‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 26 sur 103 · LA DENT DE GARGANTUA · texte numérisé non relu

LA DENT DE GARGANTUA

ARGANTUA était un géant comme on en voit peu; son âge, on Tignore, et tout porte à croire qu'il naquit avec les éléments. Il était si grand, que sa tête se perdait dans les nuages et qu'en deux enja^nbées il allait de Saint-Malo en Angleterre. Il était si grand, si grand, qu'il passait par-dessus les clochers et les montagnes, ,et que, pour son plaisir, il faisait en huit jours le tour du monde.

« Revenant de l'un de ses voyages, il passa par Dinan ; il s'y arrêta un instant pour visiter les Géants qui demeuraient en Saint-Samson, et il lui prit fantaisie de descendre la Rance pour se rendre à Saint-Malo, qui n'était alors qu'un rocher désert. Les rives de cette rivière le charmèrent à tel point qu'il songea à se fixer sur se$

bords. A cette époque, la Rance n'était encore qu'un' ruisseau formé des larmes de sa sœur, veuve depuis quelques années ; mais une chose l'embarrassait, les montagnes peu élevées ne lui permettaient pas de se creuser une grotte conmiode et agréable où il pût se mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver. L'on était alors au printemps. Il réfléchit un instant à ce qu'il ferait, et décida qu'il pourrait bien prendre ses quartiers d'été sur ces rives enchantées, et coucher à la belle étoile pendant les deux saisons qui s'annonçaient devoir être fort tempérées.

« C'était un grand philosophe, un grand penseur, que ce Gargantua, et, quand il avait bien pensé, bien réfléchi, comme on ne fumait pas le cigare de son temps, il prenait ses récréations à voir flotter les nuages. Il s'étendait alors nonchalamment sur les grèves, ôtait ses chaussures, et laissait les lames se briser sur ses larges pieds. Souvent il s'amusait à voir les homards, les poinclos et les bigorneaux se jouer entre ses doigts, et poursuivre de leurs longs ciseaux les petits poissons qui jouaient à cache-cache sous ses ongles, en se moquant des cornes qu'on leur présentait.

«Mais un jour, en écoutant les amoureuses con**

fidences des chevrettes, notre sire se prit à avoir envie de devenir amoureux. Cette pensée le rendit tout triste. Ce sentiment était chose facile chez les homards et les bigorneaux, mais pour lui, depuis qu'il courait le monde, jamais il n'avait vu femme qui pût lui convenir. Dans son dépit d'être condamné à vivre seul, il allongea les jambes avec une telle force qu'il renversa une barque qui voguait sur les eaux du ruisseau. Sans un petit cri sorti de cette barque, notre géant ne se fût pas aperçu de cet événement ; surpris, étonné, il jette un regard sur les flots, et voit entre les lames un petit être qui luttait avec énergie contre Je courant qui l'emportait au large. Gargantua se lève, plonge sa large main dans les eaux, et en retire quelque chose de gracieux : un petit rien drapé dans de longues gazes roses, qui laissent apercevoir les formes les plus gracieuses.

« — Qji'est-ce que cela ? dit Gargantua, examinant attentivement cette petite forme humaine ; jamais je n'ai vu rien de si beau !

« Il se demandait donc ce que ce pouvait être : un ange du ciel ou une créature de la terre. Ce n'était ni l'un ni l'autre : C'était un génie, une Fée des eaux 1 La jolie Fée, en ouvrant ses beaux

EN IIAUTE-BRETAGNE lOI

yeux bleus , regarda Gargantua avec surprise ; puis,^ s'enhardissant petit à petit, elle se mit à sauter sur ses doigts et à danser dans sa main. Gargantua, émerveillé de ses grâces, et oubliant que sa pensée se traduisait par un bruit aussi éclatant que le son du cor, pensa tout haut : « Ho ! ho 1 fit-il, voici bien ma femme l c'est dommage qu'elle soit si petite l » Et Gargantua, relevant sa main droite, voulut la caresser en lui adressant de douces paroles.

« Mais sa voix, qui couvrait le bruit du tonnerre, effraya tellement la Fée que, déployant ses ailes de papillon, elle s'enfuit au fond des eaux.

« Gargantua, en la voyant disparaître , jeta des cris si forts que les échos effrayés refusèrent de les répéter et se cachèrent dans leurs antres. Notre géant, épris des charmes de la Fée, ne quitta plus les bords de la Rance, où il l'attendait avec anxiété. En adoucissant sa voix, il l'appelait avec de douces paroles. La jolie Fée, qui l'entendait des galeries de son palais de cristal, se laissa aller à la curiosité, et quittant ses bosquets d'algues vertes, elle montra sa jolie tête blonde à la surface des eaux.

<c Gargantua, que Tamour rendait clairvoyant^

l'aperçut, et prenant un air tendre, il lui conta ses peines et sa violente passion. La Fée s'en amusa et trouva plaisant d*être aimée d'un pareil géant, qui passait dans le monde des Génies pour être un grand philosophe, fort peu occupé de plaisirs frivoles, et renommé pour son indifférence ; elle lui promit de venir le visiter chaque jour et ne manqua pas au rendez-vous.

« Un siècle s*écoula en douces causeries ; mds voilà qu'un jour Gargantua songea au mariage ; en conséquence, il en parla aux frères de son amante. Ces derniers le refusèrent, et firent part à leur sœur du désespoir du Géant. La Fée le partagea, et ses frères attendris promirent de rappeler Gargantua.

« L'amoureux Géant revint enchanté, et en aima davantage la bonne Fée ; mais les Génies mirent une condition à ce mariage; ils appelèrent au serment Gargantua qui leur jura, foi de Géant, qu'il ne naîtrait pas d'enfant de cette union. Après cette promesse, on fixa le jour des noces, et le mariage, auquel assistèrent toutes les Fées et les Génies de la Rance, se célébra] briUamment à la surface des eaux. Qjiand les fêtes furent terminées, la petite Fée partit assise sur le pouce de son mari.

« Le bonheur fut grand dans le nouveau ménage. Le Géant adorait sa femme, qui de son côté idolâtrait son époux. Gargantua se montrait doux, poli, complaisant, et se ployait à tous les caprices de sa petite femme, qui se promenait dans sa barbe comme dans un bois, dansait dans ses mains, sautait sur ses doigts de pieds ou se cachait dans ses oreilles où elle lui contait des tendresses. Mais le Génie du mal, qui n'avait pas été convié à la noce, jaloux de leur bonheur, vint un soir les visiter et jura qu'il se vengerait d^ cet oubli des convenances.

« Dans la nuit qui suivit cette visite, la Fée apprit avec joie à son mari qu'elle allait être mère. .Gargantua, au lieu de se réjouir de cette heureuse nouvelle, fronça le sourcil en se rappelant le ser-* ment fait à ses beaux-frères , et déclara qu'il était décidé à ne pas le violer en avalant ses enfants sitôt après leur naissance. Cette détermination jeta la petite Fée dans une grande douleur, mais en sa qualité de femme, elle sut dissimuler son chia-? grin et promit de se conformer aux désirs de son époux. Gargantua, charmé de sa docilité, lui donna un bon baiser et s'endormit profondément.

ce Lorsque sa femme l'entendit ronfler, elle sortit de son lit, ouvrit ses ailes et se rendit sur les bords d'un lac situé dans la forêt de Chausey, où demeurait sa nourrice; la bonne femme fut enchantée de la revoir; elle la consola et lui dit : «. Monseigneur Gargantua n'a pas pour habitude d'y regarder de si près : je saurai bien le tromper en lui faisant avaler un chevreau pour votre enfant, que ma fille élèvera sous les eaux du lac, où Sa Seigneurie n'ira pas le chercher. Soyez sans inquiétude sur l'issue de cette afifaire; j'en ai trompé de plus fins que lui ; retournez chez vous et ne confiez votre secret à personne.

« La Fée, toute joyeuse, revint prendre sa place dans le lit de son époux endormi, qui ne se douta jamais ni de son absence ni de la trame ourdie contre lui.

« Q^and le moment de la délivrance de la Fée fut arrivé, la nourrice vint la visiter et trouva mille prétextes pour éloigner le Géant, qui trouva, un soir en rentrant de ses promenades, sa femme malade. Il s'en inquiéta, et la nourrice, l'appelant à Ttcart, lui remit dans l'ombre un paquet emballé qu'elle lui présenta comme son fils, pour lequel elle réclamait le baiser paternel. Le Géant

le saisit et Tavala d'une gotdée, dit la tradition.

« Pendant ce temps, la sœur de lait de la Fée fendait les airs avec le nouveau-né qu'elle emportait dans son lac. Gargantua, qui depuis plusieurs mois boudait sa femme, se remit à l'aimer comme par le passé; il l'aima si bien qu'un an après la naissance de son premier enfant, la Fée donna le jour à un second fils qui fut rejoindre le premier, pendant que le Géant avalait un jeune porc.

« Quatre naissances suivirent et furent aussi heureusement cachées que les précédentes. Gargantua avait avalé : un chien, un veau, un âne et un poulain pour ses enfants, dont il ne redoutait plus la naissance.

« Enfin il en vint un septième, sur lequel on ne comptait pas de sitôt , et la nourrice n'avait rien préparé pour fêter sa venue, qui fut un sujet de trouble pour les pauvres Fées, car Gargantua arrivait au logis en même temps que l'enfant au monde, et elles n'avaient rien à lui offrir. Le Géant s'assit auprès de sa femme et demanda le nouveau-né. Désespérée, ne sachant comment faire pour soustraire l'enfant à la voracité paternelle, la nourrice allaitUe livrer quand tout à coup

elle heurta un quartier de roche ; une idée traverse son esprit : elle jette le marmot dans une crique ; saisit la roche, l'emballe et la présente au Géant, qui ouvre une grande bouche et se dispose à avaler ce dernier rejeton de sa race.

« Malheureusement la pierre était un peu grande, et en passant dans le goufïre, elle brise une dent du Géant, qui s'aperçoit alors de la supercherie de la nourrice. Il entre dans une grande colère contre la matrone, à laquelle il veut donner un coup de pied ; la nourrice s*esquive, le coup porte à faux, et Gargantua enfonce dans la mer le terrain cultivé sur lequel il se trouve et fait naître la plaine de Mordre ou de Mordreuc.

« La nourrice prend Tenfant et s'échappe, heureuse de la réussite de son tour.

« Gargantua, sentant la roche lui peser sur Testomac, et craignant les effets fâcheux d'une mauvaise digestion, s'éloigna de sa femme, et s'étant arrêté dans la grève, non loin de Garot, il rendit la dent qu'il avait avalée la première. Elle se piqua debout dans le sable, près du ruisseau qui coule à la pointe de Garot, où elle resta telle que nous la voyons, pour attester la vérité de cette histoire.

« Gargantua, toujours en proie aux souffrances

occasionnées par une digestion difficile, fit quelques pas vers Saint-Malo ; mais se sentant au pied une vive douleur, il se baissa, ôta son soulier et y trouva.... Devinez?

« Un gravier I

«c Pas du tout, une roche, qu^ jeta devant lui, et qui tombant dans la Rance, sous Saint-Servan, devint cette masse de granit que Ton voit entre la pointe de la Vicomte et les G)rbières, si connue sous le nom de Bizeul ou Bizeu ; d'autres assurent que ce gravier n'est autre que le célèbre rocher de Cancale.

« Quelqu'incroyable que vous semble ce fait, en voici un autre bien plus surprenant et tout aussi véritable.

« Le bloc de granit que notre Géant avait avalé pour son fils lui pesait sur l'estomac, et le faisait toujours horriblement souffrir. Nul repos, nulle trêve pour Monseigneur Gargantua depuis l'instant fetal où il avait pris cet indigeste repas. Il marchait devant lui, au hasard et sans but , luttant contre un mal insupportable, auquel se joignit bientôt une fièvre ardente et ime soif dévorante. Mais comment l'assouvir ? D était en pleine mer ? — Allons, dit le Géant, buvons de l'eau salée I

« Et le voilà se baissant et buvant à longs traits les eaux de la mer ; ces eaux, se déplaçant, formèrent un courant si fort par l'aspiration du Géant, qu'elles entraînèrent dans le goufire une flotte anglaise qui croisait dans ces parages, et sans que le Géant s'en aperçût, elle disparut dans ses vastes entrailles. Il crut seulement sentir un poisson, une chevrette lui érailler le gosier ; c'était si peu de chose qu'il n'y fit nulle attention, et il reprit sa marche habituelle. Mais, soudain en proie à de nouvelles douleurs, il se crut à son dernier jour. Il lui sembla que des crochets de fer lui déchiraient l'estomac ; bientôt il sentit un bouleversement intérieur suivi de bruits sourds, qui Teôrayèrent au point de lui faire presser sa marche vers le continent, où il espérait consulter son médecin. Enfin, éprouvant un moment de relâche, il crut que c'était fini, et il se dit : « Ce sont des gaz qu'une longue promenade dissipera. Allons vers l'Inde 1 » Les douleurs prirent de nouvelles forces, et les bruits intérieurs se firent entendre plus terribles. « Eh I dit Gargantua, ne dirait-on pas que je porte le bombardement de l'univers, la destruction du globe ?» Et il fit de plus longues enjambées pour arriver dans l'Inde,

OÙ il espérait trouver un confrère très habile dans l'art de guérir.

« Laissons-le poursuivre sa route, et revenons à notre flotte, composée de corvettes, frégates, avisos, brickr, vaisseaux à trois batteries, que l'aspiration du Géant avait entraînée dans les profondeurs de l'abîme.

« Le vaisseau amiral, surpris par le courant, passa le premier ; la flotte entière disparut à sa suite. Ne comprenant rien à l'obscurité qui les environnait, les ofHders firent allumer les lampes et consultèrent la boussole. L'aiguille aimantée, tournant en tous les sens, leur devint inutile.

— Il faut avoir recours au canon d'alarme, dit un officîer; et le capitaine donna ordre de tirer un coup. A l'instant il lui fut répondu par la flotte entière.

— Où sommes-nous donc ? disent les officiers avec douleur. Tirez jusqu'à ce que les quintaux de poudre en soient épuisés.

— Tirez à boulet, ajouta un autre officier.

« L'ordre fut exécuté, et les bordées se croisèrent. Matelots et offici^ tombaient sur les ponts. La confusion était partout, et Gargantua, en proie au désespoir, arrivait dans l'Inde épuisé, hors d'ha-

IIO GARGANTUA

leine, et tombant aux pieds de son ami, il lui dit : « Je suis mort) si tu ne me tends la main. »

« Le médecin, surpris du vacarme qu'il entendait, lui administra un violent remède qui eut un effet immédiat, et notre Géant évacua la flotte anglaise dans un triste état : mâts brisés, sabords emponés, ancres perdues, et faisant eau de toutes parts.

« L'on dit que cette flotte, honteuse et confuse, n'osa plus revenir en Europe. Brûlant leurs vaisseaux, les Anglais s'établirent sur les côtes de l'Asie, et conçurent l'idée d'un tunnel futur en souvenir du passage obscur par lequel ils étaient arrivés dans l'Inde.

a Quant à Gargantua, épuisé de fatigues et de chagrins domestiques, il expira dans les bras de ses amis, qui l'enterrèrent dans les vallées de Cachemire, et, portant pierre siu: pierre, ils élevèrent à sa mémoire un tombeau digne de lui, et formèrent ces chaînes de montagnes dont le centre est rH3rmalaya.

« La Fée apprit bientôt sa fln malheureuse ; elle lui donna des r^ets et rejoignit ses enfants sous les flots, où ils vivent encore. L'on dit que, tenant de la voracité paternelle, ils engloutissent tous les

hommes et les animaux que leur jette la tempête. Uon dit encore que les vaisseaux et leurs cargaisons disparaissent dans les estomacs des demigéants, sans que rien ne puisse assouvir la faim qui les mine. »

(Madame de Cerny, Saint-Suliac^ p. 69 et suiv.).

Je ne sais à quel point 8*est arrêtée la broderie que M"** de Cemy a faite sur cette légende; on peut accepter comme populaires beaucoup des éléments qu'elle contient, entre autres les rochers semés par le Géant (cf. le § II, et le commentaire du conte II) ; ses enjambées (cf. le commentaire du conte II) ; la flotte avalée (ibid.')^ épisode plus développé ici qu'ailleurs.

La visite aux géants de Saint-Samson est-elle une allusion à d'autres géants qui auraient habité ce pays voisin de la Rance, ou à une série de mégalithes, dont le menhir de la Tiemblaye serait le seul débris ? Je n'en sais rien, et je n'ai pu me procurer dftns le pays aucun renseignement à ce sujet; on m'a seulement aflbmé que les vieillards appelaient Pierre de Gargantua le menhir de la Tiemblaye.

Plusieurs contes gargantuesques (cf. les contes d9* IV et VI) font allusion au cataclysme qui submergea la forêt de Scissy et qui eut pour résultat de grossir la Rance. Peut-être M"** de Cemy n'a-t-elle pas osé attribuer la formation de cette rivière aux compisseries copieuses du Géant, qui ont formé les rivières voisines de l'Arguenon et du Frémur (cf. § II).

Dans la Vie du fameux Gargantuas^ le héros « ne pouvant retenir ses larmes, en laissa tomber ime si grande quantité qu'elles auroient été capables de £aire moudre un moulin»

p. 24, Troyes; p. 27, Épixud. Voilà tin pendant aux lannes de la soeur. Le Géant du Mont-Corneille forme une rivière avec une goutte de son scng (cf. Gargantua en Languedoc).

Ce conte est le seul qui montre Gargantua ayant une sœur, c'est aussi le seul où il soit amoureux.

Sa voix, qui couvrait le bruit du tonnerre, a pour similaire ce passage des Grandes Chroniques :

« Sur ce il se print à rire si très fort et de si grant affection.... que on l'entendoit rire de sept lieues et demye. »

La condition imposée à son mariage et tout ce qui suit reproduit assez exactement la fable hellénique de Saturne, condamné k dévorer ses en£mts.

Ga^igantua, après fes repas, de même que d'autres géants, entre autres les Corps sans âme (cf. i*" série, n<* IX , le Géant aux sept femmes ; 2" série, n» XXIV, le Corps sans dme) s'endon profondément. La légende citée par Thomas de Saint-Mars, et recueillie dans le pays de Retz , le fait de même dormir longtemps (p. 97).

On remarquera encore l'épisode de la plaine de Mordreuc enfoncée d'un coup de pied ; de l'Himalaya construit pour servir de tombeau au Géant (ceci m'a l'air d'une addition £iite par quelque lettré); et des enfants du Géant qui, comme Charybde se plaisent à engloutir les navires.

§ VI. — GÉANTS SIMILAIRES

côté de Gargantua lui-même, d'autres géants sont populaires en Haute-Bretagne, et lui sont évidemment apparentés. Comme lui ils sont énormes, font de grandes enjambées et ont un appétit formidable. Ils se distinguent aussi des autres en ce sens qu'on leur attribue une résidence dans le pays, ce qui les met à part ide la nombreuse légion des ogres et des géants qui vivent dans le royaume indéterminé de la féerie, et qui d'ailleurs, au rebours de Gargantua, sont généralement méchants.

« A côté d'une grotte aux fées, entourée de chênes séculaires, et située sur le champ de la Roche en Plédran , est la CJmse de Michel Moritty large pierre sur laquelle, dit le peuple, venait S-'asseoir le Géant, et qu'il remplissait de sa vaste capacité. »

(Jollivet, t. I, p. 53).

Ici, Michel Moria est an similAire de Gargantiia.

A Lanrelas, canton de Broons (Côtes-du-Nord), des pierres à bassins sont appelées indifféremment Pierres-du-Diable ou Pierres-du-Géant ; mais

on ne raconte rien à leur sujet, et la légende a disparu.

(Communiqué par M. J. Evtn, avoué d Dimm).

« Au Roz, près du Quillio, à deux lienes d'Uzel, dans un pays qui faisait sans doute autrefois partie de l'ancienne Brocéliande, j'ai vu le rocher de Merlin, le portail de sa grotte sauvage ; c'est là que l'enchanteur logeait dans une barrique. Ce portail est un rocher dont la nature a fait une immense arcade.

« Un jour, disent les paysans, un être supérieur interrogea Merlin sur les intempéries de l*air, qui devaient rendre inhabitable cette horrible demeure.

— Comment fais-tu, Merlin, quand le vent d'ahaut bat le rocher ?

— Je tourne ma barrique vers le vent d'abas.

— Et quand le vent vient d'abas ?

— Je tourne ma barrique vers le vent d'ahaut.

— Et quand les quatre vents battront ?

— Je mettrai ma barrique adens....

« Ce grand enchanteur posait ses pieds sur deux rochers séparés par un vallon €t buvait à l'étang du Roz. Or, il y avait plus de trois cents toises

EN HÂUTE-BRETAGKE US

entre les trois sommets de ces angles si prodigieusement décrits.

« Ces traditions sont dans la mémoire de tous ks paysans de la contrée, et, encore en ces derniers temps, dit-on que quelques-uns auraient entendu le roulement d'une barrique le long des nuits. >

(Baron Dutaya, BrodKatide, p. z6i-i^).

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