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d’Équateur cette constitutiôn libérale si longtemps prônée -et ‘réclamée par Borrero. Ils agitèrent le pays dans ce sens, multiplièrent-les pamphlets contre la charte d'escla- ‘vage et contre le tyran qui, durant quinze ans, s'était constitué le tute” - de la nation, sommant Borrero, par des pétitions émanées de certains conseils municipaux, de convoquer au plus tôt une assemblée constituante.
Borrero fit la sourde oreille, L'instinct de conservation, éveillé sans doute par ‘“ la concupiscence du pouvoir, ” sa passion dominante au dire de ses amis, lui montra 1 danger que les Conventionalistes allaient lui faire courir, Au reste, les catholiques vinrent à son aide par des cortrepétitions sans nombre, dans lesquelles on lui prouvat péremptoirement qu’il ne pouvait convoquer une convention sans violer ses serments ni trahir ses électeurs : on J'avait nommé pour défendre contre les radicaux la conatitution de 1869, et non pour les aider à la détruire. Un vieux guerrier d’Ayacucho dévoila des machinations de la bunde rouge, qui voulait porter Pedro Carbo à la présidence et Urbina au commandement de l’armée pour détruire ensuite les institutions catholiques, ‘“ Je plains Borrero, disait le noble vétéran : s’il donne gain de cause à ces politiciens, il se perd et perd la République avec lui. Borrero ne se sauvera qu’en faisant sienne la devise de Garcia Moreno : Liberté pour tous et pour tout, excepté pour le mal et les mulfaiteurs. ”
Après avoir consulté son conseil et ses amis, qui natuæellement opinièrent pour la négative, Borrero répondit aux -conventionalistes ‘“ qu'ayant juré de respecter et de faire respecter la constitution, il ne pouvait prêter la main à son renversement ; qu'obéir à un millier de pétitionnaires plutôt qu’au vœu général de la nation, ce serait de faire acte de dictature ; qu'après tout, personne n'avait à se plaindre ‘de son gouvernement, puisqu'il laissait la presse libre jusqu'à se faire accuser de tolérance excessive, et qu'enfin la constitntion étant essentiellement réformable, les futurs -<ongrès pourraient toujours l'améliorer. * Toutefois, ,-our
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donner à ses bons amis un semblant de satisfaction, il loursacrifia ses ministres les plus ouvertement défavorables à la convention. "
Battus sur la constituante, les révolutionnair"« entre-. prirent au moins d'annuler la constitution en fou int aux pieds lu religion et les lois édictées pour la défendre, De là, recrudescence d'abominations sacrilèges contre : l'Église et ses ministres, contre l’enseignement des jésuites, contre la théocratie dont l'Équateur était victime, et même contre la. divinité de Jésus-Christ, En vertu des lois constitutionnelles. qui l'obligeaient ‘ à faire respecter la religion de l'État, ” Borrero aurait dû sévir contre ces blasphémateurs, mais pouvait-il violer ses chers principes sur la liberté de la vresse et s’exposer à se voir remettre sous les yeux ses articles de la Centinela ? Il réserva ses colères pour la Civikisation Catholique, feuille conservatrice nouvellement fondée pour répondre aux ennemis de l'Église, Le journal officiel traita de brouillons et de perturbateurs, ces écrivains intransigeants dont la politique irritante attire à l'Église une multitude d'ennemis, Par où l’on voit que le libéralisme prèche partout à l'Église la même tactique : se laisser op-primer sans mot dire, pour ne pas exaspérer ses ennemis.
Les évêques de l’Equateur refusèrent de se prêter à ce: jeu de dupes. Un journal de Guayaquil, Le populaire, 8e: distinguait de tous les autres par l’acharnement et la violence de ses attaques contre :° clergé ; aussi l'évêque der Riobamba, par sentence motives, en interdit-il la lectureaux fidèles sous peine d'excommuaication. Borrero s’indigna d’une pareille audace ; peu s’en fallut au’il ne poursui-vit l'évêque pour attentat à la liberté de la presse; mais,. voyant d’autres défunseurs de l'Église entrer en lice et le peuple s'irriter de ses condescendances, il finit par ordonner lui-même des poursuites contre les journalistes et pamphlétaires coupables d'offense ou d’outrage envers la religion Toutefois il admettait des çcircontances atténuantes en faveur des écrivains irréligieux, car leurs excès.
provenaient, selon lui, de ce que la presse avait été quinze.
ansibéillonnée. Évidemment Garcia Morenoiétait:la cause ‘de; tont, le. mal !
A son grand regret, ces agissements étranges, et ces raisonneménts plus étranges encore, ne changealent pas le cœur du peuple, fidèle au héros-mattyr. Le 6 août 1876, ‘anniversaire du drame sanglant, l'Equateur prit spontanément lo deuil. "Dans toutes les villes or célébra des sükvi- <es funèbres, La capitale, en particulier, affecta des démonstrations d'autant plus pompeuses qu'eile avaità cœur de venger Ia noble victime des fureurs de la presse et des dédains du gouvernement, Sur presque toutes les maisons de la ville flottait le drapeau noir, bien que l'autorité eût menacé, dit on, d’infliger aux manifestants une amende de cinquante piastres. On raconte même qu'une dame vexée par la police, envoya les cinquante piastres à qui de \droit, afin qu’on la laissât arborer son drapeau tout à son aise. Aux obsèques solennelles, le clergé, la noblesse, le corps diplomatique, les sociétés populaires, remplissaient les vastes nefs de l'église métropolitaine. Il n'y manquait que Borrero et son entourage officiel. Du reste, il eût été trop dur pour lui et pour les siens d'entendre résonner sous
les voûtes du temple des paroles comme celles-ci : ‘“ Constantin fut grand pour avoir donné la paix à l'Église ; Théodose, pour l'avoir protégée; Charlemagne, pour l'avoir défendue contre :.: barbares. Avec plus de foi que le premier empereur chrétien, plus de zèle que Théodose, plus d'énergie que Charlemagne, Garcia Moreno; en plein XIXe siècle, se fit le champion de la plus sainte des causes. En présence de deux cent millions de catholiques en deuil, du .wénérable Pie IX baigné de larmes, d’une assemblée de rois et de princes apostats, il osa défendre les droits du pontife et remettre sur ses épaules le manteau royal qu’en arrachaient les mains de l’ingrate France, de l'Allemagne athée, et de la paricide Italie. Voilà le grand homme des temps modernes, devant qui disparaissent les Cavour, et les Bismarck ! La taille de ces colosses d’astuce ét: de violence diminuera de jour en jour ; celle de Garcia More-
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(2) L Lima, 1
:mo, Vinvieible justieier, grandir de siècle en siècle, : Pour :éolipser tous: les héros, il lui a manqué un théâtre vaste com- -:meison génieetun trône en Europe. : Sur ces hauteurs, l'éclat de cette grande figure eût fuit pâlir les Chartes-Quint et les Napoléon (1) ! ”'L'Équateur applaudit à ce discours mais ‘on comprend que Borrero se soit peu soucié de l'entendre,
C’eût été cependant le moment de méditer sur. la sagesse politique de son prédécesseur, ,En donna: t à son gouvernement une orientation contraire, Borrero avait découragé les conservateurs, déchaîné les révolutionnaires contre VÉtat ot contre l'Église, et reconduit l'Équateur à deux doigts de l'abîme d'où Garcia Moreno l'avaittiré, Tran-. quilles comme des agneaux durant six ans, les radicaux, ‘après six mois de libéralisme, comptaient sur un triomphe prochain. Pour essayor leurs forces et sonder le tolérant Borrero, ils organisètent à Guayaquil un semblant de révolution sous le couvert de gens de bas étage, La tentative avorta, comme s’y attendaient les meneurs ; mais, désireux de leur complaire, le naïf Borrero fit’ grâce aux insurgés, ce quiles confirma dans l’idée qu'avec un personnage de cette force on pouvait tout oser.
Pour renverser Borrero, la Révolution avait besoin d’un soudard à poigne ; elle jeta les yeux sur le général Vintimilla, Le président connaissait Vintimilla, car il s’est amusé plus tard à tracer de lui ce portrait peu flatteur : (2) “Ceux qui n l'ont pas vu de près, dit-il, s'imaginent trouver en Vintimilia, comme dans toute l'espèce humaine, une âme raisonnable : ils s'aperçoivent bientôt que l'âme est remplacée chez lui par un instinct grossier, moins raf. fé que celui des brutes, Nulle idée intellectuelle, morale ou religieuse, ne pénètre cette matière: Ni conservateur ni libéral, Vintimilla accepte tous les régimes qui engrais. sent leurs adeptes: Ignor:nt et stupide, ivrogne et joueur, sa science politique consiste à distinguer le rhum du co-
(1) Oracion funeébre por D. Michel Garces.
(2) La Revolucion del 8 de setiembre de 1876, por A. Borrero Lima, 1877.
gnao, à s'ennivrer lu nuit et à dormir le jour. “Aussi servit-il avec la même chaleur Roca, Urbina et Garcia Moreno : enthousiaste de ce dernier jusqu’en 1869, il trempa dans la révolution du 19 mars ourdie par son frère José Vintimilla
ce qui le forga de s’expatrier durant quelques années. ” Or, cet Ignacio Vintimilla, que Borrero nous dépeint sous des traits si repoussants, les révolutionnaires de la Tierra caliente le rétlamèsent comme commandant-général des troupes do Guayaquil. Borrero nous apprend que cette demande le stupéfia : mettre ce radical, cet esclave d'Urbina, co viveur, ce traître, à la tête de l'armée toujours un peu remuante de Guayaquil, c'était une folie insigne ! mais ses bons amis les libéraux lé pressaient de faire cette folie
ils répondaient de la fidélité du général : malgré les supplications des conservateurs, Borrero mit les troupes de Guayaquil sous les ordres de Vintimilla.
Arrivé à son poste, Viatimilla, sans presque se donner la peine de dissimuler ses plans, écarta de l’armée les chefs fidèles et les remplaga par ses complices. On avertit Borrero de la trahison dont il allait être victime. Pour en avoir le cœur net, le président s'adressa directement au général, qui naturellement exhala toute son indignation contre de pareils soupçons. “ S'il avait éloigné des casernes un commandant etun major, c'est qu'il avait de graves raisons de suspecter la loyauté de ces deux chefs, lesquels avaient servi le tyrun durant quinze ans. Du moment que le président désapprouvait cet acte de prudence, Vintimilla n'avait plus qu'à se retirer, car, disait-il, le soldat comme la femme n’a que son honneur, et son honneur une fois perdu c'est pour toujours ! ” En lisant cette phiase légendaire, le pauvre Borrero fut au regret, je ne dis pas d'avoir soupçonné, mais même d’avoir pu questionner un tel homme sur un tel sujet,
Eutouré de partisans fidèles, Viatimilla entreprit alors de désarmer la capitale avant de faire son pronunciamento à Guayaquil. Pour assurer le succès d'une manœuvre qui paraissait impossible, il feignit des inquiétudes sur les dis
positions de taient les cs l'Indépendan fallait empêc bon et cher ques régime d'écraser tou président de se mit à ses 4 prendre à u que Vintimi les armemen
Tout m y« milla jeta le radicaux sig teur «Antonic défendus pa traire aux id politique abs avec un gou l'Équateur n ver à la haut obéissance à suprême de ] milla."” Er sur Quito.
Borrero tk lui apprit Îs meilleure pl qui vendait sa fidélité et la constituti est en péril bien à l'Éq rero ! Aux ennemis de
positions de ses troupes. Des formonts de révolution agi. taient les casernes. A l'occusicr de la fête prochaine de: l'Indépendance, on pouvait craindre une explosion qu'il fallait empêcher à tout prix. Vintimillu demandait à ‘“ son bon et cher ami Borrero ” de lui expédier de Quito quelques régiments très sûrs, avec lesquels il se faisait fort d'écraser tous les mutins. De Guayaquil on écrivait au président de se tenir sur ses gardes ; dans la capitale, on se mit à ses genoux pour le supplier de 1e pas se laisser prendre à une ruse qu'un enfant aurait déjouée : n'écoutant que Vintimillu, Borrero lui envoya de Quito les hommes et. les armements demandés,
A Tout m yen de défense ainsi enlevé au président, Vintimilla jeta le masque. Le 8 septembre 1876, ses amis les radicaux signèrent l'acte suivant : “ Attendu que le doc- +4 teur «antonio Borroro, traître aux principes proclamés ot défendus par lui, gouverne d'une manière absolument con-
, traire aux idées du parti qui l'a élevé au pouvoir ; que sa " politique absurde perpétue des institutions incompatibles J avec un gouvernement démocratique et que par conséquent 4 l'Équateur ne peut, sans une transformation radicale, s'élever à la hauteur de la civilisation moderne : nous refusons obéissance à don Antonio Borrero, et proclamcns chef suprême de la République le graud citoyen Ignacio Vintimilla.” En même temps, l’armée se disposait à marcher sur Quito.
Borrero tomba des nues quand le courrier de Guayaquil iui apprit la révolution du 8 septembre. Vite, il prit sa meilleure plume pour réfuter les arguments “ de l’Iscariote qui vendait son maître après avoir tant de fois protesté de sa fidélité et de son dévouement. Vintimilla veut détruire la constitution : mais il lui prêtait serment hier ! La liberté est en péril ! certes, si la liberté fleurit quelque part, c’est 5 bien à l'Équateur, sous le gouvernement d’Antonio Bor-
rero ! Aux armes donc, braves Équatoriens, contre ces. i ennemis de tout ordre social et politique, ces propagateurs
Ver VERS r +7
d’athéisme, ces insulteurs de Jésus-Christ, ces sectaires de chrétie l'Internationale et de la Eommune ! Plutôt mourrir sous leur ps les décombres de la patrie que d'assister au triomphe de (1) D: ces criminels ! ” Le vrai criminel, n'est-ce pas ce Borrero CREUSE aui, sous prétexte de liberté de la presse, a laissé lo parti Moteno, révolutionnaire propager les idées qu'il condamne aujourd’. lité, ni | hui ? N'est-ce pas lui qui, en haine des conservateurs, a disons « casé dans les emplois les insurgés de Guayaquil, y compris Lt ji leur chef Vintimilla ? bé 538 ù ‘ s ; pratique
Malgré cette trahison inconsciente du "“béral Borrero, le calisme
X parti consorvateur se rengea derrière lu: pour résister à conduit. l'insurrection, On parvint ainsi à composer une armée qui, bien commandée, aurait pu tenir tête à l'ennemi, mus le malheureux Borrero, tou'ours défiant à l'endroit des conservateurs, écurta les génér&ax capables. Les troupes, <ampées à Guaranda, restèrent un mois dans l’inaction, A ce moment, ayant terminé ses préparatifs d’invasion, Vintimilla s’avança vers Guaranda à la tête d’un corps d'armée, pendant qu'Urbina en dirigeait un second sur Riobamba: Le général Saenz, qui commandait les troupes de Borrero, ” ne laissa au camp de Guaranda que les forces nécessaires pour le garder, et se porta, ainsi que le gros de son armée la rencontre d’Urbina. Celui-ci l'écrasa dans les champs de Galte, tandis que Vixtimilla, passant sur le corps des détuchements laissés à Guaranda, arrivait triomphalement à Quito. La République tombait aux muins des radicaux, Borrero, jeté en pris0®, s’y morfondit pendant deux mois ; puis, exilé à Liwa. il se consola de ses déboires en vantant les douceurs de son gouvernement et en traçant, pour la postérité, le portrait de Vintimilla, que nos lecteurs ont admiré plus haut.
Et voilà ie grand génie qui se trouvait humilié de vivre sous un Garcia Moreno ! Hélas ! que de Borrero parmi nos modernes politiciens ! Que de hbéraux français, soi-disant <onservateurs et catholiques, en «haine de la monarchie