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ricades, ces légionnaires, déguisés en femme, en domestique, en prêtre, en gendarme, fuyaient à toute vapeur vers les frontières, sans même se souvenir que leurs instruments, devenus leurs victimes, expiraient à cette heure, les cherchant et les appelant dans leur agonie.
Les uns recevaient trente sous pour mourir, les autres se gorgeaient d'argent pour vivre !
A cette heure-là, il a été donné d'assister à des choses horribles* J'ai vu une mère, folle de désespoir, demandant partout le cadavre de son fils; elle allait par le quartier, gémissante, éperdue^et portant un drap sur son bras. — Je ne veux pas qu'il aille en terre tout nul criait-elle; et alors, c'étaient des hoquets et des sanglots à vous fendre l'âme.
Son fils était un gars de vingt-six ans, plombier de son état. 11 était marié et avait deux petites filles.
La vieille sera morte; mais la femme, qu'est-elle devenue ? Et les enfants, où sont-ils 1
Demandez-les aux brumes [du soir, à travers les-' quelles on voit épiant et se glissant le long des mu-* railles les filles de seize ans !
M. Humbert, si le peuple de Paris ne vous avait nommé au Conseil municipal que pour vous récla-
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mer votre dette et vous obligera rendre vos comptes ! Si toutes celles que vous avez faites veuves et ceux que vous avez rendus orphelins venaient frapper à votre porte et vous demander le denier de joyeux avènement I
Dans votre journal, le Père Duchêne, leur avezvous assez monté la tête, à ces pauvres Parisiens ! Les avez-vous assez exaltés, grisés, trompés I Vous les appeliez les bons bougres, les ![igs, les lascars. Vous les assuriez qu'ils seraient les maîtres de tout, qu*à eux seuls tout était dû, et vous les excitiez... à se faire payer.
Aux hommes vous aviez promis le rôti, le vin cacheté et la rigolade tous les jours; ils sont tombés sous les balles ; et ce sont à leurs filles que le vice a tenu ce que vous promettiez aux pères, car abandonnées, sans ressources et sans appuis, elles se sont prostituées I
C'était hier le Jour des Morts ! Combien ont cherché en vain la place où reposent ceux qu'ils ont aimés. Dans quels charniers horribles ou dans quels ossuaires sinistres ont été jetés pêle-mêle ceux qui sont tombés pour vous !
Ça a coûté cher, votre élection I
N'avez-vous pas quelque croix à réclamer, vous aussi ? Raoul Rigaut ne vous aurait-il pas créé chef
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de cohorte de quelque ordre de chevalerie nouvelle ? Commandeur du Rachat des Captifs, par exemple !...
Je tenais à dire tout cela, car quand on voit se soulever un tel conflit, on éprouve le besoin de protester de la plus énergique façon.
Il est impossible que le Grand-Maître de TOrdre permette qu'on rétablisse les noms des amnistiés sur les cadres de la Légion d'Honneur. C'est déjà beaucoup trop que des condamnés aux bagnes soient électeurs et... éligibles^ quand tant d'autres qui ont été pendant toute leur vie probes et honnêtes, ne peuvent jouir d'aucun droit quoique assujettis à tous les devoirs.
Voilà un négociant sur lequel est venu fondre cet épouvantable malheur qui s'appelle la faillite ! Cet homme a été loyal toute sa vie, et son désastre n'est autre chose que le contre-coup du désastre de ses débiteurs. Il se retire sans un sou et abandonne à ses créanciers tout ce qu'il possédait. Cependant, le voilà à jamais privé de ses droits civils, et s'il est décoré on s'empresse de le rayer de l'Ordre comme in-
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digne. Oui, cet homme-là ne sera rien, et ceux qui ont fait tout ce que vous savez pourront prétendre à tout, par cela seul qu'ils auront tout fait !
O iniquité!...
Vrai, d'honneur! si la République dégringole, c'est que les républicains lui auront donné une jolie poussée!
Une autre question d'un genre bien différent, je l'avoue, mais qui se rattache à l'idée que je traite.
Va-t-on décorer les comédiens?
Pourquoi les décorerait-on, puisque ceux d'entre les acteurs à qui on accorderait cette distinction, à cause de leur talent, gagnent, de par ce talent même, 3oo francs chaque soir ou 40 à 5o,ooo francs par an?
C'est un joli denier pour débiter les vers ou la prose d'auteurs qui eux sont loin pour la plupart de gagner semblables sommes.
Les comédiens veulent donc tout avoir?
Ils ont déjà les applaudissements du public, l'ivresse d'une salle, le triomphe immédiat, la gloire spontanée, le fard qui les rajeunit, le gaz qui les met en lumière, et Télectricité qui les nimbe, et voilà qu'ils demandent en supplément l'étoile des braves.
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Je me suis laissé dire, cependant, que les comédiens n'aimaient pas les étoiles...
Le comédien pratique- t-il un art, ou exerce- t-il une profession?
L'art implique Tinvention, et le comédien n'invente jamais, il débite et il copie. Quand on dit : a créer un rôle », c'est un terme impropre. L'auteur, lui, crée un personnage, mais le comédien le rend. Créer, c'est faire de rien quelque chose. Le comédien est à l'auteur dramatique ce que la photographie est à la peinture. Une reproduction de la chose inventée d'abord, puis réalisée par l'artiste ensuite.
La plupart du temps, le talent de l'acteur vient d'un don de nature. Le travail augmente ces dons, les affermit, les améliore, les augmente, mais quand au préalable il n'y a rien, le labeur, quel qu'il soit, est infructueux et l'étude ne mène à aucun résultat.
Quand le rideau est baissé, du comédien que reste-t-il ? Le souvenir et un bruit que l'écho même a peine à rendre.
Autre chose. C'est comme comédien que le comédien demande à être décoré, n'est-ce pas? Mais cela est absolument impossible, puisque ce sera juste quand il exercera la profession à cause de laquelle il
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aura été distingué qu'il ne pourra porter les insignes de cette distinction.
Si vous décorez un graveur, il pourra, pendant qu'il grave^ avoir sa croix sur son habit, et il en sera de même pour tous les arts et pour tous les métiers dans l'exercice de leur profession.
Le comédien est la seule exception.
C'est par cela même qu'il imite bien les pitres, les valets, les Géronte, les grands seigneurs, que vous lui donnerez la croix ? Eh bien ! quand il jouera les pitres ou les grands seigneurs, il ne pourra porter cette croix, récompense de son talent!
Aussitôt qu'il est entré dans sa loge, il faut qu'il accroche sa décoration à la pelote de sa toilette.
Quand, en 1801, Bonaparte proposa la, Légion d'honneur^ elle devait servir à récompenser les services civils et militaires : <c les confondant dans la même gloire, comme la nation les confondait dans sa reconnaissance. »
Il y a, dans Texposé des motifs du projet, une hauteur de vue et une grandeur de sentiments avec lesquelles la comédie n'a rien à voir.
Enfin, si c'est pour leur talent qu'on décore les comédiens, que diront les comédiennes?
Les actrices ont parfois et même souvent plus de talent que les acteurs, et, en outre, elles font plus
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d'argent. Astreintes aux mêmes études, obligées aux mêmes travaux et aux mêmes obligations, pourquoi ne réclameraient-elles pas, elles aussi, et ne revendiqueraient-elles pas le même honneur que leurs camarades ?
M"« Sarah Bernhardt est l'étoile du Théâtre-Français, donc il faudra la décorer elle aussi ; c'est un beau brin de fil, je l'avoue, mais où portera-t-elle la croix ? Pas sur la poitrine, puisqu'on dit que toute jeune encore elle est passée à travers un coupegorge.
Quand quelqu'un est fait chevalier de la Légion d'honneur, voici les premiers mots du serment qu'il prête : « Je jure fidélité à l'Honneur et à la Patrie ! »
Ne croyez-vous pas qu'il soit quelque peu imprudent d'obliger une actrice à jurer fidélité I...
On a bien abusé de la croix, on l'a jetée à la boutonnière de bien du monde. Bien des nullités ont
fait la roue autour d'elle, et beaucoup de gens, au lieu de la porter, la traînent ; mais elle n'en est pas moins, — selon la formule du décret — la récompense nationale du mérite et de la vertu.
Cependant, quoique le plus souvent la vertu s'en passe et le mérite s'en prive, je trouve que nos gouvernants traitent la Légion d'honneur avec un trop
visible dédain.
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N'être pas décoré est aujourd'hui de bon goût parmi les hommes politiques.
Les hommes d'État refusent maintenant la décoration. M. Grévy n'était pas décoré. Élu président de la République, il est devenu malgré lui le Grand- Maître de l'Ordre. Il ne met le grand cordon que pendant les réceptions officielles, et vous pouvez être certain que quand il descendra du pouvoir, il ne portera jamais la rosette.
M. Gambetta, président de la Chambre, non décoré, me semble un outrage vivant envers tous ses subalternes, chevaliers, officiers ou commandeurs.
Les ministres, qui accordent la croix, ne l'ont pas.
M. Jules Simon ne la porte que chez lui; et quand son valet de chambre demande : « si Monsieur mettra aujourd'hui son ruban. »
— Non, répond l'ami de M. Ferry, je vais au Sénat !
Pourquoi tant de convoitises de la part des uns et tant de dédain de la part des autres ?
Qu'on le veuille ou non, il y a malheureusement des croix pour tout le monde et chacun doit être certain d'en avoir au moins une... sur sa tombe.