‹ Gargantua et PantagruelChapitre 7 sur 51 · I. 'Terme de jurisprudence). — 2. Plaisir. — 3. Pique · texte numérisé non relu

I. 'Terme de jurisprudence). — 2. Plaisir. — 3. Pique

— Point donc ne vous mariez, répondit Pantagruel, car la sentence de Sénèque est véritable hors toute exception : « Ce qu'à autrui tu auras fait, sois certain qu'autrui te fera. »

— Dites-vous, demanda Panurge, cela sans exception ?

— Sans exception il le dit, répondit Pantagruel.

— Ho ! ho ! dit Panurge, de par le petit diable, il entend on ce monde ou en l'autre.

« Voire, mais puisque de femme ne me peux passer en plus qu'un aveugle de bâton (car il faut que le virolet * trotte, autrement vivre ne saurais), n'est-ce le mieux que je m'associe quelque honnête et prude femme, qu'ainsi changer de jour en jour, avec continuel danger de quelque coup de bâton, ou de la vérole pour le pire? Car femme de bien onques ne me fut rien, et n'en déplaise à leurs maris.

— Mariez-vous donc, de par Dieu, répondit Pantagruel.

— Mais si, dit Panurge, Dieu le voulait, et advint que j'épousasse quelque femme de bien et elle me battît, je serais plus que tiercelet 2 de Job, si je n'enrageais tout vif, car l'on m'a dit que ces tant femmes de bien ont communément mauvaise tête : aussi ont-elles bon vinaigre en leur ménage. Je l'aurais encore pire, et lui battrais tant et très tant sa petite oie (ce sont bras, jambes, tête, poumon, foie et râtelle), tant lui déchiquetterais ses habillements à bâtons rompus, que le grand diole' en attendrait l'âme damnée à la porte. De ces tabus* je me passerais bien pour cette année et content serais n'y entrer point.

— Point donc ne vous mariez, répondit Pantagruel.

— Voire mais, dit Panurge, étant en état tel que je suis, quitte et non marié... notez que je dis quitte, en la maie ^^ heure, car étant bien fort endetté, mes créditeurs ne seraient que trop soigneux de ma paternité... mais quitte et non marié, je n'ai personne qui tant de moi se souciât et amour tel me portât qu'on dit être amour conjugal, et si par cas tombais en maladie, traité ne serais qu'au rebours. Le sage dit : « Là où n'est femme, j'entends mère-famille, et en mariage légitime, le malade est en grand estrif^. J'en ai vu claire expérience en papes, légats, cardinaux, évêques, abbés, prieurs, prêtres et moines. Or là jamais ne m'auriez.

— Mariez-vous donc, de par Dieu, répondit Pantagruel.

— Mais si, dit Panurge, étant malade et impotent au devoir

I Moulinet — 2. Tiers. — 3. Diable, — 4. Tracas. — 5. Mauvaise. — 6. Danger,

de mariage, ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui s'abandonnait, et non seulement ne me secourût au besoin, mais aussi se moquât de ma calamité, et (que pis est) me dérobât, comme j'ai vu souvent advenir, ce serait pour m'achever de peindre et courir les champs en pourpoint.

— Point donc ne vous mariez, répondit Pantagruel.

— Voire mais, dit Panurge, je n'aurais jamais autrement fils ni filles légitimes, esquels j'eusse espoir m.on nom et armes perpétuer, esquels je puisse laisser mes héritages et acquêts (j'en ferai de beaux un de ces matins, n'en doutez, et d'abondant^ serai grand retireur de rentes), avec lesquels je me puisse ébaudir quand d'ailleurs serais méshaigné^, comme je vois journellement votre tant bénin et débonnaire père faire avec nous, et font tous gens de bien en leur sérail et privé. Car quitte étant, marié non étant, étant par accident fâché, en lieu de me consoler, avis m'est que de mon mal riez.

— Mariez-vous donc, de par Dieu, répondit Pantagruel. »

COMMENT PANTAGRUEL REMONTRE X PANURGE DIFFICILE CHOSE ÊTRE LE CONSEIL DE MARIAGE, ET DES SORTS HOMÉRIQUES ET VIRGILIENS.

« Votre conseil, dit Panurge, sous correction, semble à la chanson de Ricochet : ce ne sont que sarcasmes, moqueries, paranomasies ', épanalepses ♦ et redites contradictoires. Les unes détruisent les autres. Je ne sais esquelles me tenir.

— Aussi, répondit Pantagruel, en vos propositions tant y a de si et de 7nais, que je n'y saurais rien fonder ni rien résoudre. N'êtes-vous assuré de votre vouloir? Le point principal y gît : tout le reste est fortuit et dépendant des fatales dispositions du ciel. Nous voyons bon nombre de gens tant heureux à cette rencontre qu'en leur mariage semble reluire quelque idée et représentation des joies de paradis. Autres y sont tant malheureux que les diables qui tentent les ermites par les déserts de Thébaïde et Montserrat ne le sont davantage. Il s'y convient mettre à l'aventure, les yeux bandés, baissant la tête, baisant la terre, et se recommandant à Dieu au demeurant, puisqu'une fois l'on s'y veut mettre. Autre assurance ne vous en saurais- je donner.

I. En outre. — 2. Chagriné. — 3. Rencontres de mots. — 4. Répétitions.

« Or, voyez ci que vous ferez, si bon vous semble. Apportezmoi les œuvres de Virgile, et par trois fois, avec l'ongle les ouvrants, explorerons, par les vers du nombre entre nous convenu, le sort futur de votre mariage, car, comme par sorts homériques souvent on a rencontré sa destinée, témoin Socrates, lequel, oyant * en prison réciter ce mètre - d'Homère dit d'Achille Iliad.. IX:

HjiaTt xèv TpiTàTO) <i>6(Y)V éèCêwlov (xoC^iyjv Je parviendrai, isans faire long séjour, En Phtie, belle et fertile, au tiers jour,

prévit qu'il mourrait le tiers subséquent jour, et l'assura à Eschines, comme écrivent Plato, iji Critone, Cicéron, primo de Divinatione, et Diogenes Laertius... »

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