GARGANTUA DANS LE PATS DE RETZ
ARGANTUA cst très connu dans l'andeii duché de Retz, qu'il a parcouru, il y a bien longtemps, et les paysans ont gardé son souvenir. Cest, disent-ils, un géant énorme, dont la taille égale en hauteur cdle des plus grands arbres de la forêt. Ce géant venait de très loin ; il voyage toujours. Il n'est pas méchant, pourvu qu'il trouve de quoi satisfaire son immense appédt. n porte dans ses poches tous les gens nécessaires à son service. Un drôle (troll ?) qui le suit a le dos chargé de la farine et du vin qu'il doit dévorer dans son prochain repas. Lorsqu'il arrive dans im endroit qui lui semble propre à établir sa cuisine, il s'arrête; son drôle décharge son fardeau et s'occupe de suite à construire un four assez grand pour faire cuire cent pains de dix-huit livres pesant. Cette opération lui coûte tout au plus dix minutes ; le bois pour chaufifer ce four est apporté sans qu'on sache conmient, les flammes consument des arbres entiers.
« Pendant ce temps, les gens du géant sont sortis de ses poches, chacun s*est occupé de son travail, et en moins d'une demi-heure, la table est servie. Cette table, dont on ne donne pas les dimensions, est ordinairement chargée d'un bœuf rôti, de quelques veaux, moutons et cochons, pris dans le voisinage. Un des gens de Gargantua, monté sur cette table, remplit à coups de hache les fonctions d*écuyer tranchant ; les autres, par le moyen d'échelles qui posent sur la table et sont appuyées sur les épaules de sa seigneurie, introduisent dans son énorme bouche, par le moyen de fourches, de la viande et du pain. Le drôle est chargé de verser dans le gosier du géant le vin qui lui est nécessaire pour faire passer les aliments.
(( Le vase dans lequel il boit est le tonneau luimême : il en vide ordinairement douze à chaque repas. Un de ces tonneaux s'échappa un jour des mains de l'échanson et passa avec la liqueur qu'il contenait dans les entrailles de Gargantua ; il en fut quitte pour un violent accès de colique ; les cris qu'il poussa alors furent si effrayants qu'ils firent déserter tous les habitants des environs qui, depuis, n'ont osé revenir. Voilà pourquoi le pays où se passa cet événement (entre Rennes et Nantes)
n'est plus maintenant qu'une lande sans habitants et sans culture.
« Après son diner, Gargantua s'endort pendant trente ou quarante heures ; son drôle le veille. Le reste de ses gens profite de son sommeil pour faire disparaître les débris du repas et chercher les nouvelles provisions dont doit se charger le drôle avant de se remettre en route.
« C'est au résultat d'une de ses digestions que les villageois de ce pays attribuent la formation du Mont-Gargant, situé à quelque distance de Nantes. Il y a près de Rouen un endroit qui porte le même nom, et qui, probablement, a la même origine.
« Ds racontent aussi comment il éteignit l'incendie qui consumait le château d'une fée de ses amies, auquel un méchant enchanteur avait mis le feu. »
(Thomas de Saint-Mars, dans les Mémoires de VAeaâimU edtîq-j», t. V, pp. 392-S).
Ce conte montre Gargantua marchant toujours, comme le Juif-£rrant; ce même attribut est l'un de ceux du Gargantua corse.
J*ai ret-ouvé sur le versant de la Manche Timmense appétit du ^vax (cf. le commentaire du n« II); son vase à boire (cf. le commentaire du fragment n» II) ; le résulut de ses digestions (cf. le commentaire du xfi II et le conte picard, p. 222).
L'incendie, dont Thomas de Saint-Mars n'a f>a8 voulu parler plus explicitement par pudibonderie, fut vraisemblablement éteint par une pisserie de Gargantua (cf. une aventure de Gulliver; Gargantua en Bourgogne, p. 239 et Gargantua compissant les Parisiens du haut des tours Notre-Dame) (Rabelais, Uv. I, chap. XVII).