EN PICARDIE
courses, il écrasait les églises, les villages, les personnes même sous son pied pesant ; aussi le craignait-on partout.
Un pauvre bûcheron, surpris par la pluie dans la. campagne, rencontra Gargantua endormi. Prenant sa bouche pour une caverne, il s'y réfugia avec son fagot. Gargantua se réveilla peu après et se mit en voyage. Le bûcheron, étonné de voir sa retraite en mouvement, en examina les recoins. Il trouva sept pèlerins avec leurs bourdons réfugiés comme lui dans une dent creuse. Us se trouvaient là depuis sept ans, se nourrissant de réserves faites lors des repas du géant et emmagasinées dans différents recoins de la bouche. Le bûcheron prit son fagot et chatouilla le palais du géant. Gargantua s'arrêta, s^assit sur une colline, déracina un arbre et, s*en servant comme de cure-dents, fit sortir les pèlerins et le bûcheron auquel il donna une forte somme d'argent. Heureusement pour les pèlerins et le bûcheron, Gargantua avait fait le tour du monde dans sa promenade, et les pèlerins et le bûcheron étaient remis, les uns sur leur route, et l'autre devant sa maison.
{Légendes ractmtéa par différentes pemmnes de iVarky» BailUm (Somme), ei recueillies par M, H, Cartuy),
Dans la première partie de ce récit, Gargantua a une origine ■semblable à celle des Jean de l'Ours des différents pays (cf. principalement les deux contes basque et picard, publiés dans Milusine •et plus loin im Jean de l'Ours languedocien). Gjmme Jean de l'Ours, il a une canne énorme (cf. sur les cannes de Gargantua le commentaire du conte vtP I, p. 27 (Haute-Bretagne). La masse •d'armes a son similaire dans le passage suivant des Grandes Chroniques :
« Lors le mercia Gargantua et dist que l'on luy fist une masse de fer de soixante piedz de long, et que par le bout elle feust grosse comme le ventre de une tine... La massue feust tantost fiùcte par la science de Merlin telle que il lui falloit, et en brief iîist amenée dedans une grande charrette, comme on faict une pièce d'artillerie, et présentée à Gargantua, lequel la prit bien legierement. »
Les quatorze valets se retrouvent, mais avec moins de préd- -sion, quant au nombre, dans Thomas de Saint-Mars.
Les énormes enjambées qui sont un des attributs caractéristiques du géant, figurent dans la plupart des légendes que j'ai recueillies, et dans celles de la Vendée, du Poitou,etc. (Cf. aussi le commentaire du conte n® I (Haute-Bretagne).
Il est souvent question des sept valets qui lui donnent à manger 4ivec des pelles (cf. pp. 79, 204, etc.).
Les montagnes résultant des repas de Gargantua se retrouvent 4issez fréquemment (cf. le commentaire du conte n? II, p. 36 (Haute-Bretagne) et Gargantua dans le pays de Ret^i mais jusqu'à présent, c'est seulement dans les récits picards qu'elles sont une cause de peste pour le pays.
L'épisode des pèlerins est-il emprunté à Rabelais, ou Rabelais « ' l'a-t-ii trouvé dans la légende populaire ? On peut aussi rappro- •cher, pour la grandeur de la dent creuse de Gargantua, le passage