‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 13 sur 103 · GAAGANTUA ET LES JAGUENS · texte numérisé non relu

GAAGANTUA ET LES JAGUENS

|L y avait une fois un bateau jaguen qui venait de lever les rets aux Bourdineaux.

Les Jaguens avaient pris un grand nombre de belles raies et ils étaient si contents de leur pêche qu'en ramant pour retourner à Sdnt-Jacut ils chantaient :

Ramons, légère, légère, Ramons légèrement.

Tour d'un coup ils virent un grand homme qui marchait dans la mer et se dirigeait droit sur eux. C'était Gargantua qui revenait de Jersey; il se pencha sur le bateau, prit toutes les belles raies et les avala en moins de temps que vous et moi ne mettons à manger un î?ernts (patelle). Les Jaguens en ^ent bien marris et ils s'écriaient :

— Par ma fa, mon fû, le vilain infâme, il a mangé tout ce que f avions prins dans nof mort-iau; je voudras, monfû, qu'il en keruerait,

Gargantua les entendit, et pour les punir de leur souhait, il avala le bateau et les hommes qui le montaient» puis il s'en alla. Les femmes des

Jaguens, qui avaient vu Gargantua avaler leurs hommes, lui criaient, en courant après lui :

— Par ma fa, mon p'tit fâ, Gargantua, rendeznous nos hommes !

Mais comme il ne les écoutait pas, elles se mirent à courir après lui et à le pincer et à le mordre. Gargantua en était bien marri, et pour se débarrasser d'elles il alla au bord de Teau et vomit le bateau et les Jaguens. Ils faisaient mal au cœur; mais les fenmies se mirent à les laver de leur mieux, puis elles emmenèrent Gargantua à Saint-Jacut. Il y avait devant toutes les maisons tant de raies à sécher qu'il se bouchait le nez, et depuis il n'a jamais pu supporter la raie, tant il avait eu donger de celle des Jaguens.

Gargantua avait vomi les Jaguens et le bateau, mais les cailloux qui lui servaient de lest étaient restés dans son estomac, où ils avaient grossi. Conune il se rendait à Saint-Malo, il pensa aux raies des Jaguens, il eut mal au cœur et il vomit trois fois : la prpnière fois il rejeta un des cailloux; c'est l'tle Agot; la seconde il vomit Nerput, et la troisième la pointe du Décollé.

En arrivant à Saint-Malo il était presque mort de faim, et à son diner il mangea sept cent quatre-

vingt-dix bœufs et but pareil nombre de barriques de vin.

Mais il avait toujours mal au cœur et, en retournant à Plévenon, il vomit le Grand-Bé et le Petit-Bé, qui sont dans la rade de Saint-Malo; avant d'arriver à Plévenon, il vomit le rocher de la Latte, puis il rentra chez lui. Mais, quinze jours après, il mourut parce qu'il avait mangé de la raie.

(jCcnti en z88a, par François Marquer, qui tient ce conte de Rose Renault, de Saint 'Casf).

La marche à travers la mer ; le bateau avalé, puis vomi, ae retrouvent dans d'autres contes. Les rochers jetés aux environs de Saint-Jacut et de Saint-Malo ont pour similaires ceux rèpaadus aux environs de Saint-Gist. La poursuite des Jaguines a son similaire dans un récit poitevin.

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