‹ Garibaldi histoire de la conquête des DeuxSiciles Marc MonnierChapitre 9 sur 33 · GARIBALDI. — CONQUftTK · texte numérisé non relu

GARIBALDI. — CONQUftTK

gences à bord du Tancredi m’assurait hier au soir que les choses en étaient au même point. Les insurgés entourent Palerme et se tiennent tranquilles pendant le jour ; mais, le soir v^nu, ce sont eux qui attaquent les troupes, et la fusillade continue pendant toute la nuit. L’armée reste sur la défensive. Or, il y a 13,000 soldats à Palerme ; notez ce point.

Les insurgés occupent la plaine de Guadagno , qui est le Champ de Mars de Palerme. Ils bloquent la ville, qui est déjà privée de vivres; c’est d’ici qu’on lui en envoie. Les fds du télégraphe sont rompus partout, et même plusieurs sémaphores abattus ; je ne sais où le pouvoir prend ses dépêches. Tous ces faits, que je vous donne pwur certains, démentent les. rapports ofliciels.

Mais ce qui les dément surtout, ce sont les mesures du pouvoir. Tous les vapeurs ont été saisis pour porter des soldats, des munitions, des vivres et de l’argent en Sicile. On y envoie les mercenaires étrangers : les pionniers et les carabiniers y sont déjà. La batterie Carrascosa, la seule qui fût à Naples, est partie cette nuit. Au moment où j’écris, dés canonnières appareillent èn toute hâte. Naples est dégarnie; il n’y reste que la garde royale et les troupes de marine. Mais trois bataillons des Abruzzes vont arriver au pas de course ; on le dit du moins, peut-être pour empêcher un soulèvement. . ,

P. S. 11 parait décidément que l’insurrection sicilienne avait ses principaux agitateurs dans la noblesse. On m’assure qu’on a surpris à Palerme les chefs assemblés, et que le prince de Monteleone était à leur tête. L'n grand nombre de Siciliens des plus hautes familles

•DES DEUX-SICILES

se sont réfugiés à Nàples et se cachent en ce moment. Parmi les plus compromis, on cite les petits-fils du ' prince de Qassarp, président du œnseil des ministres. Grâce^à la protection de leur aïeul, ces révolutionnaires titrés ont obtenu des -passe-ports et s’embarqueront aujourd’hui. Le prince Niscemi, dont je vous parlais l’autre jour, est également proscrit : il a perdu sa clef d’or de majordome. - . . ;

‘ . 17 avril..

Vous attendez des nouvelles de Sicile? — Nous • aussi, je vous assure, et avec une extrême anxiété. Mais nous n’pn savons pas beaucoup plus que vous sur cette insurrection, qui parait ,de plus en plus sé-, rieuse. Les correspondances gardent, comme vous le pensez, une extrême réserve, et les nouvelles qui nous arrivent ne viennent pas du camp des insurgés. l.a Sicile est détachée dq continent, la révolution est dans l’intérieur de l’île.

Les vapeurs de la marine royale ne renseignent que le gouvernement. L’unique bateau marchand qui eût amené,^dès voyageurs, depuis ma dernière lettre, était couvert de Siciliens qui, avertis par J’exemple récent du prince Niscemi (proscrit pour avoir renseigné ses connaissances), se fgardent biçn de se laisser interroger par le plus* intime de leurs amis.. Ils disent que tout est fini et que J’île enti^e est- pacifiée. Mais àlors pourquoi se. sauvent-ils à Naples, et de quoi ont-ils si peur? , .

C’est une déroute universelle. Toute là Sicile officielle et dévouée au gouverpemept éat ici. Les Hôtels

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regôi^ent d’insulaires effarouchés , et les fonctionnaires qui n’ont pu quitter leur poste , à leur' grand regret, ont envoyé ici leurs familles. D’un autre' côté, le jQurnal officiel, qui s’était empressé de nous donner les premières nouvelles du mouvenaent, se tajt depuis dimanche. '• •

Une multitude de soldats traverse Naples et va s’embarquer au port militaire, sous les veux du roi. Il part jusqu’à trois vapeurs par jour, il y en a qui diseut cinq : je le croirais si c’était possible., Tous les paquebots marchands qui portent un pavillon napolitain ont suspendu leur service ordinaire et transportent des soldats, 11 y a même des vapeurs français lOués par le roi pour ces traversées militaires,. Outre les hommes, on embarque des chevaux et des canons, et surtout de formidables provisions de vivres. :Tout cela est expédié. en- Sicile , en Calabre, même. — Et tout serait fini? ■ ' • . . . ■ '

ik avril.

■Hier, une grande revue a été passée au Champ de Mars; j’ai vu défiler plusieurs bataillons de ciiasseurs de la ‘garde et d’infanterie de marine qui venaient de figurer dans celte exhibition militaire.. Il y a eu des toasts chaleureux pendant le banquet donné par le rOi aux officiers. Le peu d’artillerie mobile qui reste à Naplés s’est aligné au Champ de Mars.

. Évidemment , cette démonstration militaire avait pour but de contenir la population. Je m’obstine à'déclarer cependant qu’elle n’a pas besoin d’être contenue. Le pouvoir s’ingénie, par la rigueur (le ses mesm’es, à

.DÈS PF,U,X -SirU.ES. lïl

taire croire à l’imiriinence d’un danger qui n’existe pas. Ne vous ai-je pas déjà raconté que les -étudiants ont été appelés à la'police et sommés de prendre leur café chez eux et de ne pas quitter leurs maisons après le coucher du soleil ? J’ajoute que plusieurs Ont été renvoyés dans leurs villages. l.es négociants des provinces qui,’ au commencement de la saison, viennent faire leurs achats à Naples, ont été appelés également à la préfecture et interroges sur leurs intentions. On leur a demandé combien de temps leur était nécessaire pour achever leurs achats. Ils ont demandé une quinzaine, on leur a accordé cinq jours.

Les Siciliens surtout (or, ■ nous n’avons ici , comme vous le pensez bien, que ceux qui fuient, l’insurrection) sont soumis à la surveillance’ la plus rigoureuse; 11 ne se passe guère de. nuit sans invasion de la police dans les hôtéls où ils sont descendus. Ces mal- . heureux sont transis de peur ét se gardent bien de donner des nouvelles. • ' * '

24 avril.

11 paraît positif que les insurgés .sicilieiis s’étaient retranchés et' fortifiés à Carini, petite ville de' 9,060 habitants, à 17 kilomètres N. -O, de Palerpie» protégée par un château, tout près, des ruines d’Hyccara, patrie de Laïs. Ils avaient creusé des fossés et barricadé les routes , et l’on assure qu’attaqués par des forces • considérahles, ils n’ont reculé qu’au dernier moment, après un combat acharné. Mais ils ne se sont pas réfugiés dans la ville, pour épargner aux habitants les cruelles représailles de San-Lorenzo. (>n sait que les

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troupes royales, repoussées de ce dernier endroit, s’étaient vengées, dans leur retraite, en mettant le feu aux maisons et en laissant derrière elles l’incendie. Je .ne parle pas du pillage : c’est un malheur inévir table, en ce pays, dans les guerres civiles : les soldats ne se battraient point si on le défendait.

Donc les insurgés se réfugièrent dans les montagnes. Mais cette chevalerie ne servit de rien. Carini fut brûlée et pillée comme une ville maudite. Je n’invente rien ; je reproduis les détails donnés par un, consul qui cherche à atténuer leS faits et qui dit ceci textuellement : « H n’est pas vrai que Carini' ne .soit, plus qu’un « monceau de cendres, mais la plus grande partie de « la ville est détruite. » . . . .

Après cette victoire, remportée le avril, le gouvernement a déclaré qüe' l’insurrection était- définitivepient étouffée, et il a rendu à la marine marchande quatre vapeurs saisis dès le premier jour pour transporter à Païenne des soldats , des vivres , des 'munitions et même de l’eau. Mais j’entends dire qu’il en a éepris trois, .et que de nouveaux renforts sont envoyés en Sicile. Il passe à Naples, à tout moment, des bataillons en tenue de campagne ■ ils viennent des provinces et même des Abruzzes, û ce qu’on dit,’ et vont s’embarquer au. port. On dit qu’ils vont en Calabre ; c’est possible ; cette province quasi sicilienne est toujours à la veille de se soulever.

Mais la Sicile est loin d’être calme. Samedi Iti avril, treize malheureux ont été fusillés à Palprme. .La veille ou le lendemain (les lettres ne sont pas d’accord à ce sujet, peut-être fût-ce la veille et le lendemain)., malgré l’état de siège et la rigueur de la justice militaire,

DES DBUX-SICILES.

une démonstration a été essayée aux cris de : Vive Victor-Emmanuel ! Des rubans tricolores ont paru àux fenêtres, ouvertes un instant, et des rassemblements se sont formés. dans les rues.

On arrête à Palerme toutes les nuits , et on tire les suspects du lit pour les traîner en prison. L’aspect de la ville est sinistre.

Revenons à Naples. Une circulaire de M. Ajossaordonne, dans les provinces, l’arrestation immédiate de tous ceux qui parlent des affaires de Sioile. J’ai eu

cette circulaire sous les veux.

On s’occupe beaucoup ici d’une lettré du comte de Syracuse, adressée au roi, son auguste neveu, pour lui conseiller un changement de politique. Cette lettre. a paru dans les journaui; milanais «t piémontais, et l’on se demande partout si .elle est apocryphe. Le prince la renie en souriant; voilà tout ce que je peux vous dire. On parlait hier- matin de l’exil de S. A. R. et de l’arrestation de M. .Fiorelli, son secrétaire intime, archéologue érudit. Mais l’après-midi , le -prince et le secrétaire se sont promenés .énsetpble en voiture. J’ai remarqué d’ailleurs un fait curieux : toutes les fois que le comte ^de Syracuse fait acté d’opposition ou donne signe de vie, la police se garde bien de l’arrêter, elle n’ose pas; mais elle en arrête d’autres— et en ‘ général de pauvres diables qui ne eonnaisseqt.même pas le prince royaP .

1. Ou bien on punit lè prince dans' ses amis. Quelque temps après cette lettre, une petite imprinierie de M, Fiorelli fut fermée par ordre, et M. Fiorelli lui-méme obligé, prié .du moins, de quitter le pays. . , . .

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