CHAPITRE XIX
CHUTE DU PRÉSIDEù\T CARRION
A son retour du Chili, Garcia Moreno passa quelques jours dans lu capitale au milieu de ses amis, rendit comp-
te au président de la mission qui lui avait ét£ confiée, et se retira ensuite à Guayaquil chez son frère l'ablo pour s’occuper de négoce conjointement avec lui. Sans fortune personnelle, et trop scrupuleux pour se faire des rentes aux dépens du public, il ne lui restaitd’autre ressource que de travailler pour vivre, D'ailleurs, avec la politique inconsistante du président Carrion et les défiances hostiles du ministre Bustamante, un homme de sa trempe n'avait plus rien à faire à Quito jusqu'au moment où les conservateurs imploreraient son secours pour arrêter la marée montante du radicalisme.
Depuis un an, les principes anarchiques, semés dans le pays par les clubs etles journaux de la secte, pervertissaient les esprits. Ressuscitant les questions litigieuses entre l'Eglise et l'Etat, le gouvernemeht suspendit l’oxécution du concordat pour remettre en vigueur l’inique loi du patronat ecclésiastique pendant qu'on délibérait sur cortaines réformes proposées au Saint-Siège. En vain le délé-
gat apostolique fit-il des remontrances sur l’illégali.: d'un décrêt qui blessait les droits d’une parties contractantes,
puisque le concordat n'était nullement atteint par une proposition de réforme partielle : aux grands applaudissements des radicaux, Bustamante maintint son décret, Quatre mois après, il exrisait leurs colères en rendant au concordat sa force obligatoire. Dans une autre circonstance, il prit. fait et cause pour des religieux qui, voulant échapper aux réformes imposées par Rome, n’eurent pas honte de soulever la populace contre leurs supérieurs. Maigré les représentations indignées du délégat apostclique, le ministre insinua qu'on accablait ces pauvres religieux de vexa. tions imméritées et compromit ainsi l’œuvre de la réformation. C'était le retour à ce Le honteux que Garcia Moreno avait voulu empêcher, d'autant plus que le rétablissement des tribunaux civils dans les causes ecclésisctiques
en abolisant la principale des réform2s concordataires, ad. surait aux criminels une impunité presque certaine,
Avec ce gouvernement sans boussole, les révolutionnaires n'avaient pas à so gêner : aussi leurs journaux conspiraient-ils à ciel ouvert contre la religion de l'Etat et contre l'Etat lui-même. Montalve prêchait dans son Cosmopolita l'excellence du paganisme ot sa supériorité sur les idées chrétiennes. Les clubistes invoctivaient contre le président Carrion et demandaient’ à grands cris le rappel d'Urbina,
À lu fin de 1866, leur influence était déjà si puissante, qu'après avoir repris possession du pays par leur incessante propagande, il se crurent de taille à forcer la porte du corps législatif. Dans la lutte électorale qui précéda le con.
‘ grès de 1867, ils opposèrent anx modérés de l’école gouvernementale leurs candidats les plus compromis, les Carbo, les Parra, les Endara : le flot anarchiste venait de nouveau battre en brèche les remparts de !a société. Par contre, les conservateurs de Quito, persuadés qu'il était plus que temps de faire rentrer en fcène le défenseur de l’ordre, choisirent Garcia Moreno pour les représenter au sénat.
La lutte prit des proportions très graves. Le gouvorne-
mentaÿ de la Sc
auparav
d'immo
l'ex-préi nement de la lo droits, cher le sante d
. ture et
électeu:
ses CAN et de sc nier, er la périt la cand souver:
rain, ir La cha majori têtes d forcen urnes, de fois dif. :
que le Le parle ie8 € pouvi peut Moso lutio ts e taie
"ne-
ment ayant eu la faiblesse de permettre la réorganisatioc de la Société républicaine, club anarchiste dissous deux ans. auparavant par Garcia Moreno, on vit aussitôt apparaître d'immondes publications, agrémentées d’invectives contrel'ex-président et de tendres'sentimentalités pour le gouvernement d" Carrion, ‘ ce gouvernement moral, respectueux de la loi assurant aux citoyen le libre exercice de leurs. droits, et aux hommes de cœur assez de liborté 5our ampécher le retour au pouvoir de la faction, «nngiante et avilissante dont les seuls moyens de gouvernement sont la tor-
. ture et l’échafaud (1). ” À ce certificat de moralité, les
électeurs durent croire que la Société Républicaine ainsi queses candidats vivaient dans l'intimité du président Carrion et de son ministre Bustamante, d'autant plus que ce dernier, en bon libéral, crut devoir se croiser les bras durant la période électorale, afin de témoigner son horreur pour la candidature officielle et son religieux respect pour lu souveraineté du peuple, 11 s'ensuivit que le penrie SOUVCrain, invinciblement trompé, vota d'une mazière détestable. La chambre ües députés, composée de Jeunes gens, resta en: majorité libérale, maïs ls sénat fut envahi par les fortes têtes du radicalisme. Toutefois, en dépit d’une opposition forcenée, le nom de Garcia Moreno sortit triomphant de, urnes, avec ceux des sectaires urbinistes qui l'avaient tant de fois souillé de leurs immondes calomnies. Tant il est diff. ‘le d’égarer les sauffrages, quand il s’agit d’un homme que le pays est forcé d'appeler son sauveur !
Les urbinistes exultaient, non sans motif. Maîtres du parlement, n'étaient-ils pas maîtres du pays ? Suns courir: ies chances d’une émeute, ils arrivaient légalement au pouvoir. Les circonstances paruissaient d'ailleurs on ne peut plus favorables pour abattre le président Carrion : Mosquera, leur allié et leur aide au besoin, venait de révolutionner la Nouvelle-Grenade et de se réinstaller à Bogots en qualité de dictateur ; au Pérou, les frères et amis jetaient par terre ce qui restait du parti conservateur, C'était
(1) Circulaire de la Sociéte Républicaine, 1866.
le moment d'envoyer Carrion médite * à Cuenca sur les ex: cellences et les avantages du ‘ gouvernement moral et res. pectueux de la loi ”, pendant qu'on réorganiserait, à coups d’ukases ministériels, le règne glorieux des T; "ras, les can. tributions forcées, les déportations arbitraires et le martyre de l'Eglise ; mais comme la présence de Garcia Moreno au sénat pouvait ruiner tous leurs plans, ils résolurent dans leurs conciliabules d’invalider son élection. Si l'on objectait que la junte provinciale, juge sans appel en matière d'élection, l'avait qualifié sénateur, on trouverait bieu moyen d'équivoquer sur la décision de la junte et de l’annuler, Les conservateurs crieraient à l'arbitraire ; on les laisserait crier, et l'ennemi n’en serait pas moins exécuté,
Du reste, afin de préparer les voies aux sénateurs, les radicaux commencèrent à protester dans leurs réunions et leurs journaux contre les iniques arrêts de la junte provinciale. En écartant du sénat Manuel Angulo, le premier élu du peuple, sous prétexte que, membre du conseil général de l'instruction publique, ses fonctions étaient incompatibles avec celles de sénateur, elle avait voulu faire place à Garcia Moreno, ‘“ l’intrus, l’usurpateur du suffrage populaire, le despote dont l'audace allait jusqu'à forcer les portes du sénat pour recommencer le cours de ses exécutions illégales ot sanglantes. ” Afin de rassurer les sénateurs timides. on leur apprenait que‘ Garcia Moreno, le tyran, le Catilina, la bête fauve, privé de ses sbires, n’était pas plus à craindre que Néron abandonné de ses prétoriens (1) ”
On pouvait donc l’invalider sans s’exposer. Dans un pamphlet intitulé Le jour du jugement, Montalvo se félicitait de ce que, ‘ après avoir jugé tout le monde, Garcia Moreno allait être jugé à son tour. En dépit de ses grandes œuvres, il a contre lui, disait-il, ses guerres, ses déroutes, les larmes, les ruines du peuple. Son ambition plaide contre son désintéresssement, et sa cruauté contre sa religion : il faut le juger sans miséricorde, ” Seulement, il avertissait les sénateurs de prendre garde à eux, ‘“ car, si pour
(1) Usurpacion del suffragio publico Quito, août 1867.
É tre r l'écha fouilles. ”
ner leu
naires, l'a Jours délil Montalvo forte à ce plus solid
l'intentio la vérifics contre lu jours sous lement le d'autrefo dents dé illusions à l’'ouver tremble prendre Carbo, ls nommé ] présiden Quinche le sénat
On vi fait de ] leurs t
béraux € Garcia À présider ce bien effet qui par enc metteñt travers!
ces. À
ns et Ovinbmier génépm paace à popuortes s illétimiin, le plus (1) ” S un élicircia ndes ites, Conon :
r'tisour
j gagner leurs voix, l’ex-président ne pouvait plus leur mon- “rer l'échafaud, il ferait miroiter devant eux des porte-
feuilles, ” Qu'ils agissent donc avec audace : ‘‘ les fonctionnaires, l'armée, le gouvernement, sauront faire respector jeurs délibérations. ” Connaissant la stupidité des libéraux, Montalvo comptait que le gouvernement prêterait mainforte à ceux qui, pour le renverser, voulaient écarter son plus solide appui.
Garcia Moreno apprit en route que ses ennemis avaient l'intention de l’exclure du sénat et que, s'ils échouaient à la vérification des pouvoirs, ils iraient jusqu’à invoquer contre lui l'exception d’indignité, attendu qu’il restait toujours sous le coup d’une prévention d’assassinat. Non seulement la majorité se déclarait hostile, mais des partisans d'autrefois, dont la reconnaissance aurait dû faire ses ardents défenseurs, le lâchaient absolument. Bien «ue sans illusions sur le verdiet à intervenir, il vint occuper so sig" à l'ouverture des chambres, en face des terroristes et des trembleurs (1.) La nomination des dignitaires lui fit comprendre qu'Urbina n'était pas loin. Son factotum, Pedro : Carbo, la cheville ouvrière de toutes les insurrections, fut nommé président ; Parra, une autre agent d'Urbina, viceprésident ; Endara, le rédacteur du pronunciainento de Quinche, un des graciés de 1864, secrétaire : décidément, le sénat se transformait en club urbiniste.
On vint lire à cette bande de francs-maçons un message fait de lait et de miel. Le président vivait dans les meilleurs termes avec ses voisins, et, grâce au ciel, la paix
(1) Avant son arrivée, les corridors du palais étaient pleins de libéraux et de radicaux qui déclamaient contre l’élection illégale de Garcia Moreno. C’était à qui prodiguerait le plus d’insultes à l’exprésident, quand tout-à-coup on entend prononcer son nom. ‘ Estce bien Garcia Moreno ? ” s’écrient tous ces braves. C’était lui en effet qui gravissait lss marches du palais. Le silence se fuit comme par enchantement, chacun se range pour le laisser passer, et tous metteñt la main au chapeau en signe de respect. Garcia Moreno traverse les rangs d’un air résolu et se dirige vers la sall: des séances. À son entrée, tous les sénateurs se lèvent pour le rerevoir.
régnait aussi à l'intérieur, “ Depuis le dernier congrès, l’ordre n'avait pas été troublé ; rien no faisait présager la moindre crainte pour l'avenir. Il avait cbservé de point en point la constitution et les lois, garanti la liberté de tous les citoyens sans distinction de nuance politique, étendu sa main paternelle sur tous les réfugiés, en un mot pacifié 1 République. Si, malgré ses désirs, la clérnence n'avait point embrassé tous les expatriées, c'est que la prudence doit ac. compagner la générosité. Du reste, à la première preuve de repentir, d'obéissance, et de bonne conduite les portes de la patrie s. uvriront pour les recevoir. Du pouvoir extraordinaire dont on l'avait un instant revêtu, 1l n'avait fait aucun usage ni pour molester les citoyens ni pour les dé.
porter hors du pays (1). ”’ La bande radicale applaudità |
tout romper, en se disant intérieurement que si ce président débovnaire avait mieux usé de ses droits, elle gémirait en prison au lieu de se pavaner au sénat.
Ces formalités accomplies, ou procéda immédiatement à la vérification des pouvoirs. Comme tous ses collègues, Garcia Moreno remit aux mains du secrétaire Endara l'acte officiel de son élection, pour qu'il en fût donné lecture à l'assemblée, ÆEndara, troublé par l’ascendant et le regard de Garcia Moreno, balbutiait et tâtonnait tellement que, de son banc, calme et imperturbable, ce dernier l'interrompit plusieurs fois pour le rectifier. Le lendemain, la commission chargée d'examiner les rapports des juntes conclut à l’admission de tous les sénateurs, sauf du seul Garcia Moreno.
Cependant parmi les sénateurs, se trouvait un homme juste'et consciencieux, ennemi politique de l'ex-président, mais ami passionné du droit et de la justice : le docteur Antonio Mata. A peine la commission eut-elle formulé ses conclusions, qu'il les attaqua au nom de Ia légalité. « Comme moi, dit-il, vous faites profession de soëmission absolue à la loi. Sans la subordination complète de la vo-
(1) Message de 1867.
anarchie él ginciale seu candidats 6 appeler à L ont force d que au ven velle. Inj recours à | jument inc qualifier ut Yotre droi rieur. ” La maj hypocrite ur la fo Les À opposèrer la junte e trait de 8 va qu'ils question ne s’attel L'avocat tous les caractèr cœur, ot la joue £ et à baie rés. LL A tre Gar lu de ra
Le d:
siège © yeux a malhe
fié la point it ac.
euve es de Pxtrat fait Ps dé-
dità
ident ait en
nt à gues, ndara lectuet le ment l'innain, intes seul
ame:
ent, teur nulé lité.
ion
ps L
D. jonté humaine à la loi, il n'y a pas de République, mais .J'anarchie érigée en principe. Or, la loi constitutionnolle
en matière d'élection législatives, c'est que la junte pro-
vinciale seule a qualité pour : tatuer sur l’admissibilité des
candidats élus. Pour infirmer son jugement, il faut en appeler à la cour suprême ; à défaut d'appel, ses décisions
ont force de lui. Elles sont assimilées dans l'ordre politi-
que au verdict des tribunaux ea mutière civile et crimi-
elle, Injustes ou abusives, elles sont irréformables, sauf recours à la juridiction compétente. Vous êtes donc abso-
Jument incompétents, d'après notre législation, pour dis
qualifier un sénateur qualifié tel par la junte provinciale,
Votre droit se borne à déférer son verdict au tribunal supé-
rieur. ”
La majorité connaissait parfaitement lu loi, mais ces hypocrites prôneurs de légalité ne se gênent nullement pour la fouler aux pieds quand elle contrarie leurs passions. À ce raisonnem:nt d’une lucidité transparente, ils opposèrent de ridicules auguties, des vociférations contre la junte et des invectives contre Garcia Moreno. D'un trait de son inexorable logique, le docteur Mata leur prouva qu'ils battaient la campagne et les défia de traiter la question de droit. Irrités d'une opposition à laquelle ils ne s'attendaient pas, les urbinistes devinrent insolents. L'avocat Mestanza, qui se croyait satirique, affirma que tous les maux de l'Équateur avaient leur source dans le caractère ‘ de certains Équatoriens, doux et humbles de cœur, et par trop évangéliques, toujours disposés à tendre la joue gauche à ceux qui les avaient souflletés sur lu droite et à baiser la ma:n des misérables qui les avaient Jéshonorés. ” Après cette incartade, venait une charge à fond contre Garcia Moreno, dans le but de couvrir le manque absolu de raison.
Le docteur Mata bondit pour la troisième fois de son siège et lança cette apostrophe qui dut faire baisser les yeux aux plus éhontés : ‘“ Je voudrais bien être, mais par malheur je ne suis pas l’homme évangélique dont vient de
parler le préopinant, Je n'ai point fléchi le genou devant l’homme qui m'a outragé, ni baisé la main qui m'a fait ün affront. Dans mes veines circule un sang qui ue s'échaufte que trop vite. J'ai un cœur trop impressionnable et trop sensible à l’injure ; toutefois, au fond de mon âme il y a une conscience, et cette conscience me dit que je suis dans cette chambre pour y apporter, non mes griefs et mes res. sentiments personnels, mais un sentiment de justice que personne n’arrachera de mon cœur. ”
Trois ou quatre sénateurs votèrent avec le docteur Mata l'admission de Garcia Moreno ; tous les autres, emportés par l'esprit de vengeance ou lu rage révolutionnaire, prononcèrent l'exclusion. Cv déni de justice ne les empêchera pas de dire que la république personnifie la légalité, et que jamais ils ne pardorneront à Garcia Moreno ü’avoir violé la constitution et les lois. Uependaut, ces tartufes n'c-àrent paraître au journal officiel sous les verges du docteur Mata : ils supprimèrent des actes du congrès les discours vengeurs qui les marquaient du signe de l'iniquité, comme le fer :ouge imprime sur l'épaule du condamné le stigmate de son crime. Quant au sénateur invalidé, connaissant d'avance le verdict qu’.llaient rendre ces grotesques comédiens, 1l n'avait pas attendu la fin de la pièce ne préparer son retour à Guyaquil.
Une fois débarrassés de Garcia Moreno, le plus ferme appui de l’ordre, les révolutionnaires dressèrent leurs batteries contre l’ordre lui-même représenté par le gouvernement. Deux petits projets de loi suffirent pour démanteler la forteresse : l’un supprimait la haute police afin de laisser toute liberté aux conspirateurs, et l'autre décrétait la responsabilité des hauts fonctionnaires afin de les inti mider en cas de crise et d'isolerle pouvoir. Cela fait, le sénat mit en accusation le président Carrion et son ministre Bustamante, pour délit d'illégalités administratives.
Le président avait le choix entre balayer cette assemblée radicale ou succomber sous ses coups. Au lieu d'agir avec force et décision, il se montra comme toujours irrésolu
Flairant voulut 52 mais le £ grave CC opportur g'écria dL celle du tion ”.
C'étai assez fo tanza et tale en en pert lui sera décréta abords cas de fonctic vernet proche décret tanta !
panda Carbc exho:
autre la m fusils les c:
et inconséquent.
Afin d'avoir l'occasion de s’armer de uvoirs extraordinaires, il imagina je ne sais quel com plot contre la sûreté de l'État et déporta cinq ou six individus qu'on disait compromis dans cette conspiration. Flairant une manœuvre du ministre Bustamante, le sénat voulut savoir quels faits avaient motivé ces arrestations, mais le gouvernement répondit qu’il tenait les fils d’une grave conjuration dont il révélerait les détails en temps opportun. ZLà-dessus, le docteur Mestanza, impatienté, s'écria ‘ qu’il n’y avait d'autre conjuration en train que celle du gouvernement contre le peuple et la constitution ”.
C'était une déclaration de guerre. Bustamante se croyant assez fort pour tenir tête au cougrès, fit emprisonner Mestanza ei cinq autres représentants, ce qui mit toute la capitale en émoi. Au lieu de se rendre, le congrès se déclara en permanence jusqu'au moment où les députés incarcérés lui seraient rendus. Comme il fallait en finir, Bustamante décréta la dissolution du congrès et posta un bataillon aux
* abords de la chambre paur disperser les représentants en
cas de résistance. Mais la loi sur la responsabilité des fonctionnaires avait si bien produit son effet, que le gouverneur de la province, don Mariano Bustemante, bien que proche parent du ministre, refusa de notifier au congrès le aécret de dissolution. Durant cet imbroglio, les représentants furieux de voir les soldats entourer le palais, se ré pandaient en discours incendiaires contre le despotisme : Carbo invectivait contre Carrion et Bustamante ; Angulo exhortait ses collègues à faire bravement leur devoir ; un autre rappelait l'exemble des sénateurs romains attendant la mort sur leurs chaises curule. Mais au lieu de coups de fusils, on leur envoya la démission de Bustamant:, ce qui les calma durant quelques jours:
Alors pour échapper aux radicaux que ses concessions avaient rendus tont puissants, Carrion prit le parti de s'entourer de conservateurs déclarés, et choisit pour ministre Raphaël Carvajul, Manuel Ascasubi et le général Davallos,
ous trois intimes amis de Garcia Moreno. Il fit même offrir à l’ex président le commandement de l’armée, Celui. ci, pour ne pus compromettre sa responsabilité dans une situation humuinement inextricable, répondit ‘ qu’il fallait laisser aux milituires de profession l'honneur des gardes hiérarchiques, mais que néanmoins il se mettrait à la dis position du gouvernement le jour où l'indépendance nationale serait menacée. ” Au fond, il n’avait aucune confiance dans ln sincérité du gouvernement. ‘‘ Je me réjouirais, écrivait-il à un ami, de l'installation du nouveau cabinet, si j'avais l’espoir que le président ne se tournera pas de nouveau vers le malheureux Bustamante pour en faire cette fois encore le vrai et unique chef de la république. Ne nous faisons pas illusion : le nouveau ministère fait tout simplement l'office d'un paratonnerre : s’il échoue, il se discrédite, sans profit pour le pays ; s'il parvient à sauver le vaisseau de la tempête, Bustamante l'écartera doucement quand il se croira en mesure de reprendre le gouvernail. Nous assistons à une nouvelle péripétie, et non au dénouement du drame (1). ”
En effet, irrité de la volte-face exécut:> par le gouvernement, le congrès se vengcu en mettant à son ordre du jour f’accasation portée contre Carrion et Bustamante d'avoir violé la constitution dans le conflit avec les députés, ce qui les mit dans un étrange embarras. ‘“ La solution de la crise, écrivait à cette occusion Garcia Moreno, va dépendre du verdict de condamnation ou d'absolution que va porter le congrès. L'absolution, : ‘est la réconciliation des accusés avec les rouges et le triomphe des bandits d’'Urbina. La condamuation ou l’abdication du président qui se retirera peut-être pour exciter la compassion du sénat, entraînera immédiatement de nouvelles élections sous le gouvernement du vice-président, et c'est peut-être, au milieu de tant de hasards périlleux, ce qui offre le moins de danger. Que si le président et son favori, pour acheter leur grâce,
(1) Lettre à M. Léon Méra, 14 octobre 1867.
» wjettent \ . nique tral
crise alo nous en 8€ C'était ver son B au sénat à jeter ps tituer un même na juges co Mais cett tragi-com l'intérieul mander « lui furent raux, À démissior ils, à nou.
nous nou exposé fr crise, et 1 acquis la ques pou.
cette dup le pouvoi la nation cente Sa celles de “ qui se j neur del
Le pré méprisés Bustama blic penc
(1) Let:
# jettent dans les bras d’Urbina et ses rouges, cet acte d'i-
| nique trahison ne tardera pas à recevoir son châtiment, La
crise alors sera violente, mais définitive, et Dieu aidant, nous en sortirons vainqueurs (1). ”
C'était une véritable prédiction. Pour se sauver et sauver son Bustamante, Carrion n’eut pas honte de proposer au sénat la plus ignominieuse des transactions. IL s'offrit à jeter par terre son ministère conservateur pour lui substituer un ministère libéral et d'opérer des mutations de même nature dans les commandements militaires, si les juges consentaient à prononcer un verdict d’absolution. Mais cette indignité hâta le dénouement de cette pièce tragi-comique. Averti de ce qui se passuit, le ministre de l'intérieur, Carvajal, se présenta devant le sénat pour demander des renseignements sur ces faits scandaleux, qui lui furent publiquement certifiés par lus sénateurs libéraux, Aussitôt les ministres envoyèrent au président leur démission motivée : ‘ Nous n'avons point hésité, disaientils, à nous charger, du ministère au moment äu danger, et nous nous flattions qu'un nouveau programme polititique exposé franchement et loyalement, pourrait terminer la crise, et voilà que l’ex-ministre Bustamantie, nous en avons acquis la certitude, recourt aux transactions les plus iniques pour se procurer une honteuse absolution. Devant cette duplicité, source déjà de tant de conflits, nous quittons le pouvoir pour sauver notre dignité et pourvoir au bien de la nation. ” Les sous-secrétaires d'État, Léon Méra et Vicente Salazar, joignirsnt leurs protestations indignées à celles des ministres et se retirèrent d'un gouvernement “ qui se jouait de ces officiers comme il se jouait de l’honneur de la patrie. ”
Le président et l’ex-ministre Bustamante, abandonnés et méprisés de tous, se virent alors à la merci de leurs juges. Bustamante fut condamné à la privation de tout emploi public pendant deux ans, et le congrès, par un vote solennel
(1) Lettre à Léon Méra, 26 octobre 1867,
de censure, décerna au président Carrionun véritable breve d'incapacité qui le forçait à donner sa démission. ‘“ En cédant à de pernicieuses influences, casaient les représentants, en sacrifiant la république à de misérables intérêts de famille, le chef de l'Etat s’est rendu indigne du poste éminent auquel l’a élevé la confiance du peuple. Laisser la présidence en de telles mains serait un immense malheur pour le pays. ”
On ne pouvait pas trop plaindre le président ni son ministre, mais il n’en était pas mc:as vrai que les radicaux arrivaient au pouvoir. Carrior tombé, cèux qui avaient profité de ses faiblesses pour l’acculer à la déchéance, allaient profiter de leur crédit pour influencer les électeurs en faveur d’Urbina, et le catholique Equateur, par un effet merveilleux de cette boîte à surprises qu’on appelle le régime parlementaire, était exposé à se réveiller un beau matin, très légalement et très constitutionnellement, en pleine république radicale.
On attendait de jour en jour ce hardivcoup d'Etat, sans que personne se sentît de force à l'empêcher, lorsqu'on apprit l’arrivée soudaine et tout à fait inopinée de Garcia Moreno. Retiré à Guayaquil depuis son expulsion du sénat, une maladie grave de sa petite fille l’avait snbitement rappelé dans le capitale. Déconcertés à cette nouvolle, les radicaux du congrès commencent à se troubler ; les conservateurs courent à Garcia Moreno comme au sauveur que Dieu leur envoie ; peuple et députés ie supplient de prendre en mains les rênes du gouvernement et de préserver le pays d’un nouveau cataclysme, Maître absolu de la situation, il n'avait qu'un mot à dire pour déterminer un pronunciamento en sa faveur ; il ne le voulut pas, mais néan-
moins il résolut de barrer le chemin à la Révolution, en dé-
jouant le plan des sénateurs radicaux.
Dans un conseil composé de ses amis politique :, Garcia Moreno fit prévaloir l’idée qu’un changement üe gouvernement, accompli avec promptitude et résolution, rétabliruit l'ordre et la paix. Le président Carrion, devenu impossible,
» quitterait ce préside > tiondun
. dtàlap tous pour tholique.
bres, ralli aistes per
‘ Avec sc l'exécutio circonstan me celui-c itérativem ministre, :
gnificatif :
doit l'emp mes ! ” Er après avoi drait pas. | reno obtin immédiate nominatio accueilli a les radicau Un mois & vernement l'achèvemd
Le 25 de écrivait à ma petite Providence j'ai présen été accepté bre de rou ont ramen ter d'avoir
aux ient , aleurs effet > ré- 1 maleine
sAD8 \ apà Mosénat, t rapradiser var que prenver le situa- | pronéan-
en dé- ,
Garcia yernebliruit sgible,
uitterait le pouvoir et serait remplacé au fauteuil par la vi-
4 président Artela, qui procédait immédiatement à l'élec-
tion du nouveau chef de l'Etat. On porterait comme candi-
. dat à la présidence don Javier Espinosa, avocat estimé de
tous pour son amour de la justice, et de plus excellent catholique. Cette combinaison, goûtée du public et des chambres, rallia si bien conservateurs et libéraux que les urbiaistes perdirent toute influence.
* Avec son énergie habituelle, Garcia Moreno, chargé de l'exécution du programme, signifia au président que, vû les circonstance, le bien public exigeait sa démission ; et, comme celui-ci résistait aux instances sollicitations qu'il lui fit itérativement adresser par Pablo Bustamante, frère de l’exministre, il lui envoya cet ultimatum d'un laconisme si1gnificatif : ‘ Souvenez-vous que le salut de la république doit l'emporter sur la vic de l’homme qui la mêne aux abîmes ! ” Enfin, le 6 novembre, Carrion donna sa démission, après avoir acquis la conviction que l’armée ne le soutien: drait pas. Par son ascendant sur les chambres, Garcia Moreno obtint qu’Arteta, en qualité de vice-président, lançât immédiatement le décret convoquant les électeurs pour la nomination du nouveau président. Le nom d’'Espinosa fut accueilli avec un tel enthousiasme par tout le peuple que les radicaux n’osèrent pas même iui opposer de concurrent. Un mois après, la crise était déterminée et le nouveau gouvernement installé pour dix-huit mois c’est-à-diro jusqu’à l'achèvement de la période constitutionnelle,
Le 25 décembre, de retour à Guayaquil, .Grarcia Moreno écrivait à un ami : ‘“ Je revins de Quito, où je suis allé voir ma potite fille qui se mourait, Vous savez déjà pourquoi la Providence m'a conduit dans cette ville, Le candidat que j'ai présenté, le catholique et vertueux Javier Espinosa, &
été accepté avec enthousiasme, même par ur certain nom-
bre de rouges. Les élections, terminées le 21 de ce mois, ont ramené la concorde et la paix. Nous pouvons nous vanter d'avoir le meilleur des présidents. Notre pauvre Equa-
teur, ajoutait-il, vient de traverser sans secousse une crise qui pouvait aboutir à une guerre civile désastreuse (1) ”
Comme tous les conservateurs, disons, en terminaut ce chapitre, que si, dans ces conflits d’incapables et d'ambi. tieux, la guerre civile n’a pas ensanglanté le pays, c'est en. <ore une fois grâce à l'énergie du héros chrétien qui jamais ne voulut pactiser avec les principes ou les hommes de la Révolution.
(1) Lettre à don Félix Luque. Voir Verdadera situacion politique, Lima, 1875, page 8.
Exist
bérale d
trez que
vers le
entre le
* catholic
nm ; la vérit et les h firment de l'err parfait lifical #
' expédie religio les faux bus d'a de l'ex maître:
bent le comme vous le
est pé
jurent