CHAPITRE XX CATASTROPHE D'IBARRA
Existe-t-il une hérésie plus indéracinable que l’hérésie libérale dans des cerveaux honnêtes ? Si vous leur démontrez que le gouvernement, chargé de diriger les esprits vers le bien, ne peut sans forfaiture tenir la balance égale entre le bien et le mal, ils vous traitent d'absolutiste, Si le
* catholicisme établit que, vu l’infirmité de la nature déchue,
la vérité noa protégée sera toujours opprimée par l'erreur, et les honnêtes gens foulés aux pieds par la canaille, ils affirment niaisement que la vérité triomphe naturellement de l'erreur comme le soleil des ténèbres, et que Dieu saura parfaitement se défendre lui-même. Qu'un document ponüfical anathémise solennellement leurs erreurs et déclare expédient, aujourd’hui comme autrefois, de proclamer la religion catholique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les faux cultes, ils traitent le pape de rétrograde et le Sylla-
. bus d'anarchronisme. Accepteront-ils, du moins, les leçons
de l'expérience ? Pas davantage. Tous les dix ou vingt ans maîtres un instant d'appliquor leurs principes, ils embourbent le char de l'Etat duns l'ornière radicale, en France comme en Belgique, en Europe comme en Amérique, Si vous leur reprochez les catastrophes dont cette politique est périodiquement la cause futale, ils battent Ja campagne, jurent leurs grands dieux qu'ils mourront libéraux impénis
tent, courent à de nouveaux abîmes et y précipitent avec eux les gouvernants les mieux intentionnés, si ceux-ci n’ont pas le ‘rurage de se sousti aire : leur f:\est : direction,
Don Javier Espinosa, le meili - *omines, aussi intelligent que vertueux, profc:.dén. x 5ervateur et profondément catholique, aurait pu faire le x: "eur des pré. sidents, comme l’espérait Garcia Moreno, s'il ne s'était pas laissé circonvenir par les libéraux. On lui persuada que, nommé par tous les partis plus ou moins opposés aux radicalisme, il devait les appeler tous au gouvermement, ainsi que l'exige le système parlementaire. Pour se montrer conciliant, il donna le ministère de l'intérieur et des affai. res étrangères à son parent, Camilla Ponce, “atholique sans épithète, et lui associa deux collègues de eamps opposés, Les libéraux comprirent sa faute et le comblèrent d'éloges; les radicaux eux-mêmes promirent de devenir des anges de paix et de douceur sous le gouvernement paternel, légal, et tout à fait constitutionnel du sage Espinosa.
Avec un pareil entourage, le gouvernement devenait d'autant plus difficile que la constitution si souvent blâmée par Garcia Moreno, entravait à chaque instant l'action du président, Pour empêcher le navire de sombrer, il fallait un homme assez énergique pour éviter l’écueil par un virement de bord illégal, en s'appuyant sur le principe de Garcia Moreno : ‘“ Je suis chargé de sauver la république avant de sanver la constitution. ” D'un caractère très timoré et très scrupuleux, Espinosa se fit au contraire l'esclave des fictions parlementaires et légales, au grand détriment des conservateurs. On lui présenta un jour une liste de trois
noms parmi lesquels il devait, selon les dispositions consti-
tutionnelles, choisir un gouverneur de province. Sur les trois, deux déclinèrent l'honneur et la charge, et le troisième était un libéral. Que faire ? l’accepter, si mauvais qu'il fût, et exiger la présentation de trois nouveaux candidats, Le président ne se crut pas autorisé à prendre ce second parti et le libéralisme se renforça d’un nouveau gouverneur
de province, Si l’on ajoute qu'Espinosa peu expert et peu
> soupçonneu
tout méfait avait tuutes retors de la
Geivia M.
du nouveau ciencieux, il expérimenté religieux et fié la garde, situation, l’é bonne foi, lu trouvait qu'i pas violée. L président, le tyrannique € pamphlet in rent à leur n pour établir compte de la causé tous le naturelle qu Espinosa, ja de glo:re et 4 montrsnt pa homm:a si blez, et sur fameux prin sauver la pa passions. ‘ mettre à la 1 ne ménageri qu'il fallait
d'en être déy reproduites
(1) El seno avril 1868.
soupgonneux en matié: : d'in.iguer, refusait de croire à
tout méfait non maté:iellement démontré, ou verra qu'il avait coutes des qualités reqrises pour servir de jouet aux retors de la Révolution.
Gaia Moreno connaissait bien la faiblesse de caractère du nouveau président, mais il espérait qu’intelligent et consciencienx, il se laisserait guider par les conseils d'hommes expérimentés, dévoués à sa personne comme aux intérêts religieux et sociaux dont les conservateurs lui avaiont confié la garde, mais il en beau lui signaler les dangers de la situation, l’éclairer sur les hommes que surprenaient sa bonne foi, lui dénoncer les trames des radicaux, Espinosa trouvait qu’il s’inquiviait à tort, puisque la légalité n'était pas violée. Du reste, afin d'enlever toute influence à l’exprésident, les radicaux représentèrent sa politique comme tyrannique et absolument monstrueuse.. Dans un odieux pamphlet intitulé La République et Garcia Moreno, ils reïirent à leur manière l’histoire des huit dernières années, pour établir que leur mortel ennemi n'avait tenu aucun compte de la constitution ni des lois. Son despotisme avait causé tous les malheurs du pays, d'oû ia conclusion toute naturelle que du principe légal, incarné dans le président Espinosa, jaillirait pour l’Equateur une source intarissable de glo:re et de prospérité. Les conservatenrs ripostèrent en montrsnt par l’histoire (1) avec quelle désinvolture leurs homm:s si vantés, Raca, Gomez de la Torre, Franco, Roblez, et surtout Urbina, marchaient à pieds joiris sur leur fameux principe de la légalité, non par exception et pour sauver la patrie, mais tous les jours et pour contenter leurs passions. ‘“ Le parti anarchiste, que Garcia Moreno avait dù mettre à la raison, formait moins un parti politique qu'une ménagerie de bêtes féroces échappées de leur cage, et qu’il fallait y faire rentrer de gré ou de force sous peine d'en être dévoré. ” Rien de plus vrai, mais les calomnies, reproduites et commentées dans les journaux, ne laissaient
(1) EU senor G. Garcia Moreno y los libérales del Guayas. Quito, avril 1868.
prévenu contre Garcia Moreno.
Dès lors, le travail de destruction recommença de plus belle dans les cl'.bs, les feuilles publiques, les bureaux des gouverneurs de provinces et même du ministère, Les radi. caux minèrent le terrain, sournoisement et sans tapage, pour ne pas donner l'éveil au vertueux Espinosa. Leurs af: fidés ou des complices inconscients s'introduisirent dans les emplois, au mépris des conservateurs d'sormais sans influence et sans crédit. Sous prétexte de liberté de la presse, on remit en question les principes religieux et sociaux, En vain Garcia Moreno essaya t-il de nouveau d'ouvrir les yeux au gouvernement sur ces menées souterraines : Espinosa réclamait le corps du délit, le fait matériel qui permit de sévir sans sortir de la stricte légalité,
L'Equateur allait assister à une seconde représentation de la pièce jouée, un un auparavant, sous le président Carrion. Incapable de supporter plus longtemps ce spectacle écœurant, Garcia Moreno prit le parti de se retirer à la campagne. Il loua dans la région du nord, non loin d'Ibarra, l'hacienda de Guachala, avec l'intention de l’exploiter lui-même. C'était un moyen ue refaire sa santé fort ébranlée par les agitations de la vie politique et les grandes épreuves domestiques qu'il avait subies durant ces derniè. res années. Sa digne et vertueuse épouse, Rosa Ascasubi, était descendue au tombeau. Il avait épousé en secondes noces la senora Mariana de Alcazar, nièce de Ascasubi, Quand il communiqua son projet d'alliance à la mère de la jeune fille, la noble femme lui répondit en pleurant qu'elle redoutait les jours troublés et les nuits d’engoisses qui avaient abrégé la vie de sa pauvre sœur, Elle ne voulait pas pour sa fille d’une existence qui consistait à se deman. der tous les jours si on ne lui rapporterait pas son mari, le cœur percé d’uue balle ou d’un coup de poignard. Cependant, comme on ne résistait pointà la volonté de Garcia
Moreno, il avait uni son sort à coiui de la senora Mariana, :
dont la jeunesse, l'amour et le courage ne craignirent point
pas quo d’impressionner vivement le gouvernement, déjà É
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À d'affronter les tempêtes qui épouvantaient sa tendre mère.
Depuis lors, les angoisses n'avaient guère cessé : l’a centat de Lima, l'odieuse invalidation prononcée par les sénateurs, finalement la perte d’une petite fille, premier fruit de Jeur amour, avaient initié la jeune femme à son long martyre. 11 conduisit donc la douce Marianita, comme on l'appelait on famille, au millieu des prairies et des joies #u foyer, un moyen honorable d'augmenter ses ressources.
Mais Dieu ne voulait pas que cette homme extraordinaire,véritable instrument de sa Providence, eût ici-bas un moment de repos. Il ne l'avait appelé dans cette oasis que pour lui faire exercer une fois de plus, son rôle de sauveur. Le 13 août 1868, des éruptions volcaniques accompagnées de tremblement de terre, commencèrent à ébranler toute la province d'Ibarra. Dans la nuit du 15 au 16, vors une heudu matin, pendant que les volcans vomissaient des torrents de lave, üne épouvantable secousse réveilla les habitants terrifiés. La terre tremblait ; les maisons et les églises s'écoulaient avec fracas ; hommes, femmes, enfants. troupeaux, disparaissaient sous les décombres, au sein des abfmes creusés par les oscillations du s0l. On n’entendait que les cris des mourants et les hurlements des malheureux échappés comme par miracle à l’horrible catastrophe. Le matin, des dix milles hommes qui composaient la population d’Ibarra, plus de la moitié étaient ensevelis sous les ruines ; l’autre moitié gissait sur les décombres, au milieu des cadavres, muette de stupeur, sans pain sans vêtement, sans abri, sans espoir ! Et non seulement la ville, mais toute la province d’Ibarra offrait ainsi l’image d’un vaste cimetière ou les survivants du cataclysme pleuraient sur les tombes ouvertes de leurs parents et de leurs amis.
Pour comble de malheur, des bandes de pillards s’abatti. rent sur ce champ de mort comme des oiseaux de proie sur des cadavres, Au lieu de prêter secours aux pauvres mourants qui imploraient leur pitié, ils les achevaient pour les dépouiller. A cette vue, les Indiens sauvages des régions voisines, croyant à lu destruction finale de la race espagno-
le, hurlèrent leur cri de guerre, et descendirent des monts.
gnes, comme des démons sortis de l'enfer, en criant de toutes leurs forces: “ Vive le grand Atahualpa!"” Les mal. heureux Ibarréniens fuyaient à l'approche de ces figures sinistres, mais partout ils rencontraient sur leurs pas, le pillage et la mort,
Quand ces affreuses nouvelles se répandirent dans lo pays, la consternation se peignit sur tous les visages, et des larmes coulèrent de tous les yeux, Le gouvernement, vivement ému, chercha immédiatement le moyen de sauver cette province; mais comment refaire un peu d'ordre au milieu de l'horrible chaos ? Il ne trouva rien de mieux que de s'adresser au dévouement de l’homme que tous désignaient comme seul capable de remplir cette tâche surhumaine. Le 22 août le ministre Camillo Ponce annonçait à Garcia Moreno sa nomination de chef militaire et civil de la province d’Ibarra, “La situation lamentable du pays, lui disait-il, exige des secours extraordinaires, et surtout un homme de votre capacité et de votre énergie." Désirant employer tous les moyens dont il dispose pour soulager et relever ces malheureuses populations, le gouvernement vous investit de tous les pouvoirs ordinaires et extraordinaires que requiert l'état exceptionnel de la rcovince. Chef civil et militaire, vous aurez sous vos ordres les autorités politiques, administratives, militaires et financières ; vous prendrez.les mesures que vous croirez nécessaires pour sauver ce peuple d’une ruine totale, Le gouvernement et la nation exigent de vous ce service d'humanité et de patriotisme, persuadés que vous répondrezà
leur attente en acceptant la mission qui vous est confiée, ”
Il y eut un tressaillement d'espérance dans tout l'Equateur quand cette nomination parut au journal officiel, Seuls les révolutionnaires, plus féroces que les voleurs et les Indiens, accablèrent le gouvernement d’invectives pour avoir appelé Garcia Moreno à un poste de péril sans doute, mais aussi d'honneur, Avec son génie et son courage, il était de force à faire sortir des ruines de la province d’Ibarra, et alors quelle auréole autour de son front, quelles acclamations à la gloire du libérateur! Un gouver.
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dont il ne n Ibarréniens Pour le cou hir la Rép:
Garcia M cette œuvre chala. Lais dit aussitôt bataillons d commande et de ravits les tristes é tance d'Iba la nvière d torrentielle la compagi venturer d: l'intrépide nœuvrant # après avoir paraître 8 audace, ils ludant ain:
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pement libéral devait-il accroître de cetto facon l'influonce du tyran, l'investir d’un pouvoir presque dictatorial, dont il ne manquerait pas d’abuser contre les malheureux Ibarréniens d'abord, et bientôt contre le pays tout entier ? Pour le coup, le bon Espinosa fut nettement accusé de trahir la République.
Garcia Moreno n'hésita pas un instant à sacrifier pour cette œuvre d'humanité le repos dont il jouissait à Gua-
ent chala, Laissant déblatérer les hommes de haine, i! se renpro- dit aussitôt sur le lieu du sinistre, accompagné de plusieurs pu de bataillons destinés à rétablir l'ordre et à diriger, sous son ser commandement, les travaux de sauvetage, de construction } seul et de ravitaillement indispensables pour # rracher à la mort ût le les tristes épaves du tremblement de terre. A quelque disomi- tance d'Ibarra, la troupe fut arrêtée dans sa marche par “La D la nvière de l'Ambi, dont les eaux, grossies par des pluies ours P torrentielles, s'étendaient comme un large fleuve à travors té et b lacompagne. Les plus audacieux reculaient à l'idée de s’'ant il venturer dans ces abîmes sans canots ni radeaux, lorsque pula- » l'intrépide chef lança son cheval au milieu du torrent, mavoirs nœuvrant avec tunt d'habilité que ses compagnons stupéfaits nnel après avoir plusieurs fois tremblé pour sa vie 1: virent apve » paraître sain et sauf sur l’autre rive. Enéruîinés pur son "08 et » audace, ils franchirent à leur tour le terrible passage, pré- DIFeS b ludant ainsi aux actes héroïques qu'allait nécessiter leur L Le difficile mission.
ms Dès son arrivée sur les ruines d’Ibarea, Garcia Moreno ée. ” organisa tous les services, et les sauveteurs se mirent à l'œuvre sans délai, car le moindre retard dans les cacours ve pouvait entraîner la mort d’un grand nombre de victimes, eule L Des compagnies de soldats, lancées contre les pillards et les , In- Indiens, réussirent, après plusieurs luttes sanglantes, à les ds. refouler dans leur repaire des montagnes. Afin de rétablit Pre dans la population le sentiment de la justice et du’droit du 1 de propriété, un tribunal, siégeant en permanence, condam- Age > na aux peines les plus sévères ceux qui furent reconnus
coupables de délit ou de crime. Il était temps, car on re.
contait des forfaits inouïs. D'une nombreuse famille, deux frères seulement avaient survécu au désustre, L'un d'eux par vint à se dégager des ruines, mais, au lieu d'aider son frère à sortir d’un amas de décombres où il était ensevs i vivant, il saisit une hache, et lui asséna un grand coup sir la tête, Il devenait par te fraticide mille fois exécrabiv l'unique héritier de la famille.
Pendant qu’on châtiait les criminels, des bandes de fossoyeurs enterraient les cadavres et déterraient les vivants qu'on retrouvait évanouis et prêts à rendre le dernier soupir sous des monceaux de débris, ou dans des cavernes creusées par les déchirements du sol. Garcia Moreno eut la consolation de sauver ainsi des centaines de victimes qui avaient dit adieu à la vie, entr’autres la sœur du chargé d’affaires de la Colombie, vertueuse carmélite réfugiée à à Ibarra depuis que la persécution avait fermé les couvents de son pays.
La grande difficulté, c'était de trouver des approvision. nements suffisants pour alimenter la ville et la proviuce, également dépourvues de subsistance. La population se mourait d’inanition. Par ses chaleureux appels à la charité, Garcia Moreno provoqua dans la capitale et les autres villles importantes des souscriptions volontaires, et organisa dans les campagnes des convois de vivres, dont il se chargea de faire la répartition. Lui-même, bien que ses ressources fussent très restreintes, ils s'incrivit pour mille piastres et donna l'ordre à son intendant d’expédier de Guachala toutes les provisions que l’hacienda pouvait fournir, La distr'hution des vivres se faisait à la manière la plus équitable car il veillait avec le plus grand soin sur tous les employés, afin d'empêcher les cupides de spévuler sur la misère publique. Certains commerçants, pour qui tout était moyen d'infâme trafic, vondaient à des prix exorbitants les choses mêmes de première nécessité : il les condamna à être publiquement châtiés, au même titre que les escrocs et les voleurs,
En peu d régna dans disparus, la familles se ces. On env niers traçail miers linéa bientôt sur nisateur de peuple, heu
Au récit de Quito sé moins attri former d’ot chercher u et de souill za, préside dans les jc cumulée:
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En peu de temps, grâce à son infatigable activité, l’ordre régna dans toute la province. Les oiseaux de proie avaient disparus, la population rassurée vivait sous la tente ; les fâmilles se rapprochaient, réunissant leurs faibles ressources. On envisageait l'avenir avec moins d’effroi. Des pionniers traçaient des xputes au travers des décombres, premiers linéaments d'une nouvelle cité qui devait s'élever bientôt sur les ruines de l'antique Ibarra. Le génie organisateur de Garcia Moreno présidait à la résurrection de ce: peuple, heureux de l'appeler son protecteur et son père.
Au récit de ces merveilles, les radicaux de Guayaquil et de Quito séchaient de dépit, A Ibarra même, on les vit, témoins attristés de l’œuvre accomplie par Garcia Moreno, former d'odieux conciliabules au milieu des ruines, afin de chercher un moyen quelconque d'incriminer le dévouement et de souiller la charité. Leur porte-voix, l'avocat Mestanza, président de la Société Patriotique de Quito, affirma dans les journaux de la secte que ‘“ toutes les ressources sccumulées depuis le tremblement de terre avaient passé dans les mains impures d'employés sans vergogne. ” Cette vilenie n'atteignait pas Garcia Moreno, dont le désintéressement et l'extrême ridigité envers ses subalternes n'étaient que trop connu des libéraux ; néanmoins, ies notables d’Ibarra se levèrent comme un seul homme pour jeter à la face de Mestanza l’épithète de “ misérable calomniateur. ”
Cete protestation ne fit qu'irriter la colère des radicaux. À propos d’un marché conclu avec un ami, et uniquement pour rendre service à cet umi, ils accusèrent Garcia More-. no d’avoir profité des malheurs publics pour acheter des marchandises à vil prix et les revendre à gros bénéfices, Indigné dé cette lâcheté, le vendeur, Manuel Fierro, protesta solennellement et sous la foi du serment “ qu'il avait lui-même offertses marchandises n'en ayant nul besoin, et ne voulant faire aucun achut en ces temps de calamité. Il
n'avait cédé que sur ces instances réitérées, pour lui ren-
dre service, eten le priant de faire lui-même les prix,
qu'il avait acceptés sans en rabattre une obole (1.) ” Gar. cia Moreno ajouta que si les radicaux trouvaient le mar. ché avantageux, il était prêt à le leur céder sans aucun bé. néfice.
Il faut citer ces énormités pour montrer la haine satani. que qui ronge le cœur des libéraux, et les ignobles moyens auxquels ils ont recours pour déshonorer l'homme le plus honnête et le plus loyale. Les Ibarréniens reconnaissants ensevelirent ces hontes sous les témoignages non équivoques, je ne dirai pas de leur sympathie, mais d’un amour vraiment filial pour Garcia Moreno, A peine l’eureut:ls vu à l’œuvre que, dans une adresse à leurs bienfaiteurs des provinces voisines, ils l’exaltèrent ‘“ comme un sauveur envoyé par la Providence, au millieu du déluge dans lequels ils avaient été comme ensevelis ”. — ‘“ La protection dont nous entoure Garcia Moreno, dirent-ils (2,) cet homme qu’une inspiration du ciel a fait nommer chef civil et militaire de la province, est de telle nature que les paroles nous manquent pour célébrer notre sauveur. On dirait que cette illustre héros a été créé tout exprès par Dieu pour nous consoler dans cette immvuuse infortune. Les larmes qui coulent de nos yeux peuvent seules lui témoigner l'émotion de nos cœurs à la vue de son dévouement, Bientôt, grâce à l'infatigable activité qui le caractérise, à l'audace de ses conceptions, à la promptitude et à la sure. té de ses moyens d'exécution, nous lui serons redevables de notre résurrection sociale et politique. Nous ne serons plus des ombres errantes au milieu d’un chamvw de désolation couvert de vingt mille cadavres. La province d'Ibarra ne perdra pas son nom, ni la bannière de l’Equateur une de ses brillantes étoiles. ”
Un mois plus tard, quand Garcia Moreno dut quitter la renaissante Ibarra, le peuple entier accourut pour lui dire adieu, absolument comme au départ d’un père, Tous fondaient en larmes et l’accablaient de remerciments et de
(1) * AZ publico ” feuille volante, ler décembre 1868.
(2) Un seitimiento de gratitud, signé : Los Ibarrenos. Quito, septembre 1868.
or, enrichie ( veur d'Ibarra Hélas | ce dégâts et 8e image des b Révolution | d'honneur, f les avoir ar!
Nous allons mis de l’ord blique.
D pénédictions. Quelque temps après, les dames d'Ibarra, au nom de la province, lui firent hommage d’une médaille en or, enrichie de diamants, et portant cet exerguc : Au sauveur d'Ibarra.
Hélas ! ce tremblement de terre, avec ses épouvantables dégâts et ses monceaux de cadavres, n’est qu'une faible image des bouleversements accomplis dans le monde par la Révolution ! Si le ‘‘ sauveur d’Ibarra ” mérite une médaille d'honneur, ses compatriotes lui doivent des couronnes pour les avoir arrachés dix fois aux griffes des révolutionnaires. Nous allons le voir procéder contre ces implacables ennemis de l’ordre au dernier et définitif sauvetage de la République.