‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 55 sur 97 · CHAPITRE XIII LE CONGRÈS DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII LE CONGRÈS DE

Aux termes de la constitution, le congrès devait ouvrir ses sessions au mois d'août 1863. A l'Équateur, comme en général dans les républiques américaines, les législateurs ne se réunissent que tous les ans et pour un temps limité, moins nuisibles en cela que les nôtres dont toute l’année se passe à légiférer. Tourmenté déjà par le congrès de 1861,

alors que ses membres professaient une commune admira-

tion pour le sauveur du pays, Garci: Moreno avait tout à

craindre des nouveaux représentants, presque tous élus

sous l’influence des coteries libérales ou de la Révolution cosmopolite. Depuis dix-huit mois, en effet, les journaux se répandaient en injures contre l’homme néfaste qui, non content de violer ls lois et de terroriser le pays, avait ruiné les finances par des entreprises insensées, souillé à Tulcan la gloire de l'Équateur. ameuté l'Amérique entière centre lui

et contre le peuple solidaire de sa désastreuse politique, et

finalement imposé, sans attendre la ratification des chambre, un odieux et intolérable défi porté à notre siècle de libéralisme et de progrès. :

Sur ce dernier grief, les accusations ne tarissaient pas. La fameuse question du protectorat français s’effaçait ellemême devant l'inféodation de l'Équateur à la curie romaine, Quand les peuples tendaient à biffer de leur législation

les derniers vestiges des lois canoniques pour arriver graduellement à la séparation complète de l'Eglise et de l'Etat,. Garvia Moreno n’avait pas rougi de répudier l'antique loi du patronait, ce glorieux héritage de la défunte Colombie, pour mettre son pays sous le vasselage de Rome! Les droits imprescriptibles du pouvoir civil avaient été eacrifiés, les nonces et les visiteurs apostoliques imposés aux évêques, prêtres et religieux, pour les tyranniser sous le spécieux prétexte de réformer une église toujours sainte et sans tache. Les pauvres moines originaires du pays, victi-mes de ces pachas italiens ou des tribunaux ecclésiastiques à leur dévotion, sans recours possible à l’autorité séculière, étaiut traités comme des renégats ou des gens de mauvaises mœurs, privés de leurs biens, chassés de leurs couvents et réduits à demander des lettres de sécularisation, pour faire place à des religieux étrangers, que le président attirait de toutes les parties du monde ! Le principal instigateur du tapage était le fameux Pedro Carbo, l'ennemi acharné de Garcia Moreno.

Aux ennemis de l'Eglise hurlant contre la restauration de ses droits sacrés, se jvignaient certains catholiques pi-qués de la tarentule libérale, La Révolution a tellement brouillé les idées, même dans les meilleures têtes, que le fait de rendre à l'Église son inaliénable liberté sera presque toujours considéré comme une usurpation sur les droits du pouvoir civil. Du roste nos pères ne se battaient-ils pas pour défendre contre l'Église les quatre articles de 1682, déclarés libertés gallicanes. De nos jours, malgré la définition dogmatique du dernier concile, n’a-t-on pas rejeté: l'infaillibilité pontificale comme inconciliable avec les droits des puissances ? Et ne trouverait-on pas en France des légistes catholiques ou prétendus tels pour soutenir qe les articles organiques ne violent en rien la liberté de l'Eglise ? La levée de boucliers contre un concordat dont chaque article brise une des chaînes de cette Église n'a donc rien qui doive vous étonner,

Cette op geantes eu n'entend ri tions de c religieux teurs en vi publique, 1 Garcia Mo

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ticoncorda!

C'est à peir dizaine de que.

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Cette opposition générale et violente des classes diri-geantes eut pour effet naturel de tromper le peuple, qui n'entend rien à ces sortes de questions. Grâce aux déclama-. tions de chrétiens qu'il estimait, de prêtres et même de religieux dont il respectait le c ractère sacré, les électeurs en vinrent à regarder le concordat comme une calamitépublique, une boîte de Pandore que, dans l'intérêt même de Garcia Moreno, il fallait au plus vite écarter de l’Equateur :.

aussi envoyèrent-ils au congrès, une grande majorité d’an-

ticoncordataires, la plupart ennemis acharnés du président. C'est à peine si, dans les deux chambres, il comptait une dizaine de représentants franchement dévoués à sa politique.

Pour peindre son isolement à ce moment critique de sa vie, il nous suffira de présenter aux lecteurs le citoyen Bor-rero, un des membres les, plus intelligents de ce congrès, le fatur successeur, pour son malheur et celui de l'État, du: président Garcia Moreno. Comme ce personnage jouera un rôle assez important dans cette histoire, il importe de lefaire connaître dès aujourd’hui.

Antonio Borrero, de Cuenca, avocat, publiciste distingué, catholique sincère, vieil ami de Garcia Moreno, après avoir combattu avec lui dans les congrès de 1857 et de 1858, l’a vait soutenu de sa plume durant la lutte héroïque de 1859 et défendu depuis lors contre ses nombreux et perfides ennemis. Naguère encore. à propos du protectorat français, non content de réfuter brillamment les stupides inventions des journaux péruviens, il ajoutait à la louange de Garcia Moreno : “ Ils nous représentent comme un peuple d’idiots, abrutis sous le fouet d’un.dospote. La vérité, c’est que notre administration, juste et légale, n'a rien à craindre de ces diffamateurs sans conscience, sans honneur et sans foi,' et nous n'avons qu'à mépriser leurs attaques. Follicuiaires du Pérou, sans vous et malgré vous, nous avons une constitu-tion, des lois, et des magistrats pour les faire respecter, La . liberté chez nous a pour sauvegarde la loi. Le propriétaire dort tranquille, sans crainte de se réveiller aux cris d’une:

vile soldatesque. Chez nous, l’homme de bien est considéré,

térieur, travaille pour le bien commun et peut compter sur l'amour et l'appui de tous les bons patriotes qui, au besoin

offriront leur fortune et même leur vie, pour sauver leurs "4

institutions. Aujourd'hui nous avons des chemins et des ponts qui relient nos montagnes ; les cités sont dans la joie, les campägnes nous apportent les fruits de leurs travaux ; Je chef de l'État, à force de désintéressement et de patriotisme, élève des monuments qui passeront à la postérité, (1)”

Garcia Moreno comptait sur Borjero comme sur un ami de vingt ans, dont:il estimait les talents, la science et de caractère. En 1861, il le priait avec instance d'accepter un ministère : ‘ Ne refusez point par humilité, disait-il, je connais les hommes, et je vous dis sans flatterie que vous êtes de ceux qu’on ne remplace pas. Si vous m'objectez votre manque d'expérience dans le maniement des affaires, je vous dirai que nous en sommes tous là, sans excepter nos devançiers. Du reste, un homme d'intelligence, de probité et de patriotisme comme vous, acquiert vite de l'expérience tandis que d’autres ne profitent que tard ou jamais (2).

Or, à l'époque où nous sommes arrivés: 4 janvier 1863, ‘Garcia Moreno proposa Barrero comme candidat officiel à la vice-présidence de la République. Une circulaire adressée aux gouverneurs des provinces s’exprimait ainsi : “Convaincu de l'importance d'un bon choix pour la vice-prési- “ence, le gouvernement croit de son devoir d'intervenir dans la prochaine élection, non d’une manière hypocrite et ‘et sournoise, mais avec la franchise qui convient aux gouvernements honnêtes. Sans prétendre en aucune manière imposer sa volonté ni amoindrir la liberté de l'élection, le gouvernement propose le Dr A. Borrero comme le citoyen le plus apte à remplir, dans l'intérêt de la patrie, ces déli-

(1) Cbntinela, 1862, journal de Borrero, cité par la Civilizacion, No 4.

(2) El senor D. À. Borrero, par S. R. Arizaga, pag. 13.

le pervers châtié. Le gouvernement jouit du crédit à l'ex

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(1) Ibid. pad (2) Centiné

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set difficiles fonctions. Désintéressement et patriotis- * me, instruction éminente, caractère honnête el ferme, mo- L ral rigide et pure, telles sont les qualités qui le recommandent aux électeurs, Libres, comme les simples particuliers, de voter à leur gré, le gouvernement ne demande aux

t des employés que de ne pas combattre son candidat, ce qui \ joie, constituerait une véritable trahison. Il espère qu'ils travail aux; D loront d'une manière active à cette élection, en n'employant atrio- à toutefois que des moyens compatibles avec la liberté, la (1) @ jutice et l'honneur (1).” urun À Au lieu de réclamer contre sa condidaturs, prônée par nce et À tous les journaux conservateurs, Borrero déclara dans sa d'a SW Cntinela que ce titre de candidat officiel lui imposait le deté, di- - voir de rester neutre dans l'élection. Il était décidé à acceptierie ter la vice-;-ésidence si la majorité prononçait en sa faveur ; m'obe 4 mais, dans l'intervalle la publication ‘lu concordat étant t des 4 survenue, le catholique libéral ne put s'empêcher de jeter sans sa pierre à l’œuvre de Pie IX et de Garcia Moreno. Il depence, manda dans son journal, ‘‘ si cette convention, nécessaire ite de M jusqu'à un certain point pour abroger des dispositions inrd où D justes de la loi du patronat, répondait complètement aux espérances des législatenrs de la Colombie ct de l'Équateur, 1863, etdonnait pleine satifaction aux exigences et nécessités de liciel à l'Eglise et de l'Etat (2). ”’ Une chose certaine, c'est que adres ‘M leconcordat ne répondait nullement aux vues de Borrero, 4 Con- «ar il entreprit tout de suite la critique de ses différents arprés À ticles. Justement étonné de voir un catholique, son intime irvenir 1 ani, son candidat à la vice-présidence, attaquer en public rite et M une loi de l'Etat et de l'Eglise, Garcia Moreno le supplia gou M pour éviter le scandale, de lui soumettre ses observations, anière M sengageant à présenter lui-même un projet de réforme au on, le Saint-Siège si, après mûr examen, des modifications lui pa itoyen raissaiont avantageuses. Mais le vent du libéralisme qui ; es déli : sufllait contre le président et menaçait même de l’emporieo . ter aux abîmes, avait tourné la tête et le cœur de Borrero. (1) Ibid. page 15.

(2) Centinela, No 1%.

| sarmontable d'une factio:

dabli, il ave

solidariser sa polit’ que avec la sienne. Cela ne suffisait pes | à sa grande âme : afin de donner à ce dissentiment toutlé.

Il se sépara publiquement de son ancien ami pour no poi ñ

-clat d'une rupture solennelle, il déclara renoncer à la vice. jer près de présidence, dont la majorité des électeurs venait de l'hono. A const: rer, sous le prétexte que “ le recommandation dont il avait 4 ordres religi été l’oLjet do la part du gouvernement pouvait Ctre ‘consi: Æ ordat destir

dérée comme un moyen de coaction, ce qui répugnait àses nation moral principes sur la liberté électorale. ” On trouvaque ce Caton 4 progrès. ” libéral uvait des répugnances un peu tardives sur le chapi:

tre de la candidature officielle, mais on s’attendit à des lut: | Lise tes violentes: cette volte-face d’un ami dévoué monts” Le LÉ he . elle étaii l'animorité des membres du congrès contre 64 dot L° président et leur volonté bien arrêtée d'imposer de vivefor 4 “méssage, L. l ce l'annulation ou tout au moins la réforme du convordat, DS dans : De son côté, Garcia Moreno, décidé à lutter contre ls ralité, c'est P prétentions du congrès, résolut de donner sa démission pl Biat républic tôt que de laisser entamer un traitéqu’il regardait à bof tu tdi droit comme le salut du pays. Son message aux deux chim 4 bouique inst bres, très net, très terme, avait le caractère d'un vérifie A 68 sans fre ultimatum. Rendant compte de sa gestion avec une fran 4 pénpie si le L chise qu’on ne rencontre pas toujours dans ces sortes d'éx. A brés, oublie « posés, il avouait que ses démêlés avec le Pérou, en l'obl: 4 mer le clerg j geant à de grands armements, avaient singulièrement obé M ‘ion et d'indé ré le trésor. Dans l'affaire de Tulcan, ‘ attaqué sans déck le gouverne

rempli son de

ration de guerte, ii s'était trouvé dans l'alternative ou de & raetire bas les armes ou de sucenmber, comme il l’avaitfait M Cposer la sit en affrontant seul les bataillons ennemis. En ce moment, il A düteur par entretenait des relations amicales avec toutes les puissar: A Mr en mên ces, même avec les états de Colombie. Invité dernièrement mmède conve par le président Mosquera à une entrevue sur les bords di liborté de Cerchi, il avait accepté l'invitation, mais en déclurant ab-4 d'exéater la solument impossible toute fusion de l'Equateur avec la C1 donnée la co Jombie. Les réformes religieuses et politiques introduites 4 après échang en ce pays n'étaient pus de nature à combler le Carchi maisa Biège.

plutôt à l'élargir, quand bien même la constitution eë lo: “Iln'est n pinion n'opposeraient point à cette union des barrières D fncontré dos

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4 mmontables. A l'intérieur, “ malgré les efforts désespérés = d'une faction turbulente et immorale pour troubler l'ordre

.Rncontré des contradicteurs acharnés. L'esprit de parti,

établi, il avait pu réaliser des progrès considérables, exécutr près de cinquante kilomètres de la grande voie carres-

sable, construire des colèges et des écolos, intyoduire des ordres religieux enscignants, ct surtout conclure un con-

» çordat destiné à produire dans l: pays une véritable restau-

ration morale, qui serait ell&iïôme la source de tous les

Le grand mot lâché, sénateurs et députés se demandaient si le président aurait l'audace d'engager la lutte : ilssurent bientôt à quel homme ils avaicnt affuire. ‘“ À quoi servirient les progrès matériels ou scientitiques, continuait le

message, si la moralité publique, âme et vie de la société,

tombe dans une décadenrs irrémédiable ? L'absence de moralité, c'est partout la ruine, mais spécialement dans un Eat républicain, où la fragilité des institutions, l’instabilité'iu gouvernement et la fréquence des révolutions mettent Fosque instant la scciété sans défense à la merci de pas-

dns sans fre. Or comment réformer la moralité d'un

penric si le clergé, du moins un notable partie de ses membres, oublie sa mission évangélique ? Et comment réformer le clergé, si l’on ne restitue à l'Egli e sa liberté d'action et d'indépendance dont l’a dotée son divin fondateur ? Le gouvernement catholique d'un peuple cat'1olique a donc rempli son devoir en s'adressant au Saint-Siège pour lui exposer la situation lamentable dans laquelle se trouve l’E-

bquateur par suite de la servitude de l'Eglise, et le conà jurer en même temps d'appliquer à de si grands maux le

témède conveuable. Le remède, c’est le concordat stipulant lliberté de l'Eglise et la Légation apostolique chargée d'exécuter la réforme. En vertu de l'autorisation que m'a donnée la convention de 1861, j'ai promulgué solennellement

prés échange de ratifications, le traité conclu avec le Saint-

Aiège.

“ [n'est pas étonnant qu'un acte aussi transcendant ait

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