‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 57 sur 97 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Nous avons laissé Mosquera sur les bords du Carchi, épiant le mor.ent favorable pour envahir l’Equateur, de concert avec son digne ami Urbina. Le projet de corfédération n’était qu'un leurre, et la conférence un piège grossier. Garcia Moreno l’ayant déjoué, Mosquera jeta le masque ; le 15 août, au plus fort des luttes concordataires il lança aux habitants de Cauca cette fuininante apostrophe :

“ Marchons ensemble à la frontière pour y implanter la liberté. Nous échangerons une cordiale poignée de mains avec nos frères, les Colombiens de l’Equateur. En ce moment, ils ont besoin, je ne dis pas de nos armes, mais de nos bons offices, pour substituer le principe républicain à l'oppression théocratique, sous laquelle gémit la noble terre d'Atahualpa qui, la première, en 1809, salua l'aurore de la hberté. La vaillante garde colombienne, vi:torieuse en mille combats, formera votre escorte, Illustres défenseurs du droit, apôtres des doctrines radicales, les républiques de race latine comptent sur vous pour défendre l’indépenéance américaine. La Colombie formera bientôt une vaste confédération de vingt-quatre millions d'hommes. ”

La Révolution, c’est-à-dire l'Etat sans Dieu, incarnée dans Mosquera, venait détruire l'union de l'Eglise et de l'Etat, personnifiée dans Garcia Moreno. ‘“ Les Colombiens de l’Equateur ” avaient à choisir entre “ l'oppressicn théocra-

tique ” du concordat et l'oppression satanique dn francmaçon qui, depuis deux ans, exilait les évêques, emprisonnait les prêtres réfractaires à ses lois schismatiques, chassait les religieux et les religieuses, spoliait les couvents et les temples, et renouvelait, pour tout dire en un mot, les horreurs de 1793. Le misérable qui leur tendait la main par-dessus lo Charchi, c'était le Néron sans cœur et sans entrailles qui venait de bannir de son diocèse son propre pa+ rent, le vénérable Mgr Herran (1), archevêque de Bogota ; c'était l’odieux vieillard de soixante-dix ans, dont Pie IX disait en pleurant : ‘“ Mosqnera marche à grands pas vers l'enfer .uvert pour le recevoir, ” et qu'il finit par excommunie: dans une encyclique célèbre, où il rappelle les hauts faits de ce missionnaire de la liberté :

“ Nous gémissons avec vous, s'écrie le saint pontife en s'adressant aux évêques de la Nouvelle-Grenade, à la pensée des criminelles horreurs qui désolent votre pays, des sacrilèges multipliés commis par votre gouvernement, des outrages sans nom qu'il ose adresser à nous, à ce Saint- Siège, à l’auguste religion dont il foule aux pieds les droits, la doctrine, le culte, les ministres. En même temps qn'ilinterdit le saint ministère, confisque les biens des églises, bannit les ordres religieux, il ne craint pas d'ouvrir la porte à tous les faux cultes, Toute communication avec nous est prohibée, et toute infraction aux lois schismatiques pu-

(1) Mosquera avait donné sa fille au général Herran, frère de l’archevêque. Le propre frère de ce tyran, Mgr Manuel José Mosquera avait précédé Mgr Herran sur le siège‘de Bogota. Ce prélat de grande intelligence et de grande vertu ne pouvait manquer de s’attirer la haine des ennemis de l’Eglise. Exilé par le président Lopez en 1852, il se rendit, malade déjà, aux Etats-Unis où les catholiques l’accueillirent aves enthousiasme, et de là en France. Le cardinal Wiseman, de passage en ce pays, et divers membres de l’épiscopat français se plurent à l’honorer comme un confesseur de la foi. Mandé à Rome par Pie 1X, Mgr Mosquera se mit en route pour l'Italie, mais il ne put arriver au terme du voyage. Il rendit sa bclle âme à Dieu dans la ville de Marseille, le 10 décembre 1853. Son corps est inhumé à Notre-Dame de Ps:,8. Dieu le prit À temps pour ne pas le rendre témoin des crimes de son indigne frère.

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nie de l'amende, de l'exil ou de la prison, Partout des évéques exilés, des prêtres incarcérés, des temples et des couvents tranformés en casernes, les vierges du Seigneur chas-

.sées de leurs pieux asiles, errant sur les montagnes, ou

mourant de faim et de“misère : tel est le désolant spectacle qui se présente à nos regards |

“ Eous élevons donc la voix pour vous intimer l'ordre de refuser le serment qu’on vous demande. De notre autorité apostolique, nous condamnons, réprouvons et déclarons nulles et de nul effet toutes les lois atteutatoires aux droits de l'Fglise de Dieu, rappelant à leurs auteurs qu'ils ont encouru les peines et les censures édictées par les conciles contre les usurpateurs de ces mêmes droits. Qu'ils tremblent en se rappelant cette parole du Seigneur : “ Terrible sera le jugement de ceux qui abusent de leur puissance !”

Entre la liberté prêchée par cet excommunié et la liberté des enfants de Dieu telle que l’entendait Garcia Moreno, le peuple catholique de l’Equateur ae pouvait hésiter, Aussitôt que parut la proclamation de Mosquera, avant toute manifestation du gouvernement, de toutes les provinces et de tous les cantons arrivèrent des protestations au congrès et contre l'union à la Colombie et contre les injures inqualifiables de Mosquera. Les signataires exprimaient en termes énergiques l'attachement du peuple à l’Église catholique et son horreur peur les impiétés du gouvernement colombien.

‘“ Nous sommes et nous voulons rester équatoriens, disait-on de toutes parts avec le censeil municipal de Latacunga. Nous croyons que Bolivar a pu créer la Colombie pour fonder notre indépendance, mais que son triste plagiaire sera frappé de la foudre pour avoir porté ses mains impures sur l'arche d'alliance. Nous repoussons le gouvernement colombien de tout l'amour que nous avons pour notre saine religion : nous ne voulons pas de son code basé sur la destruction des tables du Sénaï ; nous sommes chrétiens avant . être républicains, et nous avons la conviction que l'arbre de la liberté ne peut naître et grandir qu'au

pied de la croix. Représentants de l’Equateur, si, dans ses traüsports frénétiques, la Colombie veut la guerre, disposez de nos biens et du sang de nos enfants, ”

Ces protestations, eouvertes de milliers de signatures. ?

traçaient aux chambres leur devoir. ‘ Menacés d’une guer. re dont le but est d’anéantir notre souveraineté, disait le conseil cantonal de Quito, nous devons nous défendre au prix de n'importe quels sacrifices. Il n'appartient à personne de changer par la force notre système politique ; d’ailleurs, la confédération colombienne ne nous convient pus, à nous qui voulons conserver notre religion et nos institutions. Nous protestons avec tous nos compatriotes contre l'invasion qui se prépare, et offrons uu gouvernement la coopération la plus décidéee dans la lutto qu'il devra soutenir pour l'indépendance de la patrie. * Uni à ce peuple qui demandait à combattre pro aris et focis, Garcia Moreno exposa aux Chambres ‘ la situation faite à l’Equateur, par la proclamation du 12 août, avec le ferme espoir, ajonta-til que le patriotisme des représentants lui viendrait en aide, Il n'avait pas attendu ce moment pour prendre, dans le cercle de ses attributions, les mesures que réclamait la défense du pays, mais il croyait de son dcvoir d'associer l'as. semblée nationale au salut de la patrie. ”

Les deux chambres se réunirent en congrès, et après une discussion qui dura deux jours, envoyèrent séparément leur message au président. Députés et sénateurs condamnaient la proclamation de Mosquera, dans laquelle il voyaient à bon droit ‘ une insulte à la nation et l'équivulent d’une dé- Sata de guerre. ” Ils s’accordaient avec Garcia Moreno

pour repousser toute idée d'union à la Colombie, union contraire à la volonté du peuple comme aux institutions religieuses de l'Equateur., ” Ils espéraient néanmoins que le président Mosquera, ‘* respectant le suffrage d1 peuple les traités existants, la parole donnée et consignée dans les ‘documents authentiques, abandonnerait toute idée d’intervention ou de conquête ; mais si, par un mouvement d’orgueil que reprouverait le monde civilisé, Mosqnèra prétendait

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s'ingérer dans les affaires domestiques de ses voisins, le . congrès avait confiance dans l'énergie et l'ardent patriotis.

me du chef de l'Etat pour défend.e l'autonomie de la Répnblique, son honneur et ses droits également menacés. ”

On trouve dans cette pièce les idées essentielles, mais on sent que le cœur du peuple ne bat point dans la poitrire de ses représentants. Le peuple catholique se révolte à la pen-

sée d’ètre gouverné par un persécuteur de l'Eglise : les dé-

putés parlent à peine des principes religioux ; le sénat n'y fait pas même allusion, bien qu'un de ses membres eût fait observer avec raison que, si l’on voulait exalter le patriotisme du peuple, il fallait insister sur le péril que courait la religion de l'Etat. Du reste, comment ces législateurs auraient-ils pu mettre en avant la grande cause de la religion et de l'Eglise, eux-même scandalisaient le peuple par leurs diatribes contre le concordat, et dont le président, Gomez. de la Torre, reprochait à Mosquera d’avoir appliqué au gou. vernement l’épithète de théocratique, alors quedle congrès s'acharnait à réformer le concordat, à détruire les immunités du clergé et à séculariser ses biens. D'accord avec Mosquera pour délivrer leur pays de ‘ l'oppression théocratique ” c’est-à-dire du gouvernement de Dieu, pouvaient-ils sans dérision toucher la corde religieuse ?

Garcia Moreno n'avait pas les mêmes raison pour garder cette timide réserve. ‘“ L'appui décidé, enthousiaste même, du peuple et de ses représentants,‘dit-il au congrès, voilà là meilleure réponse que nous puissions opposer à l’inqualifiable provocation du 15 août. À ceux qui veulent anéantir son indépendance, souiller son honneur et détruire sa religion, l'Equateur répond en se levant comme un seul homme, non pour attaquer, mais pour se défendre. L'union ou pour mieux dire l’absorption de l’Equateur par les Etats-Unis de Colombie, antipathique à notre caractère, préjudiciable à nos intérêts, devient radicalement impossible, du moment qu'on emploie les menaces et les injures pour la réaliser. L'Equateur veut rester libre et indépendant ; plutôt que de

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subir le déshonneur, il préférerait disparaître sous les flots ou sous les laves enflammées de ses volcans. (1) ”

La guerre ainsi moralement déclarée et acceptée Garcia Mor no vrlut cependant avant d'en venir aux mains, épi :: t or .«oyens de conciliation. Il envoya donc à Past, :::::: général de Morquera, le doctenr Antonio Florès |. , ave" ‘ leins pouvoirs pour conclure le traité d'al. liance solicité par :> chef de la Nouvelle-Grenade, Le rusé Mosquera avait compté sur la coopération active d'Urbina dans les départements de Cuenca et de Guayaquil, comme aussi sur la levée em masse du grand parti libéral, si vanté par son complice ; em voyant le peuple courir aux armes, il ne fut pas fâché de gagner du temps afin de lever de nouvelles troupes et de compléter ses armements. Il écrivit donc au plénipote rtiaire qu'il “ recevrait avec bonheur le fils de l’illustre Florès, du vieux guerrier de l'indépendance à qui l’unissaient les relations de cordiale amitié. En attendant la visite promise par Garcia Moreno, il s'offrait à négocier les bases d’un traité d'union, qui ne compromettrait en rien la souveraineté ou l'autonomie des peuples unifiés, ”

La séance de réception de l'ambassadeur fut une vraie scène de comédie. Florès déclara sans sourcilier que, ‘‘ malgré les sinistres rumeurs répandues dans le public depuis la proposition d’une conférence, son gouvernement *onnaissait trop bien les antécédents et l'esprit républicain de Mosquera pour voir en lui un autre Mahomet prêchant l'union, le glaive à la main. Deux fractions limitrophes de l'antique Colombie ne pouvaient s'entre-déchirer sous prétexte de s'unir. Des paroles mal comprises, des faits mal interprété. ont ému les populations, paralysé le travail, et araené une agitation plus nuisible que la guerre. Il importe donc de rétablir la paix par un traité de véritable alliance, et non par une résurrection violente artificielle, stérile, d’une union

(1) Voir la discussion du congrès, les deux messages, la réponse du président, aux Nos 2 et 3 d’Æ Correro del Ecuador.

(2) Fils de l’illustre général en chef de l’armée, nommé au com-

mencement de 1888 président de la République.

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rarcin cadavre. ” ins, Le ,ieux Mosquera qui, en fait de jactance et d'emphase onc à aurait rendu des points à un rhétoricien de collègé, répontonio ditque ‘ tout sentiment de défiance disparaîtrait du cœur éd'al ! des Equatoriens, en apprenant que le premier magistrat de : | rusé h Colombie arrivait à la frontière des deux républiques rbina D pour défendre au nom de la loi et de la volonté nationale, mme AN lodrapeau de l'indépendance et de la liberté, ce drapeau vanté BA que l'union des peuples a porté triomphalement de l'Oré. rmes, A noque au Macara, et que l'union des peuples saura venger à NOU- qu besoin. L'époque des Romains est passée ; les Colombiers crivit CE no veulent ni conquêtes, ni annexions, ni fusions violent eur le mais un pacte nouveau destiné à ressuaciter l'antique Codance lombie, sans aucun détriment pour les différentes nationaatten- lités, Comme soldat, le président de la Colombie assure au à né- fls de Florès que le compagnon de son illustre père ne tittrait A era l'épée sur lu terre d'Atahualpa jue pour défendre avec ifiés. ” Le liberté de la patrie commune. ”

ie: * Sous les phrases sonores des deux orateurs, on aperçoit

wa} ficilement que, si l’un repousse absolument le projet d’ure nion, l'autre n'embrouille les idées que pour le maintenir.

Les explications échangées ensuite entre Florès et Quijano, 7e plénipotentiaire de Mosquera, sur les sujets de divisions

sd, le survenus entre les deux gouvernements, manquèrent égaatique lement de sincérité. Quijano prétendit que la proclamation te de dn 15 août ne constituait ni une menace ni une injure, “ L/Eprété., quateur, avait dit Mosquera, réclame, non une intervention é une arméo, mais nos bons offices, pour substituer le principe ré. ne de publicain à l'oppression théocratique. ” Il s'agissait effectiÿ non vement de prévenir un conflit inévitable entre le pouvoir gages: exécutif et le congrès au sujet de la réforme du concordat, ponse M tt de fait, le gouvernement de l’Equateur n’arendu inuti-

D ls" les bons offices ” de Mosquora qu'en pliant devant les u com- exigences du congrès. Au fond, cette explication devait suf-

fire aux mutilateurs du concordat, surtout à ce Borrero qui demandait ‘ si cet informe traité était mort ou vivant, et

rien d'offonsant pour Mosquera : le président de la Colon.

bie n’avait-il pas affirmé que le concordat élevait une bar.…

rière insurmontable entre les deux nations ? Garcia Moreno

avait donc simplement constaté, en style figuré, un fait éts. :

bli par Mosquera lui-même.

Après ces explication “ franches et cordiales ”, on en” vint au traité d'alliance. Au projet de Florès, Quijano op 4 posa un contre-projet de future union et de confédération /

entre les deux Etats, que le représentant de l’Equateur, à la première inspection, déclara inadmissible, attendu que l'article premier, “ spécifiant l'union des deux peuples et le rétablissement de l'antique Colombie sous le système fédé ral, était absolument contraire aux manifostations du pays et aux décisions des deux chambres, ” Florès envoya oette réponse, le 29 septembre, avec prière de modifier le p

dans un sens acceptable pour l’Equateur. Quelle ne fut pas

sa surprise lorsque, après quinze jours d’absolu silence, il reçut de Quijano ce grossier ultimatum : ‘“ La conférence4 n’a d'autre objet que d’étouffer, au moyen d’un pacte solen

nel, les clameurs patriotiques de tout le continent améri

cain contre les tendances théocratiques et antirépublicai A nes fromentées et protégées par l’Europe. Le gouvernement# colombien ne peut, sans manquer à l’honnenr, attendre. plus longtemps le président de l’Equateur, Mosquera n64 tait venu à la frontière que pour travailler à la renaissance. de la glorieuse nationalité colombienne, seul moyen de sst4 ‘ver l'autonomie des républiques. méridionales en les unis, sant contre l'ambition de l'étranger et la trahison des renés gats de l’intérieur : son gouvernement avait donc résoludes suspendre toute relation avec l’Equateur si dans les vie

quatre heures le projet de confédération n'était pas signé.” (1) La Centinela, 21 novembre 1863.

s’il ne convenait pas d'entonner un requiem pour son pi, nel repos (1). ” Florès se déclara satisfait de cette ingénien, À se justification et prouva, non moins péremptoirement, que la phrase de Garcia Moreno sur les principes colombiens “ moins,propres à combler lo Carchi qu'à l'élargir ” n'avait”

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