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manqué. Après un quart d'heure, les ministres, les généraux, les officiers, les uns par de bonnes paroles, d’autres par des menaces, quelques-uns même par des coups de sabre, ont repoussé les grenadiers dans leurs casernes. Hier la ville est restée assez inquiète, aujourd’hui tout est fini.
Loin d’amener une réaction, les meneurs ont affaibli l’autorité royale. Je n’insinue pas que le roi ait été d’accord avec ses grenadiers; je le nie même. Je dis seulement que ses anciens amis, qui ont cru le servir en Ini conseillant ces violences, l’ont cruellement desservi. Loin de lui rendre son ancien pouvoir, ils l’ont forcé à déclarer solennellement, par deux proclamations publiées hier au soir, l’une à l’armée et l’autre au peuple, qu’il voulait maintenir la Constitution. Un ordre du jour du nouveau ministre de la guerre aux soldats est écrit dans le même sens et commande la discipline et l’obéissance au nouvel ordre de choses.
Ce n’est pas tout. Le roi a dû se rendre en personne à Pizzofalcone, quartier de ses grenadiers, et dans les autres casernes, li a vivement sermonné les coupables, et leur a fait jurer la Constitution. Une commission d’enquête est appelée à rechercher les meneurs du mouvement ; ils seront châtiés avec les rigueurs des lois militaires. On hâte la formation de la garde nationale, dont les armes et les munitions sont déjà fournies. On dresse aux mairies les listes d’électeurs. Enfin c’est un pas en avant, et un bon point pour Victor-Emmanuel. Encore quelques coups de sabre pareils et rilaiie est faite.
Tout cela pourtant coûte cher. Entre morts et blessés, il y a bien une soixantaine de victimes. Les gre-
uns i)Krx-si< ii.ns.
nadiei-s sont do rudes soldats quand on ne leur résiste point.
Les proclamations du roi ne sont pas des chefsd’œuvre. François II dit qu’il est fort jeune encore, mais qu’il va apprendre îi gouverner grâce au Parlement et à la presse.
Le ministère est reformé, mais non complété.
MM. Spinelli, Manna et de Martino restent. M. Lihorio Romano devient ministre de l’intérieur, le général Pianelli ministre de la guerre; mais on dit qu’il a déjà donné sa démission. Les autres ministères sont inoccupés. On dit que MM.Vacca et Ferrigno.qui auraient accepté samedi leur nomination, la refusent depuis ilimanche. Le roi ne veut pas dissoudre le corps des grenadiers de 1a garde. Il lui en coûtera.
Hier, lundi, sont arrivés un grand nombre d’émigrés ; Mezzacapo, San Donato, Spa venta, Leopardi, Ricciardi, del Re, del Falco, Giuseppe Vacca, Quercia et une cinquàntaine d’autres. Figurez-vous les ovations.
Le gouvernement cherche à répandre le bruit que les désordres de dimanche ont été provoqués par le peuple, et il a même écrit en ce sens à la diplomatie. Mais la diplomatie sait, par bonheur, à quoi s’en tenir. L’émeute était complotée dans l’armée ; en voici la preuve : elle a éclaté à la fois dans tous les quartiers de la ville et sur plusieurs points des environs.
On dit aussi que les Napolitains montrent peu d’empressement à s’inscrire pour la garde nationale. C’est faux encore. Ce sont les maires qui s’opposent aux inscriptions par l’étrange raison que les commandants nommés l’autre jour par le roi n’ont pas accepté cet
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honneur insigne. Le commandement en chef accordé au prince Ischitella n’a pas été bien accueilli partout.
17 juillet, au soir.
Je n’en finirais pas si je voulais vous raconter tous les excès commis par les soldats. Qu’il '’ous suftise de savoir qu’un étranger récemment arrivé à Naples, et qui ne s’était aucunement mélé des affaires du pays,, a reçu de ces forcenés dix-huit coups de sabre. Pour les apaiser, il leur a crié qu’il était Français, et il n’a fait par là (jue redoubler leur fureur. Décidément la réac- . tion en veut à la France.
Un témoin de l’entrevue du roi avec ses soldats me dit avoir entendu de ses deux oreilles des plaintes énergiques portées par les chasseurs de la garde contre les grenadiers, seuls auteurs des troubles de la veille.
<1 Ce corps nous a déshonorés , a dit ün chasseur au roi; Votre Majesté doit le dissoudre. » Le roi a promis de le faire, mais je ne sais s’il osera.
J’en doute d’autant plus que le comte de Trapani, dans le conseil des ministres, a vigoureusement insisté pour qu’on ne punît point les coupables. Cette partialité du prince qui commande la garde donne fort à penser. L’impunité, en pareil cas, serait un acte d’adhésion et presque une provocatior. à la récidive. Le comte d’Aquila n’a pas craint de le dire à son frère, et il a bien dit.
Plusieurs officiers de marine n’ont pas accepté la formule du semient. Ils veulent bien jurer fidélité au roi, mais à condition de ne jamais prendre les armes
DES DBUX-SICILES,
contre leur pays. L’altitude de la marine est admirable.
Outre le major Nunziante (qui ne ressemble en rien au général de ce nom)i plusieurs officiers se sont distingués dans l’affaire de dimanche. Un capitaine Hueber, Napolitain, du 13* bataillon de chasseurs (qui n’est plus suisse), a commandé à sa compagnie de marcher contre les sabreurs. Ce que voyant, un caporal a dit à la sentinelle de garde devant le petit théâtre • de San-Carlino de bien viser le capitaine Hueber et de le tuer. Le soldat a armé son fusil, mais n’a point osé tirer, pressentant que cette balle mettrait le feu à la ville. Averti du danger par un acteur de San-Carlino, le capitaine a fait arrêter par ses chasseurs le soldai et le caporal,. qui vont passer devant un conseil de guerre. L’hésitation de ce soldat, le courage du comédien et la fermeté de. l’officier ont épargné des flots de sang. Si le fusil s’en fût mêlé, figurez-vous le massacre.
Tout cela prouve la nécessité de cette garde nationale, dont l’armement était ajournée de jour en jour. La feuille officielle annonce qu’elle va être organisée et qu’on a déjà fourni les armes et les munitions. On m’assure, d’autre part, qu’elle sera doublée ; chaque quartier fournira mille hommes. 11 en est temps.
Cette armée civile est plus que jamais indispensable, non-seulement pour défendre le peuple, mais pour le contenir. Tous ces jours, c’étaient les lazzarones qui faisaient la police avec un zèle irrégulier. Ils arrêtaient les geôliers, les anciens sbires ou inspecteurs de police et commençaient par les rouer de coups, puis ils leur passaient une corde au cou et les traînaient à la Place, où ils les consignaient aux autorités militaires, en
ISO C.VKIHAI.DI. — (ONQUÊTK
disant : Nous les avons un peu rossés, achcvez-les !
Tout cela s’est passé sous mes yeux avec une vivacité (|ue je réprouve. J’ajoute cependant, à la décharge des lazzaroni, qu’ils arrêtaient ainsi non-seulement les sbires, mais les voleurs. Ils n’ont pas encore détourné une épingle. Les émigrés (jui reviennent sont stupé- , faits des [)rogrfcs qu’a faits ce peuple en [)rohité et en intelligence depuis douze ans.
‘ 18 juillet.
Hier, dans l’après-midi, le général Ischitella, commandant en chef de la garde nationale, a ordonné qu’elle se réunît le soir même et commençât son service. Dans la journée, comme je vous l’ai dit, les maires avaient écomluit ceux qui venaient s’enrôler dans l’armée civile, alléguant que les chefs de liataillon nommés par le roi n’avaient point accepté leur nomination ; mais l’objection a dû tomber devant l’ordre formel d’Iscbitella, qui est un très-grand personnage.
Une soixantaine de fusils (très-bons, njais très lourds) avaient déjà été déposés dans chaque mairie pour le service de la garde nationale ; et dans cinq quartiers, une quarantaine de Napolitains se sont présentés le soir et ont immédiatement formé des patrouilles. Ils ont été accueillis par la ville avec des cris de joie; les fenêtres s’ouvraient et s’éclairaient sur leur jiassage ; tous les balcons se couvraient de monde et de llamheaux allumés. Les gardes nationaux étaient en bourgeois et portaient des cocardes tricolores. Les applaudissements et les vivat les ont salués des balcons et suivis dans la rue de dix heures à minuit. C’est, depuis
DBS DKUX-SlCir.RS.
ta Constilution, la première démonstration vraiment populaire, universelle; on criait partout: VivC' la garde nationale! çà et là : vive Gaibaldi! vive Victor- Elmmanuel ! — mais nulle part : vive le roi !
Hier au soir, parla même occasion, le peuple a continué son œuvre opiniâtre. Malgré les conseils, les avertissements, les menaces et les coups de sabre, les ouvriers et les la/zarones ne resteront tranquilles que lorsque le dernier homme de l’ancienne police aura disparu. Ils leur font la chasse comme à des bêtes malfaisantes , ils les guettent des journées entières avec une patience et un acharnement singuliers; ils les connaissent tous, les cherchent huit jours s’il le faut, veillant toute la nuit aux portes suspectes , et, quand ils les ont trouvés, les livrent aux soldats, après les avoir un |)cu battus.
La garde royale n’a pas été dissoute, mais éloignée de Naples ; elle est partie celte nuit, sans tambour ni trompette, on ne sait pour où.
Ge matin, le Journal ofp.cicl nous apporte un ordre du jour du prince I^ouis de Bourbon (comte d’Aquila) donné par S. A. R. en assumant le commandement général de la marine, et un rap[Jort du même prince au ministre, sur le serment prêté à la Constitution par les marins. Ces deux documents sont pleins de paroles très-libérales et très-italiennes.
Suit un rapport sur l’affaire du Véloce. D’après la relation oflicielle, ce vapeur en station à Messine, après avoir escorté, le à juillet, à Milazzo, le Brésil, qui portait là des renforts, cingla sur Païenne, en disant qu’il s’y rendait avec un drapeau parlementaire. Arrivé le 5 à Païenne, il jeta l’ancre dans la rade. Une chaloupe
OARIBAI.DI. — CONQUÊTE
génoise vint chercher le capitaine et Je conduisit à bord du vaisseau amiral génois. Au retour du capitaine, le Véloce alla s’ancrer dans le port. Là survint à bord une grande foule, le drapeau fut changé, Garibaldi vint en personne et harangua l’équipage et les soldats rangés sur la poupe, en leur offrant le choix entre François 11 et lui : i 38 personnes, outre les mécaniciens, demandèrent à revenir à Naples, parmi lesquelles 101 sousofficiers et soldats du corps royal des canonniers et des marins, avec le second lieutenant du même corps, 24 du régiment royal marine, le chapelain, le chirurgien, le premier mécanicien anglais avec ses subordonnés, trois pilotes,’ les cinq maîtres du bord et l’aidechirurgien. 41 seulement restèrent avec Garibaldi : 3 caporaux et 18 marins: 1 sergent, 2 caporaux et 8 soldats du régiment royal marine, le commandant, l’officier de détail, 3 enseignes de vaisseau, 1 officier du régiment royal marine, 1 pilote, le nostromo et le contestât ile , « qui voulurent ainsi se couvrir d’op- « probre. »
Le H, le Véloce prit le large pour capturer l'Elettrico, qui devait venir de Tarente ; mais il prit à la place deux vapeurs marchands nolisés pour le service du roi, le Duc de Calabre et VElbe, sur lesquels deux officiers subalternes, trois capitaines et adjudant de passage furent pris , puis conduits à Palerme , où iis refusèrent de servir Garibaldi, qui les renvoya tous ensemble à Naples, sur un petit vapeur frété pour eux. Ils sont arrivés ici le 15, et, comme récompense, ont tous obtenu un grade d’avancement, un mois de prêt ou de solde, la médaille du mérite, et les officiers, la croix de François 1®L
DES DEUX-S 1 CII.KS
Le Journal ajoute qu’il n’y a qu’un cri, dans toute la marine, un cri d’horreur et de douleur contre cette infâme trahison.
Le comité secret a répondu, dès ce matin, à l’article orticiel par le placard que je vais vous traduire :
NOUVELLES INTÉBIEURES.
« Palerme, 10 juillet. — Ce matin, à neuf heures, jetait l’ancre dans notre rade l’ex-vapeur napolitain le Véloce, celui-là même qui appartenait en 181|9 au gouvernement de Sicile , portant le nom A' Indépendance, et qui fut séquestré à Marseille, en avril 1849, sur les instances du gouvernement de Naples. — Le vapeur est sous le commandement de M. Anguissola.
« Ce navire se trouvait hier à Messine, loi’sque quatre officiers, parmi lesquels le commandant, qui avaient conçu depuis quelque temps le très-noble et hardi dessein de se dépouiller de la livrée bourbonnienne, mais qui n’avaient pas pu, par des circonstances trèsgraves, exécuter ce projet, le communiquèrent à l’équipage, qui l’accueillit à l’unanimité. Vers le soir, le bâtiment se dirigea sur Palerme.
« Averti de l’arrivée et du fait, le général dictateur se rendit sur le Franklin, où se trouvait déjà le commandant Anguissola. Celui-ci se présenta au dictateur, qui le serra dans ses bras , en faisant le même accueil aux officiers du Véloce qui lui furent présentés.
« Puis le dictateur, accompagné du commandant et des officiers susdits, se rendit sur le Véloce, où il fut salué par les acclamations de l’équipage, auxquelles
GARIBAI.DI. — CONQUÊTK
répondaient colles des équipafjes des l)àtimen(s voisins, — et reçu avec les honneurs dus à la hautour de son grade. Dans- une courte allocution, le dictaleur s’exprima <in ce sens : »
Suit le discours, que je passe, pour abréger.. Ce sont des félicitations au nom de l'Italie. Voici la conclusion’ de CO discours :
« Vous êtes maintenant de notre famille. Au nom de la |)alrie, je vous exprime les sentiments de la plus vive gratitude. Je suis prêt à faire individuellement pour chacun de vous et pour vosfamil’es tout ce dont vous pourrez avoir besoin. — Si quelqu’un de vous veut partir, — ce (juc je ne crains pas, — il on aum les moyens; s'il veut rester, chacun de vous sera regardé comme le digne fils de la patrie. »
Ce iliscoups fut couvert d’applaudissements les plus enthousiastes. Aujourd’hui les officiers du Véloce sont invités i la table du dictateur. »
Vous le voyez, les deux versions ne consonnent pas ; que chacun choisisse la sienne.
J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : le retour de nouveaux émigrés ou exilés ; le marquis Bella, le prince Laquile. le chevalier Beledli. sont revenus hier avec de nombreux compagnons d’infortune. Je citerai, parmi les plus connus, M. Guiseppe de Simone, récemment exilé; il était depuis douze ans le chef le plus intluent et le plus actif de la résistance^ Naples. Citons encore le colonel Carrano, homme de plume et 'd’épée; Mariano d’Ayala, un des plus l>eaux caractères de notre temps, et le général Clloa, l’héroïque défenseur de Venise.
Je termine par un mandement du cardinal-arche-
DES DUrX-SICII.B.S.
vôque. H in vile les lidèles à monter au Carmel , et recommande de dire à la Vierçe certaines paroles de saint Anselme. Il en vient ensuite aux allusions contre les ennemis du saint-siège , et enfin aux libertés concédées par François II. Puis viennent des considérations sur la vraie liberté, la liberté catholique et romaine, et des conseils pour ne point la laisser dégénérer en licence. La conclusion du cardinal est conforme à son exorde-, il veut qu’on monte au Cairmel.
Naples, 24 juillet.
La situation est plus compliquée (pie jamais : chacun suit son chemin à part et partout il y a lutte ; en haut, entre la cainarilla et le ministère, — le roi au milieu; — en bas l’armée et le peuple, à travers lestiuels, la la presse, la nouvelle police, la garde nationale suivent aussi leur chemin à part. Toules les autorités sont en dé^ccord, et il y a aussi un conflit d’influences contraires qui déconcertent l’opinion : la diplomatie, M. de Cavour, Victor-Einm'anuel, n’ont pas l’air de s’entendre et agissent séparément. Il n’y a dans tout ceci qu’un homme logique, immuable, inflexible, qui marche droit devant lui, défiant les puissances, les lois établies, et même l'opinion, — c’est Garibaldi qui prendra Naples.
Pour le moment c’est le ministère qui est heureux contre la cainarilla: il la décime. Voici encore neuf membres influents de ce conseil privé qui sont éloignés de Naples, on l’assure du moins, et on les nomme : le général Nunziante, le major Severino, les généraux
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del Re, Latour, Songro et Ferrara, le prince Scaletta, le duc d’Ascoli.
C'est également le peuple qui triomphe de l’armée, On avait annoncé pour avant-hier une répétition des scèrHîs de l’autre dimanche; mais les lazzarones ont fait si fière contenance et préparé de tels monceaux de pierres dans leurs arsenaux improvisés, que les autorités militaires, craignant que les soldats ne fussent battus, les ont consignés dans les casernes. Cependant, aux environs de Naples, ils ont commis des violences qui, pour être isolées, n’en sont pas moins déplorables ; ils dégainent toujours en criant : Vive Je roi !
Et le roi ne punit guère ces actes de brutalité qui mériteraient déjà d’extrêmes rigueurs, si on les jugeait seulement comme traits d’indiscipline. Les gi’enadiers de la garde ont été envoyés à Portici : voilà tout. Là ils sont payés, me dit-on, et nourris mieux que d’habitude. Je voudrais ne pas le croire, mais je le tiens d’eux-mêmes qui s’en vantent, et d’officiers des autres corps qui s’en plaignent énergiquement.
Le roi n’abat pas la réaction parce qu’il se défie du peuple, et le peuple se défie du roi, parce que le roi n’abat pas la réaction. Il y a là un cercle vicieux dont nous ne pouvons sortir. A la cour, on croit s’en tirer en caressant les uns et les autres. On donne d’une main de l’argent aux grenadiers qui assènent de si beaux coups de sabre , on donne de l’autre deux mille ducats (à la suite d’une représentation dramatique à leur bénéfice) aux émigrés qui risquent de recevoir ces coups de sabre un de ces jours. Ces demi-satisfactions ne font plaisir à personne. Le roi ne peut rega-
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gner la confiance -qu’en brûlant ses vaisseaux. Mais il n’'est pas sûr* même en brûlant ses vaisseaux, de regagner la confiance. Interrogez tout le monde à Naples, même les chefs de division dans les ministères — liés par le serment à la dynastie — ils déclarent qu’ils n’en veulent plus. En fiice d’une pareille opposition, que faire? Lâcher tout? Mais c’est abdiquer.
Telle est la situation, je crois voir juste.
Le roi a cependant un parti, quelques hommes fidèles, chaque jour plus rares, qui le suivent en désirant qu’il marche : ceux-ci prétendent que les affaires ne vont point mal, que les négociations cheminent à Turin, qu’une lettre autographe de Victor-Emmanuel à Garibaldi est partie pour Palerme, que la camarilla désarmée abandonne tout à fait le roi, que le général Nunziante lui renvoie ses décorations , que la confiance va renaître... Je ne demande pas mieux , mais je ne vois rien de pareil autour de moi.
Je ne vois rien, sinon une défection universelle dans les administrations, qui se tournent vers le soleil levant ; chez les officiers, qui donnent leur démission ; chez les timorés, qui attendent l’annexion pour avoir la paix ; chez les lazzarones, qui acclament leur Galubbarde; chez les journalistes, qui le portent aux nues dans leurs feuilles, et même chez les chercheurs d’or, qui ne veulent plus du roi et qui postulent des places aux ministères. Cette curée dont on s’était abstenu les premiers jours devient si scandaleuse , qu’elle a provoqué une circulaire ministérielle rappelant les Napolitains à l’ordre, et leur conseillant un pou de discrétion et de dignité.
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35 Juillet.
Je reçois sur le combat de Melazzo une lettre d’Alexandre Dumas. Elle est dramatique comme un chapitre de roman, mais des témoins du combat la disent exacte comme une page d’iiistoire. Elle est datée de Melazzo, samedi 21 juillet au soir, écrite de verve et adressée à Carini, colonel sicilien longtemps émigré à Paris, récemment blessé à Palerme. Voici cette lettre, publiée partout en italien; mais j’en ai le texte français :