S III. — GARGANTUA EN ARTOIS
ANS le canton d'Etaples, pour désigner un bon marcheur, on dit : « Il a des gambes ed Gargantua. » Cela s'applique aussi aux personnes qui ont les jambes longues.
Dans le canton de Samer, on dit d'un gros mangeur : « Il a ein veinte ed Gargantua; » dans les environs de Boulogne : « I meinge comme Gargantua. »
Dans les campagnes du Pas-de-Calais, même celles qui sont éloignées des villes, Gargantua a pénétré avec sa légende de géant extraordinaire. Le peuple tient de tradition que, primitivement, des géants habitaient la contrée, et il y avait ici un tumulus qu'on appelait la tombe du général Fourdène. Les géants Reuss, àDunkerque; Gayant, à Douai, d'autres encore, sont des souvenirs d'êtres vivants, ayant subi la métamorphose
populaire à laquelle la Grèce a soumis ses premiers possesseurs.
Mais bien que dans notre contrée on ait ces souvenirs locaux ou voisins, ce n'est pas à eux que le peuple pense pour exprimer Tidée des jambes et de l'appétit d'un géant, mais à Gargantua. Nos paysans n'ont pas lu le livre de Rabelais; mais dans les séries, ceux qui ont habité la ville, ou qui savent lire, racontent ses aventures à leur manière, et elle a frappé vivement leur imagination.
(^Communiqué par M. Ernest Deseille, de Boulogne-sur-Aùr),
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