‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 10 sur 33 · O A H 1 B. \ I. DI.— CO N QU ÊT K · texte numérisé non relu

O A H 1 B. \ I. DI.— CO N QU ÊT K

, Î8 avril.

J’ai sous les yeux une preuve de l’inexactitude du pouvoir dans les communications ofticiellés qu’il publie sur les affaires de Sicile. Voici un bulletin qu’il a reçu il y-a une dizaine de jours, et qu’une bonne fortune a fait tomber dans ipes mains. Je peux en garantir l’autbenticité et le certifier scrupuleusement confornie ;

« Me voici prêt à wns renseigner sur .tout ce que « j’ai appris cette nuit sur les' opérations de la colonne « mobile, composée de la section de la H® b...”, de « quatre compagnies du 4® régiment de ligne et tïeux <( compagnies du 2® bataillon de chasseurs. '

« Cette colonne partit de Quattroventi le 17, vers « deux heures après" midi, et prit le chemin des Colli. « 'La direction 'qui lui avait ‘été donnée était, celle de <( Càrini, oU l’on àVqit appris que les chefs de la ré- « volte s’étaient rassemblés avec ceux (ju’ils avaient « séduits. On expédia par mer, pendant la nuit, un bail taillon du 6® de ligné, afin de le faire débarquer «■également su.r la côte de Carini.

«On arait disposé de plus queJa colonne cdmman- « dée par le général Cataldo, qui se trouvait déjà à « Partenico, couronnerait les hauteurs qui domii)enl « le pays^ . ' .

« Hier matin (le 18), de bonne heure, la première « colonne fut- devant Carini, et le bataillon du 6* de « ligne opérait son débarquement. La première cx)-. « lonne,. ayant reconna la position, attaqua seule Ca- « fini, entreprise très-ardue, vu la situation 'de la place « et la manière dont les habitations sont construites.

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' « L’artillerie, tout d’abord, ouvrit son feu, et la ré- « sistance fut très-vigoureuse; mais l’infanterie, après « une fusillade assez vive (dopo non poco fuoco di fu- « cileria), se précipita à la baïonnette, et il y eut un U carnage très-considérable {considerevolissimo}.

« Carini fui livrée aux flammes, et les restes des « révoltés se mirent en fuite par lés montagnes.

« L’aftillerie a fait son devoir, et le premier sergent « Giulio Basile s’est distingué.

(( Ces nouvelles ont été reçues par le chef d’état- « major qui est venu dans là nuit porter son rapport « à S. Exc. le général en chef. ^ >

« L’artillerie n’a pas perdu d’hommes. Trois soldats « seulement du 6® de ligne ont été blessés, un seul « grièvement à là tété. »

, Je fais remarquer, en passant; qu’une résistance qui n’a blessé que trois soldats n’a pu être bien vigoureuse ni justifier l’incendie d’une ville d’environ 'dix mille âmes. Mais je ne veux pas insister §ur l’exagération de ce- rapport, j’ai à' constater des faussetés plus graves. Le surlendemain de cette expédition formidable, le gouvernement, à qui ce bulletin était parvenu sans’doüte, publiait dans sbn journal officie) :

(i Depuis le 13 dé ce mois, où nôus parlâmes de la « Sicile,, jusqu’à ce jour, nous sont paWenues les nou- <i velles les plus satisfaisantes sur la tranquillité de l’ile « entière, et nous n’en avons- pas fait n>ention, pour « ne pas répéter toujours les mêmes paroles; et si « aujourd’hui nous reprenons la plume sur le même « sujet, nous ne le faisons que pour confirmer ce que « nous avons déjà dit , c’est-à-dire qu’en ces royaux « domaines, des plus grandes cités aux plus petites

OARIBALDI. — CONQUÊTE

« communes, tout est dans un calme et dans un ordre (( parfaits... » Et ainsi de suite.

Depuis lors , le Journal officiel est rentré dans le silence, et je suis forcé de recourir aux informations particulières et aux sources diplomatiques, où j’ai puisé jusqu’ici des renseignements exacts et des faits confirmés. ^ • *

L’île est moins calme que jamais, et l’ordre, loin de se rétablir, commence à être troublé jusque dans les grandes villes.

Palerme , entre autres , épouvantée le^ premiers jours, a repris courage. Les maisons et les boutiques restent fermées, mais des groupes traversent souvent les rues en crianti.Fit’c l'Italie ! \'ive la France /Vive. Victor- Emmanuel ! L’arrivée de vapeurs de guerre français et pîémdntais a ranimé bien des espérances. Au Bdrgo (quai du port), les marins ont fait une démonstration. On s’attend de jour en jour à un soulèvement qui aura lieu, s’il reste des armés.

Et il doit en rester : on.en trouve tous les jours, dans la ville et aux environs.

On a découvert en plusieurs endroits, des bombes Orsini et autres" munitions de .guerre. Un maître fontainier, nommé Rizzo, blessé, dans l’insurrection, d’une balle qui lui a traversé le genou et d’un coup de baïonnette qui ne l’a pas tué, cachait des munitions dans un puits de sa maison ; on ne les a trouvées que le 25.

Aux environs de Palerme,- à Porrazzi, où est l’hospice des aliénés , on a canonné plusieurs maisons où se trouvaient des rebelles. La famille d’un employé du consulat de France a été massacrée brutalement.

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li'

Ce ne sont pas des bruits, mais des faits. Vous entendrez bientôt A ce sujet des plaintes officielles. .

L’insurrection était fortement organisée, et je crois qu’elle aurait réussi dès le premier jour, si elle n’eût ^ été trahie et devancée par une attaque du pouvoir. Les troupes devaient être chassées de Palerme , puis écrasées par les insurgés déjà prêts qui devaient fondre sur elles de toutes les hauteurs* qui entourent la ville. Les dénonciations ont déconcerté ce plan , mais sans perdre la cause nationale. L’insurrection est toujours forte , et l’on assure qu’elle envahira Palerme un de ces jours. .

Le lieutenant général s’y attend du moins. Ce qui est évident i c’est la démoralisation des troupes et la hardiesse croissante de la population. Dans les rues, les gamins arrêtent les sbifes et leur crient sous le nez : Vi’oe Victor-Emmanuel leMrand ! Notez l’épithète inaugurée par des enfants siciliens.

Les communications sont de nouveau interrompues avec l’intérieur de l’île. Deux ceintures militaires entourent la ville ; impossible d’en sortir sans une permission spéciale et accordée à bon escient. État de siège rigoureux , piquets à tous les coins de rue , patrouilles circulant partout, visites domiciliaires, etc.

Et cependant , à tout moment éclatent les cris de : Vive r Italie!

On ne voulait pas permettre de débarquer aux officiers des frégates piémontaises pour éviter des démonstrations ; ils sont descendus aü boüt du mole et en habits bourgeois. 11 -y a aussi dans le port un navire américain et un vaisseau russe.

/ Je vous ai parlé des treize fusillés : c’est ce qu’on

OA RI BAI.DI— CONQUÊTE

appelJe un exemple. Il y a encore huit gentilshommes eh prison, avec des milliers d’autres, appartenant aux •familles princières de la Sicile. Les premiers jours, ils avaient été mis in caméra serrata, c’est-à-dire au

cachot, et. nourris de fèves. Un ordre du roi leaa fait transporter à la Vicaria de Palerme, où ils sont mieux traités.

. A l’entrée des vaisse'aux français et piémontais , les prisonniers de la Vicaria ont essayé une démonstration, audace inouïe. On l’a réprimée en braquant contre eux-des canons; je ne sais si l’on a tiré.

Au départ de VElettrico, qui est ici arrivé, les magasins étaiént encore fermés à Palerme. On me rapporte que, pendant l’état de siège, les soldats s’étaient attroupés devant une des riches maisons de cette ville. — On prépare là, "dirent-ils, de l’eau et de l’huile bouillantes qu’on veut verser sur nous. — Ils se mirent donc en devoir d’attaquer cette maison riebe. Un officier parvint à les retenir. Il les pria de le laisser entrer seul dans la maison , et il entra seul. 11 y vit une famille agenouillée autour d’un aùtel et attendant paisiblement la mort. 11 retourna dire aux soldats ce qu’il avait vu et leur corhmanda'de se remettre en marche. Pour toute réponse, il reçut une balle dans l’épaule. — Il est maintenant à Waples; avant-hier il était nrourant.

En général, les officiers se sont bravement conduits en Sicile ; ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour pousser les soldats à se battre et pour les empêcher de piller, car les soldats, dit-on, veulent piller et ne veulent pas se battre.

Les violences commises à Carini sont pleinement

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coufirmées par toutes les correspondances. Les kiidats arrêtaient les gens dans la rue, leur demandant, le sabre sur la tête, de dénoncer les familles riches de la' localité. A peine dénoncées, elles étaient dévalisées, et massacrées si elles résistaient. Ceci est atroce, mais historique. Un capitaine qui voulait s’opposer au pillage a été tué. ■

La ville une fbis pillée et, en partie, brûlée, les soldats n’ont point osé la garder , craignant une atta; que. ils campent à Capace.

. Je ne vous ai rien dit de l’insurrection de Messine dont les journaux ont fait tant de bruit , et ceci par une raison fort simple : cette insurrection n’a jamais existé.

Des prisons ouvertes par les sbires, pour exciter du tumulte , et provoquer 'une émeute des coups de sifflet et des coups (ie fuâl daps la soirée du 8 et à la suite de ces désordres auxquels la population ne s’était point-mêlée, une formidable proclamation d’état de siège, une menace de bombardement retirée sur la protestation des consuls étrangers, des feux de peloton tirés la nuit dans les rues vides et contre les maisons désertes, une épouvantable consommation de poudre bruyante , de balles et meme de boulets inoffensifs pour terrifier les habitants qui ne. bougeaient pas, voilà toute la comédie. Là-dessus les sbires ont poussé des cris de triomphe. Ils avaient abattu la révolution ! , . -

8 mai. '

Le Journal officiel; à Naples, et les journaux du gouvernement napolitain, à Paris, continuent A décla-

(j A RIB A LUI. — CONQUÊTE

rer que tout est fini en Sicile. Ils disent « que lè temps, « l’encre et le papier leur manquent pour réfuter les « déblatérations » qui courent la ville. « Tout ce qu’on « dit contre nos assertions n’est que mensonge, » s’écrie la feuille officielle, « et ne mérite que mépris « pour qui l’invente et risées pour qui le croit. »

Cependant les bateaux marchands qui avaient été rendus à Fadministration napolitaine viennent d’être repris par le gouvernement et chargés de troupes. Le Vesiivio, qui devait partir aujourd’hui pour Marseille et vous porter cette lettre, part au contraire pour Palerme et ypwte des renforts. Le Fulminante et VEUore Ficramosca, frégates du roi, ont levé l’ancre dans la nuit et dans la journée d’hier. Quatre régiment^ étaient à Gaête prêts à partir; on dit qu’une de ces frégates est allée les prendre. L’autre a embarqué des canons et des mulets. A Palerme , pour prévenir une attaque, on a muré deux portes de la villor Les frontières sont dégarnies,* et les env'irons de Naples (entre autres le petit village de-San-Giorgio — Sancto lorio en napolitain) — sont couverts de troupes'qui bivouaquent dans les maisons. Je me suis attardé l’autre soir (fans ce petit'cndroit : je me suis -cru dans une place forte ou dans une ville contjuise.

Toutes fces 'tiouvelles sont parfaitement exactes. Voici maintenant les commentaires les plus accrédités; je n’ose iK)urtànt les garantir. Les rumeurs publiques et les lettres particulières de Sicile annoncent un débarquement; U y en a mêine quien annoncent deux, trois, etc. H est (îertaili que Garibaldi a quitté Gênes : on croit savoir qu’il s’est embarqué sur un vapeur avec cinq cents hommes et qu’il est allé à Malte ; quel-

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ques-uns le disent déjà descendu sur les côtes de l’île; on désigne même l’endroit; mais il; y a beaucoup d’imagination dans ce .pays, et cette imagination, surexcitée parle silence officiel, roule des flocons de neige et en fait 'des avalanches. Que croire de tout cela? On ne sait rien. La Sicile est entourée de vapeurs napolitains qui n’arriverotit peut-être pas à l’isoler de ritalie du nord, mais qui arrivent fort bien, pour le moment, à l’isoler du royaume de Naples. L’insurrection n’écrit pas; les lettres qui nous parviennent sont de Messine et dé Palerme; or, Palerme et Messine, occupées ou'cernées parles troupes royales, ne savent rien. Les correspondances particulières ne sont délivrées qu’aux ministres ou aux consuls étrangers et aux maisons de commerce ; ces dernières en reçoivent quelquefois qui donnent des nouvelles politiques dans le style ingénieux , mais obscur , de l’allégorié : « L’huile est enfin débarquée ! » écrit uii de ces correspondants voilés. Mais qu’est-ce donc que cette huile ?

Nous savons l’état de Palerme, voilà tout. Les troupes ont quitté la ville, ef campent hoi*s des murs. Les magasins sont fermés, sauf quelques boutiques de comestibles, qui vendent leurs provisions au poids de l’or. La police, pour ramener la sécurité, veut forcer les marchands à ouvrir les portes, qui sont quelquefois entre-bâillées de force pendant quelques minutes, et se referment dès que les patrouilles Ont passé. Menacés d’autre part de pillage, ces pauvres diables restent barricadés chez euit. Et cela dure depuis un mois ! Les démonstrations se renouvellent et se multiplient de jour en jour. Les soldats ne sont

IM GARIBAI.D1. — CONQUÊTK

plus'là pour les réprimer; la police n’est pas assez forte pour les dissiper. Elle regarde , écoute et prend ses notes. Si la victoire reste au pouvoir, gare aux représailles ! '

Naples est tranquille cependant; mais s’il est bien vrai que Garibaldi se soit mis de la partie , je finirai par croire que la ville pourra bien lever la tête. Le prestige du fameux général est extrême en ce pays : on le voit, à la terreur du pouvoir, qui a. déjà quarante mille soldats en Sicile et qui en envoie d’uutres chaque jour et charpie riuft, gardant toutes ses côtes et veil- ^.lant de tous ses yeux, pour se défendre contre cet homme. Le portrait de Garibaldi, reproduit par la photographie , est distribué partout, dans la police et dans l’armée, par les ordres du gouvernement. Je possède une épreuve de ce signalement otïiciél. La confiance de l’opposition égale la terreur dé l’autorité.. Lue déclaration de guerre du Piémont, une armée signalée aux frontières exciterait moins d’agitation que cette mystérieuse aventure du chef de partisans. Il n’y a qq’un fait certain, c’est qu’on ne sait où il est, et ce fait suffit pour bouleverser le pays. Tout le monde espère ou tremble.

. - li mai.

La Saetta , vapeur du roi , nous a apporté hier des nouvelles de Sicile. Palerme est de plus en plus agitée. Aux démonstrations partielles qui traversaient les rues a succédé, mercredi 9 mai, une démonstration générale (jui a traversé la ville. On a commencé par crier : .4 bus la police! on a fini par crier ; Vive Victor-

DES DEUX-SICILEIS.

DW

Emmanuel! La police, n’a pas sutR pour disperser ces attroupements d’hommes désarmés. Il a fallu l’intervention des troupes campées hors de Palerme. Il y a eu résistance ; une lettré que j’ai sous les yeux nomme trois morts, huit blessés et- dix personnes arrêtées. Cette lettre est d’un général qui a l’un' des plus importants comi’nandéments en Sicile. Elle se termine par ces mots : « Je crains que la révolution sicilienne « ne se dénoue plus tragiquement que je, ne l’avais (( cru jusqu’à ce jour. »

Je ne lis plus le Journal officiel : il dit probablement que tout est fini et que l’île entière est rentrée dans l’ordre. Voilà quarante jours qu’il dit cela , et y a quarante mille soldats en Sicile !

Et dans l’intérieur les combats n’ont pas cessé. Chaque nuit les fusillades recommencent.. Les soldats ne veulent plus marcher. Ils sont fatigués de ces alertes incessantes et de ces escarmouches nocturnes, qui ne leur laissent pas un moment de sommeil. Il n’y a plus rien à piller, on ne peut cortimander le sac ; de Palerme. Les ofliciers d’ailleurs s’opposent de toute leur force à ces brutalités et à ces déprédations. Cet I état pourrait durer longtemps encore, j Mais on attend Garibaldi, qui va changer les choses. C’est un fait maintenant constaté que le général a quitté Géhes avec ses volontaires. On ne sait où il est i je crois qu’on ne le sait nulle piirt. Mais on l’attend j comme le héros de la grande aventure cpii commence à peine. Dans le monde politique, on est halètent, anxieux , l’œil ouvert, l’oreille tendue. — Où est-il ? * où n’est-il pas? Descendra-t-il en Sicile ou, en Calabre?

! a-t-il déjà coulé bas la Hotte royale ? marche-t-il sur

Naples ou sur Palerme? On entend un coup de pétard ; est-ce le canon du condottière ? • -

15 mai.

Garilbadi est descendu à Marsala avec deux mille liommes.

Voici le rapport du Journal officiel :

« Naples, 13 mai. — Avant-hier, 11 du mois, à une heure et demie, deux vapeurs de commerce génois, nommés le Piemohte et le Lombardo, abordaient à Marsala, et là commençaient à déljarquer une troupe de quelque centaine (au singulier) de flibustiers.

« Les deux pyroscaphes royaux, Capri et Stromboli, qui eroi^ient sur ces côtes, ne tardèrent pas à ouvrir leur feu sur ces deux navires qui cortimettaient l’ucle le plus manifeste de piraterie, et du feu des deux pyroscaphes mentionnés résulta la mort d’un grand nombre de flibustiers, le couler à fond du Lombardo, qui était le plus grand des deux vapeurs- génois, et la capture de l’autre vapeur le Piemonte.

« Les troupes royales cantonnées dans cette province sont déjà en mouvemient pour entourer Ces gens et les faire prisonniers.

« ' Les nouvelles télégraphiques d’aujourd’hui ne nous apportent rien de nouveau sur Palerme et les autres provinces de lî Sicile. »

Voilà là nouvelle officielle. Ainsi, de l’aveu même du gouvernement , le clébarqûement a été opéré. La perte des vapeurs était un malheur prol)able et attendu. Le difficile était. d’atteindre les côtes sur des navires signalés partout, et à travers la marine royale, qui.

DES DEUX-SICU.ES. . 13.'

renforcée de Ja .marine jnarchande armée en guerre (le Capri, entre autres, est un vapeur d’une compagnie privée), croisait tout autour de l’île et la serrait de près. Aussi, jusqu’à présent, le succès est aux flibustiers, comme les appelle agréablement Ja feuille officielle.

Voici maintenant des détails, dont je vous garantis l’exactitude, sur le débarquement des volontaires italiens. Masqués par l’île de Favignana, les vapeurs n’ont été en vue que près de Marsala. Le CapiH et le StromboH sfe sont hâtés d’accourir; mais les volontaires avaient de l’avancé et sdnt entrés dans le port avant d’être atteints.

Là, deux vapeurs de guerre anglais, V Argus et VImprtuous, ont couvert la descente des patriotes. Les Napolitains ont prié ces navires de s’écarter pour laisser passer leurs boulets. Les Anglais ont répondu qu’ils ne pouvaient s’éloigner sans reprendre à bord leurs officiers qui étaient descendus à terre. Et en effet ils les envoj'èrent chercher aussitôt. — Mais tes officiers ne se pressant pas de remonter à.hord, car ils étaient sur la jetée à regarder te spectacle, le'déhar- . quement put s’opérer dans le plus grand ordre et sans le moindre périt.

Grands cris des Napolitains à ce sujet. Les Anglais, disent-ils, proté(?ent donc la piraterie! — Mais des témoins assurent que si la marine royale avait voulu réellement se battre, elle serait arrivée à temps pour empêcher tout.

Le Lombardo, que les patriotes avajentlaissé échouer sur le rivage pour faciliter leurs opérations, a été canonné vaillamment lorsque tout était à terre. Le Pie- •

O A R I B A I. D I. — CON Q U ÊTE

morite, abandonné par les patriotes et capturé paries marins du roi,’ vient d’être ramené à Naple^ ; il fait la joie etl’orpueil des triomphateurs.

Les lettres du 11, de Palerme, annoncent une extrême agitation. Dans la manifestation du 9 figuraient plus de 15,000 personnes. Près de la poste, un sbire aborda un homme, le pistolet au poing, le sommant de crier Vive le roi ! L’homme cria Vive Victor-Emmanuel! sbire lâcha son coup, l’homme tomba mort.

Depuis lors, la démonstration est permanente. On acclame 'partout le roi de Piémont, même dans lès églises. On attend Garibaldi.

A Naples, M. Carafa vient.d’adresser une note formidable à la diplomatie, ün mémoire' a été joint à cette protestation’ : c’est un rapport sur l’embarquement, rédigé par le consul de Naples à Gênes. Je ne vous envoie pas ce papier, dont l’exactitude est susp'ecte ; mais voici la note de M. Carafa.

•« IVaples, 12 mai 1860. — Un fait de la plus sauvage piraterie a été commis par une horde de brigands publiquement enrôlés, organisés- et armés dans un État non ennemi, sous les yeux du gouvernement de cet État, et malgré la promesse , reçue de sa part, de vouloir l’empêcher.

« Le gouvernement du roi, prévenu des préparatifs qui se faisaient avec l’impudence lâ plus effrénée , à Gênes, â Turin, â Milan, à Livourne et à Sienne, d’une expédition destinée contré^ les États royaux , ne tarda pas à réclamer, sur cet attentat au droit des gens et aux obligations internationales, l’attention du gouvernement piémontais, dont les réponses, d’abord évasives, puis les promesses d’empêcher l’expédition,

DBS DEt’X-RICII.F.S. irt*

av^ient jdù autoriser fe gouvernement roVal à ne pas douter de-la sinô/'ritë des assurances et des assertions qui venaient affermir la nature des rapports de bonne harmonie et de non ingérence réciproque que nous n’avons jamais cessé d’avoir l’jntenlion de conserver.

« Le gouvernement du roi n’en a pas moins continué de surveiller les machinations des factieux qtii se réunissaient à Gênes et à Livourne, dans un but bien connu, et il en a' suivi la marche , dont l’iiisloire est résumée dans le mémoire ci-joint: '■ *

'( Il se llattait, donp de voir empêcher le départ de ces pirates. Cependant , après leur embarquement à Gênes et Livourne sur trois navires de commerce, dont deux piémontais et un anglais, les premiers de ces navires, partis de Livourne, se sont dirigés vers'le port de Marsala, où, arrivés hier sans aucun papillon, ils se mirent à opérer le débarquement des bandes qu’ils avaient à bord, lorsque les deux navires royaux de la croisière voisine ouvrirent contre les agresseurs le feu de leur artillerie. Ce feu cependant dut être suspendu pour donner le tenfips à deux vapeurs anglais, aiTivés là pe,u d’heures auparavant; de prendre à bord leurs officiers, qui se trouvaient à terre. Après les avoir embarqués, ces vapeurs reprirent le larçe, et alors seulement le feu put recommencer contre ces piratés, sans pouvoir cepe'iidant empêcher leur débarquement à Marsala, .ville de la province dé.Trapani. Avec cette simple indication du ^andaleux attentat dont la brièveté du temps ne permet pas de prévoir les résultats <lans la partie insulaire des États royaux où l'insurrection venait à peine d’être réprimée, le soussigné, chargé du portefeuille du ministère des affaires étran

G ARIBALDI. — CONQUÊTÉ

gères, a l’honneur de faire connaître à l’histoire

des événements^ pour qu’il veuille bien en informer son gouvernement, et que, quelles que puissent être les conséquences d’un' attentât commis contre toute espèce de droit violant les lois internationales, et par lequel l’Italie peut se trouver jetée dans la plus sanglante anarchie, en compromettant aussi l’Europe entière, la responsabilité n’en doive retomber que sur les auteurs, fauteurs et complices de la barbare invasion commise. . , '

(I Le soussigné a l’honneur, etc.

. . ' « Signé : Carafa. »

Garibaldi laisse protester et va son chemin. Le prologue est achevé ; le drame commence.

, . '18 mai> minuit.

I^e Journal officiel vient de paraître avec un 'article que le rédacteur Anzplmi est allé rédiger à Pqrtici, sous les yeux du roi. Voici cet article :

« Tandis que le gouvernement royal, avec les efforts « les plus généreux et les plus persévérants et la « moindre effusion de sang possible , était parvenu à « apaiser la r.évolle en . Sicile, un acte de piraterie fla- (I grante était consommé, le 11 de ce mois, par le « débarquement de gens armés sur la marine de Mar- « sala, comme nous l’avons annoncé dans le supplé- « ment au n° lO&de ce journal, d’après les premières « dépêches arrivées télégràphiqueme'nt. '

<( Des rapports postérieurs ont déclaré que la bande (( débarquée était d’environ 800 hommes ©t comman-

DES DEUX-SICILRS. . i:)9

« dée par Garibaldi. Dès que ces flibustiers eurent pris (( terre , ils évitèrent avec tous leurs soins de rencon- « trer les troupes royales, et se dirijfeant, d’après ce « qui nous est rapporté , vers Castelvetrano , mena- « çant les paisibles habitants et n’épargnant ni rapines, a ni incendies, ni dévastations de toutes sortes dans (( les communes qu’jls traversaient.

« S’étant grossis dans les quatre premiers jours de « leurs incursions de gens armés par eux et payés « avec profusion, ils poussèrent jusqu’à Calatafimi.

« Ayant appris ces choses à Alcamo , le général de « brigade Landi, le- soir même de ce jour, bien qu’à « la tête de forces très-inférieures, se mit en mouve- « ment pour affronter ces hordes, qui, dans la ren- « contre vive et obstinée, souffrirent de grandes « pertes entre morts et blessés. Elles furent battues « au cri de : Vive le roi! et poursuivies jusque dans « les montagnes, où elles se mirent à l’abri, et le bri- « gadier Làndi établit à Calatafimi son quartier général.

« Comme il fut ensuite averti que les bomrhes mis (( en fuite par lui n’ignoraient pas que la ville d’Al- « camo, dès la sortie des troupes royales, avait levé « l’étendard de la révolte, et que les criminels habi- « tants de Partenico en avaient fait autant, il se ren- « dit en cet endroit et malmena avec une immense « valeur et un élan irrésistible les hordes qui occu- (( paient ces communes. A Partenico notamment, les « gens de Garibaldi, attaqués à la baïonnette avec une « fougue extraordinaire parune partie du 8® chasseurs « et une partie des carabiniers à pied , subirent des a pertes très-graves. Là, un oflicier supérieur, qu’un (( prisonnier affirme être ou le colonel Bixio, ou le

110 G.VRI B.U. Dl. — rONQl’ ftTR

(( fi!s de Garibaldi en> personne, tandis qu’il tenait le <( drapeau à la main et encourageait ses hommes, fut « percé d’un coup de baïonnette par un jeune soldat <1 du 8® chasseurs, qui fut promu du coup au grade « de 2' sergent. Ce drapeau et le cheval du tué res- « térent au pouvoir des vainqueurs. '

« Après deux jours de glorieux combats, la colonne « du général Landi rentrait à Palerme , chacun de « ceux qui la composaient avec la conscience d'avoir « fait vailkimmenl son devoir.^»

Nous saurons bientôt ce qu’il y a de vrai dans cette épopée.

26 mai.

Il n’y a pas un mot de vrai dans toute l’épopée ofticielle qui précède.

Garibaldi n’avait pas avec lui 800 volontaires seulement, mais 1065 : j’ai reçu copie de ses listes.

Les patriotes n’ont menacé personne, ni rien dévasté, ni pillé. Dès leur débarquement, ils ont été enveloppés de Siciliens qui se pressaient en foule autour d’eux, leur offrant de les suivre. Et ceci partout où les patriotes ont passé. Garibaldi a dit aiix Siciliens : « Si j’avais attendu cela, je serais venu seul me mettre à votre tête. »

L’affaire de Calatafimi est, pour le roi, plus qu’une défaite, une déroute. On a surpris une lettre, du général Landi, écrite sur le champ de bataille. Cette lettre commence par ces mots : « Des secours et de prompts secours! » — Aiuto e pronto aiuto ! — C’est un long cri d’angoisse. ’

DES DEÜX-SICILES.

On a trouvé par,tout, sur la. route de Palerme, des sacs, des shakos, même des souliers que les soldats jetaient derrière eux pour alléger leur fuite. Et voilà comment ils soht rentrés » avec la conscience d’avoir fait leur devoir. »

Bixio n’a pas été tué, ni le fils de Garibaldi. — Le drapeau pris ri’était pas même un drapeau de bataillon, mais une des innombrables bannières de fantaisie qu’avaient apportées avec eux les volontaires « qu’un imprudent, nommé Schiafiinj, était allé agiter jusqu’au delà de la colonne ennemie.' Là, deux balles le couchèrent mort.

Landi, dans sa lettre, avoue la perte d’un canon, et dit que dette perte lui a percé le cœur. {Questa perdita mi ha Irafitto il more.) Les patriotes disent qu’il en a perdu quatre.

A Palerme, le général Lanza est allé remplacer le prince Castelciçala, corrtme aller e^o du roi et gouverneur de nie. II est arrivé la poche pleine de promesses et-les caissons- pleins de boulets.

Il a dit qu’il venait étudier les besoins du pays. A quoi les Siciliens ont répondu par ce mot rabelaisien que je n’ose traduire : I bisogni si studia, no dopo l’ evacuazione.

Là-dessus, le général a remis la ville en état de siège. Défense de circuler à deux dans les rues, cours martiales, falot obligatoire dès la tombée du jour, imprimeries fermées, etc. Cela fait, Lanza est sorti de la ville en laissant derrière lui les portes barricadées ou murées, et emmenant 20 à 22,000 hommes, qu’il commande personnellement. 11 s’est campé devant Palerme, entre le Palazzo-Reale (Porta-Nova), le fort de

O A RI B AI, DI. — TON QU ÊTE

Castellamare et Quattroventi. Bosco commande les chasseurs. Cette armée dev.ait attaquer hier Garibaldi qui est à Monreale. Telles sont les nouvelles certaines. Maintenant, nous ignorons l’issue du combat; nous ne savons même pas s’il a eu lieu. Et permettez-moi de vous dire, 'pour VOÜ3 mettre en garde contre les rapports des journaux officieux, que le gouvernemept n’en sait pas plus que nous sur cette affaire. La télégraphie reste muette, les fils ayant été rompus.

Encore quelques faits ^confirmés. Il y a urf comité qui dirige la révolution en Sicile. Ce comité vient d’adresser aux consuls une circulaire leur annonçant que le mouvement était annexionniste, et qu’aussitôt après l’évacuation des troupes, on ferait voter la population, qui reconnaîtrait immanquablement Victor- Emmanuel.

N’êtes-vous pas frappé du petit nombre d’avantages obtenus depuis bientôt deux rtiois par l’armée royale? Je ne veux pas insister davantage sur le débarquement qui s’est opéré malgré les vingt et un vapeurs qui croisaient pour le prévenir. Je m’en tiens à la désorganisation actuelle de l’arméei Voici déjà, à cause du mouvement sicilien, sept ou huit généraux en disgrâce : le prince Castelcicala en tête, qui était lieutenant du roi en Sicile, remplacé par le général Lanza; le général Salzano , commandant les forces de Palerme, rappelé à Naples ; le général Jauch, qui 'commandait à Trapani, mis en jugement et soumis à un conseil de guerre; le général Landi, mécontent et méconnu, demandant sa démission: enfin, les généraux Sur>’ et Wyttembach (deux ex-Suisses), Primerano et Fioranza, non-seulement rappelés, mais mis à la quatrième classe. Voilà

Digilized hy Cci,

DES DRUX-SICU.KS. 143

ce qui donne à penser, même à ceux qui font le moins de conjectures.

On a chanté à Bari un Te Deum accompagné d’illuminations, de feux d’artifice et de réjouissances publiques pour célébrer k' victoire de Calatafimi et la , mort de Garibàldi. J’ai lu vingt lettres de Bari qui l’affirment.

Enfin, nous avons eu l’autre jour, à Naples, un service funèbre à l’honneur de Ferdinand II. II y a un an que le roi est mort; la Sicile est insurgée, envahie, et probablement perdue. Je constate le fait, je n’ajoule rien.

. 28 mai.

Après nous avoir parlé d’un engagement à Parco, auquel il donnait l’importance d’une grande victoire, le Journal officiel d’hier au soir nous a régalés de l’ar-, ticle suivant :

<( — Naples, 27 mai. — Avec le royal pyroscaphe,

« la Saetta, nous avons reçu d’autres rapports qui,

(( confirmant ce que nous avons indiqué hier sur les « brillants faits d’armes accomplis à Parco le 2li mai,

« ainsi que la défaite des bmides insurgées et de celles « de Garibaldi, ajoutent que les troupes royales com- (( mandées par le général Colonna et par le colonel « Von Mechel (Suisse), avec un élan extraordinaire,

« ont chassé de cette importante position les rebelles.

« Ceux-ci en occupèrent une autre dominant la pre- « mière, retranchée d’avance et défendue par cinq « pièces de canon.

« Le 25, cette seconde position fut aussitôt attaquée « avec une égale impétuosité, et on enleva aux ré'

GA RI B A LUI. — CONQUÊTE

« voltés un de leurs canons. L’assaut des troupes « royales fut si vif et formidable que tous les rebelles, « unis aux bandes de Garibaldi, et lui à leur tête, « s’enfuirent en désordre jusqu’à la plaine des Greci. « Là, serrés de près et attaqués de nouveau par la « colonne de Mechel et par le valeureux 9* bataillon « de chasseurs, commandé par le major del Bosco, « ils s’abandonnèrent également à une fruité précipitée « et désordonnée, traversant le district de Corleono, « et cherchant leur salut bien plutôt que de nouvelles « positions.

« Les bandes susdites, poursuivies sans répit par les « troupes royales, continuent à fuir, en proie au dé- « couragcment, qui est le double effet de la désillusion « où elles sont tombées dès leur arrivée en Sicile, et « des pertes graves qui, dans toutes les rencontres, « les ont diminuées de forces et d’espérances.

« Quant aux Siciliens qui s’étaient associés à eux, « séduits par l’or et par les caresses, eux aussi se « sont dispersés et vont rentrant dans leurs communes (1 respectives, découragés et abattus non moins qu’af- « fligés de s’êlre laissé tromper par les envahisseurs (( étrangers, venus pour exciter la rébellion dans ces « contrées.

H L’esprit public, également trompé, remonte de (( jour en jour au sentiment de l’ordre légal et se « copQe dans la valeur et l’admirable attitude des « troupes royales^ dont nous ne saurions louer suffi - <( samment la bravoure, la persévérance et la disci-

pline. Ln, dans tous, est l’enthousiasme pour la cause « légitime qu’ils soutiennent ; un, le cri du combat et « de la victoire : Vive le roi! »

DES DEUX-SICII.ES

Ce matin, nous avons appris que Garibaldi s’cst em- ‘ '

paré (le Païenne,

29 mai.

Avant (le raconter la prise de Païenne,, sur laquelle il m’arrive dés ballots de rensei},mements que j’ai besoin de contrôler, je note ici un récit brusque et vif de toute l’expédition garibaldienne. C’est le journal d’un sold.it qui dit tout en trois mots ; ■

« 8 mai. Arrivée et départ de Talamone pour des « munitions et du cbarbon.

« 9. Arrivée et départ de San-Stefano pour du « charbon. /

« 11, Arrivée à Màrsala et débarquement avec tous (( et tout, munitions et k pièces d’artillerie.

(i 12. bivouac à Gran-Pancardo, près Salemi.

« 13 et IA- Bivouac à Salemi et concentration des (( Forces insurrectionnelles, environ i!i,000 hommes.

« 15. Marche et combat en dehors de Calatafnni,

« au monte di,Pianto-Romano, contre 3,500 Napoli- « tains sous les ordres- de Landi. 128 blessés' et 18 ■ (( morts de notre côté -, prise d’une pièce de montagne ; ;

(( les royaux chassés de cinq positions bien défendues,

(( positions terribles.

« 16. Landi abandonne Calatafimi, que nous occu- « pons^ Landi, dans sa retraite, est horriblement mitl- (( traité 5 Partenico'et Borghetto par les insurgés.

« 17. Départ {lOurÀlcamo. • .

« 18. Départ pour Partenico, Le même jour, conti- (( nuation de la marche pour se rendre eir vue de Pa- (( lerme.

« 19. Pluie continuelle. On bivouaqua.

CARIRAI.ÜI. — f'ONQl'ftTR

« 20, Marche sur- l’oppio pour attirer 'les forces « royales de Montreale, et niano'uvres pour faire sortir « des forces de Païenne. On réussit en partie. Dans la « nuit, on marche' sur Perreo, en démontant l’artille- (1 rie, la portant à dos d’hommes par la pluie et d’hor- « rihles sentiers.

« 21. Dans la matinée, arrivée à Parco; retour à « Montreale. Dispositions pour marcher à Païenne.

(( 22 et 23. L’ennemi concentre beaucoup de forces. « Le général veut encore éloigner d’autres forces de (( Païenne.

■« 24- Attaque menaçante par plus de 10,000 lioin- (I mes. Dispositions de résishHice pour les attirer, cotn- « mencement d’attaque. Hetraitc de notre part pour (( les attirer à Corlep'ne efles planter en facAî de l’ar- « tilleric, pendant ([ue nous tournerons par d’autres « routes pour nous présenter devant Palel’ine. '

(( 25. Arrivée à Marnico. (.Nous avons -réussi à « amener les' royaux en face de l’artillerie dans la di- « ivctibn de Corleone.) I.e soir, marche pour Misil- « nieri. — Arrivée à minuit. 'bivouac.

« 25 et 20. Grand jour! — Les blessés vont très- « bien. — Misilmeri, 20. »

' ■■ 30 niai.

Voici en quelques mots l’histoire de la prise de Païenne.

Et d’abord le Jaurual ôlficid ne mentait (|u’à moitié en nous racontant ses victoires. Les chasseurs de Bosco et les Croates de von Mechel avaient en ell'et chassé les patriotes jusfpi’à Corleone, en leur enlevant deux ca-

DES DEUX-SICILES

in

lions. Seulement cette retraite d’Orsini , (|ui commandait le mouveinent, n’était qu’une fuse de guerre. Pendant que les meilleures troupes du ixii s’V-loignaient de la ville à la poursuite des fuyards et que la stratégie du généralissimp ofliciel tenait sës yeux braqués de ce côté-là, Garibaldi se jetait tout à coup ailleurs,

— et, descendant des'montagnoe par des sentiere ({ui auraient effrayé les chamois, il prenait Païenne.

Les militaires, en suivant maintenant sa marche sur , des caries qui ne marquent même pas te chemin, crient'au miracre. Et, en clfct, ce fut un miracle, mais de génie et d’aùdace, un coup d’mil et un coup de inaiii; ' ,

Garibaldi partit de Misihneri le soir du 26, av^'cses liravcs. Il 1 rainait derrière lui des bandes de pkciotli : c’est ainsi (pi’on nommé les jeunes gens du paysi Cette armée d’hommes descendant la montagne à pas de loup, par des sentiers affreux, un à un ? en fdc interininalile, dans la nuit, devait faire un effet fantastique.

Les pkciotli, bravos au fond , mais tout neufs dans la guerre, enfants perdus, et enfants terribles, avaient peur au moindre bruit : un cheval qui se cabra les mit en fuite. Arrivés dans la plaine, au lieu de faire silence, ils éclatèrent en acclamations et déchargèrent leurs ' fusils. Ils réveillèrent ainsi les Napolitains qui défen-'. daient un pont à franchir : il y eut un rude combat d’avant-garde. Les royaux repoussés s’enfuirent vers la ville. Et l’on arriva derrière eux à la porte Sajit’^Antonio, défendue à peine par une poignée de soldats.

C’était l’endroit vulnérable, et Garibaldi, d’un coup d’œil, avait vu qu’il entrerait par là dans la ville. Par malheur l’éveil était donné, les soldats avaient dn

G.V RI B.V LDI. — CONQUÊTE

IIH

* canon, cc canon balayait la route. Les piccîotli ne voulurent plus avancer. Us n’osaient traverser la mitraille. Vous figurez-vous cette angoisse suprême, au deniier moment, devant la ville éveillée : reculer alors , c’eût été {lérir. Un carabinier- génois prit quatre chaises et les plaça sur la route, en face" du canon, en arborant sur ce piédestal un dra|ieau tricolore; puis s’étant assis sur une des chaises, il y resta un long moment, sous le feu , les jambes croisées. Alors il dit aux picciotti :

« Vous voyez bien que ça ne tue pas! » Les pkciolti se jetèrent enfin sur la route. ’

, Et Garibaldi entra dans Païenne le 27 mai, jour de la Pentecôte, à trois heures du matin.

Dès son entrée la ville ^e couvrit de barricades. Les soldats fuyaient pêle-mêle pour aller s’enfermer dans les postes et dans les châteaux. Les Palermitains accouraient en foule, avec des cris de joie, acclamant l’Italie et baisant les mains (lu libérateur.

A midi , les soldats royaux avaient à peu près disparu de la-ville.

Mais les forts et les vaisseaux tonnaient afifreusemenl. Dès le matin et jusque dans la nuit, les artilleurs du ^ roi jetèrent sur Palerme non-seulement des boulets,mais des bombes incendiaires : deux bombes par minute dans les premières heures du combat. Vengeance atroce et inutile : ces instruments de destruction n’atteignaient pas les combattauts dans les rues , mais les innocents dans leurs maisons, qui s’cnjlammaient et croulaient sur eux, les brûlant vifs ou les écrasant par Centaines. Je ne veux pas m’arrêter longtemps sur ces horreurs indignes de notre siècle. Le bombardement de Palerme est la déchéance de François 11.

t)ES DEUX-SICILES.

« Là Scène est des plus horribles, écrit le contre- • amiral Mundy, témoin du désastre. Tout un district do mille yards de long sur cent de large est en cendres.

Des familles ont été brûlées vives avec les maisons; les atrocités commises par les troupes royales sont terribles. Sur d’autres points, des couvents, des églises , des édifices isolés, ont été écrasés par les bombes, dont onze cents furent lancées par la citadelle et deux cents autres par les navires dé guerre, sans compter les, obus et les boulets. »

« La condliite du. général Garibaldi, écrit plus bas l’amiral anglais, a toujours été pleine de générosité et de noblesse. »

On se battit ainsi, malgré les bombes, toute la journée du 27 et la matinée du’28. Enfin, au départ du va|«3ur autrichien qui nous a apporté ces nouvelles, les soldats n’occupaient plus que le Palazzo-Reale , cbSteau fortifié à l’extrémité orientale de la ville, le fort de Castellamare, à l’extrémité opposée, et -deux ou trois postes à l’intérieur... -

C’est une magnifique victoire.

1" juin.

La ilouette vient d’arriver de Palerme. Voici les nouvelles qu’elle nous apporte ; je les résume en courant.

Le 29 , débarquement des renforts (Suisses ou Croates) amenés par le Capri et l’ylm«//i," ils sont descendus au fort de Castellamare. Rentrée des troupes qui s’étaient avancées jusqu’à Corleone à la poursuite des garibaldiens. Elles reprennent traîtreusement quelques barricades pendant un armistice de vingt-quatre

GARI BAI-.DI.-: OONQrfiTE

• lioupf!^ demandé par le général Lanza-et obtenu par l’intercession de l’amiral anglais. Kntrevue sur le HannüJal, vaisseau anglais, deGaribaldi, non avec Lanza en personne , comme on le dit à îsaples , mais avec le général Letizia, parlementaire royal.

i)ans cette entrevue, accord complet sur des points de détail (les Siciliens, maîtres du port, permettront aux soklats de renouveler leurs provisions de vivres et rendront les blessés (jui sont dans leurs' mains, soignés d’ailleurs avec une charité toute fraternelle), — niais désaccord flagrant sur les point capitaux, capitulation refusée, à moins que les troupes ne rendent leurs arme5r. Ici se place un trait que je trouve dans deux dépêches : le général Letizia a proposé i\ Garibaldi de ftiire adrc.sser aù roi par le sénat de Palerme uuc humble supplique où l’on implorerait des concessions, et il croyait pouvoir s’engager îl la faire accueilir de bonne grâce. A quoi Garibaldi aurait ré- . pondu ; le sénat, c'est moi. D’autres écrivent que Garibaldi aurait demandé tout net l’expulsion des bourbons. Mais les pleins pouvoiiB de Letizia, et même de Lanza, n’allant pas jusque-lîk, les négociatiphs ont ' été rompues.

Pendant les négociations, les forts ont continué de tirer, les Croates ont atta(|ué des barricades. Le colonel Garini, l’un des plus ardents Siciliens qui aient suivi Garibaldi s’est précipité au-devant des Croates pour , les informer de l’armistice. Us l’ont frappé d’une balle hichement. '

1 . Nous avons connu M. Garini à Paris, où il dirigeait la Hcnie ffanro'italienne.

DES DEUX-SICILKS.

Ainsi, au départ de la le Palais-Rcfjal et le ♦

fort de t^astellamare étaient aux Napolitains; aux Siciliens le reste de la ville, et, en particulier, toute la marine depuis Gastellamare jusqu’à la Porta dei Greci ; si bien que les troupes ne pouvaient ni communiquer entre elles, ni se ravitailler par la mer. L’armistice expirait hier à midi; je ne sais si les hostilités ont été reprises.

Ce qui ferait croire qu’elles ne l'ont pas été, c’est l’arrivée, cc malin, d’un vapeur royal, la SaeUa, qui amenait à Naples le néf^ociateur de l’avant-veille ,' le {général Letizia, chargé peut-être d’une mission paci- , tique. Cependant la police fait courir aujourd’hui le bruit que Garibaldi a été pris. Je vous laisse ;i penser l’imiverselle explosion do rires qui a accueilli cette invention formidable. Les mensonges oflicicîls ont fait une telle impression chez les plus crédules, qu’une pareille nouvelle, fût-elfe vraie, ne serait pas crue , et n’empêcherait plus le triomphe de l’insurrection.

• ’ 2 juin.

« Cependant Garibaldi (dit le Journal officiel de ce « soir), avec une partie 'des gens de Pal’co, traversant ,

(( les contrées de Marinco, Gihilrossu et Mksilmeri , où « il ràssenüda toutes les band(« ([u’il y put trouver,

« tenta un coup désespéré sur Palérme et y pénétra par « la porte orientale.

« Les détachements de troupes destinés à la garde « des portes de Termini et de Sant’-Antonlno, attendu « leur pou de force, durent se replier sur l’alazzo- « Reale et Gastellamare ; et ce fut ainsi qu’il devint

O ARin A I.DI.— CONQUÊTE

• <r possible à Garibaldi et à ses bandes de pénétrer dans H Païenne et d'en occuper une portion. ,

« La colonne de Corleone, ayant eu connaissance du « fait, courut sur-le-cbanip à Païenne, et, par la porte « de Tenntni, l’une de celles par lesquelles était entré « le général Garibaldi, Payant forct-e et reconquise, « cette colonne entra dans la ville et occupa une partie t( des positions emportées, deux jours avant, par les Il gens dudit Garibaldi, entrés par là même porte.

Il De fortes pertes sont à déplorer du côté des troupes «royales, à l’immense valeur desquelles l’ennemi « lui-ménie a rendu ùn hommage éclatant; mais ces (( pertes sont de beaucoup inférieures à celles que les « bandes ont souffertes.

«Une suspension d’hostilités fut établie pour soigner « les blessés et les malades et pour enterrer les morts. »

. 5 juin.

Cette suspension d’armes, qui devait expirer dimanche, à midi, est encore prolongée , indéfiniment cette fois : la nouvelle est sûre. Comment et pourquoi? nous l’ignorons. Le général Letizia , arrivé à Naples le juin, comme négociateur, est réparti le soir même avec un pli cacheté. Que contenait cette missive mystérieuse? La guérie, selon les uns ; la paix, au dire des autres ; l’évacuation de Païenne ou le bombardement. Rien de tout cela, pensaient les sages. Le pouvoir négocie ; il veut gagner du. temps, adoucir les conditions imposées par le vainqueur, capituler peut-être avec ■ les honneurs de la guerre. Le général Letizia est revenu hiet’ matin, j’ignore s’il est reparti. Ici l’on frémit

WF.S DEUX-SIC 1LF.S.

d’inipalience et l’on trouve (îaribaldi trop généreux. • On n’accepte pas ces armistices prolongés, ces lenteurs inquiétantes. Chacun dit ce qu’il ferait s’il était à la place du général. Mais je n’en connais pas beaucoup qui voudraient y être, je vous en réponds.

Ce n’ést-pas que la position de Garibaldi sôit mauvaise, au contraire. Jusqu’ici l’expédition a réussi pleinement; elle a été conduite avec une audace et une sagesse extraordinaires; elle a déconcerté tour à tour la stratégie des généraux olliciers par l’habileté de ses stratagèmes et l’imprévu de ses témérités; La prise de Palerme pendant la retraite de Corleone est un coup d’éclat qui partiît encore invraisemblable. Les garibaldiens, pour l’accomplir, ont dû faire sur lès montagnes une marche de chamois. Depuis leur entrée, ils se sont fortifiés chaque jour dans la ville. Ils occupent maintenant tout le rivage et l’ont fortifié dé manière ii empêcher tout déliarquement. Ils ont reyu îles renforts de volontaires et une cargaison de fusils et de munitions qu’un vapeur a pu délrai*f|uer sans encombre. Ce vapeur portail, dit-on, le pavillon anglais.

Les troupes royales, bloquées i'i la Flora, entassées au Palais-Royal et retranchées au fortde Castellamare, sont séparées les unes dt^s autres, privées de vivres et sans communication avec la mer. D’importantes défections les diminuent chaque jour. Toute la population est pour Garibaldi, même le cler g<5 qui a béni les barri cades. C’est à Garibaldi qu’ont été demandés l’armistice du 29, la nouvelle suspension qui devait expirer le 30, et la suspension illimitée (jui dure encore à présent. C’est lui qui dicte les conditions de ces trêves : -la première fois, en occupant le palais de la Banque, dont

151 ' GARIIÎALDI. — CONQUÊTE

tout l'argent avait été transporté dans le fort de Castellainare, il a exigé que quatre millions de ducats fussent rendus à la caisse publique, dont le dépôt lui est désormais confié. Malgré l’odieux bombardement qui l’a dévastée, Palerme a pris un air de triomphe : elle est illuminée tous les soirs. Garibaldi est maître , de la ville et du peuple.

Cependant, si les hostilités sont reprises, il y aura de tercibles luttes à soutenir...

Je m’arrête à temps; les tristes conjectures que j’allais vous Communiquer sont démenties par des faits qu’on vient ni’apprendrect qu’on me donne pour positifs. La capitulation de Palerme est décidée : les troupes sortiront du fort de Castellamare avec les honneurs militaires ;^cellçs du Palais-Royal se rendent à discrétion. C’est un vapeur anglais qui aurait apporté cette bonne nouvelle. Ihi fait certain confirme ce' bruit: les fournisseurs qui avaient reçu l’ordre hier matin d’entasser de formidables provisions de vivres, ont reçu hier au soir un contre-ordre, à une heure de nuit.

A Naples, on continue à parler de concessions et de réformes. On m’assure que le gouvernement élabore un projet de statut et que la diplomatie y collabore. On va plus loin ; on dit que la police organise une manifestation populaire (jui traverst;ra la viHe en criant : Vive le roi ! vive ki constiluiion ! Je doute que ces acclamations tardives trouvent de l’écho dans les classes intelligentes, et Phistoire de 18Z;8 est trop récente pour cpie les Siciliens soient dupes encore une fois de ces séductions. Affranchir le continent pour reprendre file et opprimer après l’ile et le con-

DES DEUX'-SICILES

tinent est un système assurément fort ingénieux, mais la nation, passez-moi le mot, n’est plus si bêle.

En attendant , le pouvoir est aux abois et. il commence à avoir de grands emliarras financiers. Dix-sept mille ducats ont encore été payés avant-hier pour mille nouvelles recrues qui sont à Trieste. L’ordre a été donné aux caisses d’escompte de ne plus faire d’avances sur les coupons de rentes de l’État.

La superstition populaire croit plus que jamais Garibaldi invulnérable. Les soldats blessés racontent, à qui veut les erttondre, que le chef des partisans a été vacciné avec une hostie et que cette inoculation sacrée le sauve de tout péril II peut courir impunément sous les bombes et à travers les balles : il ne tombera jamais. Garibaldi leur a dit en les licenciant : — Au revoir, à Naples ! — Et ils l’attendent tous.

3 heures. — L’évacuation de Païenne n’est encore ' qu’un bruit de ville très-répandu, mais non eiscore dfliciellement constaté. Il n’y a de certain que l’armistice indéfini-; la reprisé des hostilités devra seulement être annoncée deux heures d’avance. ,

En revanche , on a d’horribles nouvelles des autres villes. A Catane, après le triomphe de l’insurrection, les troupes royales sont rentrées dans la ville et l’ont livrée au'pillage. Des atrocités inouïfes ont été commises de part et d’autre avec une fureur (}ui ue s’explique pas. Après ces violences, les troupes ont été de^ nouveau forcées d’abandonner Catane.

Messine est toujours une ville morte; on [irépare la citadelle et le lazaret pour y recevoir les troupes qui évacueront Païenne. Comme on s’y attendait, le pouvoir veut se retrancher et s’enfermer dans celte place

15fi (iAIUBAI.ni.— CONQrftTR

- forte, et résister ainsi jusqu’au bout. Toujours l’histoire (le I8/18.

A PaUu’iue, les ravages du bombardement sont horribles. Un habitant de- cette ville dévastée m’^fVcrit que, ' pour se rendr<î à un couverrt où il cherchait un de ses amis disparus, il a dû passer à travers trois cxmts maisons brûlées. Ge couvent, celui des bénédictins dei Bianclii, avait servi d’asile aux fuyards et de prison aux arrêtés. 1.CS soldats, en se retirant, y ont mis le feu : quatrevingts personnes '(pour le moins) ont péri, brûlées vivantes dans le réftM-toire.

I.e 3’’ bataillon de chasseurs suisses et huit compagnies, commandées par le major Bosco, sont cam- ])és liors de la porte de Termini avec du canon, et prêts à courir aux barricades. Les décombres (|u’ont faits les troupes royales se dressent maintenant contre elles, remparts improvisés. Le domicile ft-ançais d’ûn maître de langue a été envahi , malgré l’écriteau (|ui le mettait sous la [(rotection de la France, et le maître de langues lui-même frappé de deux balles et tué.

Le roi a encore dix-huit mille hommes à Palernac. Cependant Caribaldi ses volontaires et son peuple font la loi ; ou leur a remis les finances, et des défections grossissent leurs rangs chaque jour. Le dictateur est le dieu de la ville : pendant la première trêve, il a envoyé de lui-mêiîic deux mille rations aux soldats du Palais-Boyal. La lettre que je reçois vante fort- la conduite de M. Ilirzel, consul suisse •à Païenne. Cet agent a eu le courage de se présenter aux Suisses commandés par von Mechel , non pour les exciter à une défection, mais pour leur raconter

DES DKCX-SICIEES.

ir>7

les atrocités commises par les troupes royales et soulever leur orpucil militaire contre ces if,mol)les aclioHS. Cette démarche du consul a été faite au péril de sa vie. x

Messine s’attend à être bombardée; Catnne a été pillée et abandonnée par le général Clary ; on ne sait rien de Synicuse.

9 juin.

II est certain maintenant que les forts de Palerme doivent être remis à Garibaldi le 11. La garnison capitule avec amies et bagages. Si brillant qu’il soit, ce dénoùment du premier acte n’a point satisfait les nouvellistes. Ils avaient si bien annoncé que la garnison devait cApituler sans armes (et les Suisses en manebesde cbcMiiise) qu’ils arrangent maintenant une jolie histoire pour concilier les faits avec leurs prévisions. lis disent que les honneurs militaires accordés aux capitulants sont une pure générosité du dictateur, pour récompenser la valeur des troupes royales, et » qu’il leur aurait permis d’emporter leurs armes, pour ne pas trop humilier le courage malheureux. Aussi les troupes se seraient embarquées en criant : Vive Garibaldi! ce qui;- en tout cas, n’est pas impossible.

Le prestige de cet homme extraordinaire est si grand, qu’il éblouit jusqu’à la populace de Naples.

On répand ici le bruit ( peut-être pour la gagner) ipie le pain est descendu à Palerme à ([ùatre sous le kilog.

Je ne sais si le fait est vrai, mais, s’il ne l’est pas, le mensonge est habile.

Du resle, l’évacuation de Palerme (il faut parler pour tout le monde) caccuse moins la timidité des

G A RI B AI. DI. — CONQUÊTE

troupes (juo l’état misérable auquel elles étaient réduites par l’audace et l’habileté du vainqueur. Je sais positivement 'que les chasseurs bloqués à la Flora , pendant l’armistice , se nourrissaient de fraises et de biscuits. Les soldats du Palais-Royal étaient encore plus midbeureux ; ils n’avaient pas de fraises.

Ceci est très-exact, et, d’après ce détail , jugez du reste. Des colonnes entières , pendant la lutte, ont dû faire des expéditions de plusieurs jours en ne mangeant (jue de la galette. Voilà une économie qui a peut-être coûté la Sicile au maître, mais qui a rapporté de l’argent à plus d’un fidèle serviteur.

Ici le découragement est grand dans le camp royaliste. On s’y attendait du reste, et depuis longtemps, à la solution. L’autre jour, dans'un salon ofliciel, on discutait sur la meilleure position à prendre et à garder dans Palerme. Le duc de M... dit que la meilleure position était le liord de la mer... pour se’sauver.

Et l’on cric plus que jamais contre le flibustier. ^ «Mais pourquoi n’en faites -vous pas autant? » demandait hier un Français à l’un des exclamateurs les plus patliétiques. «^Pourquoi n’envoyez-vous pas huit « cents hommes à Gênes ou à la Spezzia, pour s’em- « parer du Piémont? » — Le Napolitain répondit sérieusement, sans se douter de sa -naïveté : « Nous ne « faisons pas de pareilles choses !»

On dit Garibaldi sûr de -son triomphe, et on lui prêle même un mot un peu prématuré. Il aurait dit ù Palerme , et très-carrément : « J’ai combattu en « Sicile une armée sans généraux ; je vais combattre « à Rome un général'sans armée. »

Et Naples, donc? • ■

Digitiz£d

Voici un fait qui pourrait bien porter de graves con- \ séquences. Il y a quelques jours, le Fuiminanie, frégaM T

<lu roi commandée par le général Roberti, partit dg '

(jaëte avec une mission secrète. A quinze milles ducap Corse, ce vapeur de guerre royal a rencontré le vapeur • sarde VUtilc, capiUiine Molêsca, et lé clipper américàin C/iar/es-Jane, de Baltimore, celui-ci portant 800 volontaires et l’autre une centaine. C’était pendant la nuit ; le capitaine napolitain a hélé ces navires, et leur a de- '''* mandé en français leur destination. Croyantavoiraffaire à des Français, Jes passagers ont répondu tout d’une voix : « A Ralerme! vive l’Italie I » Alors le Napolitain \ s’est déclaré gendarme maritime et a sommé les deux navires de le suivre, sous peine de les couler A fond.

Les volontaires n’avaient pas de canons, et VFtile, n’étant qu’un vaisseau remorqueur, ne pouvait lutter de vitesse avec \e Fuiminanie; la capture étant d’ailleurs illégale, il n’y avait à craindre ([ue les lenteurs d’un procès. Voilà pourquoi le vapeur et le clipper se sont laissé remorquer à Guëte.

Là, les volontaires n’ont permis aucune inspection ni montré leurs papiers. Ils n’ont voulu ni descendre à terre, ni laisser monter personne à bord. Ils se sont contentés de protester auprès dû vi'cc-consid sarde à Gaëte. Ce dernier, (pioique sujet napolitain, s’est conduit avec zèle : il a refusé au général Roberti de lui servir d’intermédiaire auprès des sujets sardes. Il a immédiatement adressé une dépêcbe à son ministre à ISaples, le marquis de Villamarina. Mais cette dépêche,

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O A lU HA LDI.— CONQUÊTE

retardée par l’encombrement calculé du télégraphe, n’a pu partir que plusieurs jours après le fait; un rapport confié à la [loste a été retenu url jour à Gaëte, et M. de Villamarina n’a été ofliciellement informé cfue le 15 de cette illégalité, déjà publiée par toutes les trompettes du pouvoir. C’est akirs seulement que la diplomatie a jiu se mettre en mouvement, et qu’a eu lieu la scène violente dont on parle partout entre .VI. de Villamarina et M.Carafa, ministre des affaires étrangères. Celui-ci aurait dit au représentant piémontais : « Vous voult‘7. donc la guerre? » Fit on lui aurait répondu : « C’est vous qui la déclarez ! »

Le ministre américain, M. Cliandler, devait envoyer son fils à Gaëte pour examiner les faits, et lui avait recommandé la plus grande modération et l’impartialité la plus di[)lomatique. Mais hier, V Archmede, de la marine royale, est arrivé à Naples, amenant à son bord les deux capitaines des navires capturés. On dit qu’un conseil s’est assemblé, auquel assistaient notre amiral, M. Le barbier de Tinan, le ministre américain et le ministre sarde. On dit aussi qu’à la suite de cette conférence les capitaines sont repartis.

J’entends atlirmer que le gouvemement, sentant l’illégalité de la prise, a oft'ert de relâcher les bateaux, mais que M. Chandler s’y est opposé, déclarant qu’il y avait dans le fait une insulte au pavillon américain, et qu’il devait attendre des instructions de son gouvernement sur la réparation à réclamei’ du gouvernementale Naples. On ajoute que le capitaine américain demande 1,000 ducats de dommages-intérêts pour chaque jour de détention.

Nous verrons la suite.

DES DEÜX-SICII,F,S.

M. Ajossa est décidément remercié. 11 perd non-seulement la direction de la police, mais encore celle des travaux publics. Rigueur injuste au fond, car ce fonctionnaire n’était qu’un instrument aveugle. Étrange satisfaction donnée à la diplomatie et à l’opinion. Quand vous reprochez à la main de frapper si ferme et si dru, la main répond ; '«.Ce n’est pas moi, c’est, ma férule. » — Elle casse alors la férule, en prend une autre, et tout est dit :

Les généraux revenant de Palerme, accusés de trahison, ont été retenus àCastellamare et confinés à Ischia. Ils vont passer devant un conseil de guerre.

19 juin.

A Palerme, l’évacuation continue lentement, si bien que les barricades restent debout et que les patriotes se tiennent sur leurs gardes. Du reste, illumination chaque jour et enthousiasme frénétique. Les picciotti brûlent toutes leurs munitions en l’aff : c’est désespérant. Et cependant, les premiers jours, ces fusillade^ inotfensives ont servi la cause, en perpétuant la panique des soldats. Décidément , c'est un peuple étrange.

' Palerme a son journal officiel blasonné de la croix de Savoie et portant les décrets de Garibaldi, dictateur de Sicile au nom de Victor-Emmanuel. Je n’écris pas l’iiistoire de l’insurrection sicilienne : je n’ai donc point à reproduire le texte de ces documents improvisés. Voici cependant quelques-uns des plus curieux ; je les résume :

Je rappelle d’abord le décret du U mai, par lequel

KiH CiARIBALDI. — CONQUÊTE

(lai’ibaldi se nomme dictateur. Ce premier dt^cret est invoqué en tête (te tous les autres.

Une proclamation du 28 mal félicite le peuple de son attitude et de sa probité pondant le combat, et, pour éviter tout désordre, elle annonce que tout délit de sac, de pillante et de- meurtre sera puni de mort.

Une proclamation du l" juin annonce aux Siciliens que les choses marcbont bieni mais qu’il faut achever l’fjeuvre. « Des armes donc et des hommes armés 1 Ai- « ffuisc des fers et. prépare tout moyen d’offense et « de défense. Pour les acclatnations et les fêtes, nous « aurons assez de temps après le cb'part de l’ennemi. <( Des armes et des hommes armés! je le répète. Qui (( ne pense pas à une arme en ces trois jours est un <( traître et un lâche; et le peuple qui, parmi le.s dé- (( combres de ses maisons brûlées, combat pour sa li- (( berté et pour la ,vie do ses femmes et de ses fils, ne « peut être un lâche ni un traître. »

Un décret du 2 juin accorde à quiconque s’est battu pour la patrie une part dans le partage des biens comflumaux, auxquels auront droit aussi les chefs de famille pauvres. Là où les communes n’auront pas de biens en propre, on suppb'ei’a par les domaines de l’État.

Un décret du 6 juin annonce que les enfants de ceux qui sont morts pour la cause de la nation sont adoptés par la patrie ; leurs veuves soutenues, leurs ïilles dotées, et dans ces faveurs sont comprises les familles des treize Palermitains fusillés le l/i avril.

Un décret du 12 retire à l’arcbevc'que de Montreale sa chaire d’éthique et de droit naturel à l’université de Palerme, et nomme à sa place le professeur Michel-

DES DEL'X-SICII.KS

leri

Angelo Raibaudi. Le conskürant de ce décret est curieux : l’arcbevêque est destitué, parce qu’il a quitté Païenne, « considérant que les professeurs publics « doivent résider dans le lieu où ils sont obligés de « donner le^irs levons. »

Un décret du 13 abolit pour tout le monde le titre d’Kxcellence et interdit le baise main à’hommc a homme. Voilà qui va indispose;!’ bien des gens.

Un ordre de la place de Païenne défend d'acbeter des objets volés. Vous savez, en revanche, que le butin résultant des pillages de Païenne, Catane, Cari ni,- etc., se vend ostensiblement ici, à Castellamare et à Caserte '.

Enfin, une circulaire confirme ce qu’on disait depuis quelque temps sur le mécontentement excité dans Pile, et partifulièremeiit à Catane, par le mode d’enrôlement inauguré sous Garibaidi. Le systéne napolitain est établi (;n Sicile, et le remplacement est défendu, ou du moins l’échange des personnes. En revanche, on peut échanger les numéros tirés aü sort, ce qurlolère le remplacement, mais entre hommes appartenant à la même levée.

Je n’allonge pas ma lettre en vous signalant les nombreuses adresses, messages, manifestes, proclainalkins, etc. (il y en a jiourtant- d’éloquentes), qui remplissent les colones du journal olliciel dé l’insur-

1. L’archevêque (le Capoue a, acheté d’on soldat revenant de « Sicile un calice enrichi de pierreries, et le général Vial une riche couverture frangée d’or. Les orfèvres ont reçu du gouvernement la permission d’acheter des objets d’or et d’atgenl sans s’cnipiérir de leur origine. C’est la pi ehiièrc fois qu’une permission pareille a été accordée; notez le fait. -

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(i.\RIBAI,Dl. — CONQUÊTE

rection, nf les innombrables nominations amenées par le nouveau résume, il y en a deux, cependant, qui veulent être notées : celle du comte Michèle Amari au poste decliar^’^é d'aflaires du'goiivernement provisoire y)rès le roi Victor-Kmmanuel, et celle du prince de Belmonte, envoyé au même litre à la cour de la reine Victoria.

La commune de Partenico a voté, à l’unanimité, l’érection de la statue en marbre de Garibaldi sur la place du Carminé. On lira cette inscription sur le piédestal : A Giuseppe Garibaldi, liberatore dclla Sicilia, Partenico '.

On organise un corps de chasseurs de l'Etna, qui lutteront de courage avec les chasseui's des Alpes.

Je prends le style du journal que j’ai sous les yeux : l’enthousiasme se gagne, — que voulez- vous? La cause est belle, et, vues de Naples, ces scènes vivantes vous entraînent, vous enrôlent presque dans les légions de Garibaldi.

Un otiieier anglais qui s’est distingué en Crimée, M. John üunne, est venu offrir son épée à l’insun-ection sicilienne.

J’ai lu d’horribles détails sur Catane qui, pendant deux jours, le 31 mai et le 1®'’ juin, a été livrée aux soldats et affreusement dévastée. On brùlait.des maisons indifférentes, au hasard; on tuait des femmes qui n’avaient rien faij. Le 2 juin, une proclamation du général Clary a prohibé le pillage.

Les lettres de Messine arrivées ces jours-ci annon-i

1. Oarilialdi a refusé cet honneur, dans une leltie admirable.

Il ne demande que de la poudre et des balles, comme l’enfant grec de Victor Hugo.

DES DEDX-SICILES.

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cent fjue la ville est toujours désespérée et vide, comme un déserl. Les étrangers, les négociants, les marchandises sont danst l’intérieur ou sur la mer : ce qui n’a pu être embarqué est enfoui sous terre ou muré dans les maisons ; toutes les voitures, ^tous les chevaux, sont envoyés dans l’intérieur de l’ile, et l’on met sous la protection des pirates tout ce qu’on peut dérober aux voleries des soldats.

Je vous assure que je ne ris pas. Tous les rôles sont intervertis, et les timorés, les alarmistes, les bons bourgeois, les ennemis des révolutions, attendent avec anxiété Garibaldi, qui seul peut sauver leurs caisses.

A Girgenti, dans l’église le portrait de Victor-Emmanuel décore dais magnifique, élevé pour fêter l’affranchissement de la ville et du pays.

Alexandre Dumas est à Païenne, où il a fait son entrée avec une certaine solennité. Il s’est rendu dès son débarquement au palais Sénatorial peur ccmférer avec Garilbadi, cime ù cime.

Rien de nouveau à Naples. Les navjres capturés n’ont pas encore été rendus; les généraux confinés à Ischia n’ont pas encore été relâchés, — et l’on met de plus en jugement plusieurs officiers de marine, les uns pour n’avoir pas empêché le débarquement,^ les autres pour avoir bombardé Païenne avec mollesse. 11 parait, en effet, que les projectiles des vaisseaux ont fait peu de mal à la ville. Les plus héroïques ravages ont été consommés par les bombes du fort.

Les rumeui-s les plus contradictoires continuent â circulei’, et l’irrésolution du pouvoir, en ce moment où il faudrait prendre une décision, autorise toutes les

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O \ R 1 B .V I, D r. — CO N QC ÉT E

imaginations des nouvellistes. M. de Martino est revenu de Paris, où il était allé promettre des réformes et invoquer la protection de l’enipereur; l’opinion générale est qu’il a échoué dans sa mission, mais cette opinion est fondée sur des raisonnemen{s ingénieux et non sur des témoignages irrécusables. Les uns annon- ' cent une constitution, les autres un vicariat et une sorte d’interrègne parlementaire qui recommencerait les tragi-comédies de 1820; les autres des démonstrations sanfédistes, les autres une résistance ;i tout prix. Kn attendant, les .Napolitains ont peur et se "^sauvent à la campagne, et les étrangers déposent leurs inventaires chez leurs consuls; mais Naples est parfaitement tranquille. ' '

23 Juin.

Un dernier mot sur M. de Martino. Coifime il revenait do Marseille sur une freyate du roi, la SucUa, si je ne me trompe, ce navire do guerre vit poindre un bateau marchand, ù pavillon tricolore, qui venait à lui. La Sartlii chaugea prudemment de direction; le vajieur en lit autant, comme s’il lui donnait la chasse. Alors la frégate alla s’abriter dans les îles d’IIyères, sous la protection d’une escadre ou d’un fort. Ce vapeur nq pouvait être qu’un pirate garibaldien qui aurait bien voulu capturer une frégate ù f’rançois M. Vérification faite, on a constaté que c'était tout bonnement un bateau neuf des Messageries qui avait poursuivi la Sdftta, pour essayer sa machine et sa' vitesse.

11 parait ([ue, sous l’impression des conseils de l’empereur, M. de Martino pousse ù la constitution. Sans

Digili."

DES DEUX-SICILES

un

s’engager à rien, Napoléon aurait dit : « Cédez le. plus tôt et le plus possible. » Le comte d’Aquila et le baron Brenier ne quittent pas le roi : ils lui commandent presque d’être Italien... La constitution sera proclamée ce soir, nous dit-on, demain au plus tard.

Encore une page à tounier; ce sera, je crois, la dernière.

GARlBAI.m. — CONQUÛTlî

LA COASTIT UTION

Frsnçoii II promulgue une constitution. — Crise minlstcricllo. — riiyslonomle de Naples. — Iæ baron Brcnier frappé dans sa voiture. — État de siège h Naples. — Le Vèlotv, — Conspiration réactionnaire. — Excès de la soldatesque. — Bataille de Mclazzo. — Garibaldi k Messine. — Troubles daus les Calabres.

■26 juin.

11 est six heures du matin ; on vient de me réveiller en m’annonçant que la constitution est atticliée. Je m’habille en courant, je saute dans la rue. La nouvelle ' circule déjà, timide encore et clandestine; on craint une surprise ou un leurre, une épreuve, une provocation. Serait-ce un jiiége de la police qui nous jette ce gâteau pour voir de ([uel air on y mord ; — ou peut-être une audace de l’opposition, qui proclame de son propre chef un statut ironique ? On se regarde, on passe son chemin, on fait semblant de ne rien savoir. Cependant là-bas dans la rue de Tolède , au coin d’une maison, l’afliche, solitaire encore, appelle

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les passants. On n’ose la regarder, et pourtant aucun sbire ne la garde. Je m’approche et je la copie, mon carnet à la main. Ma témérité encourage le public : un curieux s’arrête négligemment et guette par-dessus mon épaule ; il en vient quatre, il en vient dix, une bande, une foule. Un brave lit tout haut, pendant que j’écris. Pas de cris encore cependant, point d’acclamations : un reste de défiance. Est-ce sincère , est-ce possible? J’ai fini d’écrire, et je ne sens rien encore' dans la foule qui m’enveloppe. Je rentre et je traduis ce que j’ai copié :

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