GARGANTUA. — SA MORT
ARGANTUA était on homme doué d'une force extraordinaire; pour aiguiser ses faux, il avait des pierres comme il s'en trouve encore à Saint-Mirel (i).
Près de Rohan, se trouve un espace de trois lieues qu'on nomme la lieue de Gargantua; je l'ai vue en allant à Sainte-Anne-d'Auray.
n avait grand appétit ; on lui servait du pain avec une pelle à enfourner. Un jour, il avala par m^;arde la pelle, et il disait qu'il avait senti un hourrier (2) dans sa gorge.
Il était né en Bretagne; son père et sa mère étaient aussi de grands géants ; son père se nommait
(x) Les pierres de Saint-Mirel sont trois menhirs en Plénée- Jugoa.
(a) Petite crasse.
Gargant et sa mère Tua, c'est pour cela qu'on l'appela Gargantua. Pour l'allaiter, on fit venir cinquante-deux mères-nourrices, et il n'y en avait pas de trop.
H n'était point méchant ; il arrachait les plus hauts chênes et les tordait pour faire des harts ; il portait sur son dos des arbres de futaie comme nous portons nous autres des glanes de genêt. Il avalait des tonneaux de cidre, et parfois on lui donnait à boire dans une cuve à lessive qu'il prenait dans ses doigts comme un verre à boire.
Quand il mourut, on fut obligé d'atteler dnquante paires de bœufs pour le porter en terre ; je crois qu'il mourut du côté du Morbihan.
(Qmti en 1880, par François Mollet, du Gouray, cultivateur f dgi de 60 ans).
Ce conte est le seul où l'on dise pourquoi Gargantua se nommait ainsi.
Ses parents géants sont conformes aux Grandes ChrontçueSg à Rabelais, et aux Gargantuas de la Bibliothèque bleue et de Tinugerie populaire.
L'épisode de la pelle avalée se retrouve dans le n» IV qui suit, et dans une légende poitevine qu'on trouvera ci-aprés.
Dans la Fie du fameux Gargantuas^ il est ainsi parlé des nourrices du jeune géant : « On lui donna d'abord une demidouzaine de nourrices, dont cinq étoient des plus fameuses géantes qu'on eut vues depuis fort longtemps, et la sixième qu'on
nommoit liiadame la Valèe, passait pour la femme du monde la plus propre pour bien élever ses nourrissons. Ces six nourrices étoient uniquement occupées à donner à téter à l'enfant que Gargantine leur avoit confié.... ; mais n'ayant pu suffire plus de quinze jours à un si pénible emploi, on jugea qu'il seroit à propos d'pjouter une douzaine de nourrices à ces six premières ; trois semaines après on en prit encore dix-huit autres, si bien que, dans moins de deux mois, Gargantua eut trois douzaines de nourrices qui, bien qu'elles fussent en si grand nombre, et que la plupart fussent géantes de la première espèce, ne laissèrent pas d'être bientôt épuisées, de sorte qu'il fidlut songer à donner au poupon de nouvelles nourrices ; ainsi, outre les trois douzaines de nourrices qui lui donnoient dans ce moment à téter, on lui en dioisit encore une douzaine.... On voit cependant qu'il n'eût jamais au-delà de cinq douzidnes de nourrices, quoique certains médisants aient prétendu qu'il en avoit eu jusqu'à quatre mille cinq cents. » Pag. 9-10.
La cuve à lessive qui lui servait de verre, est dans le n9 IV qui suit, un grand baril. L'imagerie populaire représente Gargantua à table, tenant à la main un tonneau coupé aux deux tiers de sa hauteur et d'une taille énorme. « Le tonneau qui lui serrait de verre tenait douze muids, » dit la légende placée au dessous.
Dans le n9 V, dans le conte de Madame de Cemy, il est parlé de sa mort. L'explication placée au bas de l'image, sortie de U fiibrique de Pellerin, dit « qu'il fidlut deux mille dnq cent» hommes occupés pendant six semaines pour creuser sa tombe» et six cents chevaux et cent bcenâ pour tirer le char fun^re sur lequel il était placé. »