‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 67 sur 97 · CHAPITRE PREMIER LE PRÉSIDENT MALGRÉ LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LE PRÉSIDENT MALGRÉ LUI

En reprenant les rênes du gouvernement, Garcia Moreno

était bien décidé à réaliser l'œuvre de civilisation catholi-

- que dont il n'avait pu que poser les bases durant sa pre-

mière présidence. A la difiérence des révolutionnaires qui,

comme Satan dans l'Éden, se glissent dans l'Etat pour

soutirer au peuple tous ses biens, sa religion, sa morale et

même sa bourse, l'homme de la contre-révolution n’arrivait

au pouvoir qu’afin de rétablir le royaume de Dieu et sa

justice. Ayant renoncé d'avance au mandat présidentiel,

A sa seule ambition comme chef intérimaire était d'engager

> l'avenir en donnant au pays une constitution vraiment catholique.

Or ,cette constitution, il ne pouvait l’asseoir sur une base solide sans opérer de destruetions, c'est-à-dire sans saper les institutions anarchiques crééss par la Révolution. Le .

trait de plume l’Université de Quitc, dont il avait pu

apprécier de longue date les doctrines hbérales. Disciple, |

il y avait puisé les erreurs les plus pernicieuses sur ledroit absolu de l'État ; recteur, il avait,en vain lutté contre des vices incurables ; chef de l'État, ses bonnes intentions avaient été constamment paralysées par le conseil de l'instruction publique, ce quatrième pouvoir, comme il l'appelait dans ses messages, Actuellement, l'Université, triste école de sophistes, ne cessait de déclamer contre l'autorité de l'Église et les principes régulateurs de l’ordre social. Il

mit résolûment la cognée à cette racine de l'arbre révolu-.

tionnaire, ‘‘ Considérant, dit le décret, que l’organisation et la direction de l'instruction publique sont absurdes ; que l'Université de la capitale, autre les funestes effets produits par l'insuffisance de son enseignement, n’a été par ses détestables doctrines qu'un foyer de perversion pour la jeunesse, nous déclarons l’Université dissoute et le conseil de l'instruction publique supprimé. ” Un autre décret fermait le collège national de Cuenca, “ autre foyer d'immoralité fondé à grands frais deux «ns auparavant, sans autre raison que de nuire à un établissement catholique très-prospère, ”

La franc-maçonnerie, si empressée à détruire l’enseignement catholique partout où elle règne, ne trouvera pas mauvais qu'un chef d'État chrétien proscrive ses écoles diaboliques. C’est une simple question de logique. Les partisans de la conciliation entre Dieu et le diable pour. ront seuls blâmer Garcia Moreno.

Les libéraux avaient réussi durant les quatre dernières années à empêcher, du moins partiellement, les bons effets du concordat, surtout la réforme dn clergé. A force d’instances, ils avaient obtenu du saint-père la suppression du for ecclésiastique et le rétablissement du droit commun dans les causes judiciaires. Les évêques ainsi dépouillés de toute force coercitive, il s’ensuivit un grand relâchement dans les mœurs. Garcia Moreno, qui voulait l'Église libre

parce que l'Église libre c'est l'Église pure, avait lutté de

12 février, à peine rentré dans la capitale, il supprima d'un .

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toutes ser forces contre la mutilation du concordat ; rede-

venu maître, il abolitfimmédiatement la prétendue réforme. “ Considérant, dit-il, que si le Saint-Siège, eu égard aux circonstances, a pu permettre que les causes ecclésiastiques

tant civiles que criminelles fusent déférées aux tribunaux

séculiers, le gouvernement peut renoncer à cette concession dans l'intérêt du bien ; que, loin de produire de bons résultats, la suppression du for ecclésiastique n'a servi trop

E juvent qu'à molest:r les prêtres vertueux et à assurer

l'impunité aux coupables, nous ordonnons le rétablissement des officialités. Ce décret sera présenté au Saint-Siège pour obtenir son approbation, le gouvernement se déclarant prêt à le modifier selon les intentions du souverain pontife. ”

Après cés premiers travaux de déblaiement, et d’autres mesures non moins urgentes dans l’ordre administratif el financier, ayant frayé le chemin à son successeur et à la convention nationale qui devait décider souverainement des destinées du pays, il publia le décret ‘onvoquant les électeurs. La convention devait se composer c ? trente dé-

putés, trois pour chaque province. N'étaient éiigibles que

les citoyens âgés de trente ans, et possédant une certaine fortune. La convention avait pour mission principale de voter une nouvelle constitution qui serait soumise ensuite à la ratification du peuple.

Cette perspective d’une convention catholique qui, sous linfluence.et la direction de Garcia Moreno, allait constituer un état chrétien, jeta les radicaux dans une espèce de désespoir furieux. Malgré l’expatriation forcée de Pedro: Carbo et des autres chefs du parti, ils résolurent de tenter le coup de main que la trausformation subite du 17 janvier avait fait ajourner, À (Gtuayaquil le général José Vintimilla, devenu depuis quelques années l'ennemi politique de Garcia Moreno et l'agent secret d'Urbina, après avoir em- : bauché certuins officiers de la caserne d'artillerie, crut pouvoir profiter du jour de sa fête, 19 mars, pour donner le signal dv l'insurrection. Dès trois heures du matin, ayant

rejoint ses complices à la caserne et corrompu les soldats à prix d’or, il combina son plan d'attaque. À six heures, accompagné d’une troupe d'insurgés, il pénétra par une porte secrète dans la maison du commandant général Darquea, le surprit au lit et le conduisit prisonnier à la ca. serne, Les gardiens reçurent l’ordre de lui brûler la cervelle à la moindre tentative d'évasion.

Les conjurés se dirigèrent alors vers la caserne d'’infanterie en criant : “ Vive Urbina ! Vive Carbo ! Vive Vintimilla ! ” Mais déjà, grâce à l'énergie de quelques chefs intrépides, la résistance était organisée. On se battit dans les rues durant plusieurs heures. Les révolutionnaires, acculés à lenr caserne, se défendaient comme-des désespérés, quand tout à coup le général Darquea, confiné dans sa prison, s’apercevant à l'émotion de ses soldats, devenus ses gréoliers qu'ils remplisaient leur rôle à contre cœur,leur montre qu'on les a indignement trompés, les décide à lui prêter main forte contre l’ennemi, un de ses soldats décharge son arme par une fénêtre et frappe au front Vintimila, qui tombe rai-

de mort. Profitant de la confusion et de la panique des in-

surgés, Darquea s'élance de la prison, se remet à la tête des troupes fidèles et achève la déroute des révolutionnaires, Les chefs s’enfuirent lâchement, laissant derrière eux cent cinquante morts ou blessés,

Garcia Moreno apprit la révolte en même temps que la victoire. Il félicita le peuple et l’armée de ce que “ la trahison qui couvait depuis un an dans le but de livrer la république au lâche Urbina, aboutissait enfin au tombeau de l'ignominie, ”’—“ Gloire et bénédiction au Dieu des armées! disait-il. Les traîtres comptaient sur un triomphe, oubliant qu’il est au ciel une justice vengeresse, Louange et gratitude aux héroïques généraux, Darquea et Uraga, à tous les chefs, officiers, soldats, employés, qui ont vaincu l’insurrection. Puissent les criminels se laisser vaincre par la clémence, et leur repentir nous forcer à nous montrer généreux. Le bras terrible de la justice tombera uniquement sur les grands coupables, sur ceux qui sèment l'or pouf faire cou-

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Jer le sang. ” Le résultat de cette prise d'armes fût l'inter- .nement des réfugiés au Pérou et la déportation de plusieurs chefs. Le général Ignacio Vintimilla, frère et complice de

l'initiateur du mouvement, reçut ordre de quittèr l'Equa. teur et de n’y point entrer avant une année. L'état de siège étendu à toutes les provinces ôtu aux perturbatefrs la tentation de continuer un métier devenu dangèreux, et la destitution de plusieurs membres du conseil de guerre, qui n’avaient pas craint d'acquitter des insurgés pris les armes à la main, montra qu'on ne se moque point impunément de la justice.

L'insurrection du 19 mars donna un corps aux préoccupations qui agitaient beaucoup d'esprit. On disait que Garcia Moreno était le seul homme capable de maintenir la paix à l’Equateur, il fallait obtenir de lui quil revint sur son serment et déjà l’on signait des pétitions en ce sens quand parut au journal officiel la note suivante : “ Le président de la république apprend avec non moins “e surprise que d’indignation l'extrême liberté que se donnent certaines personnes de racoler des signatures à l'effet de l’obliger moralement à enfreindre un serment solennel, Rien au monde ne le déterminera à se déshonorer par la violation de sa parole. Il engage donc ces zélés à s'abstenir de démarches inutiles, il use même de son droit pour le leur commauder, On doit tout sacrifier à la patrie, excepté la foi, la conscience et l'honneur, ”

On cessa de pétionner, mais on n’en persista pas moins dans la volonté d’avoir pour chef Garcia Moreno. Les dé. putésà la convention , prosque tous conservateurs et bons catholiques, arrivèrent dans la capitale avec l'idée bien are rêtée de faire prévaloir cette volonté du peuple. Dans des réunions privées, où Garcia Moreno leur expliqua son projet de constitution, ils lui représentèrent la nécessité d’un bras énergique pour défendre cette charte catholique con. tre les assauts de la Révolution. Ils ajoutèrent qu'après avoir vu à l’œuvre Carrion et Espinosa, on pouvait toujours craindre de trouver un libéral sous le masque d’un conser-

un personnage notable de Cuenca une lettre politique assez compromettante (1.) Ce correspondant, un des coryphées du libéralisme, lui ayant exprimé la crainte qu’une fois au pouvoir il se laissât influencer par Garcia Moreno, Darquea répondit qu’il s'appuierai! uniquement sur la volonté nationale, et gouvernerait avec tous les bons citoyens ; que, d’ailleurs, l'indépendance bien connue de son caractère garautisssait à tous l'adoption d’une politique personnelle en rapport avec ses opinions. C’eût été donc se faire illusion que de compter sur Darquea comme sur un autre luimême, Garcia Moreno ne trouva rien à répondre à ces très justes observations ; néanmoins, considérant son serment comme absolument obligatoire, il resta inflexible,

Le 16 mui, à l'ouverture des séances de la convention, il se présenta devant les députés pour rendre compte desa courte gestion. Les membres de la convention étaient pour la plupart des amis dévoués ; son ancien ministre, Carvajal, présidait l’assembléc. Il leur ouvrit, son cœur comme à des hommes capables de comprendre ses grandes vues. Pour expliquer sa conduite et la révolution du 17 janvier il rappela “ que le gouvernement d'Espinosa voyait venir avec une inconcevable sérénité l'ouragan qui devait compléter les destructions du tremblement de terre de 1868. La presse démagogique insultait la religion, déchaînait les passions, préchait l'anarchie. Dans une de leurs orgies, les conjurés avaient même annoncé le jour de l'insurrection projetée. En présence d’ur gouvernement inerte et rebelle à toute remontrance, il avait dû s'appuyer sur le peuple et l’armée pour sauver le pays. En quelques mois, malgré l’échauffourée du 19 mars, l’ordre était rétabli. ”

* Quant aux détails de son administration, ils étaient tout entiers dans les décrets soumis à leur approbation. L’avenir, un avenir brillant pour l’Equateur, dépendait en gran-

(Q) La Verdadera situation, p, 12.

vateur. Cette réflexion paraissait d'autant plus opportune que son candidat, le genéral Darquea, venait d'adresser à :

» libérer, €

réaliser | la nation le premi croyanc.

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« La « Lâtardit ques : d tères, vé reuseme tions l’u ce pays vinces ; se la po) Entre le et les en défense, me essei attributi ont dém

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de partie de la constitution qu'ils allaient donner au peu- * ple. Le projet élaborré par lui et sur lequel ils allaient dé. libérer, contenait les réformes impérieusement exigées pourréaliser l’ordre et le progrès, c'est-à-dire la vraie félicité de la nation. Il avait eu dans ce travail deux objets en vue : le premier, harmoniser les constitutions politiques avec les croyances religieuses ; le second, investir l'autorité d’une force suffisante pour résister aux assauts de l'anarchie. Expliquant sa pensée, il ajouta ces nobles paroles que nos hommes d'Etat feraient bien de méditer :

“ La civilisation, fruit du catholicisme, dégénère et s’abâtardit à mesure qu'elle s'éloigne des principes catholiques : de là, la débilité progres ive et générale des carac-

ment D tères, véritable maladie endémique de notre siècle. Heu-

P reusement, nous avons reconnu jusqu'ici dans nos institu- Don, il ? tions l’unité de croyance, le seul lien qui nous reste dans de sa D co pays divisé par des intérêts de partis, de races, de proaient D vinces ; mais cette reconnaissance purement nominale laisistre, } se la porte ouverte à toutes les attaques contre l'Église, cœur : Æ Entre le peuple proterné au pied des autels du vrai Dieu indes ? et les ennemis de notre sainte -eligion, il faut un mur de lu 17 » défense, et c’est là ce que je me suis proposé, comme réfornosa M me essentielle, dans ce projet de constitution. Quant aux agan > attributions du pouvoir exécutif, la raison et l'expérience ment D ont démontré qu'un pouvoir faible est insuffisant, dans nos reli- P pays agités, pour défendre l’ordre public contre les entres une » preneurs de révolutions. Du reste, comme mon serment jour du 17 janvier m'interdit d’arcepter le pouvoir, on ne m’ucment PE cusera pres d'égoisme ou de visées ambitieuses, si je vous uyer M demande de fortifier une autorité dont l'exercice ne peut ques P m'être dévolu. ” itré |

Il termina son message par une déclaration plus formelle - encore, relativement à la future présidence. “ Je me suis tout > efforcé durant ces quatre mois de répondre à la confiance du peuple ; il me reste maintenant, en rentrant dens la vie privée, à vous demander pardon des erreurs daas lesquelles je serai tombé bien des fois sans doute, malgré la

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droiture de mes intentions et le patriotisme qui m'a toujours guidé, l'infaillibilité et la parfaite rectitnde sont ! l'apanage exclusif de celui qui s'appelle la source éternelle de la vérité et de la justice ; puisse-t-il vous éclairer et vous diriger dans un travail dont va dépendre le bonhour de notre patrie ! ”

Rentré chez lui, il envoya immédiatement au président de l'assemblée sa démission officielle. ‘ Il avait accepté la charge de président intérimaire jusqu'à la réunion de la convention , avec l'obligation formelle de déposer le pouvoir entre ses mains : il considérait done comme un devoir de céder à un autre les rênes du gouvernement. ” Les dé. putés furent d’un avis contraire ; usant de leurs droits, car le président définitif ne devait être nommé qu'après le vote

de la constitution, ils le réélurent à l'instant président par

intérim. Ce fut en vain ; esclave de son serment, il déclina 1 tre de nouveau la charge qu’on voulait lui imposer, et dans des 1 et1 termes si accentués que les députés renoncèrent pour le M les moment à l'espoir de le fléchir. L'assemblée accepta donc É pos sa démision, mais en chargeant Carvajal de lui faire savoir : ton ‘“ qu’elle-céduit à des raisons de déférence, et non aux motifs É rs présentés par lui pour refuser le pouvoir, *” “ La conven- 1

tion nationale, lui disait-on, ne reconnait point aux bons d 1 citoyens le droit de refuser leurs services à la patrie. Les on hommes de bien, de moralité, de progrés, se doivent abso- À x6p lument à la nation. Ni les serments de refuser les charges 3 Lite publiques, ni les contradictions plus ou moins violentes EL. ESA éprouvées dans la défense des principes sociaux, ne peu: { es vént vous affranchir de l’imprescriptible devoir de vous ; er mettre à sa disposition toutes les fois qu’elle réclame votre É la concours. Persuadée que les devoirs sacrés du citoyen 1 tili l'emportent sur des scrupules de délicatesse, la convention 1 .

espère que Garcia Moreno restera disposé, comme toujours, à servir le pays avec l'honneur, la loyauté et le patriotisme 4 pal

qui le caractérisent. ” ce} ce Cette pièce, signée par tout le bureau de l’assemblée, ui

montre que la convention de 1869, aussi bien que le con-

m'a tou-

ide sont ?

éternelle r et vous iheur de

grès de 1865, voyait en Garcia Moreno l’homme providentiel et nécessaire. Pour le remplacer temporairement au fauteuil, elle élut son beau-frère, Manuel .Ascasubi, lequel associa immédiatement Garcia Moreno à son gouverne- ! ment en lui donnant le portefeuille des finances, Mais ce

À n'était pas assez pour neutraliser le mauvais effet produit

résident à dans le peuple par la retraite du grand citoyen, ni peut-être cepté ln ; pour comprimer lu joie non dissimulée des radicaux : on n de la Ë proposa de le nommer général en chef de l’armée, La mo.

le pou tion fut soumise à l'assemblée, qui la vota d'urgence et par n devoir D : acclamation, sur la proposition de Carvajal : “ Pourquoi Les dé. ; délibérer, s'écria ce dernier, sur une question résolu depuis its, car 1 longtemps par un vote indéclinable du peuple ? Nul doute le vote l sur le mérite de Garcia Moreno, dont le génie et les servilent par À ces sont écrits en caractères éclatants à chaque page de nol déclina ; tre histoire depuis dix ans, dix ons de luttes entre l’ordre dans des À et l'anarchie. Et après dix ans, pouvons-nous assurer que pour le | les éternels partisans du désordre nous laisseront nous reta donc ! poser de tant de secousses ? Il est de toute justice et de e savoir % tonte nécessité que nous donnions Garcia Moreno comme 1x motifs ; centre de ralliement à notre vaillante armée. ‘”

convenux bons Le décret, voté d'urgence, portait que l’illustre citoyen Ë fé Toi Garcia Moreno ayant plusieurs fois commandé l’armée de 14 nt abeo- ‘république et combattu sur terre et sur mer avec une valeur 3 charges vraiment héroïque, les généraux, chefs, officiers, tant de riolentes l’armée que de la garde nationale, en raison de ces qualités ne pet: guerrières et des services éminents rendus à la nation, l’ade me vaient constamment appelé de tous les vœux au sommet de me votre la hiérarchie militaire ; qu’en conséquence la justice et l'ucitoyen tilité publique exigeant qu'il fat donné satisfaction à ce iveñtion désir, la convention le proclamait général en chef de l’aroujours, mée, ” A la notification qui lui fut faite de ce décret, il ré- Notigme pondit après sept jours d’hésitation : ‘ Je me décide à accepter, non point par conviction de mon mérite ou confiance dans mes forces, mais pour continuer à défendre la reli-

emblée,

gion et la patrie. Je compterai, pour remplir ce devoir, sur le con-

Ja coopération du peuple, la valeur et la loyauté de l'armée,

et surtout sur la protection de la Providence. ” riel ;

La convention mit alors à son ordre du.jour le projet de 80n P constitution élaboré par Garcia Moreno, et dont nous parle Tépor rons dans le prochain chapitre. Tous les articles en furent longt sérieusement étudiés, Certaines disposition, par leur oppo- p< P sition directe avec l'esprit moderne, froissèrent le libéralis- depui me de quelques députés qui les combattiront avec acharne- vré, ]

ment, mais, en sa qualité de ministre, Garcia Moreno prit L : religi la parole pour les défendre et entrainer la majorité. Le pro-

; PR Le jet passa tout entier, presque sans modification. Or, faut-il D le dire ? bien qu’il s’agit d'une œuvre capitale au point de ka É vue de ses destinées futures, le peuple ne s'intéressait que P $ à ; : More médiocrement à ces délibérations. Tant vaut l’homme, tant PAR Re Carv vaut la constitution, semblait dire aux députés le bon sens so public, et rien ne vous sert: de vous donner tant de peine ve pour bâtir si vous nous donnez pas un homme assez fort‘ vaial pour empêcher les démolisseurs de jeter votre édifice par Mes terre. Le peuple attendait donc avec impatience le vote de RER : venti la constitution, pour arr'‘ver enfin à la question brûlante de $ Le allég la présidence définitive. , :

vain( Les députés, plus que jamais décidés à ne tenir aucun k pouv : compte des scrupules de Garcia Moreno, ne s’en cachaient 4 devo pas dans leurs conférences avec lui. Un serment, lui di- L ‘exCU: saicnt-ils, qui contriste tous les bons citoyens et comble les É parai vœux des révolutionnaires, un serment qu'on ne peut tenir paix, sans nuire gravement au bien public, ne saurait être obli- À grès. gatoire. En vertu de sa puissance dominative, la nation a À l’asse le droit et le devoir d’annuler de tels serments. Dans de À lonté pareilles conjonctures, refuser la suprême magistrature, 1 terai c’est encourir la responsabilité de tous le maux résultants | 4 ‘#eTm de ce refus ; ce n’est plus un acte de vertu, muis une faute. : D

Garcia Moreno n'ignorait point ces principes de sainte théologie, mais il en contestait l'application. Il entendait déjà | ne

la cohue révolutiornuire l'appeler traître et parjure, et lui abso He reprocher devant le peuple son manque de parole. Le peu- ge jeu

ple, très peu théologien, se laisserait prendre au fait maté-

riel ; et quelle influence aurait-il sur le pays, s'il perdait son preétige d'honnête homme et de chrétion ? Les députés répondirent à cette objection qu'il devait être habitué depuis longtemps aux outrages des révolutionnaires ; quant au pe ple, parfaitement au courant d'une question débattue depuis cinq mois, il ne lui pardonnerait jamais de l'avoir li vré, par un faux sentiment d’honneur, aux ennemis de la religion et de la patrie.

Le 29 juillet, la convention se réunit dans l’église de la compagnie de Jésus, où, après une messe solennelle, elle procéda à l'élection du président de la république. Garcia Moreno fut élu à l’unanimité moins une voix. Le président Carvajal lui transmit la décision de l'assemblée, espérant de son patriotisme, disait-il, qu’il s’inclinerait devant cette nouvelle manifastation de la confiance nationule. Mais Oarvajal se trompait : cette volonté de fer ne savait pas plier, ni cette conscience délicate se rassurer. Il supplia la convention de prendre en considération les motifs tant de fois,

allégués, et d'accepter sa renonciation. Il ne restait pour

vaincre son obstination qu'à commander en vertu de son pouvoir suprême : la convention ne recula pas devant ce

devoir. À l'unanimité, les députés refusèrent d’agréer les excuses du président nommé, ‘attendu que ses services

paraissaient indispensables pour consolider l’ordre et la paix, et lancer la République dans la voie du véritable pro-

grès. ” Carvajal l’informa de cette résolution définitive de

l'assemblée, ‘‘ persuadé, disait-il, que cédant enfin à la volonté nationale représentée par la convention, i! se présenterait le lendemain à l’église métropolitaine pour prêter le

serment constitutionnel 47

Devant un ordre formel, Garcia Moreno n'avait plus

qu’à se soumettre, non pas qu'il reconnût la souveraineté

absolue de la nation sur l'individu, mais par ce que, dans

cette circonstance, la voix du peuple lui parut la voix de

Dieu. Le lendemain, 30 juillet, entouré des autorités civiles et militaires, il se rendit à la cathédrale pour la solen-

nelle cérémonie du serment. Là, en face du clergé, de l’assemblée et du peuple, il s'écria d’une voix ferme :

“ Je jure par Dieu Notre-Seigneur, et par cos saints Evangiles, de remplir fidèlement ma charge de président de la république'; de professer la religion cutholique, apostolique et romaine ; de conserver l'intégrité et l’indépendance de l'Etat ; d'observer et de faire observer la constitution et les lois, Si je tiens parole, que Dieu soit mon ai de et ma défense ; sinon, que Dieu ct lu patrie soient mes juges !

Carvajal se fit l'interprète de la nation entière en félicitant le nouveau président. ‘“ Religion et patrie ! dit-il, vous avez uni ces deux noms dans votre serment, parcs que de leur union dépend la fécilité sociale. Hors de là, le pouvoir n'est qu’un instrument de domination. En entendant ces paroles. le peuple a droit d'attendre beaucoup de vous car, au nom du Dieu de justice, vous venez de promettre dévouement à la patrie, fidélité aux lois, protection à la religion catholique. Mais s’il attend beaucoup, il a la certitude que sa confiance ne sera pas trompée. Elle repose sur votre patriotisme bien connu, ct sur les moyens nouveaux que le peuple dénose en vos mains pour réaliser ses espérances,

# Il y à huit ans, dans les mêmes circonstances et ‘dans ce même temple, vous prêtiez le même serment. Vous avez loyalement tenu parole : sons votre gouvernement, lu patrie a changé de face, la religion est devenue chez nous un élément de vie et de progrès. Mais pour arriver à ce résultat, que d’obstacles quasi insurmontables vous avez dû

vaincre, obstacles nés d'institutions absurdes, produit hy-

bride de théories plus absurdes encore. Aujourd’hui ces

obstacles .ont disparu. Vous avez en main un pouvoir forti-

fié par des institutions que la situation réclame. Vous êtes à la tête d’une armée fidèle, qui sera toujours le ferme soutien de l’ordre public et de l'indépendance nationale. Vous pouvez compter sur le patriotismo et la moralité d’un peu-

chant

ple qui

montre et Ini t surtout cer qua

gion et

Garc

‘6 Soi bléo na m'a for lités toi le sern trembl tout à.

de mor pendun niversa pendar fait all rables que tre

ctla p compe tes fois vaincu mes y suis-je cipatic qu'à le l'ont fl notre présid m'ont l’hom

félicidit-il, v que poundant vous \ mettre la reertitue sur veaux espé-

‘dans 8 AVeZ à pa- US un résulez dû it hyli ces fortiy êtes > SOU- Vous | peu-

" ple qui, en vous confiant sos destinées pour la seconde fois,

montre éloquemment qu'il sait discerner l’homme de bien et Ini témoigner sa gratitude, Enfin vous pouvez compter surtout sur le Die tout-puissant toujours prêt à nous exaucer quand nos lèvres murmurent les noms sacrés de reli-

gion et de patrie ! ”

Garcia Moreno fit à ce discours une réponse sublim: :

“ Soumis à la volonté du peuple représenté par l'assemubléo nationale qui, sans tenir compte de mes refus réitérés, m'a forcé de prendre en main le pouvoir en vue d'éventualités toujours menaganter, j'ai prêté devant les saints autels le serment exigé par 4 constitution. Et ce n'est pas sans trembler que j'envisage maintenant ma responsabilité, surtout à la pensée des grands devoirs qui me sont imposés et de mon impuissance à les remplir, Les souvenirs de l’Indépendance, dont nous célébrons aujourd’hui le glorieux anniversaire, l'expérience acquise dans l'exercice du pouvoir pendant les années si mouvementées auxquelles vous avez. fait allusion, les espérances que le pays et vous, ses honorables représentants, fondez sur mon élection, ne justifie que trop mes craintes et mes angoisses.

Mon serment m'oblige à me sacrificr pour la religion et la patrie, sans craindre la mort, sans espérer d'autre récompense que la satisfaction du devoir accompli. Et maintes fois mes forces ont subi des défaillances ; maintes fois, vaincu par le découragement, j'aurais perdu tout espoir, si mes yeux et mon cœur ne s'étaient tournés vers le ciel. Que suis-je en présence des illustres fondateurs de notre émancipation politique, dont le patriotisme, ardent parfois jusqu'à la témérité, nous enseigne à nous immoler, comme ils l'ont fait eux-mêmes, pour l'indépendance et la liberté de notre beau pays ? D'un autre côté, les quatre années d’une présidence dont vous avez fidèlement partagé les labeurs, m'ont prouvé que, sur nos montagnes, il est plus difficile à l’homme d'honneur de procurer le bien public qu'au. mé-

chant de le ruiner ; celui-ci trouve toujours des coopéra-

teurs intéressés : le redresseur d'abus, au contraire, doit lutter sans cesse contre l’indifféronce égoïste ou l'opposition routinière, Comment donc répondre aux espérances de la nation, à la confiance dont vous et vos honorables collègues daignesz m’honorer ? Comment gouverner, là où gouverner, c'est combattre ? Comment assurer l’existence et la liberté de la république, lancer la nation dans la voie de la civilisation et du progrès, en présence des fauteurs de désordre qui font des révolutions pour se hisser au pouvoir, comme on agite l’eau pour faire monter la fange à sa surface ?

‘ Dans votre trop bienveillant discours, vous avez répon. du à ces questions. La morahté et l'énergie du peuple, qui retrempe sa vigueur aux sources régénératrices du catholicisme ; la vertu et la loyauté de l’armée débarrassée des traîtres qui déshonoraient ses rangs ; l’observanco des lois, la solidité des institutions que votre patriotisme, éclairé par l'expérience, a su donner au pays, institutions que le peuple s'est empressé de ratifier par l'immense majorité de ses suffrages ; l’étroite union de lu République avec ses alliés du Nouveau et de l'Ancien Monde ; la bonne foi et la justice, désormais seules inspiratrices d’une politique tout à la fois digne, sûre ot conciliante, et par dessus tout la confiance dans le Dieu qui ne nous abandonne ni dans les revers ni dans les infortunes : voilà les secours sur lesquels je compte pour vaincre mes terreurs et lenir mes serments, Heureux s'il m'arrivuit d'avoir à les sceller de mon sang pour défendre la religion et la patrie ! ”

Ainsi se termina cette mémorable discussion entre les représentants de l’Équateur et l'homme qu'ils avaient choisi pour le gouverner. Dans ce temps où tous les moyens sont bons pour arriver au pouvoir, même l'escalade et l’effraction, l'histoire n’a rien de plus beau que ce bébat héroïque entre un peuple qui réclame sov chef, et ce chef qui, se dérobant obstinément aux volontés du peuple pour ne point violer la parole donnée, ne cède enfin qu'à l'impérieux devoir de défendre la religion et la patrie | Après

cela on peut laisser les libéräux ot les radicaux déciamer à leur sise contre le parjure et l’ambitieux Garcia Moreno: il marquerait quelque chose à la gloire de ce grand homme s'il n'était honoré de la haine des pharisiens et des assassins,

doit lutposition s de la lègues verner, liberté a civililésordre comme te ?

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ple, qui catholisée des les lois, éclairé que le orité de 1 vec ses | foi et la e tout à la conans les lesquels rments, nn sang

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CHAPITRE II l'Église } tion, c'es L peuple, « $ LA CONSTITUTION D riel de ke h. » du surcr 7 ! rèvne de un | arÉgli ] ment ré, Garcia Moreno considérait la constitution comme l'âme: D Des d’une nation ou le grand ressort de sa vie morale et maté- F Or ce rielle : aussi pensait-il avec raison que Dieu n’a pas laissé 1 peuple « aux utopistes le soin de constituer et de reconstituer au gré L droit p de leurs caprices ni les nations ni les familles. Auteur de D diront sociétés humaines comme il est l’auteur de l’homme, Dieu } lutiona a dû les pourvoir d'organes constitutifs essentiels, dont les L depuis! philosophes et les politiques doivent tenir compte dans » de l’org leurs essais de réforme. Quel Hippocrate, après avoir È rouage étudié le corps de l’homme, forma jamais le dessein de le } quison constitutuer à nouveau ou de le réorganiser pour améliorer P nede ke sa santé ? On peut modifier le tempérament, assouplir le » gouvera jeu des organes, mais supprimer ou déplacer ces organes, tête ni il faut être fou pour y penser. Il n’entrait donc nullement D révolut dans l'esprit de Garcia Moreño de faîre une constitution D hRév nouvelle, mais de rendre à l'Équateur sx constitution nor- D hiénii x male et divine, c’est-à-dire la constitution catholique, en l'a- teur av daptant à la forme républicaine, dont les peuples de l’A mé- tiennes rique se montrent généralement les fervents admirateurs. | gloiret Vrai politique chrétien, Garcia Moreno croyait quo Dieu Re # envoyé son Fils sur cette terre pour gouverner les na- re - tions aussi bien que les âmes ; que par conséquent la vraie GV constitution des peuples a por auteur Jésus-Christ, et pour christia

formule le code évangélique. Au sommet du corps social, l'Église, épouse du Christ, dépositaire de sa puissance et de D ges trésors, à savoir la vérité, la justice, l'ordre et la paix, . trésors dont celle est la dispensatrice auprès des peuples ; au-dessous de cet organe principal, de ce cœur du monde, l'État armé du glaive, chargé premièremént de défendre l'Église contre les méchants afin d'assurer sa liberté d’ac- > tion, c’est à-dire la libre communication de ses biens au = peuple, et secondairement de pourvoir au bien-être matériel de la nation, afin que les enfants de l'Église jouissent du surcroît promis à ceux qui cherchent avant tout le règne de Dieu et sa justice. Cet organe secondaire s’unit à l'Église comme le corpé à l’âme, et de leur fonctionnement régulier dépend le bon ordre des états, la prospérité

l'âme. : . des sociétés et la liberté vraie des individus (1). : maté- L Or cette entreprise, si naturelle et si simple, de doter un laissé L peuple chrétien d’une constitution chrétienne, peut à bon à au gré D droit passer pour l’œuvre la plus audacieuse, d’autres eur de D diront la plus extravagante de Garcia Moreno. La Révo- Dieu à lution a tellement travaillé, pénétré, et crétinisé les espntsnt les depuis un siècle, qu'ils ont oublié insqu’à la notion première dans > de l'organisme social. Ils éliminent de cet organisme le avoir 2 rouage principal, l'Église, source des biens fondamentaux, de le D qui sont la vérité et la justice ; ils déplacent ensuite l'orgaéliorer P node la souveraineté civile, en faisant du peuple sujet un. lir le b souverain absolu, et naturellement les sociétés u’ayant ni ganes, D tête ni cœur, ni Dieu ni Maître, deviennent la proie des ment P révolutionnaires qui s’en partagent les lambeaux. Ainsi ution la Révolution satanique exploite les peuples au nom du. nor- M libéralisme et de l'indépendance. Déjà, en 1869, l'Équan l'a- teur avait usé sept constitutions plus où moins antichré- ‘ A mé- > tiennes et antisociales ; tous les étais américains se faisaient TS, gloire de dater de 1789, et de calquer leurs constitutions Dieu » enr la Déclaration des droits do l'homme. Quant à l’Euro- . à né- pe, au lieu de remonter le courant révolutionnaire, elle se “ane (1) Voyez l’encyclique de Léon XIII de Constitutione civitatum- . pour christiana.

séparait de plus en plus du Christ et de son Église, Les à:

nations encore douées des organes essentiels à la vie, comme l’Autriche, l'Italie et l'Espagne, les brisaient à leur tour. La Révolution avait conquis les deux mondes, battant partout les autels du vrai D ou. pour offrir aux

-adorations des peuples sa criminelle ec sanglante déesse : la Liberté.

Certains catholiques même des plus influents, n'échappaient point à l’infatuation libérale. Ils ne craignaient pas -de vanter des constitutions politiques basées sur l’abominable doctrine de la souveraineté du peuple, même sur la subordination de l'Église à l’Etat'qu'ils auraient voulu dégruiser sous l’hypocrite formule de l’Église libre dans l'État libre ; comme si deux puissances indépendantes pouvaient -<oexister et fonctionner dans l'unité du mécanisme social: I] faut être de son temps, disaient-ils, et ne pas rompre avec la civilisation moderne ! Cet état de convulsion, de ‘destruction, pour tout dire en un mot, cet état sauvage, ils l'appellent la civilisation moderne, etpeu s'en faut qu'ils ne préfèrent ces constitutions d’où Jésus-Christ est banni aux chartes chrétiennes de Charlemagne et de saint Louis !

L'Église infaiHible avait le devoir de foudroyer ce libéralisme d'État, la grande hérésie du XIXe siècle. Dans ses encycliques et l’admirable Syllabus qui les résume, Pie IX condamna les thèses favorites des libéraux, à savoir “ que l'Eglise doit se réconcilier avec la civilisation moderne, c'est-à-dire avec les principes de 1789 qui en forment l'essence ; que de nos jours, la religion catholique ne doit plus être considérée comme la religion de l'Etat à l'exclusion de tout autre culte ; que la liberté des cultes et le ponvoir de manifester publiquement ses idéen et ses opinions ne

conduit nullement à l’immoralité et à l'indifférentisme (1) ”.

(1) Syllabus de 1864, prop. 77 à 80. L’Hncyclique Zmmortale Dei, de Léon XIII, après une magnifique exposition des principes qui doivent régir les sociétés chrétiennes, vise ct explique ces propositions du Syllabus.

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plus grand mal de tolérer l’erreur, mais à la condition dene point ériger cette tolérance en droit, ni surtout de vanter comme un progrès l'état d’un peuple assez décrépit et maladif pour bannir de sa constitution Jésus-Christ et son L Église. « À La Révolution lacéra le document pontifical, ainsi qu'un À taureau furieux met en pièces le drapeau rouge du toréa- L dor. Pour la calmer, les catholiques libéraux affirmèrent E. que Pie IX a condamné le libéralisme uniquement pour sauver le principe, mais qu’en fait toutes ces théor‘es d’un © autre âgo, inapplicaples aujourd’hui, ne tirent pas à consé- D quence ; ils allèrent jusqu’à prétendre avec un célèbre per- À sonnage anglais, que le Syllabus n'avait aucune valeur » dogmatique, et ne devait pas même être considéré comme > un document pontifical. Cette condamnation des doctrines libérales leur causa un tel désappointement, qu’au moment du concile du Vatican ils s’opposèrent à la définition de l'infaillibité pontiticale, afin de ruiner par la base l’édi- fice du Syllabus et réconcillier ainsi, disaient-ils, la religion b avec le monde moderne.

Un homme écoutait cependant avec amour et respect les enseignements de Pie IX : c'était Garcia Moreno. En lisant les commentaires de certains catholiques sur le Syllabus, il s'écria navré de tristesse : “ Ils ne veu- * lent donc pas comprendre que si le Syllabus reste à BR ‘l'état de lettre morte, les sociétés sont finies, et que ) sile pape nous remet devant les yeux les vrais

principes sociaux, c’est que le monde en a besoin = pour ne pas mourir ”. La constitntion de Garcia Moreno, absolument conforme aux principes du Syllabus, fut la

) réfutation péremptoire des assertions scandaleuses émises

par les libéraux, sur l'impossibilité de restituer à l'Église

ses droits sociaux, et par conséquent sur l'inopportunité

du Syliabus, A ce point de vue, l'acte vraiment extraor-

dinaire de Garcia Moreno mérite l'attention ‘des catholiques, surtout des hommes d'Éta:.

les législateurs inscrivent le nom de la divinité nouvelle : Je peuple souverain. En tête de sa constitution, Garcia Mo. reno grava ces mots majestueux de nos anciennes chartes : “ Au nom de Dieu, un et trine, auteyr, conservateur, et législateur de l'univers, la convention nationale à décrété la présente constitution ”. C'était se séparer radicalement des nationalistes de toute nuance, condamnés dans les quarante premiers articles du Syllabus, lesquelles n'udmettant d'autre Dieu que la nature, s’adjugent le droit de <onstituer une nation sans tenir compte de la révélation surnaturelle, ni de l'Église, son interprète (1). Pour Garcia Moreno, le Dieu vivant ou la sainte Trinité, le Dieu de l'Église catholique, est le législateur suprême, et par conséquent aucune puissance en ce monde, impériale, royale Ou populaire, n’a le droit de légiférer, si ce n’est en son nom et sous sa dépendunce.

En conséquence, le premier article de la constitution déclare ‘ la religion catholique, apostolique et romaine, religion de l'État à l'exclusion de toute autre, et la maintient en possession inaliénable des droits et prérogatives dont les lois de Dieu et les prescriptions canoniques l'ont investie, avec obligation pour les pouvoirs ‘publics de la protéger et de la faire respecter ”. C’est la reconnaissance solennelle et effective de la royauté du Christ et de son

Église. Je dis effective., car depuis quarante ans, les entre-

preneurs de constitution dans l'Amérique du Sud avaient

(2) Un article du Titre I portant ‘ que la souveraineté ou ledroit de gouverner conformément à la justice réside essentiellement dans la nation ”, semblerait contraire aux droits primordiaux de l’Église Mais il faut remarquer que la souveraineté de la nation doit s’exercer conforménent à la justice, c’est-à-dire aux lois de Dieu et de l'Église, et non d’une manière indépendante. Cette formule n’avait d’autre but que d’affirmer la forme républicaine de l'État, affirmation qu’il parut nécessaire d’accentuer pour nepas voir reparaître les thèses sur le “ protectorat français ” et ‘“ l’Anti-Américanis. me ” puis, à leur suite, les * deux larrons ” aussi désireux qu’au” ‘trefois de pêcher en eau trouble.

en

Au frontispice des constitutions issues de ln Révolution, |

tous dé l'encha tous ses en stipi gatives canonic rateur,

quelles clergé.

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Mais et pour cet effet des ci “# qu'on un deg que”; tains dé content la cons les dro qu'un j gistrat blique, ser, inf et imp Rocaf!

introd riser 14 neur €

olution, | ” tous déclaré le catholicisme religion de l’État, mais pour velle : Je > | j'enchaîaer plus facilement à l'État, en la dépouillant de cia Mo. tous ses droits et privilèges. La coustitution équatorienne, a k hartes : en stipulant que l'Église j jouirai it de tous les droits ct préro- si teur, et gatives que lui assurent les lois de Dieu et les prescriptions

décrété canoniques, authentiquait officiellement le concordat libéalement rateur, et l'abolition de toutes les entraves au moyen desles qua- + quelles le pouvoir civil restreignait ou annulait l’action du ‘udmet- > clergé. L’ Église reprend son rang de reine, possède, toit de D administre ses biens, surveilie l’enseignement, organise ses vélation 1 tribunaux, convoque des synodeos et des conciles, choisit ses r Garcia pasteurs, en un mot, remplit sa mission divine sans av: : à Dieu de | craindre les appels comme d’abus et les refus d’ Exequatur. par COn- D C'est l'union intime de l’ Église et de l'Etat telle que la forroyale PO mule le Syllabus par la condamnation formelle des propoen son * sitions contraires (1).

È Mais cette union vitale, il fallait en assurer la perpétuité, stitution et pour cela écarter du pouvoir les hommes de discorde, A romaine, cet effet, dans l’article de la constitution re'atif aux droits a main- h des citoyens, Garcia Moreno introduisit cette clause ogatives # qu’on ne peut être électeur ou éligible ou fonctionnaire à es l'ont É un degré quelconque sans professer la religion catholis de la F que” ; commune cette exigence paraissait exorbitante à ceraissance P : tains députés libéraux, on répondit “ qu'il ne faut pas se de son É contenter de déclarations platoniques, mais tirer hardiment 8 entre- la conséquence des principes posés. Si'lon peut exercer avaient | les droits de citoyen sans être catholique, il s’ensuivra î qu'un juif, un protestant, un renégat, pourra devenir maù le droit » gistrat, professeur, ministre ou même président de la Répuabs: blique, et, sans que ni la loi ni lé peuple puissent s’y oppo- PACE ser, infiltrer au cœur de la société des principes immoraux Qi ét dé | et impies qui bientôt la conduiraient à sa ruine. Ainsi le n’avait É Rocafuerte avait-il profité de son passage au pouvoir pour affirma- 1: introduire à l’ Équateur des instituteurs protestants et favoparaitre riser la propagande biblique. L'unité religieuse est l’honnd neur et le bonheur du peuple équatorien ; il ne faut point à

(1) Voirde Syllabus, prop. 30 à 50.

permettre aux impies de semer la zizanie au sein de ce peuple. Comment les nations catholiques laisseraient-elles entamer chez elles l'unité de foi, alors que les souverains de Londres et de Pétersbourg font l'impossible pour unifier sous le rapport religieux leurs sujets de Pologne et d’1rlande ? ” Les opposants s'emportèrent jusqu'à pronostiquer des réactions et des vengeances, en cas de nouvelles révolutions politiques. ‘ Quund l'autorité ecclésiastique jouit d’un pouvoir excessif, s'écria un orateur, comme autrefois dans certains pays d'Europe, il suffit d’un moine pour propager la réforme dans ce pays ”. Garcia Moreno bondit sur son banc en attendant cette menace et ce sophisme historique. “ Il faut élever, répondit-il, un mur de séparation entre les :dorateurs du vrai Dieu et ceux de Satan, Le crainte de la persécution en cas d’invasion radicale est une crainte vile et ignominieuse. Jamais pareille crainte ne nous émpêchera d'affirmer la vérité catholique dans toute son intégrité. Quant à la réforme protestante, elle n'a point eu pour cause l’excessive autorité de l'Église, mais les passions d’un moine orgueilleux et de princes débauchés. En proclamant le iibre examen, Luther n’a point déclamé contre des excès d'autorité, mais contre l'autorité elle-même. ”

Cette article fondamental fut voté à l'unanimité, moins deux voix. Le mur de séparation dont avait parlé Garcia Moreno atteignit toute sa hauteur par l'adoption d’une autre clause déclarant ‘ déchu de ses droits de citoyen tout individu appartenant à une société prohibée par l'Église ”. Rien de plus logique : si l’on écarte des urnes et des emplois le simple rationaliste qui n’adhère point à l'Église, à plus forte raison le franc-maçon qui jure de la détruire ! La constitution enlève les droits de citoyens à l’ivrogne, au vagabond, à l’interdit, au banqueroutier, au repris de justice : aucun de ces dégradés n’est aussi nuisible à la société que le sectaire occupé du matin au soir à en saper les fondements. Toutefois, il fallait de l'audace à - Garcia Moreno, pour barrer le chemin aux chevaliers de

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équerre et du triangle, et les déclarer indignes du plus. ». potit emploi sur ces pauvres monta:nes, alors qu’ils trônent > dans tous les ministères, à l'aris, à Londres, à Bruxelles, à : Berlin! Dès ce jour, au sein de leurs conciliabules, le nom D de Garcia Moreno ne sera plus prononcé qu'au milieu des … révolvers et des poignards.

L'État catholique constitué, il s'agissait de restaurer le pouvoir civil, amoindri ou annulé par les théoriciens du libéralisme. D’après eux, le pouvoir est un ennemi qu'il faut mettre dans l'impuissance d'agir, par cette excellente raison que la Révolution, mère du désordre, ne craint rien

‘tant qu'un pouvoir suffisamment armé pour réprimer ses

crimes. Ce qu'il lui faut, c’est la liberté du mal, la liberté de la presse poussée jusqu'au cynisme brutal, la liberté des clubs impies, la liberté des sectes inimorales, la liberté de conspirer au grand jour contre les gouvernements établis. Ces libertés, elle les prône comme des droits imprescriptibles : si le pouvoir attaqué par elle ouvre un œil ou lève un bras pourse défendre, elle crie qu'on attente à la

! sainte liberté des peuples. L'idéal d'un chef d'État, c’est

un soliveau installé sur un fauteuil ou sur un trône pour contresigner chaque jour, sans mot dire, les décrets souvent stupides et quelquefois criminels d’une cohue d’idéolowues qu’on appelle ie parlement souverain. Sous ce beau régime, l'anarchie alterne falalement avec la dictature. Elle broie légalement les peuples jusqu'au jour où l'instinct de conservation produit un homme assez fort pour rétablir l'ordre, c’est-à-dire pour saisir les rênes quand les chevaux so cabrent et entraînent le char à l’abîme. Il fallait donc à tout prix, pour sortir de cet état précaire, donner au pouvoir exécutif les moyens de défendre la société contre les perturbatcurs.

Il y a d’abord les portubateurs d'en haut, autrement dits représentants du peuple ou législateurs. Autrefois le chef de l'État, assisté d’un conseil d'hommes sages, exerçait personnellement l’autorité législative. Si ses ordonnances pa.

raissaient peu conformes à la justice ou à l'intérêt général,

les magistrats chargés de les appliquer lui faisaient hum à

bles remontrances ; si, en dépit des remontrances, le pouvoir dégénérait en tyrannie, le pontife suprême, gardien de la justice et de la morale faisait, à son tour, des représenta. tions au souverain : si enfin, le despote s’obstinait dans sa

voie, le pontife l’arrétait en déliant ses sujets du serment .

de fidélité. La révolution a inventé un moyen tout à fait radical d'empêcher le souverain d'édicter de mauvaises lois: elle l’a dépouillé du mandat législatif pour le conférer à un parlement indépendant de toute autorité civile, ecclésiasti. que ou divine, tyran à sept ou huit cents têtes, déclaré inviolable et irresponsable, libre de fouler aux pieds les droits de Dieu et de l'Eglise, de la famille et de l'individu. Et cet absolutisme parlementaire, le plus formidable engin du des potisme que le monde ait jamais conuu, on le présente au peuple comme un type de gouvernement libéral. C'est le chef-d'œuvre de la duperie révolutionnaire.

Garcia Moreno opposa des digues au pouvoir des chambres. En accordant à l'Eglise la jouissance de ses droits et privilèges canoniques, il enlevait anx parlementaires le thème ordinaire de leurs abus de pouvoir. Si dans tous les pays, les législateurs s'obligeaient à respecter les lois de Dieu et de l'Eglise, la tribune serait souvent muette. De fait, les congrès de l’Equateur n'avaient à délibérer que sur des questions d'ordre temporel. Ne traitant plus comme les nôtres, de omni re scibili, quelques mois leur suffisaient tous les deux ans pour régler les affaires courantes. Même dans les questions purement civiles, la nouvelle constitution réfréna l’omnipotence du congrès en attribuant au gouverne-

: ment un droit de veto sérieux et efficace. Jusque-là, si le

président refusait de sanctionner une loi votée par les deux chambres, les représentants passaient à une seconde délibération : et, s'ils maintenaient la loi malgré les objections du président, celui-ci n'avait qu’à s’incliner ou à démission: ner, comme tous nos chefs d'Etat républicains à qui l'on

. signifie d’avoir à 84 soumettre ou à se démettre. La constitution modifia ces dispositions en ce sens que le veto du.

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es chamdroits et ntaires le 3 tous les 28 lois de uette. De er que sur comme les aient tous ême dans tution réouverne- -Jà, si le r les deux nde déli- )bjections émission:

qui l'on Ja constiveto du.

D uitont renvoyait la loi au futur congrès. Après uno in- Ë » tervalle de deux années, les circonstances étaiént changées,

, le ne

les passions calmées, les esprits plus éclairés, et l'on s'étonnait souvent du dissentiment qui avait existé.

Restait à se précautionner contre les pertubateurs d'en bas, anarchistes de profession, entrepreneurs de pronunciamentos. Afin d’entourer le gouverment de coopérateurs fidèles, on l’investit du droit de nommer ou de révoquer tous les dignitaires de l'ordre civil et militaire, ministres, conseillers d'Etat, gouverneurs de provinces, de cantons ou de simples communes, L'armée releva aussi du pouvoir exécutif, qui regut plein pouvoir de l’organiser et de la distribuer sur tout le territoire selon qu'il le jugerait convenable, Quant aux magistrats de l'ordre judiciaire, le gouvernement intervenait dans leur nomination conjointemeut avec

: le congrès. Lorsque tout le permpnnel administratif, civi!,

militaire et judiciaire ne fait qu’un avec le chef de l'Etat, les malfaiteurs se sentent déjà mal à l'aise. Certaines dispositions ajoutées au code pénal, en armant le gouvernement d'une force nouvelle, leur donnèrent aussi à réfléchir. On a

» vu comment les tentatives de rébellion restaient impunies,

ou par la trahison des juges ou par l'insuffisance des lois. Garcia Moreno proposa st fit adopter les modifications suivantes : “ Il y a rébellion et sédition dans le fait de la résistance à main armée ou d'occupation d’une partie du territoire. Les dépositaires de l’autorité ou les employés qui directement auraient pris part à la rébellion ou à la séditior seront jugés comme coupables de trahison. ” Les tentatives de rébellion ou de sédition, non suivies d'effet pour un motif indépendant de la volonté de leurs auteurs, étaient punies de peines sévères ; enfin, les membres des sociétés 8ecrètes, déclarés coupables, par le seul fait, de tentative de rébellion,

Ces poines épouvantèrent d'autant plus les révolutionnaires, que la constitution, pour leur ôter tout espoir de s’y soustraire, conféra au gouvernement le droit, en cas d'insurrection, de mettre le pays en état de siège, avec faculté,

— 504 — Lé

pendant ce temps “ d'ordonner des visites domiciliaires, d'appréhender les personnes suspoctes et de los transporter à l'étranger, de s'emparer des armes et munitions, de prohi. ber les publications ou fermer . les cercles qui lui parat. traient dangereux pour l'ordre public, d'augmenter la for. ce armée ôt de mettre la garde nationale sur pied, d'imposer aux fauteurs de désordre des contributions de guerre, et de faire juger militairement les auteurs, complices ou simples auxiliaires dans l'acte d’invasion ou de sédition, ” Aux libéraux qui trouvaient ces mesures trop énergiques, Garcia Moreno fit observer que les pouvoirs extraordinaires ‘conférés par l’état de siège sont consignés dans toutes les ‘constitutions sérieuses ; or, si partout le gouvernement doit ‘être armé contre les séditieux, ‘ à plus forte raison dans les républiques hispano-américaines, où la rébellion contre l'autorité, passée à l’état chronique, devient pour certains apéculateurs le gagn--pain crdinaire. Il faut armer le gouvernement pour défendre les honnêtes gens. Ce serait un crime de lier les mains uu poüvoir, par respect pour des voleurs et des assassins de profession.”

Les politiciens de la Révolution ne manqueront pas de

placer ici leur éternel sophisme contre les pouvoirs forts,

dangereux toujours, disent-ils, parce que toujours les dépositaires peuvent en abuser. Il ne s’agit pas de savoir si le chef de l'Etat peut abuser des pouvoirs remis entre ses mains, mais si Ce pouvoir lui-même est excessif, Autrement sous prétexte d'abus possibles, il faudra supprimer l'autorité paternelle, l'autorité conjugale, l'autorité judiciaire et même l'autorité religieuse, Ce qu'il convient de faire, c'est de 8e précautionner contre les abus possibles, ainsi que le fit Garcia Moreno dans sa constitution, À son entrée en charge, le président devait, en présence du peuple, faire le serment solennel de respecter la constitution et les droits des civoyens, Pour l’éclairer et le guider dans ses décisions, il était assisté d’un conseil d'Etat composé aes ministres et de plusieurs dignitdires de l’ordre civil, judiciaire et ecclé. siastique, sans l'avis desquels il ne pouvait prendre aucune

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