PRISE DE GUAYAQUIL
Après une année de pourparlers infructueux ct d'escarmouches/suns résultats, il devint clair pour tous que là paix ré elle et définitive ne serait signée qu'à Guay aquil. Aussi, bien qu'on sé rendît p'rfaitément compte dés difficultés presque insurmontables d'une marche én avant, citoyens et soldats la désiraient de tout leur cœur, conflunts dans le Dieu qui bénit les causes justes ét dans le'’patrtoto incomparable dont on célébrait partout le courage et lu génie.
L'admiration ‘pour Ga:sin Moreno ‘s'accroissait du mépris voué à Franco, mépris qui devint dela haine le jour où se consommu l'attentat préparé depüis longtemps- Le 26: janvier, cinq jours après sa défüite d'Yagüui, par un traité signé, ratifié et declaré immédiatement ‘éxécütoire, Franco éédait au Pérou le territoire en ligftige, " déclarant nulle et de nul effét l'adjudication faîte aux créanciers do l'Équateur, lesquels séraient indemnisés pér la concession d'autres terrains non disputés.
En revanche, ‘“ le gouvéraement du Pérou s'engageait à soutenir celui de Gusyaanil j jusqu’ aa jour où l'ordre serait rétabli (1) ”
A la divulgation de ce traité, qui stipulait la vente oficielle du territoire, un concert de malédictions s'éleva con-
(4) Voir le texte. du traité du 25 jenvier El Primero de Mayo, 23 mars.
tre. Franco. Il n'y a plus à balancer, disait-on de toutes
: faut, « velir Je traître , dans son. repaire, et avec Ini son Abomina le marché. Sous le coup de l'indignation,
jun riche propriétaire accourut de son hacienda pour offrir
à la trésorerie de Quito ses capitaux. et ses propriétés, ‘heureux de sacrifier tous ses bieus et au besoin d'affronter la mort pour sauver, l'honneur de la nation, De toutes les provinces arrivaient au gouvernement provisoire des protestations indignées, Les jeunes gens, les étudiants, par lettres collectives, réclamaient des armes pour voler au secours de la patrie. Garcia Moreno profita de ce mouvement et de quelques mois de répit obtenus par ses récentes victoires, pour discipliner ses troupes, fortifier. ses armements, et préparer ainsi le dernier acte de cette longue tragédie,
Toutefois, avant d'affronter les canons de l'ennemi, il se demanda s’il avait assez fait pour que la responsabilité du sang versé ne retombât point sur lui. Trois fois il avait supplié Franco de revenir à des sentiments d'honneur, sans émouvoir cette âme abjecte ; mais, aujourd'hui que sa honteuse défaite avait dû lui inspirer quelque crainte relativement au dénoûment £nal, aujourd’hui qu’un cri de réprobation s'élevait contre lui de tous les points de l’Equateur, refuserait-il un sacrifice à la patrie, si lui, Garcia Moreno, proposait de faire un sacrifice semblable ? Sous l'empire de ces généreuses, pensées, il écrivit à l’usurpateur l’admirable lettre que voici :
« Général, le désir d'épargner le sang de nôs frères me pousse à faire un dernier appel à votre patriotismo. La nation a fait des sacrifices très-onéreux, mais absolument nécessaites, pour déféndre et son indépendance et l'intégri. té de son territoire. Pour défendre votre cause vous avez versé le sang équatorien ; äfin d'empêcher une nouvelle effusion de ce sang au profit du lèche et perfide Castilla, je yous propose un moyen honorable de terminer nos divisions.
La luttte fratricide que les peuples ue l’intérieur ont dû soutenir, a rejeté dans les casernes de Guayaquil les [
reste de cette armée que vous employez à défondre les intérêts de l'étranger. Ce résultat, c’est-à-dire la victoire du parti national et l'impu.ssance notoire du pasti opposé, doit terminer la guerre. Les défenseurs du pays n’ont à s'occuper désormais que de son organisation et du rétablissement de l'ordre constitutionnel. Castilla, de son côté, doit être satisfait des sacrifices sanglants et des humilliations imposés à notre patrie, sans qu'il lui ait coûté autre chose qu’une vaine paradé militaire, Continuer cette lutte atroce, après la résistance scandalesement obstinée que vous avoz opposée à toutes les pr:£ositions si honorables etsi patriotiques du gouvernement provisoire, ce serait ruiner toute espérance pour le jour du repentir,alors que votre car d'Équatorien tremblera sous le poids des anathèmes que lancent déjà contre vous les peuples de l'Amérique. Il est temps, il est plus que temps de metttre ua terme « cette guerre sauvage.
“ Comme moyen d’en finir, je propose pour vous et pour moi l'exil volontaire. Eloignons-nous tous les deux ; laissons le pays, libre de toute pression étangère, , se constituer selon sa volonté et recueillir enfin le fruit amer de tant de sang répandu. La province de Guayaquil adhérera comme celles de l'intérieur au gouvernement provisoire, et une convention librement élue mettra un terme à nos malheurs. Si vous acceptæ cette proposition, qui vous fournit le moyen d'assurer l'intégrité du territoire sans blesser votre honneur, je renonce à l'instant au pouvoir et je qu. .e pays. J'aurais mauvaise grâce de vous demander un sacrifice, si je n'étais disposé à vous donner l'exemple. En m'imposant pour le salut de la patrie cet, exil volontaire, mon ambition sera pleinement satisfaite. Ainsi tomberont les misérables calormnies que vos journaux de Guayaquil entassent tous les jours contre moi.”
Loin d’être attendri par ce langage sublime, Franco entra en fureur à la pensée d’abdiqrsr la présidence, unique objet de ses convoitises, Il se répandit en injures contre Garcia Moreno, déclara sa lettre outrageante, et
provis suivie tous le rons a ment civiles la nati rité,
s'emporta jusqu’à jeter en prison le messager qui l'avait
…pportée. Garcia Moreno mit sous le pied les ignobles procédés de cet âme vile et n'én fut que plus tenace dans ses efforts désespérés pour éviter l’effusion du sang. . Vraiment, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer durant cette période de sa vie, ou de son ardeur à préparer la guerre ou de son obstination à combiner les moyens d'une paix honorable pour tous. Voici la pièce que, le 28 avril, un mois après sa lettre à Franco, il adressa. comme dernière ressource à tous les agents du corps diplomatique, pour réclamer leur médiat ‘on collective :
Le malheureux traité du 25 jauvier a élevé entre le gouvernement de Quito et celui de Guayaquil un mur de séparation qu'aucun des deux ne peut abattre, Le premier ne reconnaîtra jamais un pacte contraire aux droits aux intérêts, à l'honneur du peuple équatorien ; de son côté, le général Franco ne déchirera pas sa signature, d'autant plus qu'elle lui vaut l'appui des baïcunettes étrangères, Pour renverser ce mur, je ne vois d'autre alternative que l’abdication ou lu guerre ; l'abdication de l’homme qui a signé le traité, ou une guerre d'extermination, Avant d'en venir à cette terrible extrimité, à laquelle cependant nous sommes suffisamment préparés, nous proposons l’abdication du général Franco, non pas comme une condition humilisnte, mais comme un moyen de salut inspiré par le patriotisme et basé sur les considérations de respect et de fraternité que 8e doivent les habitants d’un même sol et les membres d'une famille.
“ Et pour que le général Franco ne regarde point cette abdication comme déshonorante pour lui, le gouvernement provisoire propose également son abdication, laquelle sera suivie de l’exil volontaire pourun temps déterminer de tous les membres les deux gouvernement, Nous donnerons ainsi un témoignage irrécusable de notre désintéressement ; nous aurons ln gloire d’avoir terminé nos discordes civiles sans verser le sang «e nos frères, et de conserver à la nation des forces si nécessaires à sa défense et à sa sécurité.
s6 Au moment de l'abdication, il faudre nommer, un chef chargé de convoquer une convention nationale, Corime l'élection de ce chef par des assemblées prie serait difficile et paraîtrait à bon droit suspecte, e gouvernement provisoire disposant, de la majeure partie des , électeurs, nous proposons aux deux gouvernements de nommer conjointement le citoyen intègre, intelligent et impartial qui sera jugé digne du pouyoir suprême. Nous demandons en outre l'exclusion des gouvernants actuels, soit pour la pré sidence, soit pour n'importe quelle charge publique, La patrie n’a besoin de personne en particulier, et le gouver. nement provisoire est au-dessus des intérêts de parti ou d'ambition personnelie,
‘# En vous associant à ces propositions, vous aurez assuré les intérêts les plus chers de l’Equateur, écarté la guerre civile, et contribué au relèvement du pays. Mais si, ce qu'à Dieu ne plaise, cette dernière tentative de conciliation ne devait pas aboutir, elle nous laissera au moins la conviction de n'avoir point assumé sur nous la responsabilité du sang qui va couler pour l'honneur, l'indépendance et l'inlégrité de la République. ”
Nous avons voulu citer cette page remplie, à chaque ligne, des sentiments patriotiques les plus purs et les plus généreux. Dans ce siècle d’affaires et de pot-au-feu, où l'on voit fourmiller partout, et à tous les degrés de la hié rachie, les Castillas et les Francos, on s'émerveille äe découvrir un chef d'État qui propose de rentrer dans la vie privée, de s’exiler même pour le salut de son pays. Uette abnégation, véritable anachronisme, nous cause presque autant de surprise et d’aise qu'une bouffée d'air pe au malheureux tombé dans un égout,
Naturellement Franco résista «1x instances du corps diplomatique, comme il avait résisté aux efforts de Garcia Moreno. Pour faire division, il osa même réclamer l'expulsion de son rude antagoniste, l'auteur principal, disaitil, de tous les maux qui pesaient sur l'Équateur. A l'occasion du Ier mai, glorieux anniversaire de la révolution
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de Quito, sa rage ne connut plus de bornes. Partout cet anniversaire fqt célébré par des acclamatiors de joie et d'espérance, Des villes même du littoral, de Babahoyo, de Manabi, arrivèrent des protestations d'union au gouvernement provisoire, ainsi que des volontaires désireux de combattre avec leurs frères contre les persécuteurs de Ja patrie. Pour empêcher ces désertions, Franco fit traquer tous les hommes capables de porter un fusil: on les conduisait enchaînés dans les casernes, où plusieurs expii rent sous les coups.
La magnanime initiative du gouvernement provisoire produisit un tout autre effet sur Castilla. Le président du Pérou comprit la victoire morale que ses adversaires veaient de gagner, non seulement devant les citoyens de s'Equateur, mais devant les membres du corps diplomatique. Supposé maintenant: que les colonnes de Garcia Moreno attaquassent (uayaquil après avoir battu Franco, pouvait-il, lui président du Pérou, exterminer cette armée victorieuse pour défendre un misérable que tout le pays repoussait avec horrenr ? D'autre part, lui convenaitil d'assister, les bras croisés, en simple spectateur, à la lutte qui allait s'engager ? S'apercevant un peu tard de sa fausse position, Castilla donna l’ordre à ses troupes d'évacuer Guayaquil pour rentrer au Pérou. Quant à lui, il resta dans le port avec quelques division et une partie de l’escadre pour suivre les évènements, conseiller son ami Franco, ct l’appuyer de ses canons si l'intervention du Pérou devenait nécessuire pour sauver le traité du 25 janvicr,
La situation s'éclaircissait et les forces des deux partis tendaient à s'équilibrer, quand le gouvernement provisoire reçut un renfort aussi précieux qu'inattendu par l'arrivée au camp de Guaranda du vieux général Florès, Exilé du pays depuis quinze ans, l’ex-président avait fait, comme nous l'avons vu, plusieurs tentatives inutiles pour y rentrer à main armée, puis s'était établi au Pérou grâce à la bienveillance de Castilla dont il était l'ami. Ce dernier se croyant en droit de solliciter la coopération de son protégé
dans cette guerre déloyable contre l'Équateur, lui deman.
da formellement de soutenir la cause de Franco, à la tête d'un corps d'auxiliaires ;éruviens ; mais, si le vieux «ol dat de l’indé; rdar: ‘or ait bien guerrcyor pour régner eur&ao pays, : : ‘voiiait à l’idée de le livrer à Castilla, El réprouva pu’. ut les préféhtions du Pérou, le sou lèvement militairu de Ri:::mba qu'on disait organisé par es partisans et poussa tous ses amis à s'unir au gouverne. ment provisoire pour défendre l'indépendance, l'honneur et la dignité de lu patrie. De plus, oubliant ses malheurs, ses longues années d’exil, ses ressontiments, il écrivit à Garcia Moreno : ‘ Dans les circonstances difficiles où vous vous trouvez, faites-moi savoir si je puis vous être utile, et je suis à vos ordres,” En recevant cctte lettre, Garcia Morene ne se rappela point ses ..nathèmes d'autrefois contre le général Florès ; il ne vit point dans cet homme de guerre un rival qui venait, au moment de terminer cette mémorable campagne, lui dérober une partie de sa gloire, il ne pensa qu’à remercier Dieu du secours providentiel qu'il lui ménageait au plus fort du dauger, et se contenta de répondre à Florès : ‘ Venez immédiatement, et soyez notre général en chef, ‘“ Quelques jours après, les deux adversaires politiques, unis dans un même sentiment de patriotisme, s'embrassaient à la vue de toute l’armée, ivre de joie et d'enthousiasme.
Florès prit le commandement des troupes, juste au mo-
ment où l’on avait besoin de ses talents militaires et de sa longue expérience des combats, Un mois après son arrivée au camp de Guaranda, l’on apprit que Franco remontait le fleuve Guayas avec ses soldats et ses canons pour s'établir à Babahoyo, au pied de la montagne, et de là s'élancer su les provinces de l’intérieur, Les deux chefs décidèrent aussitôt qu'on no lui laisserait pas le temps de gravir la Cordillère, mais qu'on irait lo chercher dans la plaine, au milieu des populations écrasées sous son joug. En attendant, Garcia Moreno adressa aux habitants de Guayaquil et de Manabi la proclamation suivante :
Mes ch compati 11} aumiliées p durant tout famie, Le t tyrannie in de probité, pitié à la p criminels
frein, tot t exécuter ‘ vert de de
4 Cor >i frères de l’ bares qui v lants fils de tous ceux q la liberté, 1 Déjà les be voisines ne sainte que et nombre pour les es mords qui sente,
Mes ar r'#chants seront, da plus sûr p1
Le mêm randa, il a
# Soldat sera votre trie, on la:
défendre, d'armes et
demanà la tête eux 80L régner Castilla, 1, le sou nisé par DUVErnenneur et purs, 868 à Garcia )US vous ile, et je a Moreontre le D guerre mémorare, il ne qu'il lui e répon- 1otre gé- "ersairei iotisme, e joie et