II. — GARGANTUA SE DÉBARRASSE DE BRISE-CHÊNES
iN puissant géant arriva un jour dans la contrée où résidait Gargantua. C'était un homme haut de quatre-vingts pieds et recouvert d'une forte armure à l'épreuve de toutes les armes connues. Il avait entendu parler du géant Gargantua et était venu pour se mesurer avec lui. Il allait par toutes les villes cherchant quelqu'un qui lui indiquât la demeure de Gargantua. Ce dernier l'apprit, et comme il avait envoyé réparer son armure et ses armes en Flandre, il ne se jugea pas assez fort pour résister au géant. Mais que dirait-on dans tous les pays si l'on apprenait que Gargantua avait refusé de se battre avec celui qui se faisait appeler Brise-Chênes ? Il lui fallait faire peur à Brise-Chênes, pensa-t-il.
Qjiand il sut que le géant allait arriver, Gargantua donna ses ordres à sa femme, se coucha dans son lit et ramena les couvertures sur sa tête.
Brise-Chênes arriva.
— C'est bien ici la maison de Gargantua, femme ?
Prévenez votre mari que je suis venu de bien loin pour le combattre et éprouver sa force, et...
— Paix I paix I je vous en prie. Gargantua n*est pas ici, et c'est bien malheureux, car il vous aurait bientôt réduit en chair à pâté!... Mais, de grâce, ne réveillez pas notre petit enfant. Il est malade depuis quelques jours et c'est la première
fois qu'il ferme l'œil depuis ce temps! Pauvre
enfant, à six mois, être déjà malade ! J'ai peur que cela ne Pempêche de devenir aussi grand que son père. Voyez, il est tout petit.
— duoi ! c'est votre enfant, et il n'a que six mois ! Dieu ! que doit être le père, alors I s'exclama Brise-Qiênes en examinant la forme du corps du soi-disant enfant. Et il s'enfuit aussi vite qu'il était venu. Jamais on ne le revit.
(Conté par A. Dehard et recueilli par M. H. Camay).
Dans ce fragment, Gargantua, qui vient ici sans doute par substitution, se trouve en rapport avec un autre géant. Cf. p. $4 et suiv.