GARGANTUA MARIN
ARGANTUA avaii toujours eu envie de naviguer; mais il arriva jusqu'à Tâge de cent ans sans avoir pu trouver un navire assez grand pour le porter.
En ce temps-là la baie de la Fresnaye était une forêt, et elle était remplie d'arbres depuis le Fort La Latte, jusqu'au Port-à-la-Duc. Gargantua arracha tous les arbres, et il se fit construire un vaisseau si vaste que jamais on n'avait vu son pareil. Il jaugeait plus de dix mille tonneaux et il avait une mâture à l'avenant : dans chaque mât il y avait deux ou trois villes qui étaient placées sur les hunes, et dans les poulies il y avait des auberges. Qpand un matelot montait dans les perroquets pour prendre un ris, il faisait un voyage si long qu'en descendant il avait la barbe grise. Dans le haut de la flèche de cacatois, il y avait un débit de tabac, et celui qui le tenait y fit sa fortune.
Un jour qu'il faisait mauvais temps, le vaisseau
démâta de son grand mât, et comme il n'y avait pas de mât de rechange à bord, Gargantua se mit debout pour servir de grand mât. Le vaisseau mettait sept ans à virer de bord.
Mais Gargantua se fatigua de servir de mât, et de porter la voilure ; il se décida à revenir à Plévenon, où il débarqua, et jamais depuis il n*a voulu naviguer.
{Conté m i88if par Rose Renaud, di Saini'Casf).
L'allusion à la forêt de Scissy est ici assez transparente ; le souvenir n'en est point d'ailleurs perdu dans le pays, ainsi que le prouvent deux légendes que j'ai rapportées, p. 362 et soi* vantes, t. I, des Traditions et Superstitions de la Haute-Bretagne.
Le vaisseau géant est populaire parmi les matelots ; il porte habituellement le nom de Grand^hasse-Foutre^ et les traits principaux du présent conte s'y retrouvent avec un grand luxe de détails.
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