‹ Gargantua et PantagruelChapitre 43 sur 51 · POURQUOI LES MOINES SONT VOLONTIERS EN CUISINE · texte numérisé non relu

POURQUOI LES MOINES SONT VOLONTIERS EN CUISINE

« C'est, dit Épistémon, naïvement * parlé en moine. Je dis moine moinant, je ne dis pa^ moine moine. Vraiment vous me réduisez en mémoire ce que je vis et ouïs en Florence, il y a environ vingt ans. Nous étions bien bonne compagnie de gens studieux, amateurs de pérégrinité ' et cons^oiteux de visiter les gens doctes, antiquités et singularités d'Italie. Et lors curieusement contemplions l'assiette et beauté de Florence, la structure du dôme, la somptuosité des temples et palais magnifiques, et entrions en contention ' qui plus aptement les extollerait * par louanges condignes ', quand un moine d'Amiens, nommé Bernard Lardon, comme tout fâché et monopole ®, nous dit : « Je ne sais que diantre vous trouvez ici tant à louer. J'ai aussi bien contemplé comme vous et ne suis aveugle plus que vous. Et puis, qu'est-ce? Ce sont belles maisons. C'est tout. Mais, Dieu et monsieur saint Bernard, notre bon patron, soit avec nous, en toute cette ville encore n'ai-je vu une seule rôtisserie et y ai curieusement ' regardé et considéré, voire; je vous dis, comme épiant et prêt à compter et nombrer tant à dextre comme à senestre, combien et de quel côté plus nous rencontrerions de rôtisseries rôtissantes. Dedans Amiens, en moins de chemin quatre fois, voire trois, qu'avons fait en nos contemplations, je vous pourrais montrer plus de quatorze rôtisseries antiques et aromatisantes. Je ne sais quel plaisir avez pris voyants les lions et africanes (ainsi nommiez-vous, ce me semble, ce qu'ils appellent rigres) près le beffroi ; pareillement voyants les porcs-épics et autruches on * palais du seigneur Philippe Strossi. Par foi ! nos fieux, j'aimerais mieux voir un bon et gras oison en broche. Ces porphyres, ces marbres sont beaux. Je n'en dis point de mal, mais les darioles • d'Amiens sont meilleures à mon goût. Ces statues antiques sont bien faites, je le veux croire ; mais par saint Ferréol d'Abbeville, les jeunes bachelettes de nos pays sont mille fois plus avenantes.

— Que signifie, demanda frère Jean, et que veut dire que toujours vous trouvez moines en cuisines, jamais n'y trouverez rois, papes ni empereurs?

— Est-ce, répondit Rhizotome, quelque vertu latente et propriété absconse *^ dedans les marmites et contrehâtiers, qui

I. Xatureliement. — 2. D'exotisme. — 3. Lutte. — 4. Vanterait. — 5. Dignes. — 6. Révolté. — 7. Soigneusement. — 8. Au. — 9. (Sortes de pâtisseries). — 10. Cachée.

les moines y attire (comme l'aimant à soi le fer attire), n'y attire empereurs, papes, ni rois? Ou c'est une induction et inclination naturelle, aux frocs et cagoules adhérente, laquelle de soi mène et pousse les bons religieux en cuisine, encore qu'ils n'eussent élection ni délibération d'y aller?

— Il veut dire, répondit Épistémon, formes suivantes la matière. Ainsi les nomme Averroès.

— Voire, voire, dit frère Jean.

— Je vous dirai, répondit Pantagruel, sans au problème proposé répondre, car il est un peu chatouilleux et à peine y toucheriez- vous sans vous épiner*. Me souvient avoir lu qu'Antigonus, roi de Macédonie, un jour entrant en la cuisine de ses tentes et y rencontrant le poète Antagoras, lequel fricassait un congre et lui-même tenait la poêle, lui demanda en toute allégresse : « Homère fricassait-il congres, lorsqu'il décrivait les prouesses d'Agamemnon ?» — « Mais, répondit Antagoras au roi, estimes-tu qu'Agamemnon, lorsque telles prouesses faisait, fût curieux de savoir si personne en son camp fricassait congres? » Au roi semblait indécent qu'en sa cuisine le poète faisait telle fricassée. Le poète lui remontrait que chose trop plus abhorrente * était rencontrer le roi en cuisine.

— Je damerai' cette-ci, dit Panurge, vous racontant ce que Breton Villandry répondit un jour au seigneur duc de Guise. Leur propos était de quelque bataille du roi François contre l'empereur Charles cinquième, en laquelle Breton était gorgiasement * armé, mêmement de grèves et solerets ^ acérés, monté aussi à l'avantage ^, n'avait toutefois été vu au combat. « Par ma foi, répondit Breton, j'y ^-i été, facile me sera le prouver, voire en lieu onquel vous n'eussiez osé vous trouver. » Le seigneur duc prenant en mal cette parole, comme trop brave et trop témérairement proférée, et se haussant de propos, Breton facilement en grande risée l'apaisa, disant : « J'étais avec le bagage, onquel lieu votre honneur n'eût porté soi cacher comme je faisais. »

En ces menus devis arrivèrent en leurs navires, et plus long séjour ne ârent en icelle île de Chéli.

I. Piquer aux épines. — 2. Déplacée. — 3. Damerai le pion (à votre histoire). — 4. Superbecieût. — ^ 5. D'armures de jambes et de pieds. — 6. Avec une monture assortiCi

COMMENT PANTAGRUEL PASSA PROCURATION, ET DE L'ÉTRANGE MANIÈRE DE VIVRE ENTRE LES CH ICA NOUS.

Continuant notre route, au jour subséquent passâmes Procuration, qui est un pays tout chaffouré * et barbouillé. Je n'y connus rien. Là vîmes des procultous^ et chicanons, gens à tout ' le poil. Ils ne nous invitèrent à boire ni à manger. Seulement, en longue multiplication de doctes révérences, nous dirent qu'ils étaient tous à notre commandement en payant. Un de nos truchements ♦ racontait à Pantagruel comment ce peuple gagnaient leur vie en façon bien étrange, et en plein diamètre * contraire aux romicoles ^. A Rome, gens infinis gagnent leur vie à empoisonner, à battre et à tuer ; les chicanons la gagnent à être battus. De mode que, si par longtemps demeuraient sans être battus, ils mourraient de maie' faim, eux, leurs femmes et enfants.

« C'est, disait Panurge, comme ceirx qui, par le rapport de Cl. Gai., ne peuvent le nerf caverneux vers le cercle équateur dresser s'ils ne sont très bien fouettés. Par saint Thibault, qui ainsi me fouetterait me ferait bien au rebours désarçonner, de par tous les diables !

— La manière, dit le truchement, est telle. Quand un moine, prêtre, usurier ou avocat veut mal à quelque gentilhomme de son pays, il envoie vers lui un de ces chicanons. Chicanous le citera, l'ajournera, l'outragera, l'injuriera impudentement, suivant son record * et instruction, tant que le gentilhomme, s'il n'est paralytique de sens et plus stupide qu'une rane gyrine ^, sera contraint lui donner bastonnades et coups d'épée sur la tête, ou la belle jarretadei<> , ou mieux le jeter par les créneaux et fenêtres de son château. Cela fait, voilà chicanous riche pour quatre mois, comme si coups de bâton fussent ses naïves i* moissons, car il aura du moine, de l'usurier, ou avocat, salaire | bien bon et réparation du gentilhomme aucunes fois ^^ si grande et excessive que le gentilhomme y perdra tout son avoir, avec danger de misérablement pourrir en prison, comme s'il eût frappé le roi.

•— Coatrâ tel inconvénient, dit Panurge, je sais un remède très bon, duquel usait le seigneur de Basché.

I. Mâchuié. — 2. Procureurs. — 3. Avec. — 4. Interprètes. — 5, Diamétralement. — 6. Gens soumis à Rome. — 7- Mauvaise. — 8. Mémento. — 9. Larve de grenouille, têtard. — 10. Jarretières^ coups de fouets sur les jambes. — 11. Naturelles — 12. Parfois.

— Quel? demanda Pantagruel.

— Le seigneur de Basché, dit Panurge, était homme courageux, vertueux, magnanime, chevalereux. Il, retournant de certaine longue guerre en laquelle le duc de Ferrare, par l'aide des Français, vaillamment se défendit contre les furies du pape Jules second, par chacun jour était ajourné, cité, chicané, à l'appétit et passe-temps du gras prieur de Saint-Louant.

Un jour, déjeunant avec ses gens (comme il était humain et débonnaire), manda quérir son boulanger, nommé Loyre, et sa femme, ensemble * le curé de sa paroisse, nommé Oudart, qui le servait de sommelier, comme lors était la coutume en France, et leur dit en présence de ses gentilshommes et autres domestiques : « Enfants, vous voyez en quelle fâcherie me jettent journellement ces marauds chicanons. J'en suis là résolu que, si ne m'y aidez, je délibère ^ abandonner le pays et prendre le parti du Soudan ^ à tous les diables. Désormais, quand céans ils viendront, soyez prêts, vous Loyre et votre femme, pour vous représenter en ma grande salle avec vos belles robes nuptiales, comme si l'on vous fiançait, et comme premièrement fûtes fiancés. Tenez, voilà cent écus d'or, lesquels je vous donne pour entretenir vos beaux accoutrements. Vous, messire Oudart, ne faillez * y comparaître en votre beau surplis et étole, avec l'eau bénite, commxC pour les fiancer. Vous pareillement, Trudon (ainsi était nommé son tambourineur), soyez-y avec votre flûte et tambour. Les paroles dites et la mariée baisée, au son du tambour vous tous baillerez l'un à l'autre du souvenir des noces, ce sont petits coups de poing. Ce faisants, vous n'en souperez que mieux. ISIais quand ce viendra au chicanons, frappez dessus comme sur seigle vert, ne l'épargnez. Tapez, daubez, frappez, je vous en prie. Tenez, présentement je vous donne ces jeunes gantelets de joute, couverts de che- ^ vrotin ^. Donnez-lui coups sans compter, à tort et à travers. Celui qui mieux le daubera, je reconnaîtrai pour mieux affectionné. N'ayez peur d'en être repris en justice. Je serai garant pour tous. Tels coups seront donnés en riant, selon la coutume observée en toute fiançailles. » — « Voire mais, demanda Oudart, à quoi connaîtrons-nous le chicanons, car, en cette votre maison, journellement abordent

I. En même temps. — 2. Suis résolu. — 3. Sultan. — 4. Ne manquez. — 5. De peau de chevreau.

gens de toutes parts. '> — « J'y ai donné ordre, répondit Basché. Quand à la porte de céans viendra quelque homme, ou à pied ou assez mal monté, ayant un anneau d'argent gros et large on * pouce, il sera chicanons. Le portier l'ayant introduit courtoisement, sonnera la campanelle -. Alors soyez prêts et venez en salle jouer la tragique comédie que vous ai exposée. »

Ce propre jour, comme Dieu le voulut, arriva un vieil, gros, et rouge chicanons. Sonnant à la porte, fut par le portier reconnu à ses gros et gras houseaux, à sa méchante jument, à un sac de toile plein d'informations, attaché à sa ceinture, signamment' au gros anneau d'argent qu'il avait on* pouce gauche. Le portier lui fut courtois, l'introduit honnêtement, joyeusement sonne la campanelle. Au son d'icelle, Loyre et sa femme se vêtirent de leurs beaux habillements, comparurent en la salle, faisants bonne morgue ^ Oudart se revêtit de surplis et d'étole. Sortant de son of&ce rencontre chicanons, le mène boire en son office longuement, cependant qu'on chaussait gantelets de tous côtés, et lui dit : « Vous ne pouviez à heure venir plus opportune. Notre maître est en ses bonnes : nous ferons tantôt bonne chère, tout ira par écuelles : nous sommes céans de noces : tenez, buvez, soyez joyeux. »

Pendant que chicanons buvait, Basché, voyant en la salle ses gens en équipage requis, mande quérir Oudart. Oudart vient portant l'eau bénite. Chicanons le suit. Il, entrant en la salle, n'oublia faire nombre d'humbles révérences, cita Basché ; Basché lui fit la plus grande caresse du monde, lui donna un angelot ^, le priant assister au contrat et fiançailles. Ce que fut fait. Sur la fin, coups de poing commencèrent sortir en place. Mais, quand ce vint au tour de chicanons, ils le festoyèrent à grands coups de gantelets, si bien qu'il resta tout étourdi et meurtri, un œil poché au beurre noir, huit côtes froissées, le bréchet "^ enfondré* , les omoplates en quatre quartiers, la mâchoire inférieure en trois lopins, et le tout en riant. Dieu sait comment Oudart y opérait, couvrant de la manche de son surplis le gros gantelet acéré ^, fourré d'hermines, car il était puissant ribaud. Ainsi retourne à l' Ile-Bouchard chicanons, accoutré à la tigresque **>, bien toutefois satisfait et content du seigneur de Basché, et moyennant le secours des bons chirur-

I. Au. — 2. Qoche. — 3. Particulièrement. — 4. Au. — 5. Mine. — 6. (Monnaie d'or.) — 7. L'os de la poitrine. — 8. Enfoncé. — 9. D'acier. — lo. Tigré de contusions.

RABELAIS — II to

giens du pays vécut tant que voudrez. Depuis n'en fut parlé. La mémoire en expira avec le son des cloches lesquelles carillonnèrent à son enterrement.

COMMENT, A L'EXEMPLE DE MAITRE FRANÇOIS VILLON, LE SEIGNEUR DE BASCHÊ LOUE SES GENS.

Chiçanous issu du château et remonté sur son esgue orbe* (ainsi nommait-il sa jument borgne), Basché, sous la treille de son jardin secret, manda quérir sa femme, ses damoiselles, tous ses gens, fit apporter vin de collation, associé d'un nombre de pâtés, de jambons, de fruits et fromages, but avec eux en grande allégresse, puis leur dit :

« Maître François Villon, sur ses vieux jours, se retira à Saint-Maixent en Poitou, sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poitevin. Les rôles distribués, les joueurs ^ récolés ^, le théâtre préparé, dit au maire et échevins que le mystère pourrait être prêt à l'issue des foires de Niort : restait seulement trouver habillements aptes aux personnages. Les maire et échevins y donnèrent ordre. Il, pour un vieux paysan habiller qui jouait Dieu le père, requit frère Etienne Tappecoue, sécretain* des cordeliers du lieu, lui prêter une chape et étole. Tappecoue le re-fusa, alléguant que, par leurs statuts provinciaux, était rigoureusement défendu rien bailler ou prêter pour les jouants ^. Villon répliquait que le statut seulement concernait farces, mômeries et jeux dissolus, et qu'ainsi l'avait vu pratiquer à Bruxelles et ailleurs. Tappecoue, ce nonobstant, lui dit péremptoirement qu'ailleurs se pourvût, ai bon lui semblait, rien n'espérât de sa sacristie, car rien n'en aurait sans faute. Villon fit aux joueurs le rapport en grande abomination, ajoutant que de Tappecoue Dieu ferait vengeance et punition exemplaire bientôt.

« Au samedi subséquent, Villon eut avertissement que Tappecoue, sur la poultre du couvent (ainsi nomment-ils une jument non encore saillie), était allé en quête à Saint-Ligaire, et qu'il serait de retour sur les deux heures après midi.

ï. Equa orba (latinisme). — 2. Acteurs. — 3. Ayant répété leur rôle. — 4. Sacristain. — 5. Acteurs.

Adonc fit la montre de la diablerie parmi la ville et le marché. Ses diables étaient tous caparaçonnés de peaux de loups, de veaux et de béliers, passementés * de têtes de moutons, de cornes de bœufs, et de grands havets - de cuisine, ceints de grosses courroies, es-quelles pendaient grosses cymbales de vaches, et sonnettes de mulet à bruit horrifique. Tenaient en main aucuns ' bâtons noirs pleins de fusées ; autres portaient longs tisons allumés, sur lesquels à chacun carrefour jetaient jïleines poignées de parasine ♦ en poudre, dont sortait feu et fumée terrible. Les avoir ^ ainsi conduits avec contentement du peuple et en grande frayeur des petits enfants, finalement les mena banqueter en une cassine^ hors la porte en laquelle est le chemin de Saint Ligaire. Arrivants à la cassine, de loin il aperçut Tappecoue qui retournait de quête, et leur dit en vers macaroniques :

Hic est de patria, natus de gente belistra, Qui solet antiquo bribas portare bisacco.

« Par la mort dienne ! dirent adonc les diables, il n'a voulu prêter à Dieu le père une pauvre chappe ; faisons-lui peur. — C'est bien dit, répond Villon ; mais cachons-nous jusques à ce qu'il passe, et chargez vos fusées et tisons. » Tappecoue arrivé au lieu, tous sortirent on ^ chemin au devant de lui, en grand efiroi, jetants feu de tous côtés sur lui et sa poultre, sonnants de leurs cymbales et hurlants en diables : « Hho, hho, hho, hho, brrrou, rrrourrrrs, rrrourrrs, rrrourrrs, hou, hou, hou ! Hho, hho, hho ! Frère Etienne, faisons-nous pas bien les diables? »

« La poultre, toute effrayée, se mit au trot, à pets, à bonds et au galop, à ruades, fressurades ^ doubles pédales ' et pétarades, tant qu'elle rua i'' bas Tappecoue, quoiqu'il se tînt à l'aube " du bât de toutes ses forces. Ses étrivières étaient de cordes du côté hors le montoir, son souUer fenestré ^^, était si fort entortillé qu'il ne le put onques tirer. Ainsi était traîné à écorchecul par la poultre, toujours multipUant en ruades contre lui, et four\'oyante de peur par les haies, buissons et fossés. De mode qu'elle lui cobbit*' toute la tête, si que la cervelle en tomba près la croix hosannière *♦, puis les bras en piè-

I. Agrémentés. — 2. Crochets. — 3. Les uns. — 4. Poix résine. — 5. Après les avoir, — 6. Maison des champs — 7. Au. — 8. Coups de poitrail. — 9. Ruades de deux pieds à la fois. — 10. Renversa. — 11. Bois. — 12. Tailladé, — 13, Ecrasa. — 14. Des Rameaux

ces, l'un ça, l'autre là, les jambes de même ; puis des boyaux fit un long carnage, en sorte que la poultre au couvent arrivant de lui ne portait que le pied droit et soulier entortillé.

« Villon, voyant advenu ce qu'il avait pourpensé *, dit à ses diables : « Vous jouerez bien, messieurs les diables, vous jouerez bien, je vous afïie 2. O que vous jouerez bien ! Je despite ' la diablerie de Saumur, de Doué, de Montmorillon, de Langés, de Saint-Espain, d'Angers, voire, par Dieu, de Poitiers avec leur parloir, en cas qu'ils puissent être à vous paragonnés*. O que vous jouerez bien ! »

« Ainsi, dit Basché, prévois- je, mes bons amis, que vous dorénavant jouerez bien cette tragique farce, vu qu'à la première montre et essai, par vous a. été chicanous tant dissertement daubé, tapé et chatouillé. Présentement je double à vous tous vos gages. Vous, m'amie, disait-il à sa femme, faites vos honneurs comme voudrez. Vous avez en vos mains et conserve ^ tous mes trésors. Quant est de moi, premièrement, je bois à vous tous, mes bons amis. Or ça, il est bon et frais. Secondement, vous, maître d'hôtel, prenez ce bassin d'argent, je le vous donne. Vous, écuyers, prenez ces denx coupes d'argent doré. Vos pages de trois mois ne soient fouettés. M'amie, donnez-leur mes beaux plumails * blancs, avec les pampillettes "^ d'or. Messire Oudart, je vous donne ce flacon d'argent. Cetui autre je donne aux cuisiniers ; aux valets de chambre, je donne cette corbeille d'argent ; aux palefreniers, je donne cette nacelle d'argent doré; aux portiers, je donne ces deux assiettes ; aux muletiers, ces dix happesoupes *. Trudon, prenez toutes ces cuillères d'argent et ce drageoir. Vous, laquais, prenez cette grande salière. Servez-moi bien, amis, je le reconnaîtrai, croyants fermement que j'aimerais mieux, par la vertu Dieu, endurer en guerre cent coups de masse sur le heaume au service de notre tant bon roi qu'être une fois cité par ces mâtins chicanous, pour le passe-temps d'un tel gras prieur. »

I. Pensé. — 2. Je vous le confie. — 3. Méprise. — 4. Comparés. — 5. Garde. — 6. Panaches. — 7. Papillottes. — 8. Cuillères à soupe.

PANTAGRUEL — IW

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