GARGANTUA A PARIS ET EN ANGLETERRE
iL était une fois un homme et une femme qui eurent un petit garçon, et il lui donnèrent le nom de Gargantua.
Quand Tenfant eut dix-huit ans, il était grand comme jamais on n'avait vu personne; il résolut d'aller faire son tour de France. H partit de Plé-
venon, qui était le lieu de sa naissance, et se mit en route pour Paris. Qjiand il y fut arrivé, tout le monde sortait des maisons pour le voir. H était si grand, qu'il était quarante fois plus haut que les plus hautes maisons de Paris. Le roi de France qui. voulait voir ce grand homme, dont il avait entendu parler, lui fit dire de venir chez lui; mais Gargantua ne put entrer chez le roi.
Le roi sortit du palais et dit à Gargantua de lui raconter toute sa vie et de lui parler de toutes les choses qu'il avait vues. Gargantua se tourna vers le roi, et lui dit :
— Non loin de Rennes, j'ai vu plus de quarante ouvriers occupés à ôter la selle d'un cheval ; j'ai vu encore une mât (amas) de beurre qui était plus haute que vingt maisons les unes sur les autres; im champ rempli de peux (bouillie de blé noir), et plus de vingt chevaux qui venaient les manger avec des cuillers. ^
Le roi s'aperçut que Gargantua s'amusait à lui faire des menteries, et il commanda d'emprisonner ce grand menteur. Mais conmie les gardes voulaient l'enchaîner, car il n'y avait à Paris aucune prison assez grande pour l'enfermer, Gargantua se retourna vers le roi et l'avala ainsi que
vingt de ses gardes ; puis il tourna le dos pour s'en aller. H fut poursuivi; mais en deux enjambées, il retourna à Plévenon.
n y resta un jour, et remit à ses parents Targent qu'il avait gagné. Le lendemain il alla sur le fort La Latte où ses ennemis l'attendaient : il en avala quarante, puis, d'une enjambée il passa à Jersey»
n visita par mer les lies de l'Angleterre, et supa (avala) un jour trois vaisseaux de guerre. Il alla à Londres où il épousa la rdne; mais au bout d'un certain temps, il se fatigua de vivre en Angleterre, et il déplanta une colonne pour lui servir de bâton. Comme sa femme ne voulait pas le suivre, il l'avala, et quand on lui demandait ce qu'il avait ùxt de sa femme, il disait : Elle est dans mon ventre.
n revint à Plévenon, et, à grands coups de canne, il déplanta une forêt qui était auprès du fort La Latte. Il planta/ ensuite son bâton auprès» et donna un coup de pied sur un rocher où il resta marqué.
Trcns jours après il mourut.
(Conté en 1880, par Marie Marquer, de Satnt-Cast, igU de 49 4Wf).
Dans ce conte se trouve un épisode, celui des mensonges que Gargantua débite an roi de France, qui montre que dans les «ventures du géant on a intercalé un fragment d*un autre qrde (cf. sur les mensonges: Lt Berger' qui épousa la fille du roi, dans mes Contes pop., z* série n<* XXXV, et dans la Littérature eraU de la Haute'Breiagne, p. 389, Les Menieries, Ce jeu d*esprit a beaucoup de succès à la campagne).
La forêt déplantée à coups de canne, et qui pourrait bien être une allusion vague à la destruction par la mer de la forêt de Sdssy, se retrouve dans les n»* I et VII. Sur le mariage de Gargantua, cf. M"** de Cemy; sur les enjambées, cf. le cosir mentaire du contenu II; sur les pieds marqués, celui du n« III; sur les objets avalés le commentaire du aP I, et M"* de Cemy.