‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 30 sur 103 · S IV. — POPULARITÉ DE GÉANTS SIMILAIRES · texte numérisé non relu

S IV. — POPULARITÉ DE GÉANTS SIMILAIRES

|A Bretagne bretonnante a gardé le souvevenir de géants qui ne portent pas le nom de Gargantua, mais lui sont fortement apparentés et accomplissent des exploits similaires.

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Tels sont le géant du Sire de Rusquec, Rannou et Hok-Bras, dont on trouvera ci-après les légendes.

A plusieurs blocs remarquables est associé le souvenir de géants parfois anonymes :

<c On voit dans la forêt de Q.uénécan, en Camors, les roches dites Castd-Finans ou CasteU Géant, citées dans la vie de saint Gildas, et dans le traité de Roch le Baillif, qui y découvrit, en i$77, des monnaies d'argent portant une tour et ayant pour exergue Castri Gigantii (sic).»

(Ogée, art. Camors, nouvelle édition).

D'après un article du même dictionnaire la partie sud de File aux Moines se nomme Gurgantdec, nom qu'il est intéressant de comparer avec celui de Gargantua.

RÀNNOU

GuiMAEC, un peulvan de huit pieds de haut au plus est fiché dans le mur du cimetière. Voici la tradition qui le concerne : « Rannou, hercule bas-breton qui joue dans nos

traditions trécorroises le même rôle que le Gargantua du Poitou et de la Bretagne française, paraît avoir été un gentilhomme breton de la maison de Tréléver en Guimaëc. . .

« Un jour que Rannou le Fort était à son manoir de Tréléver, à une demi-lieue du bourg, il apprit que certaines vieilles femmes attroupées dans une maison dudit bourg débitaient mille horreurs sur son compte. Furieux, il arracha un peulvan, et le lança à tour de bras dans la direction de la maison indiquée ; mais la pierre passa à quelques pouces au-dessus du toit et vint tomber là où nous la voyons aujourd'hui. »

(6. Le Jean, Bulletin ttràMogique de Vassoeiation hrtUmne, t. m, 185 1, p. 61).

Plusieurs légendes attribuent à Gargantua on au diable un exploit analogue. Cf. plus loin Gargantua en Ile de France, p. 216 et suiv.

« A la Croix rouge en Plouigneau, est une pierre branlante, aujourd'hui inmiobile, mais posée en équilibre sur le sonamet d'une butte rocheuse. Une tradition veut que Rannou, ayant parié de la porter à bout de bras jusqu'à Morkix, se soit arrêté là épuisé de fatigue, et l'y ait laissée, à une demi-lieue en deçà du but. »

(Bnd., p. 63).

« A Plestin existe une pierre isolée, à peu de distance d'un menhir, situé à six cents mètres du bourg, sur le bord de Tancienne route de Lannion à Morlaix ; elle présente à sa partie supérieure une cavité ayant la forme d'un siège, ce qui explique le nom sous lequel cette pierre est connue : Cador Rannou, siège de Rannou. On remarque encore sur cette pierre une empreinte que Ton dit être la trace de la bêche de Rannou. Un jour Rannou, travaillant dans ses champs en Guimaëch (Finistère), sur la rive gauche du Douron, aperçut des oiseaux ravageant son blé ; il leur lança violemment cette pierre qui n'atteignit point son but et vint tomber sur le territoire de Plestin, Côtes-du- Nord. »

(Ernoul de la Cbenelière, p. 32).

Ce dernier trait a son similaire dans plusieurs contes gargantuesques, où le géant lance des rochers pour tuer des bernaches. Cf. le conte n^ III, p. 40 (Haute-Bretagne).

Le diable lance aussi un menhir contre la cathédrale de Saint Pol.

D'après une tradition recueillie par M. Kerambrun, voici de quelle manière Ratmou aurait été doué de sa force prodigieuse :

« Sa mère se promenait un jour au bord de la

grève, en ramassant des coquillages. Tout à coup elle découvre une sirène que la mer en se découvrant avait laissée à sec. La pauvre femme eut d'abord bien peur et prit la fuite. Mais ayant regardé de loin, et voyant toujours cette étrange créature immobile à la même place, elle revint sur ses pas, et se mit à la considérer d'assez près. Alors la sirène lui dit : Par pitié, venez à mon secours et ne me laissez pas mourir ici. N'ayez pas de crainte* je n'ai jamais fait de mal à personne. Bien au contraire, par mon chant j'avertis les matelots de la présence des écueils.

« La pauvre femme avait l'âme bonne. Elle vint au secours de la sirène et l'aida à regagner le flot ; alors celle-ci lui dit encore : Q.ue veux-tu que je fasse — maintenant pour toi? Je suis puissante, demande moi quelque chose de possible et tu seras satisfaite — Eh bien 1 j'ai un fils à la mamelle, fais qu'il soit le plus fort et le plus vaillant des hommes.

« La sirène plongea dans la mer et reparut quelques minutes après, portant à la main \ine conque pleine d'une liqueur semblable à du lait. — Tu donneras ceci à boire à ton fils, dit-elle, mais prends bien garde d'en répandre une seule goutte.

« Néanmoins la femme, de retour chez elle»

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n'osa pas faire prendre le breuvage à son fils avant d'en avoir fait Tessai. Elle en donna donc à son chat, et ne remarquant sur cet animal aucun effet qui pût l'inquiéter, elle donna le reste à son fils. « Le petit Rannou et le chat ressentirent bientôt la puissance du philtre magique. Le chat devint si grand et si fort qu'il fallut l'attacher à un rocher avec une chaîne de fer. Q^ant à Rannou, à l'âge de neuf ans, il cassait avec ses mains sept fexs à cheval réunis, et il jouait aux osselets avec de gros blocs de quartz qui forment un monticule |M:ès de la rivière le Douron, à l'angle nord-est du département du Finistère. A onze ans, il avait déjà dix pieds de haut; c'était un prodige; mais dès cette époque il y eut chez lui un affaissement subit. Sa grande force disparut et une précoce caducité brisa ses membres, à cet âge où les autres hommes commencent à peine à se développer. Le peu de confiance de la mère avait tout perdu. Il fallait à Rannou la potion entière pour être un héros et il est resté dans la tradition comme le symhoLe d'une force extraordinaire, mais incomplète. »

(Kenunbmn, Le CoîUctiomteur breUm, t. I, 1862, p. 94-96).

Les philtres qui donnent U force se rencontrent fréquemment à*m les légendes.

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