‹ Gargantua dans les traditions populairesChapitre 8 sur 103 · GARGANTUA A PARIS. — LE DIABLE LE TROMPE · texte numérisé non relu

GARGANTUA A PARIS. — LE DIABLE LE TROMPE

NE fois Gargantua était écalé sur la mer et était à boire dedans, il vint un vaisseau et il l'avala. Q^and il eut bu, il alla vers Paris et il était à cheval sûr une jument. Ils se mirent à pisser tous deux et ils pissèrent tellement que tous les habitants de Paris disaient « Pan, que nous allons être noyés, d C'est depuis ce temps que Paris porte ce nom-là, car les habitants

disaient toujours : « Pari, Pari que nous allons être noyés. »

Un autre fois il était encore à boire dans les environs de Saint-Jean-Baptiste, vers le Mené. — Près de 1^ il y avait une assez grande vallée encaissée entre deux collines, et au milieu coulait une rivière. Gargantua eut soif, il mit ses deux mains sur deux rochers qui étaient l'un sur une colline l'autre sur l'autre. On dit que les formes des deux mains y sont restées.

Un autre jour il avait défié le diable de porter un faix de bois aussi gros que lui. Tous les deux allèrent dans une forêt, Gargantua arracha sept chênes et les mit tous bout à bout et puis les tordit.

Le diable lui demanda ce qu'il voulait faire de

cda :

— C'est, répondit Gargantua, une hart que je tors.

— Est-ce que tu vas mettre du bois plein là dedans ? demanda le diable.

— Oui sûrement, dit Gargantua.

Le diable, voyant qu'il avait affaire à plus fort que lui, laissa Gargantua tout seul.

Mais un autre jour, il fit un autre pari : Gar-

gantua gagea avec lui qu'il aurait bien fourni une barrique de son sang. Gargantua se mit à cracher le sang; mais il ne put remplir la barrique : il s'en fallait un litre. Gargantua mourut au bout de son sang; s'il s'était fait saigner au bras, il aurait pu sans se donner tant de mal en fournir plusieurs barriques.

(Qmii en x88i, par /. Af. Cotmutli, de Gottntfy

Sur Tëpisode des vaisseaux avalés, cf. le conte n» II et le commentaire.

La grande pisserie de Gargantoa et de sa jument se retrouve en Boulogne et en Poitou ; elle figure aussi dans Rabelais ; mais la jument pisse en une circonstance, ch. XXXVI, et Gargantua dans Tautre, ch. XVII.

Quand à rë^rmologie de Paris, fondée sur un jeu de mots» elle rappelle le souvenir du ch. XVII du Gargantua de Rabelais.

Uempreinte des mains a pour similaire les autrçs empreintes, et surtout celle du pouoe (cf. ci-après Gargantua m To»raini).

Le pari avec le diable a plusieurs similaires dans la légende gargantuesque. L^artifice employé par Gargantua se retrouve dans plusieurs contes; mais généralement, ^est un enfimt qui en impose ainsi à un géant.

Dans une petite légende qu*on trouvent plus loin, Gargantua meurt aussi au bout de son sang; seulement c*est parce que le diable avait fait de Pauge qu'il s'agissait de remplir une sorte de tonneau des Dana!des.

Page 1