‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 92 sur 97 · SES · texte numérisé non relu

SES

tats, Puisse le Dieu de miséricorde, jetant sur vous un regard de pitié, oublier les iniquités commises par vous contre notressainte religirn !

Vintiwilla fit la sourde oreille, mais le peuple catholique écoutait, frémissunt d’indignation. On se rappelait les beuux temps de Garcia Moreno ; certains libéraux regrettaient publiquement leur injustifiable opposition à sa politiquè 1 chétienne et si patriotique ; en présence des tyrnns de l'Équateur, on commentait ces paroles propbétiques du héros-martyr aux conservateurs libéraux qui le menagsient de lui retirer leurs suffrages : “ Je n'ai pas besoin de vous, disait-il, mais vous avez besoin de moi. Quand je ne serai plus là pour vous protéger, vous deviendrez la proie du radiculisme. ” Que n'était-il là, le grand capitaine, pour se moettre à la tête de son peuple et chasser les oppresseurs du pays ? Inspirés par sun souvenir, les patr'otes de Quito, les jeunes sens surtout, se groupèrent autour du général Yédez, et se jetèrent comme des déses. pérés sur les casernes de Quito. Durant plusieurs heures, patriotes et soldats so battirert dans les rues de la cupitale, jusqu'à ce qu'enfin, : yant brûlé leurs dernières cartouches, Yépez et ses braves dussent quitter le champ de bataille.

Cette prise d'armes, qui aurait pu être fatale au gouver-

nement, exaspéra les radicaux contre les évêques, soupçonnés d’avoir inspiré et favorisé la révolution d’Yépez. Déjà l’évêque de Lojà avait passé la frontière pour ne pas tomber dans les mains de V'ntinilla ; l'ivêque de Gus;aquil mourut subiteruent d’une maladie qui ressemblait fort à un empoisonnement ; l’èvêque de Riobamba, plus détesté que

tous les autres à cause de sa guerre au libéralisme et aux

usurpations sacrilèges du pouvoir, n’eut qne le temps de gagner les montagnes pour échapper aux assassins, Avec ces prélats, des magisirats. des généraux ct autres notabilités du parti conservateur, furent condamnés à s’oxpatrier. On espérait que le peuple, ainsi privé de ses chefs, s'erdormiraient dans l'esclavage ; mais ce peuple catholique, ce peuple de Ghrcia Moreno, témoigna si hautsonindignation,

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oria d'une voix si forte ot si menagçante : “ À bus Vintimilla ! vivent les évêques ! vive la religion ! ” que‘le dictateur se vit dans l'alternative ou de virer de bord, ou de sombret sous le flot grossissant de la réprobation publique. Il s'empressa de virer de bord.

Du reste, Vintimilla ne cnerchait qu’une occasion de se réconcilier avec l'Église et les conservateurs. Affamé du pouvoir pour jouir, non pour faire le mal, s’il avait persécuté, c'était cozame instrament passif d’Urbinaet de la bande radicale, Quelques mois auparavant, à Guaranda, dens une conférence avec l’évêque de Riobamba, en présence de deux cents témoins, il avait pris l'engagement “ d'interdire dans le journal officiel toute publication injurieuse pour ia religion, d'annuler les décrets rendus jusquelà contre les droits de l’Église, et de remettre en vigueur le concordat.”’ Après une promesse explicite d’user ge toute son influence pour empêcher la future convention de légiférer contre l’Église catholique, apostolique et romaine, il jura même devant toute l'assemblée que jamais il n'autoriserait la liberté des cultes. On dit bien qu'en face des fières et amis il nia ses engagements, mais il avait eommis sous l'influence d’'Urbina des actes de faiblesse bien autrement graves. TLajours est-il que, voyant le: terrain s’effrondrer sous lui, il prit la résolution de se débarrassé de la tutelle compromsttante des Urbina et. des Montalvo, Sans être un aigle, il comprenait parfai tement que jamais il ne reconquerrait un grain de: popularité, tant qu'on le croirait l’esclave d'Urbina l'homme le plus exécré de l'Équateur. Les journaux libéraux eux-mêmes lui disaient tous les jours: “ Vintimilla ne serait point détesté comme il l’est, s’il ne: prenait son mot d'ordre près du Tauras. Il faut qu'il lui enlève à tout prix la direction des affaires. Pour cela, ik n’est pas nécessaire de le déporter, mais de lui donner à boire et à manger, plus une bonne solde pour ses menus plaisirs, ” Comme Urbina dans ses accès de violence, menaçait deauitter le pays, une feuille libérale promit, s’il exécutait ses.

ménaces, àd lui faire élever statue avec cette inseription : 4 Au sauve. de la patrie”, et même d'ouvrir une souscri ptioa dans ses bureaux pour payer les frais du voyage, # On ne peut trop payer, dit-elle, pour se débarrasser de l'homme qui nous arivait, l’a dernier, la besace sur l'é paule et des sandales aux pieds, et qui aujourd'hui mène un train d'empereur.. à nos dé pens (1) ”. Évidemment, si conservateurs et liléraux jugeaient ainsi ses conseillers, il ne restait à (Vintimilla d'autre moyen de salut que de se sous traire à leur tutelle,

Il le fit en se plaçant sous l'égide de la convention qu'il venait enfin de réunir, au commencement de 1878, après quinze mois de dictature. Malgré la pression exercée sur les électeurs, la majorité de l'assemblée se composait de libéraux ennemis de toute violence contre l'Église, Oer tains districts, comme Guayaquil,avaient élu pour les représenter la fine fleur du radicalisme, mais, en revanche, d’autres, comme Cuenca, avaient choisi d'excellents catholiques, Dans son message apologétique, Vintimilla apprit aux députés ‘‘ qu’à la mort de Garcia Moreno, n'ayant aucun espoir de faire triompher un Pur, le parti libéral avait jeté les yeux sur Borrero, comme un naufragé s'attache à la première planche qui flotte sur l’eau, si fragile qu'elle paraisse. La glorieuse révolution du 8 septembre avait dû jeter à la côte ce retardataire ebstinément attaché à la Éharte d’esclavage, ct entreprendre la régénération du pays. Cette œuvre, entravée par l'hostilité des partis, la convention allait la mener à bonne fin. ” Sauf quelques phrases sur l'abus de l’excommunication, destinées à contenter les radicaux, le message n'avait rien d’agressif.

La convention commença par fabriquer une constitution, 1a neuvième depuis 1830. Sur la question religieuse, Pedro ‘Carbo proposa de supprimer l’article qui déclare ‘“ la religion catholique religion de l'Étatà l'exclusion de tout autre culte ”. Mais ses amis eux-mêmes trouvèrent la proposition souverainement inopportune. “ Demander une pareille réforme au peuple équatorien, tel que l’a fait Garcia More-

(1) La Candela, avril 1878.

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