LA CROIX D'HONNEUR
Cest aujourd'hui que le Conseil de TOrdre se réunira pour décider si les noms des amnistiés lé' gionnaires seront rétablis sur les livres de la Grande Chancellerie, et si les condamnés pour Crimes de la Commune auront le droit de porter encore le ruban rouge à la boutonnière.
Pourquoi en serait-il autrement ?
A peine débarqués de Nouméa ou de rile-des-* Pins, ils sont déjà conseillers municipaux^ demain ils seront députés, et, qui sait? plus tard.. « minis^
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La grâce les a touchés, et les voilà aujourd'hui plus
LA CROIX d'hONNELR. Î^-S
purs et plus blancs, pardon, plus rouges que jamais.
Seulement, dans cette revendication, une chose me surprend ; je croyais que ces puritains professaient pour les décorations, — ces hochets de la vanité, — le plus profond dédain, et même du mépris.
Puisqu'il en est autrement, pourquoi donc ont-ils brûlé le palais de la Légion d'honneur?
Savez-vous qu'en présence d'un tel précédent, je ne serais pas surpris qu'un jour, les incendiaires des Tuileries demandassent un Roi I
Pourquoi ces guerriers ne réclament-ils pas plutôt, comme en gS, — cette époque qu'ils ont si bien su travestir, — un fusil ou un sabre d'honneur. Ils en auraient besoin, car en fuyant ils ont abandonné leurs armes, les jetant à terre pour se faire plus légers et rendre leur course plus rapide.
C'est une honte, ma parole d'honneur I Pendant trois mois, ils ont mis le pied sur la gorge d'un peuple ; leur égoïsme, leur vanité et leurs folies ont envoyé des milliers d'hommes à la mort ; et parce que de ce carnage, — oU tout aura péri, — eux s'en sont tirés sains et saufs et reviennent aujourd'hui indemnes, il va falloir leur faire honneur, les soldats leur porteront les armes et ils arboreront fièrement au grand jour, devant tous, le signe qui commande la considération et le respect.
146 GV.IE LES jambes!
Pour eux, le ruban qu'ils porteront sera rouge... u sang qu'ils ont fait verser.
Mais j'y songe, leurs travaux et leurs faiis de uerrependantla Commune ont dû les faire avancer ans l'ordre. Les chevaliers vont demander la rosette, [ vous verrez que bientôt trois mois de café, de ombance et d'Hôtel-de-Ville compteront pour des impagnes.
Je n^ai rien à dire de ceux qui sont morts. Mon œur est plein de pitié pour les vaincus et les vicmes. Comme toujours, c'est le peuple inconscient [ facile qui a payé de son sang et de sa vie les rêves nbéciles et les ambitions misérables de ceux qui, e loin et àl'abri.lui indiquaient l'assautà tenter et :s dépouilles que eux, les chefs, se partageraient enuite.
Les hommes qui, aujourd'hui, revendiquent la rois, étaient les tètes du patti. Ils étaient aptes a amprendre et à juger ce qu'ils faisaient. Ils étaient onscients de leurs actes ; ce sont donc eux les vrais 3Upables, car seuls ils ont chauffé la tête de la multude, l'ont excitée à la guerre civile et précipitée sus la mitraille.
Quand Paris était en feu, quand la ville était cerlée et que leurs soldats mouraient derrière les bar-