CHAPITRE XVIII L'ASSASSIN VITERI
Le président Carrion débuta dans sa carrière présiden:
tielle par un discours au congrès contre la Révolution, “ La : démagogie, disait-il, a fait de constants effort pour boule: 4 verser l’ordre public, et c'est au prix des plus héroïque | sacrifices que le gouvernement précédent a pu sauver leg : principes conservateurs, si chers cependant à l'immensé *
majorité de la nation. ” Selon lui, “on exeltait trop la li
berté, cette liberté licencieuse que les peuples fascinés ont. empruntée aux théories radicales de la France révolution.
naire pour s'entre-déchirer sur les ruines de tout ordre ét de toute vérité. ” Il déclarait donc ‘“ vouloir s’entourer
d'hommes probes, intelligents, animés d’un vrai patriotis | me, Avec leur appui et la coopération de son illustre pré *
décesseur, il se faisait fort de réaliser les améliorations po-
litiques et socialer réclamées par le pays, et d'élever w rempart inexpugnable contre les principes révolutionnaires, à
source de tous les malheurs, ”
Ce programme, Garcia Moreno l’eût signé ; mais, pour | l'appliquer avec suite et méthode, il fallait une volonté | plus ferme que celle du président Carrion, ,Honnête hom- : me dans toute la force du terme, dévoué à la religion etè l'Eglise, doué de bon sens et d’une certaine habilité dans le à iñähiement des affaires, il manquait de décision lorsqu'il
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Cependant,
À jex-président, : le repos révol füre à la prer
it de prendre les moyens d'arriver au but, Pour verner selon ses vues patriotique: il n'avait qu'à s’apyer franchement et sans arrière-pensée sur l’homme su- Lérieur qui l'avait choisi ; muis, soit qu'il redoutât une in- Dfuence trop dominante, soit qu'il désirât rallier tous les par- Dis il s'isola bien vite du Garcia Moreno. Entouré d'hommes de nuance libérale, il confia la direction de sa politi. } que à son ministre de l’intérieur, Manuel Bustamante, bien connu par s07 hostilité contre l'ex-président,
Avec de pareils inspirateurs, le président Carrion gou- >yema d’une manière directement opposée à son program- Pme. Ænnemi de lu ‘“ liberté licencieuse ” importée de D France, il ne devait pas ignorer que le libéralisme aes gou- LR rernants n'a été inventé par la Révolution que pour favori-
présiden. Larla licence. Et cependant on vit cet honnête homme, à On. La A chéval sur le juste milieu tant vanté par les politiques moboules, M demes, faire des efforts inouïs pour s'incliner ni à droite ni éroïques, gauche, et tenir l'équilibre entre les bons etles méchants ver les A ju de bacule où les plus célèbres acrobates ont toujours mmense, D fnipar se casser le cou.
; P M Lacoterie libérale applaudissait à utrance : les radiolutioi! , | (aux eux-mêmes, revenant du Pérou ou de la Nruvellerire 054 Grenade munis de sauf-conduits en règle, se déclaraient santo \ tishits du nouveau gouvernement, A l'ombre du libéraatriolie à lime, ils créuient des journaux impies et immoraux où la re pré religion et la société étaient également battues en brèche, ils ons pe | Lorganisaient des associations politiques destinées à devenir ver ui 1 simoment favorable, les officines de nouveaux complots RS contre l'ordre et les honnêtes gens ; ils n'avaient pas assez ; d'éncens pour le conciliant Carrion et l'équilibriste Busta- A mante, dont la politique parfaitement constitutionelle for- , pour nait un si houreux contraste avec les ‘ idées despotiques’” volonté M de Garcia Moreno !
> hom- D Cependant, bien que sans aucune influence sur le cabinet, on etè D lexprésident, par sa seule présence à l'Équateur, troublait
dans le
lérepos révolutiounaire : aussi résolurent-ils de s’en dérsqu'il |
D faire à la première occasion. ‘“ Le poignard est démocrati-
que ot l'assassinat républicain, ” comme l'a dit un m Mu -+ les loges ne manquent jamais de sicaires à l'affût de Loi proie, » L
Dans les premiers mois de 1886, tous les youx étaient tour, né vers le Chili,qui se débattait alors contre l'Espagne, Apr avoir, l’année précédente, cherché au Pérou une querelle d’Allemand, l'Espagne s’en prenait maintenant au Chilide. l'attitude, cependant très correcte, qu'il avait gardé durant le conflit, L'’amiral Pareja bloqua le port de Valparaiso, et finit, en avril 1866, par bombarder la ville, Un cri de réprobation, parti de toutes les républiques américaines, souleva de nc:veau la question d’une ligue continentak contre l'Espagne. Le président Carrion, toujours indécis ne savait quel parti prendre ; le congrès décida qu'on gr derait ‘ une prudente ; expectative ” ; mais Garcia Moreno, à la tête des patriotes, jugea, non sans raison, que le mo: ment était arrivé ‘ où le péril de l’un devenait une menace
pour l'existence de tous, ” Il ne s'agissait donc plus de nou.
tralité, mais de prendre une offensive sérieuse contre une invasion préméditée, Ces idées prévalurent, et un traité d'alliance, conclu entre l'Équateur, le Pérou, le Chili et. ln Bolivie, stipula que les confédérés ne déposeraient les.ar mes qu'après avoir forcé l'Espagne à une paix honorabk,
On faisait donc des vœux enthousiastes pour le triom., phe du Chili. Dans une réunion chez : ambassadeur de cette république, Garcia Moreno porta un toast ‘ à l'héroi. que Chili, à ses généreux enfants qui, aujourd’hui, endéfendant la cause de l'Amérique, ajoutent une page glorieuse à leurs annales. ” En même temps on se préparait àla guerre, car l'Espagne bloquait le Callao, et demain elle menacerait Guayaquil. Le général Darquea, commandant de la province, se chargea de fortifier la grande cité mari: time ; mais qui commanderait l’armée ? De tous côtés, les patriotes désignaient au gouvernement le héros de 1849, le vainqueur de Jambeli, l’intrépide Garcia Moreno. On vantait son génie, ses connaissances militaires, son audace
etsa bravoure. Avec Darquea pour chef d'état-majoret.
rois Moreno nbat sans rier Léparmée n'ava prderait pas à | ÿon devenait m Magouverneme |
Le président
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‘aux, exaspérés bpilli être charg Droxécution de à lui la haine ris dans leurs wmmis tant dé peine paraissai ble, Les uns, polita, feuille \hpils tenaient Dmient polime rio, réclamaie Mospitale : “ Je Laitaire, mais LiLe libéralis mes de sang.
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Gris Moreno pour généralisme, l'armée marcherait au ombat sans rien craindre. Chacun se disait tout bas que 'érmée n'avait point à combattre les Espagnols, elle ne Panerait pas à lutter contre les radicaux dont l'organisa- | 4on devenait menagante, grâce à l'impéritie et à la faiblesse Li gouvernement.
pe président Carrion ne tint aucun compte du vœu des émerratours, d'autant plus que, les Espagnols tenus en hoc au Callao et disposés à la retraite, les esprits se pré-
Poapérent moins de la question militaire. Mais les radifaux, exaspérés à la seule pensée que Garcia Moreno avait bpilli être chargé du commandement des troupes, hâtèrent Hoxécution de leur sinistres desseins, Afin d’exciter con- Pire lui la haine de leur adeptes, ils demandèrent à grands bris dans leurs journaux sa mise en jugement. Il avait çommis tant de crime contre la loi et la liberté, qu'aucune péine paraissait trop rigoureuse pour un si grand coupable, Les uns,æomme Juan Montalvo, rédacteur du Cosmo-
bylita, feuille impie à la dévotion d’Urbina, disaient que
WMyils tenaient don Gabriel dans leurs mains, ils le condui-
Dnient poliment à la frontièro ”, Les autres, comme Rio- Lio, réclamaient purement et simplement une exécution
Mespitale : ‘ Je suis ennemi de l’é“hafaud, hurlait cet huma-
Paifaire, mais non pas tant que vivra Garcia Moreno ! ”
Le libéralisme finit par donner satisfaction à ces hommes de sang. Naviguant entre les conservateurs qui vousent Garcia Moreno à la tête de l’armée st les révolution: Müires qui demandaient sa mort, le gouvernement prit un Dtioyen terme : il l'éloigna de l’Equateur. Un beau jour M lexprésident reçut le diplôme d’envoyé extraordinaire et D de ministre plénipotentaire au Chili, à l'effet de contracter L'avec cette république un traité de commerce et de navigation. Le traité n'était peut-être ni très pressant ni très P'important ; les circonstances tant extérieures qu’intérieures D'paraissaiont assez graves pour réclamer “ la coopération LLpatriotique de l'illustre prédécesseur, ” de l'homme nécesb'saire à qui le congrès, six mois auparavant, refusait l’au-
plaire aux radicaux dont le mécontentement pouvait tour. ner à la révolte (1).
Les révolutionnaires battirent des mains, Non seulement
le gouvernement se privait de son plus forme appui, mais co voyage au Chili leur fournissait l'occasizn longtemps
cherchée de se débarrasser pour toujours de leur mortal
némi. Quelque temps auparavant ils avaient formé le pro. jet de l’assassiner à la Carolina, hacienda où Garcia Moreno s'était retiré dans les environs de Quito, mais certaines indiscrétions des conjurés les forcèrent d’ajourner l'horrible dessein, Cette fois, les loges décidèrent que Son Excellence l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire nere. viendrait pas du Chili.
Garcia Moreno devait s’embarquer à Guayaquil le % juin et relâcher quelque temps à Lima pour@onférer avec le président Prado. Huit jours avant son départ, on l’avertissait de tous côtés que ses ennemis l’assassinerait en che. min, et probablement le tueraient à coups de révolver sur le vaisseau, Une respectable dame, venant de Lima, le supplia de prendre des précautions, parce que les réfugiés du Pérou avaient juré de l’immoler à leur vengeances, soit au Callao, soit à sou arrivée dans la capitale. À Guayaquil, on lui montra une lettre d’un urbiniste, affirmant avec certitude que Garcia Moreno entreprenait son dernier voyage et que, lui disparu de la scène, un nouvel ordre de chose al: lait commencer. À Lima, les réfugiés annonçait hautement qu'en mettant les pieds dans la ville, Garcia Moreno
(1) Pendant que se négociait la mission diplomutique de Garcia Moreno au Chili, un gouverneur de province soi-disant conserve. teur et ami de l’ex-président, fonctionnaire sous son administration, écrivait au ministre Bustamante : ‘ Il est urgent de se débarrasser de Garcia Moreno, et le gouvernement a très bien fait de l’expédier au Chili. ” On a dit que Garcia Moreno se défiait même des conservateurs : n’avait i] pas raison ?
toziation de sortir du territoire ; mais le jeu de bascule af: à ministrative exigeait qu'on infligeat ce désappointement ang, conservateurs, toujours pacifiques et timides, pour com.
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Mt salué à coups de révolver (1) Ce dernier savait par mérience tout ce qu’on peut attendre de ces chevaliers du “nime, mais il appartenait à la race des braves qui se con- Hynten Dieu et ne reculent jamais devant le danger, 11
t donc de Guayaquil, le 27 juin, en compagnie de D, | Pablo Herrera, son secrétaire et de D, Ignacio de Alcazar, adjoint à la légation. Herrera emmenait avec lui son fils une homme de quatorze ans, et Garcia Moreno, une pe Mile nièce de huit ans, qui se rendait à Valparaiso. C'était » pute son escorte.
Le vapeur arriva au Calluo le 2 juillet. Garcia Moreno Ppritimmédiatement avec sa suite un train qui axriva au » débarcadère de Lima vers mid:. Ignacio de Alcazar des- >çendit le premier pour s'entretenir avec un attaché de » l'ambassade venu à leur rencontre. Garcia Moreno le sui- > vitaussitôt, puis aida sa petite nièce à descendre, Au mo- L ment où il se retournait vers un ami a. ouru pour le félici- D kr de son voyage, un certain Viteri, purent d'Urbina et
frère de Dario Viteri, un des pirates de Jambeli, s’appro- » chésubitement de lui, le traita de brigand et d'assassin, et > laitira deux coup de révolver à la tête avant qu'il eût le D temps de faire an mouvement. Son chapeau, troué par les D balles, tomba par terre. Instinctivement, et comme mû
par un ressort, il s’élanga, le pistolet au poing, sur le meur- > trier, dont il saisit violemment le bras, ce qui fit dévier la D troisième balle. Le sang coulait de deux blessures légères June au front, l’autre à la main droite,
! Pendant qu'il étreignait ainsi le bras de son adversaire, Lun de ses amis, D. Félix Luque, bien que sans armes, ac- » «courut pour le dégager, mais un nouveau coup de feu, tirés » par un compagnon de Vitéri, lui perça la main. Au bruit > deces détonations, Ignacio de Alçazar se précipite à son
» tour au millieu des combattants et tombe sur Vitéri à coups
L de crosse de révolver. Blessé à la tête, l'assassin furieux dé-
» charge deux foisson armes sur ce nouvel assaillant, pen- (1) El asesino y la victima, America Latina 17 juin 1865.
dant qu'igracio, ripostant également par une double dé charge, l’oblige à quitter la partie. Cette horrible scène n'avait duré qu'un instant.
Comme toujours, la police se montra quand le danger fat passé, Un officier se mit à faire le moulinet avec sonss. bre et blessaÿgravement Ignacio de Alcazar en voulant lui arracher son révolver. Ignacio ne livra son arme que deune sommation du préfet ; encore ne put-il s'empêcher de
. lui faire remarquer qu'on n'a pas le droit de désarmer les . 4 victimes quand on ne sait pas les défendre contre les assassins ; et il lui montra Viteri qui revenait à la charge, le pistolet à la main, cherchant des yeux Garcia Moreno,
Le meurtrier fut sais: à l'instant , alors Garcia Moreno
remit entre les mains du préfet son révolver muni de tou. : 1 mas, tes ses balies : par un acte de magnenimnité sublime, bien L par U que dans le cas de légitime défense et disposant absolu- | que ment de la vie dle l'assassin, au lieu de lui brûler la cervel- 4 de L le comme tout homme l’efit fait à sa place, il s'était conten- L po! 5" té de détourer l'arme braquée sur sa poitrine. Implacable l'unix quand le bien public l’exigeait, il épargnait un criminel ‘1 Ce quaud il ne s'agissait que de sa propre vie. (1) juges
La nouvelle de ce lâche attentat se répandit aussitôt dans 4 pois’ la ville. Le président de la république envoya sa voiture et de se chargea son aide de camp de transporter Garcia Moreno gros
au palais. Il traversa ainsi la capitale au milieu de foules 4 vivement émues, Au palais, il fut accueilli avec toutes sor- | +2 P
tes d'égards par le président Prado, qui ne savait comiment fl és lui témoigner ses condoléances, Il fit jeter 6x prison l'as- vale sassin Vitcri et ordonna de le mettre en jugement sans É men délai. EE 77 È dant
C’est ici qu’éclate dans tout son aspect le plus cynique, que! la scélératesse de l’infernale bande qui gouverne le monde, F puis L'agression avail eu lieu en présence de nombreux témoins É fet « qui en racontaient tous les Gétails, de sorte que le guet: ! Énasi apens était manifeste ; mais il s'agissait d’un assassin com- : Ë d&I
(1) ÆEstrcila &e Mayo, Quito, 5 janvier 1869
n l'as- ; SANS
nique, onde, moins
guet:
com-
missionné par les loges maçonniques ; les juges, amis ou
complices d'Urbina, trouvèrent moyen de différer le pro- <ès jusqu'au moment où, les premières impressions effacées et les témoins oculaires dispersés, les avocats pussent embrouiller l'affaire. Alors Viteri, payant d'auduce, ne crai gnit pas de se poser en victime et d’accuser Garcia Moreno d’avoir voulu l’assassiner, Il raconta séricusement au tribunal ‘“ qu'il n'avait jamais eu la pensée de commettre un meurtre ; seulement en voyant Garcia Moreno descendre du train, il s'était rappelé les crimes de l’ex-président contre sa famille ot sa patrie, et je 1e sais quel mouvement de subite indignation l’a'>ait poussé à le provoquer en duel, Il s'approchait pour lu proposer une loyale rencontre, mais, au premier mot, Garcia Moreno lui avait répondu par un :oup de révolver, lequel avait été suivi de plusieurs autres tirés par les membres de la légation. L’ex-président de l'Equateur, ajoutait Viteri, ne mérite pas un coup de poignard : il doit tomber sous l’anaihème et le mépris de l'univers (1). ”
Cette farce grossière ne pouvait arrêter un instant des juges sérieux. Si Garcia Moreno ne valait pas un coup de poignard, comment Viteri avait-il pu concevoir la pensée de se mesurer avec lui ? Malgré ses mépris affectés, Viteri, proche parent d’Urbina, frère d’un des pirates fusillés à bord du Talca, se fiait plus, pour abattre Gaïcia Moreno, au poignard de lu secte, qu'aux ‘ anathèmes de l'univers. ” FI était prouvé que l'assassinat, préparé dans un conciliabule révolutionnaire, occupait tout le public avant l’évènement ; qu'il y avait eu préméditation, vû que l'assassin se promenait de long en large dans la gare de Lima, attendant sa victime bien longtemps avant l’arrivée du train : que Garcia Moreno n'avait nullement fait feu sur Viteri, puisqu'il avait remis son révolver entre les mains du préfet sans avoir brûlé une cartouche ; que la nouvelle de l'assassinat courait à Guayaquil avant l’arrivée des dépêches de Lima, ce qui prouvait d’une manière évidente l’existen-
« (1) Exposicion de Juan Viteri;' America Latina 4 septembre 1867.
ce d’un complot urbiniste ; enfin que, le coup manqué, Vi. teri et ses compagnons hurlaient avec rage : ‘ À défaut de révolver, nous emploieroi:: le poignard. ” À tous ces faits se joignaient les dépositions des témoins, qui tous racontaient d’une manière uniforme les moindres détails du crime.
La culpabilité était donc évidente et la condamnation s'imposait. Mais la justice franc-maçgonne a des procédés qui étonneraient Oaïphe lui-même. Le tribunal de Lima récusa les témoins oculaires, comme amis et confidents de Garcia Moreno, pour s’en rapporter aux dépositions ridicules et souvent contradictoires de cinq ou six complices de Viteri. L’assassin fut acquitté aux aplaudissements de la secte, et, non content de cette infamie, les jages déclarèrent, en seconde instance, qu’il y avait lieu de poursuivre Garcia Mcreno sous la prévention de tentative de meurtre «ur la personne de Viteri. Ces misérables savaient bien qu'ils ne pouvaient l’atteindre, car en sa qualité de plénipotentiaire, il échappait à leur juridiction ; maïs ils essayaient du moins de déshonorer leur victime.
Cette honteuse prévarication des juges, plus encore que l'attentat du 2 juillet, excita dans tout le public conservateur de Quito, des sentiments d’indignation et de colère, À voir comment on traitait un ambassadeur de l’Equateur, on se demandait s’il n’y avait plus de gouvernement et ce que faisait le président Carrion ? Il se contentait d'écrire une lettre de condoléance à la victime, dans laquelle il narrait ‘ la profonde impression produite par l'assassinat de Limu sur tous les*habitants de Quito, et même sur les partisans de l'infâme Viteri, qui se donnaient beaucoup de peine pour dénaturer les faits, sans pouvoir y parvenir, Nul doute de leur complicité dans l’attentat, ajoutait-il, car il était connu à l’Eauateur huit jours avant l’arrivée du courrier de Lima (1). ” Le ministre Bustamante, informé de l'évènement par Garcia Moreno lui-même, répondait à son tour ‘ qu'il serait tenté de croire à une vengeance per-
(1) Lettre du 4 août 1866.
sonnelle si la nouvelle de l'assassinat répandue avant l’évène ment et l’insistance des réfugiés pour obtenir de lu cour suprême la mise en accusation de leur victime ne trahissaient un complot de la secte (1).’”” Des démarches faites pour empêcher cette exécrable iniquité, pas un mot. A Lima, le chargé d'affaires de l’Equateur restait plus qu’indifférent aux cyniques projets des réfugiés, des avocats et des
on
és L juges. Il insinuait même que Garcia Moreno “ ferait bien ré- | à de ne pas exciper de son titre de plénipotenciaire pour déde 1 cliner la compétence du tribunal, mais de constituer un di- fondé de pouvoirs et de soutenir le procès, ” ce qui, vû le es à parti pris des juges, eût inévitablement amené sa condamde nation.
rè- | Quant aux libéraux, même catholiques, tout en jetant les dé | hauts cris contre l’assassin de Garcia Moreno, ils trouvaient
Li l’occasion excellente pour récriminer contre la victime. dut “ Ils étaient contraints d'avouer que cet homme extraordinr 1 naire, par ses fautes innombrables, ses scandaleux abus de AY ! pouvoir, avait une grâce spéciale pour se faire abhorrer, É: Malgré cela, ils n'auraient jamais cru qu'à l’Equatéur, on
que | 1 pôt avoir recours au poignard pour se venger (2).” Les va- . faux bonshommes ! jamuis sans doute ils n’ont entendu par- )lè- à ler de l'attentat du 23 juin 1865, ni de l'assassinat du comua- À mandant Matos ! Ils ne se rappellent que les ‘ scandaleux et abus de pouvoir de Garsia Moreno ” contre l’innocent Mal- « cri- É donado et les non moins innocents pirates qui, à coups de il > . sabre et de révolver, avaient capturé le Guayas et mis l'Enat 1 quateur à doux doigts de sa perte. Il a une grâce spéciale les 3% pour se faire exécrer de ces faux conservateurs, cet homde ; me héroïque qui les a vingt fois sauvés du radicalisme, en air, exposant sa vie pour défendre la leur ! : 7 Trop grand pour relever l'indifférencee des diplomates du et l’insolence de ces ingrats, Garcia Moreno, guéri de ses is blessures, reprit la mer pour se rendre au Chili, bien que ère (1) Lettre du 4 aût 1866.
(2) ET Asessinato y los Republicanos, Quito 1866. page 2:
ses amis lui annonçassent que d'autres coujurés l'atten-
aient à Valparaiso et que, du reste, le gouvernement chi- rante
lien refuserait d'admettre un plénipotentiaire incriminé ju- nature ridiquement pour tentative d’assassinat. Les radicaux re de : avaient répandu ce faux bruit à dessein d'empêcher une la plu mission qui devait accroitre la considération et la gloire de , comm leur ennemi, nous £ 4 comm " Le président du Chili, ses ministres, les personnages Ç se Cor . distingués de la capitale, regurent l'illustre ambassadeur | qui m avec tous les égards dus à son mérite personnel ainsi qu'à Li etde la haute charge dont il était revêtu. Les journaux du pays ralysé avaient raconté ses luttes contre la Révolution, les traits où tou d’héroïque valeur qui l'avaient signalé à l'admiration du D ©‘ tront monde, son amitié constante pour le Chili, durant ses qua- | cieuse tre Années de présidence, et enfin l'assassinat dont il avait Comn failli être victime à Lima. de sorte que tous les cœurs lui teagr étaient gagnés d'avance, Le discours qu'il prononça le jour nous £ de sa réception officielle fit comprendre aux chiliens qu'ils avaient devant eux non seulement un héros mais un di- Ir plomate et un ami : “ Depuis longtemps il désirait connaî- 4 tales, tre ce beau pays du Chili, la gloire des républiques améri- | merce ricaines, et cependant ni ce désir, ni l'honneur d'être au- | muns près du peuple chilien l’interprête des sympathies profon- 1 plus g des de son pays et de son gouvernement, ne l'avaient déter- duran * miné à accepter la charge d'envoyé extraordinaire, mais ÿ l'ocea l'espoir de resserrer et de rendre plus intime l'alliance en- Er tratio tre les deux pays. Initiateur de cette alliance, bien avant | fonde de biocus de Valparaiso par l'Espagne, il voulait concerter fi nents avec le Chili les moyens les plus efficaces pour rendre cet- | tes o te union utile et permanente. assez forte pour assurer à ses Va tous une paix: honorable, assez intime pous garantir le res- génér pect de l’iudépendance à l'extérieur, condition essentielle sur le du progrès à l'extérieur. ” sionn | contr Il s'éleva ensuite à des considérations qui firent rentrer : l'aim
dans le néant touter les accusations d’anti-américanisme
ays dout on le poursuivait depuis quatre ans.” Durant qua- :
rante années, s’écria-t-il (1), nous avons travaillé contre la nature et nos intérêts les plus chers. La nature a voulu faire de nous un grand peuple sur la portion la plus belle et la plus riche du globe ; et nous, au lieu de nous considérer comme les familles distinctes d'une même nation, nous nous sommes traités comme des étrangers, parfois même comme des ennemis, Malgré nos intérêts économiques qui se combinent admirablement, puisqu'une région produit ce qui manque à sa voisine, nous avons, au moyen de douanée et de tarifs, mis obstacle à l'échange de nos produits et paralysé l'essor de notre industrie, Mais voici venir le jour où toutes ces inventions d’une politique égoïste apparaitront à tous, ce qu’elles sont en effet, inutiles et pernicieuses. Le péril nous a révélé les avantages de l'union. Comme l'éclair et la foudre servent à purifier l'air, l'injusteagression de l'Espagne nous aura donné la cohésion qui nous a manqué jusqu'ici. ”
Il réussit parfaitement dans sa mission, Conventions postales, diplomatiques, consulaires ; traités d'alliance, de commerce et de navigation ; détermination des principes communs dans les relations internationales : tout fut réglé au plus grand avantage des parties contractantes. De plus durant les six mois qu’il passa au Chili, Garcia Moreno eut l'occasion d’entrer en rapport avec la noblesse et les illustrations de la capitale, Partout on admira sa science profonde, son noble caractère, et cet ensemble de dons éminents qui font l’homme supérieur. Dans les sociétés savantes où il eut l’occasion de se faire entendre, il étonna par ses vastes connaissances, et surtout par son système de régénération sociale basé sur les lois de l'Eglise, c’est-à-dire sur le catholicisme intégral. La société chilienne se passionna pour ce grand homme qui, tout heureux de rencontrer des cœurs assez chrétiens pour le comprendre et l'aimer, s’y attacha d'autant plus que le libéralisme de son pays l'avait peu habitué à cette bonne fortun». Plus tard.
(1) America Latina, 29 août 1866.
il ne parlait jamais sans émotion deson voyage au Chili (1).
Tel fut le dernier résultat de cette nouvelle conjuration radicale. Le nom de Grrcia Moreno brilla d'un plus vif éclat dans toute l'Amérique, et l’on comprit mieux, à voir les fureurs de la révolution contre l’ex-président, qu'il était le seul homme dont elle craignit la puissance, Les évènements vont vrouver qu ses instincts ne la trompaient pas.
(1) I] disait même que, s’il se voyait jamais dans la nécessité d’abandonner sa patrie, il se transporterait au Chili avec sa famil- . le. C'était le pays qu’il aimait le plus au monde: il attribuait ea prospérité à sa constitution pulitique et au génie de Portolès à qui selon lui, on aurait dû élever uue statue d’or.
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