CHAPITRE XXI CHUTÉ DU PRÉSIDENT ESPINOSA
. Le président et ses minis’ es félicitèrent chandement Garcia Moreno du grand dévouement dont il avait fait preuve dans sa mission d'Ibarra, Uelui-ci profita de leurs dispositions pour leur représenter, une fois eñcore, que le flot du radicalisme les emporterait bientôt, s'ils ne prenaient les mesures d'ordre réclamées par la situation, Mais jamais les libéraux n'aperçoivent de nuage à l'horizon. Es. pinosa s'endormait de plus en plus dans ses illusions optimistes, Son ministre de l’intérieur Camillo Ponce, inutile Cassandre, avait perdu toute influence sur lui; chaque fois qu'il conjurait le président de mettre un frein aux menées des anarchistes, il se heurtait aux doutes et aux scrupules du plus étroit légalisme. Nul espoir d'ouvrir les yeux à ces aveugles volontaires. Impatienté et découragé, Garcia Moreno se retira de nouveau dans sa solitude de Guachala, laissant à Dieu le soin de l’avenir.
Cepenuar!, «orinte l’année 1868 touchait à sa fin, et que les pouvoirs d'Fspirosa cxpiraient en août 1869, les conservateurs s':ccznpient activement de lai trouver un successeur, (.itis Mo:ono ar aît joté les yeux sur le général Darquea, 16.2: vrillant soidat qui commandait alors le district de C::2%. cuil, Pour lui, malgré les instances de ses nombreux aus i refusait toute enndidature : ‘ La
| geule faute ç
sait-il, c'est les absurdité tants. Le pa l'expiation & pour endig même ordre gire pas lep dre, je répoi en quelques du peuple, q Dans un vo merbres dé Lonner offi par son pat tants servie
Mais les sortir du la lisation cbr il fallait Ga candidature patriotique :
ün manifes tés du parti mer ‘ qu'a] les, les pers té de la nat Moreno, co gentes, en !
reconnaissi lustre cito:
dont il a « ni les sacr ra à l’occai actes, nou:
() Letire 2 Verdad
seule faute que je me reproche dans ma vie politique, disait-il, c'est d’avoir accepté la présidenrg en 1861 malgré les absürdités de la constitution bâclée par nos représentants. Le pays va expier les folies de la convention, et déjà l'expiation serait un fait accompli, si je ne m'étais sacrifié pour endiguer le torrent révolutionnaire (1). ” Dans le même ordre d'idées, il écrivait à cette époque : “ Je ne dégire pas le pouvoir ; si les rouges m'’obligeaient à ie prendre, je réponds, avec la grâce de Dieu, de sauver le pays en quelques mois. Cela fait, je laisserais la place à l'élu du peuple, qui serait certainement le général Darquea. ” Dans un voyayge qu'il fit à Quito, il proposa même aux merubres de la Société patriotique et à tous ses amis de pa- {.unner officiellement le dit général, “ comme le plus digne
nt par son patriotisme, ses mérites personnels et ses imporuit tants services, de régir les destiné. 3 de l’Equateur (2) ”. rs Mais les conservateurs ne furent pas de son avis. Pour le sortir du labyrinthe libéral et reprendre l'œuvre de la civire- lisation chrétienne, il fullait plus qu'un honnête général, ais | il fallait Garcia Moreno. Ils résolurent donc de lancer sa Es- candidature. Prenant l'initiative du mouvement, la Société pti- patriotique adressu aux électeurs, dès le 28 novembre 1868, ile un manifeste signé de tous ses membres et d’autres notabili- Dis tés du parti de l’ordre, dans lequel elle ne craignait pas d'affirses mer ‘ qu'après avoir consulté toutes les sociétés provinciales les, les personnages les plus autorisés en un mot, la majori- 208 té de la nation, elle présentait la candidature de Garcia Lo- Moreno, comme une nécessité dans les circonstances préla, sentes, en même temps qu'un témoignage d'estime et de reconnaissance pour les services rendus au pays par cet ilue lustre citoyen. Inutile d'énumerer, ajoutait-on, les bienfaits n- dont il a comblé la nation durant sa dernière présidence, 1C- L ni les sacrifices qu'il s’est imposés pour la province d’Ibaral ! ra à l’occasion de la catastrophe du 16 août dernier : ces le actes, nous jes avons vus de nos yeux, et la gratitude les a le | (1) Letire au Dr Léon Méra, 12 juillet 1868.
2 Verdadera situacion... por F. Luque . pages 10 et 11.
imprimés dans tous les cœurs, En ouvrant des voies de communication, en° appelant des instituts religieux pour régénérer les mœurs sous la douce influence du catholicisme en multipliant les écoles et les collèges, Garcia Morono a posé les fondements de notre prospérité, Il est vrai que la <alomnie met tout en œuvre pour noircir ce grand patriote, mais nous méprisons les invectives de ces calomniateurs, inspirées trop souvent par les ressentiments personnels et des fure 1rs vindicatives des criminels qu'il a châtiés, Leur voix s'éteindra, comme se dissipe avec le temps l'odeur d'un cadavre en putréfuction, Alors on ne verra plus que Jes grandes œuvres de Garcia Moreno, monuments immortels de son génie et de son patriotisme (1.) ”
Ce manifeste, impatiemment attendu, fut acceilli dans
l'Equateur par une explusion de joie, De toutes les pr:+
vinces, de Cuenca, de Riobamba, de Loja, de Guaranda, de
Babahoyo, arrivèrent des adhésions motivées. Les jour. naux, les feuilles volantes, se couvrirent de milliers de signatures en faveur de Garcia Moreno, si bien que ses ennemis, libéraux et radicaux, furent obligés de se donner la main pour lui opposer un candidat offrant quelque chance de succès. Le catholique Borrero fonda le Constitucionnel pou: faire carapagns contre le tyran, de concert avec le Cos'xpolita du païen Montaivo. Afin de trouver la force dans l'union, Montalvo s’efforça de rentrer un peu ses griffes, Borrero ailongea un peu les siennes, et la fusion s'o
péra sous le nom de ‘ grand parti libéral. ” On espérait par cet euphémisme tromper l’innocent troupeau des électeur, que le rouge effraie toujours quelque peu. Mais où trouver un représentant du grand parti libéral, accepté des fasionnistes, et de force à lutter contre l'ennemi commun ? Si les aspirants ne manquaient pas, il leur manquait à tous quelque chose : Carbo était trop impie et trop démagogue, Angulo trop gothique, Montalvo trop satannique, Espine
trop infécdé à son messie Urbina, Mestanza trop infatué de lui-même et trop mordant pour ses chers amis ; quant
(1) Mantfastacion de la Sociedad patriotica, 18 Novembre 1868.
à Borrero, cheval de l'union lib cisco Ag truction, ] tive par 8.
partisan.
béral pou:
spectre du dature co quintesser daus la fu manifeste me repou retouché ] sassin, l’h honnêtes ; avec l’agr ment si bi confondre quiets du demandai les aband fit paraît sont trait sans amb
“ Avarn avant, p d'un illus son refus lutte, D blique, j'4 dat présid té que, v hommes à moins (
la patrie
à Borrero, le Caton de Cuenca, on en usait comme d'un cheval de renfort pour monter la côte. De guerre lasse, l'union libéro-radicale choisit pur son candidat don Francisco Aguirre, de Guayaquil, homme de talent et d'instruction, peu militant jusque-là, mais de couleur significative par sa parenté avoc Urbina, dont il se montrait le zélé partisan. Il fallait être aveugle comme un catholique libéral pour pour ne pas vuir se dresser derrière Aguirre le spectre du sinistre révolutionnaire. On présenta cette candidature comme l'expression du plus pur libéralisme, Ja quintessence de toutes les perfections, et l paix éternelle daus la fusion des partis, tandis que, dans leurs feuilles, manifestes, proclamations, les fusionnistes exhibèrent comme repoussoir leur portrait habituel de Garcia Moreno, retouché par leurs meilleurs artistes. C'était le tyran, l’assassin, l'hypverite, le violateur des lois, le bourreau des honnêtes gens. Ces poissons 8e débitaient au bon peuple avec l’agrément,pour ne pas dire la faveur du gouvernement si bien qu'il devenait nécessaire d'élever la voix pour confondre les criminels et détromper leurs victimes. Inquiets du silence de Garcia Moreno, les conservateurs 8e demandaient si, continuant à décliner toute candidature, il les abandonnerait en un moment aussi critique, lorsqu'il fit paraître, lo 18 décembre, ce manifeste où les fusionnistes sont traités selon leurs mérites, et ses actes, à lui expliqués sans ambages.
“ Avant la période électorale, dit-il, le premier, je mis en avant, près d'un grand nombre de mesamis, la candidature d'un illustre général. Par suite de leurs hésitations et de son refus, je me désiatai, bien décidé cette fois à déserter la lutte. Du reste en différentes circonstances de ma vie publique, j'ai donné la preuve que je n'aspirais pas au mandat présidentiel, Avant comme après 1815, j'ai dit et répété que, vû l'insuffisance de nos lois pour la répression des hommes de désordre, je ne me chargerais plus du pouvoir, à moins que les irréconciliables ennemis de l'Eglise et de la patrie, les partisans d'Urbina, aujourd’hui déguisés en
ce 40
libéraux. ne tentassemt une tyrannie.
restwmwation de son exécrab
‘ Or, ce que personme n'aurait cou possible, voilà que cette hypothèse devient ne réalité La eandiduture de don Francisco Agu. :e, pæmmt allié et fautewr d'Urbina, candidature appuyé par tome les radieux, tait pressentir aux moins clarvoyants le veto à bref délai de l'homme néfas. te qui ne doit rentrer à l'Equateur que pour mos#ter à l'échafaud. Les partisans de don ÆFrunciseo Aguirre me forcent donc d'accepter lu candidature que daigment m'otfrir les conservateurs, Si je reculais demaat ‘insuffisance des loi rx châtier ces trafiquants de sémslutions, tout houmme loyal et sérieux refuseruit comm moi là présidence, et l'Equateur serait perdu, Au pouple 214 se roprésen |aite d'évarter cet obstack en donnant au gowsermement Læ fores de répression dont il a besoin pour défend ls s0ciét:
Aux complices d'Urbins, aux traitres de Gauxpud, de Quinche, de Machala et Ce Santarosa, .uux pimates de Jambeli, s'unissent aujourd’hui des homme mus par de térêts ou d’ignobles rancunes, des catholique s05-distm béraux, ennemis du Concordat et du Syllabus, qui ne sm gissent pas de marcher sur les brisées des jansénistes en qualitiunt d'ultramontains les vrais enfants de l'Eglise, Cette monatrueuse fusion, loia de m'arrêter, m'offre un second et puissant motif d'acceptation, car il est évident que mon refus mettrait en péril les plus chers intérêts du peuple.
‘ Enfin un motif d'honneur vient corroborer ceux que m'inspirent mu foi religieuses et mes convictions volitiques- Attaqué journellement avec une implacuble obstination, en buttes aux injures de toutes espèce comme aux calomnies les pius outrageuntes, je pardonne volontiers à mes ennemis ; cependant je crois que le jour est arrivé où le peuple, par un verdict solennel, doit prononcer entre moi et mes accasateurs, il y à le peuple, et c'est la justice du peuple que j'invoque. Si je me retirais de la lutte, ils ne
manquerait pas de dire que j'élude la se nee parce que
je ze crois coupable, Je ne puis attent mon propre
honneur, et c' dans l'impossi j'étais loin d'u “ Pour conc principes qui l'honneur de 1.
catholique ; éd sion de l’enset routes comme les besoins et personnes, le:
l'industrie ; Lil me et Les crimi de la démagog es relations 4 detous les cit:
aptitudes voi peut contribun bre, riche et telle senr-ma |
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fonerctanenr Lie die #8t du Libé l'ange exhenii n'était pr le placarde ss le plan méctss de génie voul A lu lectur s'échappa de Au contraire, poussa des cr
honneur, et c'est ainsi qu'à force d'outruges, ils m'ont mis dans l'impossibilitéde refuser une candidature à laquelle j'étais loin d’aspirer.
“ Pour conclure, je dois faire connaître à la nation les principes qui dirigeront ma conduite si elle m'appelle à l'honneur de la gouverner, Respect et protection à l'Eglise catholique ; éducation basée sur la foi et la morale ; diffusion de l'enseignement à tous les dégrés ; achèvement des routes commencées et percement de nouvelles voies, selon les besoins et les ressources du pays ; garanties pour les personnes, les propriétés, le commerce, l'agriculture et l'industrie ; liberté pour tous et pour tont, excepté pour le crime et Les criminels, répression juste, prompte et énergique de la démagogie et de l’arnacrhie ; maintien de nos bones relations avec tous nos alliés ; promotion aux emplois de tous les cit ‘yens honorables, selon leurs mérites et leurs aptitudes : voilà mon programme. Je veux tout ce qui peut contribuer à faire de l'Equateur un pays moral et libre, sidhe et vraiment civilisé. Tels sont mes principes,
telle se ma règle de conduite, si les sutfrages du peuple iappellemt à exercer le pouvoir. ”
nl&, diroms-nous à-notre tour, voilà dans toute sa splen- - wr le progimme de l& civilisation catholique. Ce fier
| aaguse cat celui d’un græad chrétien et d'un grand patrioà , w veut tremper miles conservateurs ni les révols-
fan Los cotiservateurs doivent savoir que ce catho- A de sut une pièce n'inélinera jamais vers les doctrines © lib@wtisn 1 les révolutiomesires, qu'ils ont devant eux , l'ange Me" is mateur Ngue sonÉA AMOR plus tard que ce L- n'était ges l& pe profession de fo: samsie emmme on: 8 placarde st sur Les imuttren 6 jour féleetion, mais bien e le plan médins + détaillé che grande Ailes que ce yolitique ji de génie voulait smatrtire ser Los ruines die ls Rérohation u A lu lecture de ce mmantifonte, mn sompir de soulagement (Q s'échappa de tous les cœuxs amis delordmeetde Le re ligiss e
Au contraire, la ligue libéssamlicaie démasqué 2 fléteie, poussa des cris de rage et de fmseur, d'antan j LE
espérait le déaisioment de Garcin Mo.eno. Pour le dégoûter complètement de la vie publique elle l'avait poursuivi de ses outrages et voilà que cette fausse tactique ramenait au combat le lion blessé ; o” le combat, c'était la victoire, car aux commentaires enthousiastes du manifeste et aux mil. liers de signatures qui se lisaient chaque jour au bas des
circulaires électorales (1,) on conjecturait à bon droit que
le candidat fusionniste n'obtiendrait pas même le tiers des
suffrages. Désespérant de vaincre au scrutin, les radicaux
résolurent de conquérir le fauteuil présidentiel par une
nouvelle conspiration.
Afin de préparer le peuple à un coup de main, les clubs aidés des feuilles publiques, répandirent le bruit que l'Equateur ne souffrirait pas une seconde fois la dominotion de Garcia Moreno. Les vrais républicains empêcheraiont bien le despote de remettre le pays dans les fers. L'assassin de Maldonado, le bourreau de Jambeli, l’autocrate qui depuis huit ans s'imposait à son pays, devait être écarté par n'importe quel moyen. Montalvo sommait Garcia Moreno de renoncer à sa candidature, sous peine de voir briller bientôt la lame du poignard : ‘“ Qu'il sache, s'écriait-il, que nous sommes irrévocablement liés à don Francisco Aguirre : ou le tyran nous écrasera, ou il mourra de nos mains,” Des bruits d’une révolution prochaine circulaient dans la capitale et les provinces. Quant au formaliste Espinosa, il laissait prêcher tranquillement lu révolte et l'assassinat, attendu que l’Equateur jouissait de la liberté de la presse et du droit d'association. À Cuenca, les fusionnistes organisèrent une procession grotesque et ridicule en faveur de leur candidat : à travers ’es rues un cierge à la main, savançaient gravement l'avocat Borrero, ses amis les libéraux, 8es alliés les radicaux, puis la populace qui hurlait : “ Vive Aguirre ! A bas Garcia Moreno! ” Du sein de cette cohue émergeait un drapeau sur lequel flamboyait ce mot sacramentel : Constitution ! À Guayaquil, à Quito, dans tous les centres, se préparait un soulèvement que tout le
(1) Estrella de Mayo, 31 mars 1869.
monde, exce pinosa, s'att ves gens ne Jeurs alliée d titution que
Pendant c ment à Gu avait accept mais il leur dre, Dans le un coup d'E aucun conce pour s'entre trouvant pa:
pitale, parfa, dicaux, et Guachala, I soir, Déjà Ga ses sorviteur cavaliers, dé Son premie pendait près on l'avait pt le-Grenade prise de rec pliquèrent à l'ivsurrecti vable inerti nagaient, temps enco dre avec e qu'il ne voy était fatigué les libérau par les verg amis, mais peuple aux res après, i
monde, excepté pourtant les libéraux et le très placide Kspinosa, s'attendait à voir éclater sous peu de jours, Ces braves gens ne pouvaient s'imaginer que les révolutionnaires, Jeurs alliés da moment, n’exaltaient le président et la constitution que pour ubattre l’un et déchirer l'autre,
Pendant ce temps, Garcia Moreno s'occupait tranquillement à Guachula de ses champs et de ses troupeaux, Il avait accapté la candidature sur les instances de ses amis, mais il leur laissait lo soin de la propager et de la défen. dre, Dans les premiers jour. de 1869, en voyant poindre un coup d'Etat révolutionnaire, certains d'entre eux, sans
4 aucun concert préalable, arrivèrent simultanément à Quito à pour s'entretenir avec lui des périls de la situation. Ne l'y e | trouvant pas, ils s'unirent à d'autre conservateurs de la can pitale, parfaitement renseignés sur les agissement des ra-
dicaux, et n’hésitèrent pas à entreprendre le voyage de is Guachala, Ils arrivèrent à l'hacienda vers onze heures du n- soir, Déjà Garcia Moreno était retiré dans sa chambre, quand € ses serviteurs indiens vinrent lui annoncer que plusieurs n- cavaliers, demandant à lui parler, se trouvaient à la porte, Le Son premier mouvement fut de saisir un grand sabre qui 2: pendait près de son lit, et le rérolver placé sur sa table, car on l'avait prévenu la veille que des assassins de la Nouvu:la le-Grenade en voulaient à sa vie, Quelle ne fut pas sa sur. il prise de reconnaître ses amis les plus dévoués ! Ils lui ex- \- pliquèrent à l'instant les motifs très prossants de leur visiteet l'ivsurrection radicale sur le point d'éclater, et l'inconce- (is vable inertie du président en face des dangers qui le mede naçaient, Lui seul pouvait sauver le pays, s'il en était - temps encore ; ils accouraient pour le conjurer de reprené- dre avec eux le chemin de la capitale. Il leur répondit L: qu'il ne voyait aucun moyen de salut et que, du reste, il ie ) était fatigué de lutter pour des hommes anssi stupides que ot les libéraux, lesquels n'avaient que trop mérité de passer ne par les verges d’'Urbina. — ‘ Sans doute, répliquèrent ses le } amis, mais vous avez juré de ne pas laisser retomber le
peuple aux mains de cet affreux despote. ” Quelques heures après, il l’entraînaient avec eux vers Quito,
Dans la capitale il se trouva immédiatement entouré de conservateurs arrivés des provinces, dont les informations lui fournirent des détails très précis sur le plan des conjurés,
Urbina venait d'arriver à Tumbez avec ses fidèles généraux à leur pc Rios et Franco ; de la frontière, il correspondait avec ses tres euxaffidés ; la révolution devait sans délai éclater à Guayaquil: favorabl
, après avoir assassiner le général Darquea, les conjurés se MrUX, proposaient d'ouvrir les prisons et de corrompre les off- Lie ciers pour s'emparer des casernes ; les autorités, averties, 4 Phraient
se précautionnaient contre une invasion imminente. À É fidèle, C: Cuenca, les chefs du mouvement avaient reçu le mot d'or- 1 pee io dre. Trois urbinistes fameux, Zamorra, Villavicencio et D AB, po Tarquinio Franco, compromis dans les dernières insurrec- pu alla tions, distribuaient les rôles aux conjurés. Un écrit intitulé: Ë ge vit ol Lunettes pour les myopes, avait mis au jour tous ces faits, en D OO lar publiant des lettres émanant des autorités de Guayaquil et L : le gouve relatives au complot. Du veste, à Quito, les sectaires s'ar- } d'effroil
. maient déjà de poignards et de révolvers ; à Riobamba, à > l'autre à Latacunga, à Cuenca, les urbiniste annonçaient qu'ils tri- » ci Mon! ompheraient sur les cadavres de leurs adversaires, et que D du prési
le 15 janvier serait le commencement d'une ère nouvelle (1.) » ble cœu
Sur ces entrefaits, ou apprit de Pasto par des lettres 7 intérêts particulières, qu'un certain Victor Proano, à la solde d'Ur- | spontan bina, s'était rendu peu auparavant dans cette ville pour À prendre enrôler des volontaires. Il avait annoncé à ses confdents l Guerre
qu'Urbina allait rencontrer à Tumkez Rios et Franco, ce qui républiq se trouvait vérifié par le fait, et puis s'emparer de Guaya- différen quil pendant qu'on envabhirait l’Equateur par le nord, ; lui, D. après avoir mis la main sur Garcia Moreno à Guachala. De 1 Cruciar plus, lo bruit se répandit qu'il existait un pacte secret entre | lique, le Urbina et Mosquera. pacte revélé par les indiscrétions épis- » tions de
colaires de ce dernier, en vertu duquel l’Equateur dovait p cia Mor être divisé. Les provinces du Nord, jointes à celles du Cau- D ins ca, formeraient une nouvelle nationalité. |
Ces bruits alarmants couraient les rues, et le gouverne-
cia Mot aux pét (L) .
(1) Ces faits, relatés dans les journaux du temps (Æstrella de Mayo, 22 et 28 janvier,) n’ont jamais été démentis.
ment, qui les connaissait mieux que personne, refusait de prendre aucune mesure d'ordre. Il révoquait les employés soupçonnés d’incliner vers les conservateurs, et maintenait à leur poste, malgré les réclaniations indignées des ministres eux-mêmes, des gouverneurs de provinces notuirement
ré de ations jurés, éraux
HA favorable aux urbinistes. Espinosa, devenu le jouet des lirés gé » béraux, avait les yeux couvert d'un triple bandeau. Ses g off ) amis, sos parents, après bien des représentations inutiles, erties, L l'avaient abandonné à ses conscillers favoris, Son ministre ite. À P fidèle, Camillo Ponce, d’un dévouement à toute épreuve, \t d'or- >! hésta longtemps devant une rupture qui lui brisait le cœur; cio et mais, pour ne point assumer la responsabilité des malheurs Lurrec- : quiallaient fondre sur le pays par l'incurie du président, il titulé : : se vit obligé, lui aussi, de donner sa démission.
its, en | à La retraite du ministre de l’intéfieur, en faisant passer quil et D : le gouvernement tout entier aux mains des libéraux, glaga es s'ar- * d'effroi les conservateurs. On s'attendait d’un moment à mba, à P l'autre à voir éclater le mouvement révolutionnaire. Garils tri- 1 cia Morenc crut devoir interveuir une dernière fois auprès et que du président et, comme toujours, sa grande âme et son nos Île (1.) D ble cœur dictèrent ses résolutions: Au-dessus des misérubles lettres b/ intérêts de partis ou de personnes, il offrit de renoncer : » d'Ur- E spontanément à sa candidature si le président consentait à > pour 4 prendre dans son conseil Camillo Ponce et José Maria fdents Guerrero, pour aviser avec eux aux moyens de sauver la ce qui république. Espinosa refusa net. Trois médiateurs, qui a : JUAÿAa- . différents titres auraient dû exercer quelqu'influence sur nord, » lui, D. Carlos Aguirre, son très respectable ami, le.R, P, la. De ? Cruciani, son directeur de conscience, et le délégat apostoentre P lique, le supplièrent en vain d’avoir égard aux supplica, 18 épis- tions des conservateurs et d'accepter la proposition de Gardovait D cia Morvno : il resta inflexible (1.) a Cau- }- Ainsi abandonnés à eux-mêmes. les conservateurs, Gar.
} cia Moreno à leur tête, tinrent un conseil secret pour aviser
verne- } aux périls de la situation. D’après l’ensemble des faits consella de (1) Æstrella de Mayo, 22 janvier 1869.
tatés et les mouvements des clubistes dans la capitale, jà! révolution ne tarderait pas à éclater. On ne pouvait comp à ter sur le gouvernement pour la comprimer, puisqu'il ge. 1 rait renversé par elle avant de consentir à reconnaître son existence, Fallait-il livrer le pays à Urbina et assister, les bras croisés, à l’asservissement de la patrie, à la ruine de la religion, au triomphe de la frunc-maçonnerie, qui bientôt re inaugurerait contre les prêtres, les religieux, les évêques, une persécution à la Mosquera ? Fallait-il livrer le peuple chrétien aux vengeances d’une poignée d'anarchistes ? Tous furent d'avis que, s'il y avait un moyen légitime de sauver le pays, il fallait y recourir sous peine de tiahison, Or, dans le cas présent, on ne pouvait écarter les révolutionnaires qu’en substituant une autorité puissante et forte à celle de l’incapable et débile Espinosa : le moyen était:il légitime ? A cette seconde question, on répondit que les conservateurs avaient donné le pouvoir au président Espinosa pour empêcher Urbina d’escalader le pouvoir, et non pour lui faire la courte échelle, D'ailleurs, un pronunciamento radical allait renverser Espinosa : en lui substituant un homme d'énergie, on ne s'attaquait pas à lui, mais aux anarchistes qui s’apprêtaient à le jeter par terre.
nés d
: La résistance active décidée, Garcia Moreno se chargea lui, | d'étudier les voies ct moyens, puis de prendre le comman- vive
dement lorsqu'il s'agirait de l'exécution. Comme il fallait appr
faire vite pour ne pas être devancé par Urbina, son plan voul
: fut arrêter dès le lendemain. Il se ménagea des intelligen- patr
ces dans la caserne, puis ordonpa à ses amis de province E Mor de retourner immédiatement dans les localités qu'ils habi- | taient, d'informer leurs confidents du mouvement qui se É préparait dans la capitale, et de susciter partout des adhé- D leve
sions au pronunciamento conservateur aussitôt qu’une nou- l'ar velle/ favorable leur arriverait de Quito. Il se réservait cia Guayaquil comme le poste particulièrement difficile: et leu dangereux. ren - Les deux jours qui suivirent, l'Equateur futen ébulition. d'à Les radicaux avaient remarqué, non sans inquiétude, la sai
vait com uisqu'il ge.
naître son ssister, los l'une de Ja jui bientôt es évêques, le peuple archistes ?
égitime de e tiahison les révolute et forte yen était:il lit que les dent Espioir, et non ronunciasubstituant » Mais aux
se Chargea > comman- 16 il fallait , SOn plan ] utelligenà province u’ils habiat qui se des adhé:
une nouréservait ifficile: et
bulition.
étude, la
apitule, jy.
| présence simultanée dans la capitale de personnages importants du parti catholique. Craignant une intervention
2 quelconque de Garcia Moreno, ils résolurent d'avancer de
quelques jours l'exécution de leur complot et de renverser Espinosa le lundi, I8 janvier. Le samedi le 16, au soir leurs hommes d’actionse réunirent dans une maison du quartier San-Juan pour concerter les dernières mesures à prendre. Garcia Moreno, qui les faisait surveiller de très près par ses émissaires, pénétra leur secret, convoqua ses amis ce soir-là mème et leur fit connaître ses intentions :
« Si vous voulez sauver le pays. dit-il, ce n’est pas demain qu'il faut agir, c'est aujourd’hui, c’est ce soir. Il est dix heures ; vers minuit, je me rendrai à la caserne pour gagner l’armée à notre cause. Vous me suivrez, en potits groupes, pour ne pas attirer l'attention. Si je réussis, comme je l'espère, vous entrerez à la caserne, et je v. us donnerai à chacun une escouade de soldats pour consigner chez eux le président et ses ministres, et arrêter les radicaux aw
milieu de leur conciliabule, ”
Les rôles distribués à chacun, à l'heure dite, Gareia Moreno s’achemina vers la caserne, suivi de ses amis, échelonnés dans l'ombre. En voyant cet inconnu se diriger vers
* lui, le soldat de faction fit entendre le traditionnel “ qui
vive ?—Garcia Moreno. ” En présence du chef qu’il avait appris à respecter. le soldat troublé lui demanda ce qu'il voulait à pareille heure. ‘ Je veux sauver la religion et la patrie. Tu me connais : laisse-moi passer.— Viva Garcia Moreno ! ” répondit le sodlat. Arrivé au corps de garde, il rencontra l'officier de service avec les soldats du poste, et leur annonça que, l’infâme Urbina ayant entrepris de bouleverser le pays. il venait encore une fois s'appuyer sur l'armée pour défendre la religion et la patrie.—"* Viva Garcia Moreno ! ” cria tout le poste. Au bruit que faisaient leurs camarades, les soldats, réveillés en sursaut, descendirent avec une vive agitation. Garcia Moreno leur parla des d’ngers que courait le pays, et que tous du reste connaissaient, Son ton énergique, incisif, eut bientôt porté la con-
viction dans tous les cœrs et arraché de toutes les poitrines le cri d'adhésion : “ Viva Garcia Moreno ! ”
sans q
gure DO Les chefs de l’armée n’avaient pas voulu prendre l'ini-
tiative du pronunciamento ; mais, en déplorant eux-mêmes ne la faiblesse impardonnable du président, ils furent très heu- Dr i renx de se rallier au mouvement. De l'agrément de tous, on Garcia Moreno prit à l’instant le commandement des troupes, fit consigner Espionosa dans sa maison, et envoya une ; ‘Qu compagnie s'emparer des clubistes de la rue San-Juan, Mais D nous déjà la ville était en émoi ; les radicaux, ayant eu vent de p nécesss ce qui se passait, avaient jugé prudent de s'évader au plus L pesrel vite ; la musique militalre, par ses joyeuses fanfares, an- | pourk nongait à tous le grand évènement ; et les habitants de Qui- | “Q to, transportés de joie, parcouraient les rues en criant de ) lJarelis toutes leurs forces : “ Viva Garcia Moreno |! ” 1 l'Etat,
Les pèresde famille et les notables de la cité, réunis au firer palais du gouvernement, sous la présidence de Raphaël Car- phlets vajal, rédigèrent aussitôt l'acte suivant, dont lecture fut 1 «6 Qn donnée au public au milieu de tonnerres d’applaudisse- D tériem ments : EE plice d
‘ Les soussignés, rassemblés pour aviser aux moyens de A sauvér la nation de la crise terrible qu'elle traverse en ce PO cL moment, considérant : Don G
4 Que le président de la République, trahissant la con téder fiance du peuple, a nommé aux charges publiques des en- h res po nemis acharnés de l'ordre, lesquels profitent de l'autorité | térieu ‘remise en leurs mains pour préparer le retour à l'antique 4 “L esclavage ; ) entar
- ‘ Que le gouvernement, non content de mettre à la tête D les des provinces des urbinistes déclarés, contemple avec indif- Joue férence les attentats qu'ils commettent pour arriver au | me triomphe de leur parti, et cela malgré les dénonciations de 1 peupl la presse et malgré des documents d’une évidence acca- 1 Des blante ; et su « Qu'Urbina attend à la frontière l’heure choisie par des ‘
traîtres pour lui livrer l'importante place de Guayaquil, “pa
gans que le Président de la République prenne aucune mesure pour assurer l'ordre etla paix ;
4 Qu'à Riobamba, Cuenca, et ailleurs, les démugogues conspirent à ciel ouvert, sans que le gouvernement se préoccupe en aucune manière de préserver la patrie d'une révolution sanglante et désastreuse ;
4 Que le rétablissement de l’humiliant despotisme, dont nous a délivrés la glorieuse révolution du ler mai 1859 a nécessairement pour conséquence la destruction des principes religieux, morcaux et politiques, sans lesquels il n’y a pour la nation ni stabilité ni progrès ;
“ Que, sans égard pour la constitution, laquelle déclare la religion catholique, apostolique et romaine religion de l'Etat, et oblige les pouvoirs publics à la défendre et à la faire respecter, le président laisse propager d’infâmes pamphlets destinés à miner les fondements du catholicisme ;
‘ Qu'en conséquence de tous ces faits, le ministre de l'intérieur a donné sa démission, ne voulant pas se faire complice d’une telle politique ;
‘“ Arrétent d'un commun accord :
‘ Le gouvernement actuel est privé de toute autorité, Don Gabriel Garcia Moreno exercera le pouvoir en ‘qualtté de président intérimaire avec toutes les facultés nécessaires pour réorganiser la république, conserver l'ordre à l'intérieur et la paix à l'extérieur ;
‘ La constitution et les lois de l'Etat restent en vigueur, en tant que le permettront les circonstances dans lesquelles se trouve la nation. Une convention nationale sera convoquée à l'effet de réformer la constitution et la législation. Le projet de constitution, sera soumis à la ratification du peuple. ”
Des vivats cent fois répétés accueillirent ces déclarations, et surtout la nomination de Garcia Moreno comme chef du gouvernement. Séance tenante, le nouveau président rédigea cette proclamation à la nation, où l’on sent vibrer à <haque ligne son âme de patriote ;
“ Mes chers concitoyens, après avoir fait tous les efforts imaginables près du président Es pinosa pour sauver la ré publique, menacée de redevenir au premier jour la proie de ses plus irréconciliablcs ennemis, j'ai dû me mettre à la tête de l’armée pour empêcher une nouvelle effusion de sang et le retour aux horreurs de la guerre civile.
‘ À Guayaquil, des agents d’Urbina négociaient avec des traîtres la reddition de la place ; dans. les autres villes on applaudissait, en présence des autorités, au retour de l'infâme despote. Aveuglé par de perfides suggestions, le président autorisait par sa tolérance cette odieuse conspiration. Patienter plus longtemps, c'eût été se rendre respon. sable des maux qui alluient fondre sur nous et commettre un crime de trahison.
‘ J'ai accepté la charge périlleuse de sauver le pays de cette nouvelle conjuration de Catilina, sans autre mobile je puis le dire, que mon dévouement à Ia patrie. En preuve de ma sincérité, je promets devant Dieu et devant le peuple, sur ma parole d’honnour toujours inviolée qu’une fois l’ordre assuré, les institutions réformées, je quitterai le pouvoir pour le remettre aux mains du citoyen que la li-
‘bre volonté du peuple désignera. Même si j'étais élu, je re
fuserais la présidence. ”
On le voit, Garcia Moreno revenait à sa première idée : saisir l'autorité pour barrer le chemin à Urbina, puis se reti rer. Est-ce donc un ambitieux vulgaire, cet homme qui renonce volontairement à gouverner son pays au moment où tout le peuple l’acclame comme un libérateur ? Et pourtant, à entendre la bande franc-magonne, Garcia Moreno u'a déposé le président Espinosa que pour prendre sa place |
Il fallait maintenant obtenir l'adhésion des provinces au pronunciamento de la capitale. Après avoir expédié des courriers dans toutes les directions pour donner le mot d’ordre à çes amis, Garcia Moreno partit à marches forcées pour Guayaquil, où déjà il avait dépêché don Felipe Sar-
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ce en faveur du pronunciamento. En passant, et pour ainsi dire au vol, le nouveau chef établit son autorité à Latacunga, à Amb.to, à Guaranda, à Babahoyo. Arrivé à Guayaquil, le 20, vers nouf heures du soir, sans prendre un instant de repos, il se rendit à la caserne d'artillerie, la plus menacée d’uu assault urbiniste. A peine eut-il expliqué aux chefs et aux soldats la transformation survenue dans la capitale que tous s'écrièrent : ‘“ Viva Garcia Moreno ! ” Pendant ce temps, le docteur Sarrade parlementait avec Darquea, qui ne se laissait pas vaincre sans résistance. Tous deux ignoraient la présence de Garcia Moreno, quand un agent vint subitement interrompre leur conférence : “ El senor Garcia Moreno est à la caserne d'artillerie, dit-il à Darquea, et il vous demande. ” — ‘“ Garcia Moreno fit le gouverneur stupéfait, docteur, allons le trouver. ” À la caserne, ils furent bien surpris de le voir assis tranquillement à une table, écrivant et dictant des ordres. La besogne était finie : Darquea se mit à la disposition du nouveau chef avec ses troupes, de sorte que ce dernier put adresser ce discours à ses compatriotes :
“ Citoyens de Guayaquil, une révolution inique tramée de la munière la plus insolente par les agents du lâche
:Urbina, et favorisée par la connivence du gouvernement,
allait rejeter notre patrie entre les mains de la tyrannie, Déjà les révolutionnuires avaient reçu du Pérou les aimes destinées à nous assaillir ; déjà les poignards brilluient aux mains des bandits payés pour nous assassiner.
“ Mes chers concitoyens, celui qui ne vous a point abandonnés en 1860, alors que la République était agonigante, ne pouvait point, sans commettre le crime de lèse-pätrie, vous délaisser dans la crise actuelle, Pour vous défendre contre vos implacables ennemis et rendre au pays l’ordre et la paix, j'ai quitté ma retraire et me suis rendu dans la capitale où le peuple et l'armée m'ont confié la grande tâche de sauver le pays.
“4 Je veux remplir cette difficile mission, mais je compte sur la valeur et la loyauté des généraux, chefs, officiers et soldats de l’armée, sur la coopération de tous les gens de bien, sur le dévouement du peuple, et par-dessus tout sur la divine Providenco dont j'implore le secours avec une inaltérable confiance.
« Équatoriens, le 17, en quittant la capitale, j'ai fait le serment solennel et public de déposer le pouvoir aussitôt après avoir organisé le gouvernement et réformé la législation de concert avec une convention nationale : je tiendrai parole. Le jour où, nos ennemis réduits à l'impuissance, je remettrai le pouvoir à l'élu du peuple, sera le plus heureux de ma vie. ”
La foule applaudit par des vivats sans fin. Comme au retour de Jambeli, les urbinistes criaient plus haut que les
autres ; pour refroidir un enthousiasme dont on pouvait à
bon droit suspecter le sincérité, Garcia Moreno mit la province en état de siège. Les agents d'Urbina avaient fait de Guayaquil leur arsenal : tous les détenteurs d'armes, fusils, poignards et autres engins de révolution, furent sommés de les porter dans les vingt-quatre heures au bureau de police, sous peine d’être traités en ennemis publics, Un décret condamna Pedro Carbo et les autres perturbateurs de profession à quitter le pays, et stipula que tout individu convaincu d’avoir favorisé les truîtres serait jugé militairement, L'insurrection était étouffée dans son germe.
Quelques jours après, de retour à Quito, Garcia Moreno recevait les adhésions chaleureuses de Riombamba, de Cuenca, de Loja, et de toutes los provinces. . Les colonnes du journal officiel ne suffisaient pas à les enregistrer (1). On s félicitait, d'un bout de l'Équateur à l’autre, d'avoir pu opérer cette contre-révolution sans verser une goutte de sang, sans brùler une seule cartouche, et cela grâce à l'énergie de l’homme incomparable qui, depuis dix ans,
(1) Estrella de Mayo, 22, 28 janvier ; 3 et 13 février.
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fenseur de la religion et de la société. Aussi, à part les sectaires qui le glorifiaient du reste par leurs outrages, n’y eut-il qu'un cœur et qu'une âme pour éntonner l'hymne de Jouange et de gratitude en l'honneur de Garcia Moreno. Le conseil municipal de Quito décréta que le buste du libérateur serait placé dans la salle de ses séances, ‘“ en reconnaissance du magnanime courage et du grand esprit politique dont il avait fuit preuve dans la transformation qui venait de s’opérer. Après tant d'années consacrées à la régénération de l'Équateur, disait le décret, Garcia Moreno le voyait sombrer de nouvenu dans l'immoralité et l'anarchie : son bras vigoureux a conjuré la tempête et ouvert à tous, aux commerçants, aux laboureurs, une nouvelle ère de prospérité. ” La Société patriotique lui offrit ses congratulations pour avoir, ‘“ avec une rapidité qui tient du prodige, préservé la nation d'une guerre civile ”.
* La Société conservatrice fit célébrer une messe solennelle d'actions de grâces pour remercier Dieu ‘“ du splendide triomphe des principes conservateurs. et célébrer la rentrée au pouvoir du noble chef dont le cœur n’a jamais battu que pour le bien de la patrie ”.
A toutes ces adresses et autres semblables (1), Garcia Moreno répondit ‘ qu’en se dévouant au salut du pays, il n'avait fait que son devoir, ce qui ne lui conférait aucun titre aux remercîments de ses concitoyens. Notre gratitude, ajouta-t-il, doit s'élever jusqu'au ciel. C'est Dieu qui nous à sauvés, avec une promptitude inouïe, des calamités dont nous étions mevacés : done, à Dieu seul, amour, lo 1ange et gloire ! ”
A ce grand chrétien et à ce grand homme d'État vain queur de la Révolution, incombe maintenant la tâche non moins difficile et non moins glorieuse de faire passer la contre-révolution dans les lois et dans les mœurs, c'est-à-
(1) Voir adresses à Garcia Moreno et réponses, Kstrella de Mayo, 24 février et3 mars.
dire de fonder la République chrétienne, Cette œuvre de vraie civilisation, déclarée impossible au XIXe siècle, il nous reste à montrer, dans la troisième partie de cette his. toire, comment Garcia Moreno l'a réalisée,
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