‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 86 sur 97 · FES · texte numérisé non relu

FES

+ût annoncé une nouvelle sans importance, On remarqua cependant qu'il passa en prières une partie de la nuit,

Le lendemain, 6 août, f6:e de la Transfiguration de Notre-Seigneur, vers six heures du matin, il se rendit selon sa coutume à l’église Saint-Dominique, pour y entendre la messe. C'était le premier vendredi du mois, jour spécialoment dédié auSacré-Cœur. Comme beaucoup d'e utres les | fidèles, le président s’approcha de la sainte table, et requt

R le Dieu de l’Euchariatie, sans doute comme viatique de son dernier voyage, car après tant d’avertissements reçus de tous côtés, il.ne pouvait se dissimuler qu'il était en danger de mort ; aussi prolongea-t-il son action de grâces jusque vers huit heures.

Les conjurés, dans lesquels nous reconnaîtrons bientôt les hôtes de l’embassade péruvienne, l'épiaient depuis le matin. Ils l'avaient suivi de loin jusque sur la place Saint- Dominique, où ils stationnèrent durant la messe, tantôt par petits groupes, tantôt se rapprochant les uns des autres

* pour se communiquer leurs observations. On conjectura qu'ils voulaient l'assaillir au sortir de l'église, mais qu'un Obstacle imprévu, peut-être le concours assez nombreux des fidèles, les éempêcha d'effectuer leur dessein. Le président rentra tranquillement chez lui, passa quelque temps au milieu de sa famille, puis, se retira dans son cabinet pour mettre la dernière main au message dont il vuulait,ce même jour, donner communications à ses-ministres.

Vers une heure, muni du précieux manuscrit qui devait être son testament, il sortit avec son aide de camp pour se rendre au palais, il s'arrêta en chemin chez les parents de sa femme, dont la demeure touchait à la Plara Majoe. Ignacio de Alcazar, qui l’aimait beaücoup, lui dit avec tristesse : ‘ Vous ne devriez pas sortir, car vous ne pouvez ignorer que vos ennemis observent tous vos pas. — Il n'arrivera, répondit-il, que se que Dieu permettra. Je suis dans ses mains en tout et pour tout, ” Comme Îa- chaleur était extrême, il prit alors je ne sais quelle boisson qui le mit subitement en transpiration et le forga de boutonner

sa rodingo de relever.

vers le pal camps Pal

A ce mo café attens de leur vic uns après du péristy lequel se t les obstac ces meurt d'entrer a Sacremen resta agel profond r les objets calme sale l'âme des rait douce conjurés, .

périlleux, qu'on l'at 8e leva au péristyle, du palais,

manteau terrible s en 8e rett son révol avait fait autres CO moment plate-for1

(1) Lac angles de

(2) App

84 rbingota, circonetanes insignifante mais qu'il parie

de relever. Quelques instants après on le vit se diriger vers le palais du gouvernement, toujours suivi de l'aide de camps Pallarès,

À ce moment, les conjurés se trouvaient réunis dans un café attenant à la place, d'où ils observaient les démarches de leur victime. Dès qu'ils l’aperçurent, ils sortirent les uns après les autres et s’embusquèrent derrière les colonnes du péristyle, chacun au poste assigné par leur chef Polanco, lequel se transporta de l’autre côté de lu place pour écarter les obstacles et parer à tout évènement. Il y eut alors pour ces meurtriers un moment de terrible angoisse, Avant d'entrer au palais, le président voulut Ldorer le Saint- Sacrement exposé dans la cathédrale (1). Longtemps il

resta agenouillé sur les dalles du temple, absorbé ‘ans un profond recueillement. Comme à l'approche des ténèbres les objets oréés disparaissent et la nature se repose dans un calme salennel, Dieu, à ce moment suprême, écurtant de l’ême de son serviteur tout souvenir dos êtres créés, l’attirait doucement au repos de la céleste union. L'un des <onjurés, Rayo, impatienté d'un retard qui pouvait devenir périlleux, fit dire au président par un de ses complices qu'on l’attentait pour une affaire pressante, Garcia Moreno 86 leva aussitôt, sortit de l'église, gravit les marches du péristyle, et déjà il avait fait sept ou huit pas vers la porte du palais, lorsque Rayo qui le suivait, tirant de dessous son manteau un énorme coutelas (2), lui en asséna un coup terrible sur l'épaule. ‘“ Vil assassin |! ” s’écria le président en se retournant et en faisant d'inutiles efforts pour saisir son révolver dans sa redingote fermée ; mais déjà Rayo lui avait fait à la tête une large blessure, pendant que les autres conjurés déchargeaient sur lui leursrévolvers. A ce moment un jeune homme qui se trouvait par hasard sur la plate-forme et à bout de force, il dut lâcher prise. Percé

(1) Le cathédrale et le palais du gouvernement forment un des angles de la Plaza Nojor.

(3) Appelé lans le pays Macheste,

de balles, la tête nue l'héroïque ons se diri-, geait néanmoins, tout en cherchant son arme, vers le côté d’où partaient les balles, lorsque Rayo, d'un double coupde son coutelas, lui taillada le bras gauche et lui coupa la main droite, de manière à la détacher presque entièrement.

Une seconde décharge fit chanceler la victime, qui s’appuya contre la balustrade et tomba sur la place d’une hauteur de quatre à cinq ‘iètres. Étendu sur le sol, le corps tout sanglant, la tête appuyée sur son bras, le “moribond. était sans mouvement, quand Rayo, plus féroce qu'untigre, descendit l’escelier du péristyle et se précipita sur lui pour l'achever, ‘ Mours, bourreau de la liberté ! criait-il, en lui labourant lu tête avec son coutelas. — Dieu ne meurt pas f murmur, une dernière fois le héros chrétien, Dios no mucre ! ”

Cependant le bruit des coups de feu attire les curieux aux fenêtres en même temps que la panique envahit tous les cœurs. Fouetionnaires et serviteurs se barricadent dans le palais, croyant qu’une bando d'émeutiers monte ponr les égorger. L'aide de camp Pallarès court à la caserne cher. cher du renfort pendant que Polanco, Corjeno, Andrade, et les autres meurtrier s’enfuient au plus vite en criant : ‘ Le tyrant est mort ! ” Les femmes se précipitent hors des. boutiques établies sous le péristyle et poussent des cris lamentables autour du président couché par terre et baigné dans son sang. La place se remplit de personnes effarées,. de soldats cherchant les assassins, de prêtres qui arrivent en toute hâte de la cathédrale pour donner au blessé, s’il respire encore, les derniers secours de la religion. Il ne peut répondre à ceux qui lui parlent ni faire le moindre mouvement, mais son regard trahit un reste de vie et de connâissance. On le transporte à la cathédrale aux pieds. de N.-D. des Sept-Douleurs, et de là dans la demeure du prêtre sacristain pour panser ses plaies béantes : soins. inutiles, car on s'aperçoit à ses lèvres décolorées et livides qu'il est sur le point d’expirer. Un prêtre lui demande s'il pardonne à ses meurtriers ; son regard mourant répond:

| qu'il parde

l’absolutio:

des larmes quart d’he palais.

Pendant!

sanglante Mayor. !

après l’aut dent avait espérant entouré d’ de le mett trouble et soldats qu il adressai v’ai rien f supplicati rue de la cria au P vos yeux foule obéi qui, frap} piétiné et plus tard sur la ba sassin, P franc-m:

n'épargn

Dans de méded du présid ou six co dont l’ur huit ble trouvaie la Pass

qu’il pardonne à tous. Sur lui descend aolrs la grâce del’absolution : l'extrême onction lui est administrée au milieu des larmee et des sanglots de l'assistance, et il expire un quart d'heure environ après l'épouvantable tragédie du palais. |

Pendant ce quart-d’heure d’agonie, une scène non moins sanglante épouvantait la foule rassemblée sur la Plazw è

| Mayor. Après l'assassinat, los conjurés disparurent l’un à ) après l’autre, exepté Rayo qu’une balle destinée au prési- L dent avait blessé à la jambe. Il s'éloignait péniblement, espérant encore une révolution radicale, quand il se vit entouré d’un peuple en fureur et de soldats qui menagaient de le mettre en pièces. Son arrogance alors fit place au trouble et à la frayeur, Aux malédictions de la foule, aux soldats qui s’emparaient de lui pour le traîner à la caserne, il adressait des paroles incohérentes comme celles-ci : ‘ Je: v’ai rien fait, que me voulez-vous ?.. rien !.. ” Malgré ses supplications, le flot populaire le réfoulait de la place à la rue de la caserne, quand à coup un soldat, outré de colère, cria au peuple : ‘“ Comment pouvez-vous souffrir devant vos yeux ce lâche assassin ? Écartez-vous de lui. ” La. foule obéit, et le soldat déchargea son fusil sur le meurtrierqui, frappé à la tête, tomba raide mort. Son cadavre fut piétiné et traîné ignominieusement jusqu'au eimetière où. plus turd sa veuve lui fit creuser une tombe. Des chèques. sur la banque du Pérou, trouvés dans les vêtements de l'assassin, prouvèrent à tous que la vévérable ct vertnense franc-magonnerie, pas plus que le grand conseil des juifs, , n'épargne les derniers aux Judas qu’elle emploie,

sl RS > AU RS —, L

Dans la soirée de ce jour néfaste, le doyen de la Faculté de médecine, Guayraud, reconnut officiellement le cadavre- ) du président et en:fit l’autopsie. Le martyravait requ cinq ou six coups de feu et quatorze coups de J’infime coutelas, à dont l’un avait pénétré jusqu’au crâne, On compta sept à.

huit blessures mortelles, Sur la poitrine du président se-

trouvaient une reliqne de la vraie Cfoix, le scapulaire ‘de la Passion et celui du Sacré Cœur de Jésus ; à son cou,

é R LUE Ree DAT CAGE + AS ; J *

pendait un chapelet auquel était attachée une médaille, représentant d'un côté le pape Pie IX et de l’autre le concile du Vatican. L'effigie de Pie IX était teinte du sang de «Garcia Moreno, comme pour marqter par ce touchant symbolime que l'amour de l'Église et de la Papauté avait causé la mort de glorieux martyr, On trouva également sur lui un agenda tout nôirci de ses notes journalières, Sur la dernière page il avait, ce jour-là même, tracé au crayon trois mots qui sudisent pour peindre l'âme d’un saint : # Mon Seigneur Jésus-Christ, donnez-moi l’arour et l'humilité, et faites-moi connaître ce que je dois faire aujourd’hui pour votre service, ” En réponse à cette généreuse demande, Dieu réclama le sang du héroschrétien,et certes, il le versa de grand cœur, comme il l’écrivait à Pie IX un mois auparavant, ‘ pour celui qui étant Dieu, a voulu ver ser le sien pour nous sur la croix, ”

Si maintenant l’on demande pourquoi Dieu laisse ainsi répandre par des criminels le sang d'un de ces hommes -créés tout exprès, ce semble, pour la régénération de son pays et le triomphe de l’Église, il faut répondre que Dies se plaît surtout à glorifier ceux qui toujours ont confessé la vérité Or la suprême gloire, c'est de sceller de son

. sang cette vérité qu'on a défendue par ses paroles et par

actes. Dieu donna cette gloire à son Fils, il l’a donnée aux martyrs, il l’a donnée à Garcia Moreno. Quant au monde, si Dieu lui enlève ses libérateurs, c’est qnè trop souvent le monde ne s’en montrs pas digne. Combien de chrétiens ont repoussé Garcia Moreno, bafoué ses principes, entravé son œuvre au nom du libéralisme ? N'est-il pas juste que Dieu, pour les punir, les livre à la tyrannie libérale ? Mais le peuple, si dévoué à Garcia Moreno, ne méritait pas ce châtiment ? Non, sans doute, mais que le peuple se rassure : de même que le sang des martyrs fut uno semence de chrétiens (1), le sang de Garcia Moreno produira, non seulement à l'Équateur, mais dans d’autres nations, des défenseurs du peuple et de l'Église. L'homme meurt, mais Dieu ne meurt pas. Dios no muere. (1) Senguis markyrum, semen christianorum, Tertullien.

. lait d'heur

La mort se couvrir de noir, les chaque ms

concert, le que chaqu Au lieu de le craindre ternation.

sentiment leur, le m:

vres rest exprimait pas troubl lérats a 01 mais l'esp tyr du ha De fait Les assas ber sous | des disp

PEN Er. EU RC

Page 1