cette dame et rendit la liberté au condamns.

Ce coup d'audace terrifia cette soldatesque aussi lâche qu'indisciplinée. En voyant tomber ses chefs, elle comprit qu’elle avait un maître et rentra dans l’ordre. Alors, non content d’avoir éteint le foyer de l'incendie, l’infatiguable lutteur résolut de poursuivre les fuyards, afin de les chftiers et de les assujettir, eux aussi, au joug de la discipline, Au déclin du jour, il partit avec ses quetorze compagnons renforcés de quelque autres braves, pour donner la chasse au gros de la troupe, qui avait pris la direction de Mocha, Arrivés dans cotte petite ville à la tombée de la nuit, les bri-

, &ands s'étaient couchés dans les galeries qui entourent:

la place, leurs fusils en faisceaux à côté d'eux. Ils dor. maient profondément sous la garde des sentinelles placées à toutes les avenues,

L'épée au poing, Garcia Moreno, suivi de ses compas: gnons, arriva vers minuit à Mocha. Le temps était plu: vieux, les ténèbres assez épaisses. A leur approche soudsine, la sentinelle voulut fuir, mais un coup de baïonnette l'étendit par terre. Surpris Gans leur sommeil au milieu de l'obscurité, ies bandits se crurent enveloppés par une troupe nombreuse et n’essayèrent pas même de résister, Quelque-uns furent blessés dans la bagarre, d’autres réussirent à s'enfuir, quatre-vingts désarmés et garottés furent expédiés à Riobamba sous la garde de cinq braves, qui re-

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nt l'ordre de les fusiller tous à la première tentative defuite ou de rébellion.

Garcia Morono se croyait maître du terrain, quand tout à coup on lui signale dans les environs une autre troupe de plusieurs centaines d'hommes, Il lance ses compagnons à leur rencontre ; on se bat avec fureur dans les ténèbres ; plusieurs tombent morts ou blessés.— ‘‘ Rendez-vous, crie Maldonado, au chef de la bande. — Jamais ! répond celui. ci percé d’un coup de lance. Rendez-vous, brigands, “ crie

reno à son tour, frappant de son épée à droite et à gariche. Un soidat reconnait sa voix, le nom de (Garcia Moreno vole de bouche en bouche et l’on reconnnaît avec douleur que de part et d'autre on a été victime d’une fatale méprise. Cette troupe, composée non de pillards, mais de soldats fidèles, arrivait d’'Ambato pour combattre les insurgés de Riobamba.

Après avoir pleuré la wort du malheureux chef et de ses compagnons, Garcia Moreno, à la tête de ces renforts, continua la poursuitc des révoltés, et réussit enfin à en incarcérer trois cents qui, leur peine t:rminée, furent réincorporés dans l’armée.Les restes insignifiants de ces cohortes prétoriennes, si chères à Urbina et à Roblez, se dispersrent dans les montagnes pour y vivre en brigands, ce qui n'était pas pour elles changer de métier,

Ainsi se termina cette sombre tragédie qui aurait dû finir par un désastre. Le génie et la valeur d’un seul homme avaient triomphé des traîtres, d’une armée en révolte etde la mauvaise fortune la plus opiniâtre. Brisé de fatigue, mais plus encore de douleur à la pensée de l'anarchie qui désolait son pays, Garcia Moreno revint en toute hâte à Quito, pour activer les préparatifs d'une campagne, dé-

. ormais inévitable, contre le pseudo-gouvernement de Gua-

yaquil,

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