CHAPITRE V NÉGOCIATIONS ET BATAILLES
Pendant que Garcia Moreno désarmait les insurgés Riobamba, Castila et Franco découvraient plus clairement leurs projets. Au millieu de novembre, Castilla paraïsai, à l'embouchure du Guayas avec une escadre forte de ax! mille hommes. Le lâche Franco autorisait le débarquement de ces soldats étrangers, livrant ainsi au Pérou la clefs son pays ; puis, pour colorer cette trahison, il signait, led décembre, une convention avec Castilla à T'effet d'ouvrir! des négociations, auxquelles serait convié le gouvernemt® de Quito, pour statuer définitivement sur les revendicatit territoriales dn Pérou. Traiter avec Castilla, entouéde six mille troupiers |! Quel habile diplomate que ce Francol!
Édifié sur ces deux larrons, Garcia Moreno savait qu'a cune négociation n ‘embhelicrait le démembrement tell quateur, parce que aucune considération ne les ferait re! noncer à leur plans ambitieux, I} fallait donc selon lg payer d'audnce et répondre à la force par la force. Dans ed | ordre d'idées, il envoya un renfort de mille hommes camp de Guaranda pour surveiller les opérations de Ts co ; mais évidemment on ne pouvait, avec des recrues jt edertéos, alors que les travaux d'armement me A à peine, tenir tête à une armée régulière soutenue part tes les forces d’an état étranger. Garcia Moreno entretiti
10 collègues d’une pensée qui dominait son esprit,
L surtout de is l'insürréction dé Ricbamba. Au sein dé'pareilles ébnéions dé soldats sans di sétpiino et sañs mœurs, dé trottres prêts à toutes lés félonies, l'existence même de République lui paraissait menacée, sion ne l'abritait
sons lé protectorat d'une puissañce éuropéénne. Il nomma
lé France, qui toujours tintà honneur de protéger les faibles, etqui niguèroe entore avait tiré ] nés pour arrachér lé ture aux éerres du lvautour ose vite. Il avoua qu'il avait à ce sujet échangé plusieurs léttres (1) avec le représentant du gouvernement fruugais à V'Equateur.
LLES | 1] ne s'agissait pas, fit remarquer Garcia Moreno, d’an-
nexer l'Equateur à la France, ni d'en faire une colonie dé-
| pendante ou vassale, mais de se couvrir du pavilion fran-
M ci pour échapper à une invasion “9 pirates, appelés du
sac du pays par une horde de”traîtres, Lé noyé s’âttache à
mait les insurgésde Wbarre do fer qu'on lui présénte, ft-elle rougie au feu :
ient plus clairement | pourquoi une nation devrait-elle morzir, sans crier au se-
», Castilla paraïbait} coûr ? La non‘intervention dars un cas d'égorgément est
escadre forte de ax! üP v1ncipe sauvage. Airsi pensait Bolivar qui, dans des
sait le débarquement, drconstances snaiogues, avait tenté de placer sa naissante
au Pérou la clef Colombie sous le patronage d'un peuple illustre et puissant.
hison, il signait, le4@ Du reste, il avouait que ni lui, chef suprême, ni ses collè-
illa à l'effet d'ouvrir nos du gouvernement provisoire, n’avaient mission pour
vié le gouvernemént® aliser ce projet. Le peuple seul, consulté directement où
ur les revendicatrt L par l'organe de ses répréséhtants, pouvait décider de ses Castilla, entouré def : déstinéos,
mate que ce Franco! “elle fut la proposition de Garcia Moreno, On se de Moreno savait quel mande encore en quoi cette idée de protectorat, quand il mémbrement Al agit d'un pays agonisant c comme l'était l’Equateur, répu® tion ne les ferait uv à l'hoaneur national, ainsi qu'on l’a tant de fois affirmé
lait donc selon hig depuis. Comment es hommes assez peu fiers pOur, 8e trafe par la force. Danse 958 la remorque un Urbins et d'un Franco, osèrent-ils e mille homines 418 donner des leçons d’ honneur à ‘des patriotos tels que Bolis opérations de Tam "A ef Garcia Moreno ?,
avec des recrues MD” (1) Ces lettres, divulguées fplus tard, fournirent aux ennemis de ement; commengaiil Garcis Moreno une ample matière d’accusations et d’insultes. ère soutenue par Wk sh F4 Ke fe SIENS "ANG 61 cia Moreno entrctil
Du vste, cette : roposition resta toujours à l'état de pro: jet. El per ‘ inefficace aux autres membres du gouver.
nement prov odireetde us, vu les dispositions du got vernement francais, irrér ‘sable, Nous pouvons ajouter qu'elle était inutile. Sans doute Castilla paraissait income parablement le plus fort, mais, avec un homme de la taille de Garcia Moreno, d'uh génie aussi éievé, d'un courage aussi chevaleresque, on peut espérer des prodiges. Le gé nie, plus que l'épée de Washington et de Bolivar, a délivré les deux Amériques. À ceux qui blâäment Gaïcia Moreno d'avoir trop souvent compté sur lui-même, nous osous ré.
poräre qu'en cette circontance, et surtout après le drame
de Riobamba, il ne se rendit pas suffisamment justice,
L'idée de protectorat écartée, le gouvernement provi: soire, voulant épuiser tous les moyens de pacification, ac cepta la conférence officiellement proposée par Castilla et Franco au sujet de la délimitation du territoire. Dans les dépêches expédiées de Guayaquil, on demandait que quatre plénipotentiaires, choisis dans les deux camps, fussent au: torisés à régler cette question spéciale. En conséquense, le gouvernement de Quito députa deux de ses membres, Avi lez et Gomez de la Torre, munis de pleins pouvoirs, mais sous la réserve expresse de ne ‘“ compromettre en rien l'inté grité du territoire ni l'indépendance de la nation ”. Le premier janvier 1860, ces deux délégues, mis en rapport avec ceux de Franco, arrétèrent un projet de convenio sti
pulant que “ le gouvernement de Guayaquil, chargé dans |
cette circonstance de représenter tout l'Equateur, ne pour. rait ni céder, ni annexer la moindre parcelle du territoire
‘” à un gouvernement quelconque, et cela sous n'importe !
quelle formule ou prétexte ”. Les démarcations des fron:
tières tracées antérieurement resteraient jusqu'à nouvel or :
dre-obligatoires pour les deux états. Les doutes relatifs aux terrains situés à l’orient de la Cordillère seraient soumis à
un tribunal arbitral, et ces terrains déclarés neutres jusqu'à 4
la délimitation définitive, Rien de plus équitable que cette convention, dont les
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termes du reste furent acceptés sans difficulté par les reprégentants de Franco, Ils reconnurent qu’on ne doit jamais, dans l'intérêt de la paix, sacrifier la nationalité d'un pays. #“ Le gouvernement de Gusyaquil, ajoutéront-ils, saurait répondre à la confinnce qu'on voulait bien lui témoigner, ” Déj les deux délégués de Quito se félicitaiont d'avoir eu plus de foi que Garcia Moreno dans leurs très-peu scrupu- Jeux adversaires, mais ils furent bientôt détrompés. La clause restrictive insérée dans le convenio déplut à Castilla. . 1] n'avait pas six mille hommes sur pied pour s'en rstour-
.ner les mains vides : aussi s'efforga-t-il de faire comprendre
au général Franco qu'on les avait dupés tous deux. ur ce, l'irritable ‘“ doyen des chanoines ” entra dans une violente <olère contre les plénipotentiaires de Quito qui lui avaient tendu ce piège et contre ses ministres assez stupides pour syêtre laissé prendre, et refusa nettement de ratifior la convention. Ajoutant les voies de fait à la déraison, il fit jeter en prison et tenir au secret les deux délégués ; puis, quand il les crut assez démoralisés pour céder à ses volontés, il leur offrit la liberté mais à la condition qu'ils biffersient de la convention la clause relative à l’aliénation du territoire. “ Ils devaient se rappeler que Franco avait à sa disposition l’armée de la République, ‘a forteresse de Guayaquil et l'escadre de Castilla ! En cas d'obstination de leur part, Franco graviriit la Cordillère avec ses bataillons, et les gens de Quito, au premier coup de clairon, verraient leurs misérables recrues de Guaranda s'enfuir à toutes jambes. ”
Insensibles aux menaces de ce bravache et prêts à sacrifier leur vie plutôt que de compromettre l'honneur du pays, les deux ambassadeurs refusèrent d’outrepasser leurs pouvoirs. Franco allait peut-être céder à un accès de rage furieuse mais, sur l'intervention du chargé d’affaires de la Grande Bretagne, il consentit à délivrer des passeports aux deux délégues, en leur intimant l’ordre d'avoir à quitter : Guayaquil dans les six heures. Ceux-ci redigèrent une protestation sévère, dans laquelle, après avoir rappelé les faite
CET ci-déssus mentionnés, ils réponda
d'ung invasion prochaine, 4°
tirs de la justice et entassera victimes sur victimes, quand *
ilest facilé de pacifier id pays sans recourir aux armés, Notre gouvernement décline la responsabilité d'une guerre qui va diviser nos forces en présence de l'étranger, et pro: teste devant le monde entier contre T'inqualifiable politique: du goùvernement de Guayaquil. ” |
Après un, tel outrage à ses ambassadeurs, le gouvernement de. Quito comprit qu'il fallait vaincre ou mourir, Garcia Moreno démasqua devant tout le peuple l'inqualifiable conduite de Franco. ‘“ Equatoriens, vous n'apprendrez pas sans indignation, qu'à l'issue de la conférence, le général Franco rompit les négociations, jeta nos ambasssdeursen prison malgré l’immunité dont ils jouissent, et n’eut pas honte de leur donner un délai de six heures pour quitter Guayaquil! Et il nous fait cette sanglante injure, au. moment où les soldats du Pérou sont logés dans les caéernes de notre vielle citée maritime, L'’héroïque peuple de Gusyaquilest sous la garde d’une armée étrangère, et cela jusqu'au jour où un traité définitif consacrera la honte et la ruine de notre nation ! Equatoriens, les lâches seuls préfèrent, la trahison à la guerre, l'intrigue à l'épée, l'infamie à la mort. Aux armes donc, pour défendre l'honneur, la nationalité, la. patrie ! Union et vaillance ! La Providence nous protège, et les peuples américains, nos frères, ne regarderont pas avec indifférence la lutte héroïque qui va s'ouvrir!”
Les deux partis brûlaient d'en venir aux mains. Immédiatemont après la rupture des négociations, Franco donna d'ordre au colonel Léon de gravir la Cordillère avec un millier d'hommes, pour sonner ce fameux coup de clairon, qui devait faire sur le camp de Guaranda l'effet des trompettes de Jéricho, Il comptait d'autant plus sur la victoire
que depuis deux mois ses partisans avaient révolutionné
Vimportante ville de Cuenca, dont-un de ses fidèles, le com-
ient aux menaces réitérées … Par cotte conduite, disaient: | ils” * général Franco violera les principes les plus élémen-.
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mandant Zerda avait pris ssion, Zerda n'avait qu'à combiner s08 mouvéments aYec céux du colonel Léon pour miétéré entré deux feux la petite arméo de Gunrañda et l'écraser au premier choc. | gi “LP
‘Afin de no pas luisser à ces deux chefs le temps de se ooncerter, Garcia Moreno se rendit immédiatement au camp pour prendre le commendement des troupes, Ses soldats, exaspérés contre Franco, ne demandaient qu'à :.om” battre. Ce fut avec des trépignements de joie et d'er chousiasmae qu'ils entendirent cette proclamation du chef suprême:
“ N obles défenseurs de, l'indépendance nationale, après avoir vendu à l'étranger vos frères du littoral pour satisfaire à son ambition, l'infâme gouvernement de Guayaquil tourne coutre vous et les peuples de l'intérieur des armes qui auraient, dû servir à défendre la patrio, Il veut ouvrir au perfide envahisseur de nos provinces un chemin couvert de votre sang. Il veut abattre le drapeau national pout aborer celui de l'étranger. Il veut lui faire hommage de notre patrie, de nos foyers, de nos gloires et de nos libertés, Soldats, ce vil instrument du brigandage a oublié sans doute que vous êtes ici les fermes remparts de notre nationalité. À vous de lui faire payer cher ses odieuses insultes et son exécrable trahison.
“ Officiers et soldats, comme le gouvernement provisoire, vous n'ayez qu'une tâche à remplir : sauver l'honneur et l'intégrité du pays. Le gouvernement a fait pour cela de grands sacrifices ; il ne déposera point les armés avaut d'evoir assuré l’indépondance de la patrie, Il compte sur vous pour accomplir cette glorieuse misson : il est à côté de vous, confiant dans la victoire qui fern de vos noms l'honneur du pays et l'orgueil de la postétité. ”
Stimulée pat les paroles brulantes de son chef, la petite armée s'élanga, le 20! janvier, à là rencontre de or veuve Le colonël Léôn s'était fortifié sut les hauteurs de Piscurco, attenant pour commencer l'attaque l'arrivée du commandant Zordn'et les renforts dé Güayaquil. Il's'agissait dé
déjouer ce plan en lui livrant iminédiatement bataille, Au signal donné par Garcia Moreno, les troupes se ruë. rent avec ureur sur leurs adversaires, mais la position était tellement avantageuse que, malgré les efforts d'une audace plus que téméraire, elles ne purent les déloger de leurs rotranchements, Garcia Moreno résolut alors, en tournant l'ennemi, de tomber sur son arrière-garde, ses muaitions et sa cavalerie, Pour cacher cette manœuvre, il laissa devant Piscurco le colonel Davallos avec plusieurs compagnies d'enfanterie et: un escadron de cavalerie, pendant que lui, prenant à droite, se jetait dans le chemin d'Yagni. Une pluie diluvienne inondait la ronte en ce moment et la convertissait en un ravin boueux au point qu'il fallut plus de sept heures pour faire un trajet de deux lieues, Tnfin, vers deux heures du soir, il rencontra l'ennemi campé dans l’hacierida d'Yagui d'où, par "ne charge vigoureuse, il le délogea en cinq minutes. C'était assez pour le but qu'on voulait obtenir ; mais, une fois lancées, les jeunes recrues ne connurent plus de rappel. Acharnées à la poursuite des fuyards, elles infligèrent à l'ennemi des pertes considérables et le mirent en complète déroute. De léur côté, le colonel Davallos et ses braves compagnons soutinrent durant trois heures consécutives une très-vive fusillade ; une charge brillante de lancier les rendit enfin maîtres du camp et détermina la victoire. Le lendemain “Garcia Moreno chercha de nouveau le colonel Léon, mais, avec les débris de sa troupe, il descendait rapidement les pentes abruptes de la montagne, pour éviter une nouvelle attaque.
L'occasion était excellente pour se débarrasser de tous les adhérents de Franco dans les provinces de l'intérieur, Pendant que les troupes victorieuses rontraient au camp de Guaranda, Garcia Moreno détacha quelques compagnies d'élite, aux ordres du colonel Maldonado, pour marcher à la rencontre du commandant Zerda, qui accourait de Cuen- Ca, comme nous l'avons dit, au secours du colonel Léon. Maldonado attendit son adversaire dans les plaines de Sa-
rille, | ruëition l'une 3r de , en mue, il iours penmin ) MOqu'il deux l'enarge Assez cées, ées à i des >. De mons vive enfin nain mais, t les velle
tous rieur.
AMP gnies her à Juen- Léon.
le Sa-
bun, où nul obstacle ne pouvait entraver la bouillante ardeur de ses soldats, Le 7 février, lorsque les colonnes ennemies se furent asseë engagées pour ne pouvoir plus reculer, l'infanterie de Maldonado se précipita sur elles à la baïonnette et les mit en déroute, malgré leur courage. La cavalerie se chargea d'achever les malheureux fuyards, Le gros de la troupe, le commandant Zerda et bon nombre d'officiers, tombèrent dans les mains du vainqueur.
Maldonado profita de son succès pour marcher sur Cuenca. La place était défendue par le colonel Ayarra flanqué de soudards urbinistes qui avaient trempé dans toutes les révolutions, Ils sertirent de la ville et attendire Maldonado dans la plaine de Machangara ; mais en voyant l’infériorité numérique de ses bandes, le pauvre Ayarza, qui connaissait du reste la bravoure de Maldonado, capitula sans coup férir, Il s’engagea même à rentrer daus la vie privée, pendant que ses soldats s'incorporeraient à la troupe de Maldonado. La province de Cuenca put enfin respi-. rer à l'aise et suivre ses sympathies en adhérant, comme elle l'avait fait d'abord, au gouvernement de Quito.
Restait à soumettre la province de Loja, située sur les frontières du Pérou. La ville de Loja, hésitante d'abord, s'était rattachée au parti de Franco ; mais, depuis le succès de ses adversaires, elle flottait de rechef entre les deux gouvernements. C'était de la politique marchande: en réservant l'acte de soumission, on trouverait peut-être moyen de l'échanger contre une exonération totale ou partielle des charges publigues, Pour couper court à ces tergiversations intéressées, Garcia Moreno se rendit personnellement à Loja. En deux jours il applanit toutes les difficultés, et la ville fit sa soumission, aux acclamations de la province entière,
Cette série de brillants succès ne laissa guère au général Franco que la province de Guayaquil, dévouée de cœur au au gouvernement national, mais de fuit occupée par l’usurpateur, Gurcia Moreno se hâta de rentrer au quartier général de Guaranda pour descendre les Cordillères et se mesurer enfin, dans une action décisive, avec Franco et Castilla.